L'Illustration, No. 3734, 26 Septembre 1914
LE GÉNÉRAL DE CASTELNAU]
Le prochain numéro de L'Illustration contiendra un portrait en couleurs, remmargé, du général Joffre.
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Pour tous ceux qui ne se battent pas, pour tous ceux qui, loin des armées, se nourrissent d'angoisses et vivent aux aguets de la prochaine nouvelle, il n'y a qu'un passe-temps, un travail, un remède: la carte.
On la déplie et on voudrait, en la dépliant, l'agrandir toujours. Et, pareillement on la replie sans avoir le sentiment de la rapetisser. On la visite, on la scrute, on la fouille, on la tourmente. Et puis, on la laisse à demeure étalée, ouverte toute grande, sur la table dont elle est devenue la nappe, le plus riche et l'indispensable tapis.
On la regarde d'abord sans idée fixe, d'ensemble. Tout en nous la saisit, la reconnaît. C'est la carte de France ... dont la forme traditionnelle et consacrée est depuis toujours inscrite et suspendue aux claires murailles de notre première jeunesse. Mais depuis un mois... quel changement! Comme elle s'est développée! Comme elle a pris un aspect solennel et nouveau, une soudaine et imposante figure! Est-ce la même? Jusqu'ici elle ne nous offrait qu'une physionomie abstraite, pâle et froide. Elle évoquait des souvenirs de classe et de mélancolie scolaire. Elle ne nous représentait pas complètement et de façon frappante ce qu'elle signifie. Elle était «muette», comme l'armée, comme la nature, comme les grandes choses qui sont taciturnes, afin qu'un jour on les entende mieux. Nous l'avions effleurée cent fois, mille fois, sans la pénétrer, sans en rien rapporter que des impressions de surface, des lavis de sentiments; nous n'avions sur elle que des notions glacées et en teinte plate. Elle n'avait pas été pour nous une de ces forces communicatives, familières et chaudes qui s'installent au beau milieu de nos besoins et de notre habitude. Lequel de nous aurait eu l'idée, aurait éprouvé le désir, en temps ordinaire, d'avoir constamment chez soi, accaparant toutes les réflexions, la carte de son pays?... A quoi bon? N'avait-on pas, depuis les examens, achevé ses études? Ou du moins on se l'imaginait!... Non, la carte n'avait plus de raison d'être que dans les lycées et les gares.