Les confessions d'un converti
M GR ROBERT-HUGH BENSON
Traduites de l’Anglais avec l’autorisation de l’Auteur PAR TEODOR DE WYZEWA
PARIS LIBRAIRIE ACADÉMIQUE PERRIN ET C ie , LIBRAIRES-ÉDITEURS 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35
1914 Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
DU MÊME AUTEUR
IL A ÉTÉ IMPRIMÉ : dix exemplaires numérotés sur papier de Hollande Van Gelder.
Copyright by Perrin et C ie , 1914
Robert Hugh Benson.
AU R. P. REGINALD BUCKLER, O. P., dont la main paternelle a bien voulu ouvrir pour moi les portes de la Cité de Dieu.
Le petit livre qu’on va lire a été publié d’abord, sous la forme d’une série d’articles, dans une revue américaine, l’ Ave Maria , au cours des années 1906 et 1907. C’est avec l’aimable autorisation du directeur de cette revue, le Père Hudson, que je le réimprime aujourd’hui, un peu corrigé et pourvu d’un petit nombre d’additions.
Depuis le temps de l’apparition de mon récit dans l’ Ave Maria , maintes personnes m’ont engagé à recueillir en volume cette série d’articles : mais j’ai longtemps hésité avant de m’y résoudre. J’ai hésité, en partie, parce que je me suis demandé si un ouvrage comme celui-là avait chance de rendre vraiment service à qui que ce fût, et en partie parce que je me proposais d’étendre et de développer considérablement ma relation primitive, et puis d’y joindre encore une peinture de mon évolution intérieure après ma conversion. A ce dernier projet, cependant, j’ai vite dû renoncer, en raison de la difficulté extrême que je découvrais à établir une comparaison définie entre mes anciennes impressions d’anglican, qui s’effaçaient très rapidement de ma mémoire, et l’effet de plus en plus profond que produisaient en moi mes croyances catholiques. Le cardinal Newman a assimilé quelque part les impressions d’un anglican converti à celles d’un personnage d’un conte de fées qui, après avoir vécu durant toute la nuit dans une ville enchantée, se retourne, au lever du soleil, pour jeter un regard sur la ville, et qui a la grande surprise de constater que celle-ci a disparu : les monuments qu’il avait admirés pendant la nuit se sont évanouis, comme un brouillard sous la lumière de l’aube nouvelle. C’est exactement ce qui m’est arrivé. Je me sens désormais absolument incapable de comparer les deux systèmes de croyances, ainsi que j’étais en état de le faire durant les premiers mois de ma conversion : car il se trouve que la croyance que j’ai quittée ne m’apparaît plus du tout un système cohérent, une ville habitable avec les monuments et les maisons qu’il m’avait semblé y connaître naguère. Il me reste, naturellement, dans l’esprit toute sorte d’images, de souvenirs, et d’émotions, se rattachant à mon séjour dans l’anglicanisme, et quelques-unes de ces images sont même parmi les plus sacrées et les plus chères de mon cœur, et toujours encore je me sens heureux de compter au nombre de mes amis maintes personnes qui continuent à trouver dans l’anglicanisme la liaison et la vie d’un véritable système religieux ; mais, quant à moi, je ne puis plus voir en lui autre chose que des fragments détachés de leur centre primitif, et employés après coup à la construction d’un édifice purement humain, sans fondement stable.