Les français peints par eux-mêmes, tome 1 - Unknown

Les français peints par eux-mêmes, tome 1

TOME PREMIER.
A Mesdames Ancelot, de Bawr, Virginie de Longueville; Messieurs A. Achard, Altaroche, P. Audebrand, J. Augier, M. Aycard, de Balzac, de la Bédollierre, P. Bernard, E. Blaze, E. Briffault, Chaudes-Aigues, A. Cler, F. Coquille, de Cormenin, L. Couailhac, Comte de Courchamps, Vicomte d'Arlincourt, P. Duval, Ecarnot, Arnould Fremy, J. Hilpert, J. Janin, A. Karr, A. de Lacroix, A. de Laforest, Méry, E. Nyon, E. Regnault, R. Perrin, E. Rouget, L. Roux, A. Second, F. Soulié, Taxile Delord, Comte Horace de Viel-Castel, F. Wey; Gavarni et H. Monnier,
L'ÉDITEUR RECONNAISSANT.

Oui, songeons-y, un jour viendra où nos petits-fils voudront savoir qui nous étions et ce que nous faisions en ce temps-là ; comment nous étions vêtus; quelles robes portaient nos femmes; quelles étaient nos maisons, nos habitudes, nos plaisirs; ce que nous entendions par ce mot fragile, soumis à des changements éternels, la beauté? On voudra de nous tout savoir: comment nous montions à cheval? comment nos tables étaient servies? quels vins nous buvions de préférence? Quel genre de poésie nous plaisait davantage, et si nous portions ou non de la poudre sur nos cheveux et à nos jambes des bottes à revers? Sans compter mille autres questions que nous n'osons pas prévoir, qui nous feraient mourir de honte, et que nos neveux s'adresseront tout haut comme les questions les plus naturelles. C'est à en avoir le frisson cent ans à l'avance.
La Bruyère et Molière ne connaissaient l'un et l'autre que ces deux choses: la cour et la ville; tout ce qui n'était pas la cour était la ville, tout ce qui n'était pas la ville était la cour. A la ville, on s'attend au passage dans une promenade publique pour se regarder au visage les uns les autres; les femmes se rassemblent pour montrer une belle étoffe et pour recueillir le prix de leur toilette. Il y a dans la ville la grande et la petite robe; il y a de jeunes magistrats petits-maîtres ; il y a les Crispins qui se cotisent en recueillant dans leur famille jusqu'à six chevaux pour allonger un équipage; les Sannions qui se divisent en deux branches, la branche aînée et la branche cadette: ils ont avec les Bourbons, sur une même couleur, le même métal. La ville possède encore le bourgeois qui dit: Ma meute ; André le marchand qui donne obscurément des fêtes magnifiques à Élamire; le beau Narcisse qui se lève le matin pour se coucher le soir; le nouvelliste dont la présence est aussi essentielle aux serments des lignes suisses, que celle du chancelier et des lignes mêmes; il y a Théramène, qui est très-riche et qui a donc un très-grand mérite, la terreur des maris, l'épouvantail de ceux qui ont envie de l'être. Paris est le singe de la cour. Pour imiter les femmes de la cour, les femmes de la ville se ruinent en meubles et en dentelles; le jour de leurs noces, elles restent couchées sur leur lit comme sur un théâtre, et exposées à la curiosité publique. La vie se passe à se chercher incessamment les uns les autres, avec l'impatience de ne se point rencontrer. Il est de bon ton d'ignorer le nom des choses les plus communes; de ne point distinguer l'avoine du froment. A cette heure, les bourgeois vont en carrosse, ils s'éclairent avec des bougies et ils se chauffent à un petit feu; l'argent et l'or brillent sur les tables et sur les buffets, ils étaient autrefois dans les coffres; on ne saurait plus distinguer la femme du patricien d'avec la femme du magistrat; en un mot, la ville a tout à fait oublié la vieille sagesse bourgeoise, qui disait, que ce qui est, dans les grands, splendeur, somptuosité, magnificence, est déception, folie, ineptie, dans le particulier.

Unknown
О книге

Язык

Французский

Год издания

2012-05-22

Темы

France -- Social life and customs; Paris (France) -- Social life and customs; Costume -- France

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