L'Illustration, No. 1587, 26 Juillet 1873
L'ILLUSTRATION JOURNAL UNIVERSEL 31e Année.--VOL. LXII--N° 1587
L'INCENDIE DE LA RUE MONGE.--Les pompiers essayant d'enfoncer la devanture des magasins du Grand-Monge.
À l'heure où ces lignes paraîtront, l'Assemblée nationale sera sur le point de se séparer pour ne rentrer en session que le 5 novembre. Cette longue interruption des travaux parlementaires a été décidée dans la séance de samedi dernier, d'après les conclusions du rapport présenté par M. Paris et malgré l'opposition de la gauche qui, trouvant l'époque de la prorogation trop éloignée, avait vainement demandé qu'elle fut fixée d'abord au 20 septembre, époque de la libération du territoire, puis au 20 octobre.
La semaine parlementaire a d'ailleurs été bien remplie. L'Assemblée a discuté et voté plusieurs lois importantes, que nous allons successivement passer en revue. C'est d'abord la loi relative à l'organisation de l'armée, dont nous avons résumé, dans notre précédent bulletin, les dispositions principales, et dont l'adoption en deuxième lecture a eu lieu, comme on pouvait le prévoir, à la presque unanimité, sauf quelques modifications secondaires apportées à la rédaction primitive de certains articles, notamment en ce qui concerne la durée des fonctions des généraux dans l'exercice d'un même commandement, et la latitude laissée au ministre de la guerre pour modifier l'habillement et l'équipement des troupes; les changements d'uniforme, abandonnés jusqu'à présent à la discussion du ministre, ne pourront plus avoir lieu, désormais, qu'après le vote d'un crédit spécial.
L'Assemblée s'est ensuite occupée d'une proposition émanant de MM. Fresneau et Carron et ayant pour objet l'organisation du service religieux dans l'armée de terre; cette proposition a eu ce sort singulier d'être soutenue et combattue avec une égale vivacité et avec les arguments les plus opposés, au nom du même principe, celui de la liberté de conscience. Selon les adversaires du projet, dont M. le général Guillemaut s'est fait remarquer comme l'un des plus ardents, cette liberté sera soumise aux plus graves atteintes par l'existence d'un service religieux spécial aux troupes qui, alors même que la fréquentation n'en serait pas obligatoire, aura pour effet de faire remarquer les militaires qui n'y assisteraient pas, et de créer, par suite, entre les pratiquants et les non pratiquants, une différence dont les effets seront funestes à plusieurs points de vue. Selon les généraux Robert et Pélissier, et selon M. Carron, tout au contraire, la proposition dont il s'agit aura précisément pour effet de protéger cette même liberté de conscience en assurant aux croyants les moyens de remplir leurs devoirs religieux, moyens qui leur faisaient trop souvent défaut jusqu'à présent. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que la majorité a été de cet avis, et le projet a été voté par plus de 400 voix.