Les deux romanciers - René Boylesve

Les deux romanciers

RENÉ BOYLESVE de l’Académie Française
PARIS J. FERENCZI ET FILS, ÉDITEURS 9, Rue Antoine-Chantin, 9
DU MÊME AUTEUR
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE :
Mille exemplaires sur papier Alfa édition originale
Soixante quinze exemplaires sur papier de Hollande numérotés de 1 à 75
Cent soixante exemplaires sur papier Lafuma numérotés de 76 à 235
Tous droits de reproduction, traduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Copyright by J. Ferenczi et Fils, 1926.
Dissemblables en tout, mais unis par une camaraderie ancienne et une carrière heureuse, ils aimaient à se rencontrer, et s’invitaient, quatre ou cinq fois l’an, à dîner tête à tête au cabaret. L’un était gros et court, l’autre maigre et de haute taille, l’un du midi, l’autre du nord, l’un affirmatif et répandant la foi, l’autre âpre négateur en toutes matières, l’un optimiste enfin, tandis que l’autre était convaincu que tout va des pis dans le plus malheureux des mondes. Peut-être s’empruntaient-ils l’un à l’autre ce que chacun d’eux sentait lui manquer par trop pour la confection de ses ouvrages, et bien que le public de Bombourg tout comme celui de Grimarest aimassent retrouver dans leur auteur, annuellement, la même conception partiale et fausse de la vie, à savoir : les personnages de bonne compagnie exclusivement, ou au contraire l’unique gibier de cour d’assises, les aventures « tournant bien » comme les allées du parc aristocratique qui conduisent en pente douce à la grille du perron d’honneur, ou au contraire les raboteuses péripéties au cours desquelles la créature humaine, vouée à l’ignominie, laisse à chaque virement un lambeau de sa chair.
Lorsqu’un client du restaurant où s’attablaient les deux écrivains, par hasard les reconnaissait, il ne manquait pas de chuchoter leur nom aux oreilles voisines, et, invariablement, des sourires égayaient les visages, à cause du contraste que formait l’union tout amicale d’un Grimarest et d’un Bombourg. Non moins invariablement il se trouvait quelqu’un pour affirmer que la littérature de Bombourg était du dernier crétinisme, et une autre personne pour répondre qu’un livre de Grimarest ne supportait pas la lecture. Mais Bombourg et Grimarest avaient aussi leurs partisans, et ceux-ci, comme du reste les détracteurs, n’allaient pas se priver de raconter à tout venant qu’ils avaient mangé côte à côte avec deux hommes célèbres.

René Boylesve
О книге

Язык

Французский

Год издания

2022-08-23

Темы

Short stories, French; French fiction -- 20th century

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