De l'Amour / Édition revue et corrigée et précédée d'une étude sur les oeuvres de Stendhal par Sainte-Beuve
PAR DE STENDHAL
ÉDITION REVUE ET CORRIGÉE ET PRÉCÉDÉE D'UNE ÉTUDE SUR LES Œuvres de Stendhal
Par Sainte-Beuve
PARIS GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 6, RUE DES SAINTS PÈRES, 6
Quoiqu'il traite de l'amour, ce petit volume n'est point un roman, et surtout n'est pas amusant comme un roman. C'est tout uniment une description exacte et scientifique d'une sorte de folie très rare en France. L'empire des convenances, qui s'accroît tous les jours, plus encore par l'effet de la crainte du ridicule qu'à cause de la pureté de nos mœurs, a fait du mot qui sert de titre à cet ouvrage une parole qu'on évite de prononcer toute seule, et qui peut même sembler choquante. J'ai été forcé d'en faire usage, mais l'austérité scientifique du langage me met, je pense, à l'abri de tout reproche à cet égard.
Je connais un ou deux secrétaires de légation qui, à leur retour, pourront me rendre service. Jusque-là, que pourrais-je dire aux gens qui nient les faits que je raconte? Les prier de ne pas m'écouter.
On peut reprocher de l' égotisme à la forme que j'ai adoptée. On permet à un voyageur de dire: «J'étais à New-York, de là je m'embarquai pour l'Amérique du sud, je remontai jusqu'à Santa-Fé-de-Bogota. Les cousins et les moustiques me désolèrent pendant la route, et je fus privé, pendant trois jours, de l'usage de l'œil droit.»
On n'accuse point ce voyageur d'aimer à parler de soi; on lui pardonne tous ces je et tous ces moi , parce que c'est la manière la plus claire et la plus intéressante de raconter ce qu'il a vu.
C'est pour être clair et pittoresque, s'il le peut, que l'auteur du présent voyage dans les régions peu connues du cœur humain dit: «J'allai avec M me Gherardi aux mines de sel de Hallein… La princesse Crescenzi me disait à Rome… Un jour, à Berlin, je vis le beau capitaine L…» Toutes ces petites choses sont réellement arrivées à l'auteur, qui a passé quinze ans en Allemagne et en Italie. Mais, plus curieux que sensible, jamais il n'a rencontré la moindre aventure, jamais il n'a éprouvé aucun sentiment personnel qui méritât d'être raconté; et, si on veut lui supposer l'orgueil de croire le contraire, un orgueil plus grand l'eût empêché d'imprimer son cœur et le vendre au public pour six francs, comme ces gens qui, de leur vivant, impriment leurs Mémoires.
Stendhal
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TROISIÈME PRÉFACE
LIVRE PREMIER
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXXIII
LIVRE SECOND
CHAPITRE XL
FRAGMENTS DIVERS
APPENDIX
DES COURS D'AMOUR
CODE D'AMOUR DU DOUZIÈME SIÈCLE
NOTICE SUR ANDRÉ LE CHAPELAIN
TABLE