APPENDIX.

[A.]

CHAPTER XVII. ENGLAND HAS NO RIGHTFUL TITLES TO NORTH AMERICA, EXCEPT THOSE WHICH MAY BE GRANTED HER BY FRANCE.

Second Mémoire concernant les limites des Colonies presenté en 1720, par Bobé prêtre de la congregation de la Mission. à Versailles. Archives Nationales.

(Extracts, printed literatim.)

“L’année Dernier 1719 je presenté un Memoire Concernant les prétensions reciproques de la grande bretagne et de la france par Raport aux Colonies des deux Nations dans L’Amerique, et au Reglement des limites des dites Colonies.

“Je ne repete pas ce que j’ay dit dans ce memoire, je prie seulement que l’on pese bien tout ce que j’y dis pour Aneantir les prétensions des Anglois, et pour les Convaincre, s’ils veullent être de bonne foy, qu’elles sont des plus mal fondées, trés Exorbitantes, et mêmes injustes, qu’ayant usurpé sur La france presque tout ce qu’ils possedent en Amerique, ils deveroient luy rendre au lieu de luy demander, et qu’ils deveroient estimer Comme un tres grand avantage pour Eux, la Compensation que j’y propose pour finir cette affaire, laqu’elle, sans cette Compensation, renaitra

toujours jusqu’a ce qu’enfin la france soit rentrée en paisible possession de tout ce qui luy appartient légitimement, et dont on ne L’a depoüilleé que par la force et La malheureuse Conjoncture des tems, qui sans doute tôt ou tard luy seront plus favorables.

“Il Est surprenant que les Anglois entendus Comme ils sont par Raport à leurs Interests, ne fassent pas attention qu’il Leurs est infiniment plus Avantageux de s’assurer, par un traité raisonnable, la tranquille et perpetuelle possession des payis ou ils etoient établis avant la paix D’utrecht, que de vouloir profiter des Conjonctures pour oster aux françois des payis qu’ils ne Cederont jamais de bon Coeur, et dont ils se rempareront quand ils trouveront l’occasion favorable pour Cela, se persuadant qu’il leur sera alors permis de reprendre par force, ce que par force on leurs à pris, et ce qu’ils ont été obligé de Ceder a Utrecht; et meme de reprendre au moins une partie des payis que l’angleterre à usurpez sur la france, qui ne les à jamais cedez par aucun traité que je scache....

“Jean Verazan par ordre de françois 1er. fit La decouverte de tous les payis et Costes qui sont Entre le 33e. et le 47e. Degre de latitude, et y fit deux voyages dont le dernier fut en 1523 et par ordre et au nom du dit Roy francois 1er. il prit possession de toute cette Coste et de tous ces payis, bien long tems avant que les Anglois y Eussent Eté.

“L’an 1562 Les françois s’établirent dans La Caroline. Champlain à La fin de la relation de ses voyages fait un chapitre exprez Dans lequel il prouve.

“1o. Que La france a pris possession de toutes les Costes et payis depuis la floride inclusivement jusqu’au fleuve St. Laurent inclusivemt., avant tout autre prince chrêtien.

“2o. Que nos roys ont eu, dez le Commancement des decouvertes des lieutenans generaux Dans ces payis et Costes.

“3o. Que Les françois les ont habitez avant les Anglois.

“4o. Que Les prétensions des Anglois sont Mal fondées.

“La Lecture De ce chapitre fait voir que Champlain prouve invinciblement tous ces chefs, et de maniere que les Anglois n’ont rien de bon à y repondre, de sorte que s’ils veullent être de bonne foy, ils doivent Convenir que tous ces payis appartiennent Légitimement à la france qu’ils s’en sont emparez et qu’ils les Retiennent Contre toute justice....

“Il Est A Remarquer que quoyque par le traité de St. germain l’angleterre dut restituer tout ce qu’elle Avoit occupé dans la Nouvelle france, et par Consequent toute la Coste depuis baston jusqu’a la virginie inclusivement (car alors les Anglois ne s’etoient pas encore emparez de la Caroline) laqu’elle Coste est Certainement partie de la Nouvelle france, les Anglois ne l’ont pas Cependant restituée et la gardent encore a present Contre la teneur du traité de St. Germain, quoy que la france ne L’ait point Cedée a L’angleterre ni par le dit traité ni par Aucun Autre que je scache.

“Cecy Merite La plus serieuse attention de la france, et qu’elle fasse Entendre serieusement aux Anglois que par le traité de St. germain ils se sont obligez de luy rendre toutte cette Coste, qui incontestablement est partie de la Nouvelle france, Comme je L’ay prouvé cy devant et encore plus au long dans mon 1r. memoire et Comme le prouvent Verazan, Champlain, Denis, et toutes les plus ancienes Cartes de l’amerique septentrionale....

“Or Le Commun Consentement de toute l’Europe est de depeindre la Nouvelle france S’étendant au moins au 35e. et 36e. degrez de latitude Ainsy qu’il appert par les mappe-mondes imprimées en Espagne, Italie, hollande, flandres, allemagne Et Angleterre même, Sinon depuis que les Anglois se sont Emparez des Costes de la Nouvelle france, ou est

L’Acadie, Etechemains L’almouchicois, et la grande riviere de St. l’aurens, ou ils ont imposé a leur fantaisie des Noms de nouvelle Angleterre, Ecosse, et autres, mais il est mal aisé de pouvoir Effacer une chose qui est Connué De toute la Chretienteé D’ou je Conclus,

“1o. Quavant L’Usurpation faite par les Anglois, toute Cette Coste jusqu’au 35e. Degre s’appelloit Nouvelle france, laquelle Comprenoit outre plusieurs autres provinces, l’Etechemains, L’almouchicois, et L’acadie....

