L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905 - Various

L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Ce numéro contient l 'Illustration Théâtrale avec le texte complet de LA MASSIERE.
LE PERCEMENT DU TUNNEL DU SIMPLON: UNE MINUTE D'EPOUVANTE A huit kilomètres de l'orifice: la fuite des ingénieurs et des ouvriers devant le torrent d'eau chaude. Dessin de Georges Scott d'après un croquis de notre envoyé spécial, G. Babin,--Voir l'article, page 135.
Mon hôtelière, qui est Vosgienne, est enchantée d'apprendre qu'il est tombé dans son département plus de neige, depuis huit jours, qu'en aucun autre. Elle me montre un journal qu'on lui envoie de Gérardmer, deux fois par semaine, et où la chose est constatée et commentée fièrement. Ces gens sont flattés de ce qui leur arrive. Il y a plus de neige chez eux que chez ceux d'à côté; ils détiennent un record. Et l'on est toujours content de détenir un record, fût-ce celui du mauvais temps. Je ne sais plus qui me citait un jour ce mot d'un jardinier, à la campagne: «Nous avons eu cette semaine, monsieur, vingt-six degrés de froid. C'est gentil, pour un petit pays comme le nôtre?»
On a percé le Simplon! Grosse nouvelle, et voilà pour les philosophes de salon, de table d'hôte ou d'assommoir un beau thème de dissertation à exploiter. Car il n'est plus de sujet réservé, comme jadis, aux curiosités d'une élite, et mon coiffeur lui-même a des idées générales. Il m'a confié tout à l'heure son sentiment sur le percement du Simplon. Lecteur de feuilles socialistes et humanitaires, il approuve cette opération, se réjouit de tout ce qui tend à rapprocher les hommes, à mêler les unes aux autres les patries... Un vieux colonel suisse de mes amis fait la grimace et ce tunnel ne lui dit rien qui vaille. A tout hasard, il aurait mieux aimé qu'on trouât d'autres frontières que la sienne. J'entends des commerçants vanter le bienfait de cette entreprise et des fabricants s'alarmer des concurrences qu'elle facilitera. Tout le monde donne son avis. A un ingénieur qui proclamait hier le devoir d'aider les hommes et les choses à voyager vite, un vieux garçon, rentier paresseux et un peu «tolstoïsant», répondait: «Où est la nécessité de voyager vite? Nous ne souffrons que des besoins que notre imagination nous crée. Pascal conseillait aux hommes qui veulent être heureux de se tenir en repos dans leur chambre. Il avait bien raison!»

Various
О книге

Язык

Французский

Год издания

2010-10-23

Темы

Illustrated periodicals -- France

Reload 🗙