SCÈNE II.

Faust, Mephistopheles.

Mep.   (apparaissant). Me voici!... D'où vient ta surprise! Ne suis-je pas mis à ta guise? L'épée au côté, la plume au chapeau, L'escarcelle pleine, un riche manteau Sur l'épaule;—en somme Un vrai gentilhomme! Eh bien! que me veux-tu, docteur! Parle, voyons!...—Te fais-je peur?

Faust. Non.

Mep. Doutes-tu ma puissance?...

Faust. Peut-être!

Mep. Mets-la donc à l'épreuve!...

Faust. Va-t'en!

Mep. Fi!—c'est là ta reconnaissance! Apprends de moi qu'avec Satan L'on en doit user d'autre sorte, Et qu'il n'était pas besoin De l'appeler de si loin Pour le mettre ensuite à la porte!

Faust. Et que peux-tu pour moi?

Mep. Tout.—Mais dis-moi d'abord Ce que tu veux;—est-ce de l'or?

Faust. Que ferais-je de la richesse?

Mep. Bien! je vois où le bât te blesse! Tu veux la gloire?

Faust. Plus encor!

Mep. La puissance!

Faust. Non! je veux un trésor Qui les contient tous!... je veux la jeunesse! A moi les plaisirs, Les jeunes maîtresses! A moi leurs caresses! A moi leurs désirs? A moi l'énergie Des instincts puissants, Et la folle orgie Du cœur et des sens! Ardente jeunesse, A moi tes désirs! A moi ton ivresse! A moi tes plaisirs!...

Mep. Fort bien! je puis contenter ton caprice

Faust. Et que te donnerai-je en retour?

Mep. Presque rien: Ici, je suis à ton service, Mais là-bas tu seras au mien.

Faust. Là-bas?...

Mep. Là-bas. (Lui présentant un parchemin.) Allons, signe.—Eh quoi! ta main tremble! Que faut-il pour te décider? La jeunesse t'appelle; ôse la regarder!...

(Il fait un geste. Au fond du théâtre s'ouvre et laisse voir Marguerite assise devant son rouet et filant.)

Faust. O merveille!...

Mep. Eh bien! que t'ensemble? (Prenant le parchemin.)

Faust. Donne!... (Il signe.)

Mep. Allons donc! (Prenant la coupe restée sur la table.) Et maintenant, Maître, c'est moi qui te convie A vider cette coupe où fume en bouillonnant Non plus la mort, non plus le poison;—mais la vie!

Faust.  (Prenant la coupe et se tournant vers Marguerite.) A toi, fantôme adorable et charmant!...

(Il vide la coupe et se trouve métamorphosé en jeune et élégant seigneur. La vision disparaît.)

Mep. Viens!

Faust. Je la reverrai?

Mep. Sans doute.

Faust. Quand?

Mep. Aujourd'hui.

Faust. C'est bien!

Mep. En route!

Faust. A moi les plaisirs, Les jeunes maîtresses! A moi leurs caresses! A moi leurs désirs!

Mep. A toi la jeunesse, A toi ses désirs, A toi son ivresse, A toi ses plaisirs!

(Ils sortent.—La toile tombe.)

[ACTE DEUXIÈME.]