Actes et Paroles, Volume 2: Pendant l'exil 1852-1870
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Le droit incarne, c'est le citoyen; le droit couronne, c'est le legislateur. Les republiques anciennes se representaient le droit assis dans la chaise curule, ayant en main ce sceptre, la loi, et vetu de cette pourpre, l'autorite. Cette figure etait vraie, et l'ideal n'est pas autre aujourd'hui. Toute societe reguliere doit avoir a son sommet le droit sacre et arme, sacre par la justice, arme de la liberte.
Dans ce qui vient d'etre dit, le mot force n'a pas ete prononce. La force existe pourtant; mais elle n'existe pas hors du droit; elle existe dans le droit.
Qui dit droit dit force.
Qu'y a-t-il donc hors du droit?
La violence.
Il n'y a qu'une necessite, la verite; c'est pourquoi il n'y a qu'une force, le droit. Le succes en dehors de la verite et du droit est une apparence. La courte vue des tyrans s'y trompe; un guet-apens reussi leur fait l'effet d'une victoire, mais cette victoire est pleine de cendre; le criminel croit que son crime est son complice; erreur; son crime est son punisseur; toujours l'assassin se coupe a son couteau; toujours la trahison trahit le traitre; les delinquants, sans qu'ils s'en doutent, sont tenus au collet par leur forfait, spectre invisible; jamais une mauvaise action ne vous lache; et fatalement, par un itineraire inexorable, aboutissant aux cloaques de sang pour la gloire et aux abimes de boue pour la honte, sans remission pour les coupables, les Dix-huit Brumaire conduisent les grands a Waterloo et les Deux-Decembre trainent les petits a Sedan.
Quand ils depouillent et decouronnent le droit, les hommes de violence et les traitres d'etat ne savent ce qu'ils font.
L'exil, c'est la nudite du droit. Rien de plus terrible. Pour qui? Pour celui qui subit l'exil? Non, pour celui qui l'inflige. Le supplice se retourne et mord le bourreau.
Un reveur qui se promene seul sur une greve, un desert autour d'un songeur, une tete vieillie et tranquille autour de laquelle tournent des oiseaux de tempete, etonnes, l'assiduite d'un philosophe au lever rassurant du matin, Dieu pris a temoin de temps en temps en presence des rochers et des arbres, un roseau qui non seulement pense, mais medite, des cheveux qui de noirs deviennent gris et de gris deviennent blancs dans la solitude, un homme qui se sent de plus en plus devenir une ombre, le long passage des annees sur celui qui est absent, mais qui n'est pas mort, la gravite de ce desherite, la nostalgie de cet innocent, rien de plus redoutable pour les malfaiteurs couronnes.
Victor Hugo
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OEUVRES COMPLETES DE VICTOR HUGO
CE QUE C'EST QUE L'EXIL
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III
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VIII
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X
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XII
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XIV
XV
XVI
PENDANT L'EXIL
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NOTES
TABLE
PENDANT L'EXIL
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