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To M. de Septchênes.

Bentinck Street, le 10 Decembre 1776.

SEPTCHÊNES TRANSLATES "DECLINE AND FALL."

Le paquet interessant que vous m'avez addressé, Monsieur, par la poste, m'a été rendu le 7me de ce mois: et c'est avec empressement que je saisis le premier instant pour rassurer votre modestie et pour vous témoigner les sentimens auxquels vous avez acquis les droits les plus légitimes. Representez-vous les inquiétudes d'un père pour le sort d'un enfant cheri, égaré sans guide du milieu de Paris et exposé au danger de déshonorer par des liaisons honteuses le nom qu'il portoit. S'il apprenoit donc, d'un coup, qu'une main secourable retirant son fils d'un état aussi triste l'avoit présenté dans les meilleures compagnies de Paris avec un éclat et des avantages qu'il ne tenoit point de sa naissance, jugez, Monsieur, des sensibilités de ce Père envers son ami et son bienfaiteur. L'estime seroit augmentée par la reconnoissance et leur affection commune pour l'objet de leurs soins deviendroit peut-être le lien le plus étroit de leur amitié. Pour parler sans figure de votre traduction de l'histoire de la décadence de l'Empire Romain, je l'ai lu, Monsieur, avec autant de plaisir que d'aviditê. Je crains de trop louer une production à laquelle j'ai moi-même fourni les materiaux, mais cette crainte ne doit pas m'interdire d'accorder des justes éloges qui sont dus à votre parfaite intelligence de l'original Anglois, et à la fidelité, aussi bien qu'à l'elegance, avec laquelle vous l'avez transporté dans votre langue. Si dans un petit nombre d'endroits j'ai été moins content de la traduction, ce ne sont que de legères meprises presqu'inevitables dans un ouvrage de longue haleine et auxquelles l'obscurité du texte peut quelquefois avoir donné lieu. Je prendrai la liberté de vous envoyer à la première occasion les observations qui se sont presentées à mesure que je lisois votre ouvrage; vous en ferez l'usage que vous jugerez le convenable. J'attens avec une vive impatience la suite de la traduction, et si le succès de la première partie ne vous encourage pas à la continuer, je déclare d'avance que ce ne sera point votre faute mais celle de l'original. Au cas que vous ne renonciez pas à cette enterprise, je serois charmé que vous voulussiez bien m'envoyer les épreuves, au sortir de la presse, je les examinerai avec toute l'attention de l'amour propre, et comme vous avez déjà gagné de vitesse sur vos concurrens, le délai de quelques jours seroit d'une assez petite importance. A propos, Monsieur, quel parti prendrez vous à l'égard des deux derniers chapitres? En Angleterre même ils ont excité, je ne sais pourquoi, du scandale parmi nos Ecclesiastiques, et malgré toutes vos précautions j'ai de la peine à concevoir comment ils pourrent soutenir la censure sévère de votre Eglise et de votre police. Mais nous avons du tems pour y songer; car je pense que dans tous ces chapitres, qui forment votre 2e partie, il n'y a rien, dont la delicatesse la plus scrupuleuse puisse se formaliser.

Je regrette sincèrement de n'avoir pas eu le plaisir de vous connoître dans votre dernier voyage: mais comme le Libraire Elmsley m'assure que vous aimez ce pays et que vous le visitez souvent, je ne desespère pas de trouver une occasion favorable pour reparer mes pertes. D'ailleurs j'ai quelque idée moi-même de faire une course à Paris ce printems prochain. En ce cas-là ma première demarche seroit de vous chercher, Monsieur, pour vous réiterer les assurances de l'estime et de la consideration avec laquelle j'ai l'honneur d'être

Votre très humble et très obéissant serviteur,
E. Gibbon.

P.S.—Votre paquet m'a couté deux Guinées et demi. Il vaut bien son prix: mais il faut toujours eviter les despenses inutiles. Si vous addressez vos lettres To Sir Stanier Porten, Under Secretary of State, Cleveland Row, London, Elles me parviendront avec sureté et sans frais.