DU PORTAIL TO HAMILTON.

Philadelphia, 21 March, 1780.

Mon Cher Colonel:

Quoique je compte partir pour le camp dans peu de jours, la crainte d’être encore retenu plus longtemps que je ne voudrais, (comme je le suis depuis un mois), me fait prendre le parti de vous écrire quelque chose qui me semble d’une certaine importance qui me concerne. Hier j’ai appris qu’il y a une quinzaine de jours hors de la nouvelle de l’arrivée des Anglais, un membre du Congrès représenta dans le Congrès, qu’il serait à propos de m’envoyer en Caroline avec la plus grande hâte. Il fonda sa demande sur les choses avantageuses qu’il avait entendu dire de moi, etc., etc. Il voulait que le Congrès me donnât sur le champ des ordres, et que je partisse sans délai. J’ignore quel est le membre qui a fait cette proposition, seulement je conjecture que c’est quelque delégué dés Etats du sud. On lui a répondu, que c’était au Commandant-en-Chef qu’il appartenait de faire une telle chose, que le Congrès ne pouvait pas savoir s’il n’avait pas quelque raison de me retenir à son Armée, quoique dans la circonstance présente, il parut effectivement que je serais plus utile au sud, en un mot que l’attention avec laquelle le Commandant-en-Chef veillait au salut de l’Etat ne permettait pas de douter qu’il n’employât tous les moyens qui étaient en son pouvoir, et que les circonstances permettaient.

Il est très agréable, mon cher Colonel, d’être le sujet d’une aussi belle phrase, mais je suis fâché que la chose ait tourné ainsi; je suis aussi très fâché de n’avoir pas su tout cela dans le temps pour vous le mander. Car il était encore temps alors d’aller dans le sud; maintenant je ne sais plus que désirer. Cependant hier l’on nous débitait que des vaisseaux de transport servant de vaisseaux de guerre étaient arrivés à New-York pour prendre des Renforts; si cela était si confirmé, il n’y aurait apparence que les Anglais ne se proposaient pas de commencer leurs opérations avant l’arrivée de ces Renforts, alors ce serait peut être le cas d’y aller. Je laisse tout cela à faire à votre prudence, et à votre amitié, vous savez une partie des raisons que j’ai toujours eu et que j’ai encore de ne point faire de demande à ce sujet au Général Washington, mais vous savez aussi combien je désire d’aller en Caroline. S’il y a quelque apparence que je puisse y arriver à temps, je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous faisiez usage auprès du Géneral de ce qui s’est passé dans le Congrès, parce que plusieurs membres de Congrès l’ont déjà dit à différentes personnes.

(Si vous voulez ensuite que je vous parle comme à mon ami, je vous dirai que j’ai eu lieu de voir que de m’envoyer là bas, aurait fait un fort bon effet ici, surtout dans le commencement.)

Supposez donc, que notre Géneral jugeât par des circonstances ultérieures qu’il peut encore être temps de m’y envoyer, comme il ne faut pas perdre un moment, il serait bon que je ne fusse pas obligé de retourner au camp. Pour cela il faudrait m’envoyer avec les ordres, toutes les lettres nécessaires pour le Géneral Lincoln et autres. Vous savez, mon cher Colonel, ce que je désire à cet égard. Si je vais là-bas, il faut que mon arrivée soit comme un de ces accidents au théâtre qui réveille les spectateurs, et redonne de l’activité et de la chaleur à la pièce, vous m’entendez.

Je crois que dans ce cas le Général doit écrire au Congrès, outre les raisons qu’il a de m’envoyer pour le prier de me faire donner tous les moyens nécessaires pour faire diligence.

Enfin, prenez bien garde à ceci, mon cher Colonel, si vous m’envoyez des ordres, sitôt que cela sera décidé, envoyez chercher Monsieur de l’Estaing, mon Aide-de-Camp, et dites lui s’il vous plaît de faire partir sur le champ ma malle et la sienne sur un waggon du quartier maître, s’il y en a qui partant sur le champ, sinon sur mon propre waggon: qu’il n’oublie pas surtout mes papiers. Il peut ensuite venir après lui même et m’apporter les lettres du Général. Il faut qu’il fasse diligence; je ne puis partir sans différentes choses qui sont dans ma malle; qu’il se munisse lui même de ce qu’il lui faut. Mon adresse ici est: Mrs. Sword in Logan Alley, Second-street.

Je ne partirai point d’ici avant lundi prochain afin d’attendre votre réponse.

J’ai l’honneur d’être, mon cher Colonel,
Avec le plus parfait attachment,
Votre très humble et très obéissant servant,
Du Portail.

Col. Hamilton.