Histoire des Musulmans d'Espagne, t. 4/4 / jusqu'à la conquête de l'Andalouisie par les Almoravides (711-1100)

PAR R. D O Z Y Commandeur de l'ordre de Charles III d'Espagne, membre correspondant de l'académie d'histoire de Madrid, associé étranger de la Soc. asiat. de Paris, professeur d'histoire à l'université de Leyde, etc.
TOME QUATRIÈME LE Y D E E. J. B R I L L Imprimeur de l'Université —— 1861


Depuis plusieurs années, les provinces de l’Espagne musulmane se trouvaient abandonnées à elles-mêmes sans qu’elles l’eussent voulu. Le peuple en général s’en affligeait; il ne songeait qu’avec effroi à l’avenir et regrettait le passé. Les capitaines étrangers furent les seuls qui profitèrent de la décomposition totale de la Péninsule. Les généraux berbers se partagèrent le Midi; les Slaves régnèrent dans l’Est; le reste échut en partage, soit à des parvenus, soit au petit nombre de familles nobles qui, par un hasard quelconque, avaient résisté aux coups qu’Abdérame III et Almanzor avaient portés à l’aristocratie. Enfin, les deux villes les plus considérables, Cordoue et Séville, se constituèrent en républiques.
Enfin, sans compter un assez grand nombre de petits Etats, il y avait encore le royaume de Tolède. Un certain Yaîch y régna jusqu’à l’année 1036; depuis lors les Beni-Dhî-'n-noun en prirent possession. C’était une ancienne famille berbère qui avait pris part à la conquête de l’Espagne au huitième siècle.
Quant à Cordoue, après que le califat y eut été aboli, les principaux habitants se réunirent et résolurent de confier le pouvoir exécutif à Ibn-Djahwar, dont la capacité était universellement reconnue. Il refusa d’abord d’accepter la dignité qu’on lui offrait, et quand il céda enfin aux instances de l’assemblée, il ne le fit qu’à condition qu’on lui donnerait pour collègues deux membres du sénat qui appartenaient à sa famille, à savoir Mohammed ibn-Abbâs et Abdalazîz ibn-Hasan. L’assemblée y consentit, mais en stipulant que ces deux personnes auraient seulement voix consultative.
Le sort de Séville avait été longtemps lié à celui de Cordoue. De même que la capitale, elle avait obéi successivement à des souverains de la famille d’Omaiya ou de celle de Hammoud; mais la révolution de Cordoue en 1023 eut son contre-coup à Séville. Les Cordouans s’étant insurgés contre Câsim le Hammoudite et l’ayant chassé de leur territoire, ce prince résolut d’aller chercher un refuge à Séville, où se trouvaient ses deux fils avec une garnison berbère, commandée par Mohammed ibn-Zîrî, de la tribu d’Iforen. En conséquence, il envoya aux Sévillans l’ordre d’évacuer mille maisons qui seraient occupées par ses troupes. Cet ordre causa un mécontentement très-vif, d’autant plus que les soldats de Câsim, les plus pauvres de leur race, avaient la triste réputation d’être de grands pillards. Cordoue venait de montrer aux Sévillans la possibilité de s’affranchir du joug, et ils étaient tentés de suivre l’exemple que leur avait donné la capitale. La crainte de la garnison berbère les retenait encore; mais le cadi de la ville, Abou-'l-Câsim Mohammed, de la famille des Beni-Abbâd, réussit à gagner le chef de cette garnison. Il lui dit qu’il lui serait facile de devenir seigneur de Séville, et dès lors Mohammed ibn-Zîrî se déclara prêt à le seconder. Le cadi conclut ensuite une alliance avec le commandant berber de Carmona, et alors les Sévillans, secondés par la garnison, prirent les armes contre les fils de Câsim, dont ils cernèrent le palais.

Reinhart Pieter Anne Dozy
Содержание

О книге

Язык

Французский

Год издания

2012-12-23

Темы

Spain -- History -- 711-1516; Muslims -- Spain -- History; Islamic civilization

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