L'Illustration, No. 3730, 22 Août 1914 - Various

L'Illustration, No. 3730, 22 Août 1914

CORRESPONDANCE MILITAIRE
« ... Nous venons de...; nous allons à... (il ne faut pas dire où); ni malade, ni blessé; tout va très bien.... » Dessin de Georges SCOTT.
Le drapeau de la fenêtre. --Dès le premier jour de la mobilisation, Paris s'est pavoisé. Il l'a fait avec un tact et un culte de la nuance infiniment délicats. Ce pavois est sage, raisonnable, sans rien de fanfaron. Il affirme une croyance et traduit un espoir, mais ne déploie aucune vantardise. Loin de vouloir anticiper, il se réserve, il ne donne pas son plein, et l'on sent bien que son seul but est d'inviter la victoire en se gardant de l'afficher la veille. Un, deux, trois drapeaux, placés çà et là à un balcon, font comprendre, à ne pas s'y tromper, qu'ils ne sauraient représenter tout l'effectif de la maison... Le regret avec lequel ils s'espacent parle de lui-même... Ce sont des drapeaux «d'avant-garde», tout simplement... A mesure que s'engageront les batailles, que s'affronteront les armées, que grandiront les luttes et se décidera la gloire... un par un, puis par tas, par gerbes, par bouquets, les autres qui sont à l'arrière, dans les chambres, sortiront par les fenêtres pour apparaître, faire feu de toutes leurs couleurs et se dérouler le long du front . Il y en a ainsi des milliers de français, de belges, d'anglais, de russes, qui n'attendent que le moment prochain de fleurir et d'enrubanner nos murailles.
Pour l'instant, le drapeau est le plus souvent isolé. Sentinelle de la terrasse, vigie de la mansarde, factionnaire de la porte d'entrée, il se recueille et ne s'abandonne pas encore à l'expansion. Mais il accentue chaque jour davantage sa personnalité, il s'impose à nous, se mêle à notre vie, entre dans nos yeux et nos pensées dont il devient une chère habitude.
Peu d'occasions, jusqu'ici, s'offraient à nous de le fréquenter. Nous n'avions avec lui que de rares et courts entretiens. Une ou deux fois l'an, à une fête nationale, ou en l'honneur de Jeanne d'Arc, ou pour une visite de souverain, nous le tirions du réduit où il s'attristait dans l'ombre et la poussière, pour l'aérer pendant quelques heures... Il jouait ainsi son rôle officiel et puis il rentrait dans l'obscurité. Il menait une existence intermittente et sans esprit de suite. Depuis le 2 août 1914, il s'est secoué. Le voilà au premier rang. C'est le personnage principal de la nation, du monde entier. Le drapeau domine actuellement l'Europe et l'univers. Il flotte au-dessus de tous les partis et de tous les sommets. Il survole vingt peuples.

Various
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Язык

Французский

Год издания

2007-08-27

Темы

World War, 1914-1918; Illustrated periodicals -- France

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