Lettres de voyage (1892-1913)
RUDYARD KIPLING
(1892-1913)
PAYOT & C IE , PARIS 106, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
1922 Tous droits réservés
OUVRAGES DE RUDYARD KIPLING
A LA MÊME LIBRAIRIE :
Les lettres intitulées : “D’un lit de marée a l’autre” furent publiées d’abord dans le “ Times ”; celles intitulées : “Lettres à la famille” dans le “ Morning Post ”; et celles intitulées : “L’Égypte des Magiciens” dans “ Nash’s Magazine ”.
Seule traduction française autorisée Tous droits réservés pour tous pays
Succédant au temps grisâtre et morne de l’Atlantique, un véritable flot de soleil hivernal accueillit notre vaisseau, dès qu’il toucha l’Amérique. Nos yeux désaccoutumés en clignaient, cependant que le New-Yorkais, qui est, comme nul ne l’ignore, la modestie même, nous assurait : « En fait de belles journées nous avons mieux : attendez seulement… » (telle ou telle époque) « allez donc voir » (tel ou tel quartier de la ville). Pour nous, notre bonheur était au comble et au delà de pouvoir comme à la dérive monter et redescendre les rues resplendissantes, non sans nous demander, pourquoi il fallait que la plus belle lumière du monde fût gaspillée sur les trottoirs les plus détestables qui soient ; faire indéfiniment le tour du square de Madison, parce que celui-là était rempli de bébés admirablement habillés jouant à la « Caille », ou contempler révérencieusement les sergents de ville de New-York, Irlandais aux larges épaules, au nez camus. Où que nous allions, nous retrouvions le soleil, prodigue, illimité, travaillant neuf heures par jour, le soleil avec les perspectives aux lignes nettes et les couleurs de sa création. La seule pensée que quelqu’un eût osé qualifier ce climat de lourd et humide, voire de « presque tropical », causait un choc. Pourtant il vint ce quelqu’un et il nous dit : « Allez au Nord, si vous voulez du beau temps, alors du beau temps. Allez dans la Nouvelle Angleterre. »
Ainsi, par un après-midi ensoleillé, New-York disparut avec son bruit et son tumulte, ses odeurs complexes, ses appartements surchauffés et ses habitants beaucoup trop énergiques, tandis que le train se dirigeait vers le Nord, vers les pays de la neige. Ce fut soudain, d’un seul coup — presque, aurait-on dit, dans un seul tour de roues — que celle-ci apparut, recouvrant l’herbe tuée par l’hiver et changeant en mares d’encre les étangs gelés qui paraissaient si blancs à l’ombre d’arbres grêles.
Rudyard Kipling
---
LETTRES DE VOYAGE
EN VUE DE MONADNOCK
A TRAVERS UN CONTINENT
LA LISIÈRE DE L’ORIENT
NOS HOMMES D’OUTRE-MER
TREMBLEMENTS DE TERRE
UNE DEMI-DOUZAINE DE TABLEAUX
RIEN QUE D’UN CÔTÉ
LETTRES D’UN CARNET D’HIVER
UN PEUPLE CHEZ LUI
CITÉS ET ESPACES
JOURNAUX ET DÉMOCRATIE
LE TRAVAIL
LES VILLES FORTUNÉES
DES MONTAGNES ET LE PACIFIQUE
UNE CONCLUSION
VOYAGE SUR MER
UN RETOUR A L’ORIENT
UN SERPENT DU VIEUX NIL
EN REMONTANT LE FLEUVE
POTENTATS MORTS
LA FACE DU DÉSERT
L’ÉNIGME D’EMPIRE
TABLE DES MATIÈRES