Histoire des voyages de Scarmentado
Préface de l'Éditeur
Le prospectus des frères Cramer, pour leur édition de 1756, comprend les trois romans Les deux consolés , Histoire des voyages de Scarmentado , Le songe de Platon , au nombre des morceaux neufs qu'ils allaient publier.
Mémoires , etc., page 140.
Une édition de la Princesse de Babylone, qui parut en 1768 , est présentée comme une Suite des Voyages de Scarmentado.
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Les notes sans signature, et qui sont indiquées par des lettres, sont de Voltaire.
Les notes signées d'un K sont des éditeurs de Kehl, MM. Condorcet et Decroix. Il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun.
Les additions que j'ai faites aux notes de Voltaire ou aux notes des éditeurs de Kehl, en sont séparées par un—, et sont, comme mes notes, signées de l'initiale de mon nom.
4 octobre 1829.
1756.
Mon père m'envoya, à l'âge de quinze ans, étudier à Rome. J'arrivai dans l'espérance d'apprendre toutes les vérités; car jusque-là on m'avait enseigné tout le contraire, selon l'usage de ce bas monde, depuis la Chine jusqu'aux Alpes. Monsignor Profondo, à qui j'étais recommandé, était un homme singulier, et un des plus terribles savants qu'il y eût au monde. Il voulut m'apprendre les catégories d'Aristote, et fut sur le point de me mettre dans la catégorie de ses mignons: je l'échappai belle. Je vis des processions, des exorcismes, et quelques rapines. On disait, mais très faussement, que la signora Olimpia, personne d'une grande prudence, vendait beaucoup de choses qu'on ne doit point vendre. J'étais dans un âge où tout cela me paraissait fort plaisant. Une jeune dame de moeurs très douces, nommée la signora Fatelo , s'avisa de m'aimer. Elle était courtisée par le révérend P. Poignardini , et par le révérend P. Aconiti , jeunes profès d'un ordre qui ne subsiste plus: elle les mit d'accord en me donnant ses bonnes grâces; mais en même temps je courus risque d'être excommunié et empoisonné. Je partis, très content de l'architecture de Saint-Pierre.