“Les Anglois Doivent remettre à La france le Port Royal, et La france doit insister vigoureusement sur cette restitution, et ordonner aux françois de Port Royal, Des Mines, et de Beaubassin, et autres lieux De reconaitre sa Majesté tres Chretiene pour leur Souverain, et leur deffendre d’obeir a aucun autre; de plus Commander a tous ces lieux et payis, et a toute la partie Septentrionale de la Peninsule, ainsi qu’aux payis des Almouchicois et des Etechemains [Maine, New Hampshire, and Massachusetts], de Reconaitre le gouverneur de l’isle Royale pour leur Gouverneur.

“Il Est même apropos De Comprendre Dans le Brevet de gouverneur de L’isle Royale tous ces payis jusqu’au Cap Cod....

“Que La france ne doit point souffrir que les Anglois s’etablissent Dans les payis qu’elle n’a pas Cedez.

“Qu’elle Doit incessament s’en remettre en possession, y Envoyer quantite D’habitans, et s’y fortifier de maniere qu’on puisse Arrêter les Anglois que depuis long tems tachent de s’emparer de l’amerique francoise dont ils Conaissent L’importance, et dont ils feroient un meilleur usage que celuy que les françois en font....

“Si les Anglois disent que les payis qui sont entre les rivieres de quinibequi [Kennebec] et de Ste. Croix font partie de la Nouvelle Angleterre.

Je leurs Repons

“1o. Qu’ils scavent bien le Contraire, que Ces payis ont toujours fait partie de la Nouvelle france, que Les francois les ont toujours possedez et habitez, que Monsr. De St. Castin gentilhomme francois a toujours eu, et a encore son habitation entre la Riviere de Quinibequi et celle de Pentagoet [Penobscot] (que même depuis les usurpations des anglois et leurs etablissements, dans leur Prétenduë Nouvelle Angleterre) les francois ont toujours prétendu que la Nouvelle france s’etend qusqu’au Cap Cod et qu’il en est fait mention dans toutes les patentes de gouverneurs francois.

“2o Que De L’aveu même des Anglois, la Nouvelle Angleterre a une tres petite Etenduë du Costé de L’est, il est facile de le prouver par eux mêmes.

“J’ay Lu une description de la Nouvelle Angleterre et des autres Colonies Angloises, Composée par un Anglois, traduite en francois, imprimée à Paris en 1674 par Loüis Billaine, voicy les propres termes de Cet autheur Anglois, La Nouvelle Angleterre est au Septentrion de Marylande, au raport du Capitaine Smith, elle a prez de 25 Lieuës de Coste de mer.

“Ainsi selon les Anglois qui sont de Bonne foy, la Nouvelle Angleterre, qui n’a que prez de 25 lieuës de Coste de mer, ne scauroit s’etendre jusqu’e á La Riviere de Quinebequi. C’est tout au plus si elle s’etend jusqu’a deux ou trois lieuës à l’est De Baston.

“Il Semble même que les Anglois ont basti Baston, et en ont fait une ville Considerable à l’extremeté de leur pretenduë Nouvelle Angleterre.

“1o Pour être a portée et en Etat de s’emparer sur les francois de tout ce qui est à L’est de Baston.

“2o Pour être en Etat d’Empecher les francois de s’etablir sur toute Cette Coste jusqu à La Karoline inclusivement, laquelle Coste etant de Notorieté publique de la Nouvelle france, à eté usurpez sur La france a qui elle appartenoit alors, et luy appartient Encore, ne L’ayant jamais cedeé. C’est ce que je vais prouver.

“Apres Avoir Invinciblement Convaincu les Anglois que tout ce qui est a L’est de quinibequi a Toujours appartenu et appartient encore a La france, excepté L’Acadie selon ses Ancienes limites, qu’elle a Cedée par force a L’Angleterre par La paix d’utrecht.

“Il faut Que Presentement je prouve que toute La Coste depuis la Riviere quinibequi jusqu’ à La Caroline inclusivement appartient par toutes sortes de droits à La france. Sur qui les Anglois L’ont usurpée, voicy une partie de mes preuves.

“Les françois ont decouvert tous ces payis Avant les Anglois, et en ont pris possession avant Eux. Les Roys de france ont nommé ces payis Caroline et Nouvelle france avant que les Anglois leurs eussent donné des Noms à leur mode pour faire oublier les Noms que les francois Leurs avoient imposez. Et que ces payis Appartenoient à La france.

“Les Roys de france ont Donné des lettres patentes à leurs sujets pour posseder et habiter ces payis, avant que Jacques 1r. et Charles 1r. Roys d’Angleterre en eussent donne à Leurs sujets.

“Pour Convaincre les Anglois de ces veritées il faut Lire avec attention ce qu’en ont Ecrit Jean verazan, Champlain, Laet, Denis.

“Les traitez faits Entre La france et L’Angleterre, et Le memoire que j’ay presenté L’anneé Dernier 1719.

“On y Trouvera tant de Choses, lesquelles il seroit trop long de Copier icy, qui prouvent que ces payis ont toujours

appartenu de droit a La france, et que les Anglois s’en sont emparez par force, que La france ne les a jamais Cedez à l’angleterre par aucun traité, que je scache.

“Et Partant que La france Conserve toujours son droit sur tous ces payis, et qu’elle a droit de les redemander à l’Angleterre. Comme elle les redemande présentement, ou Bien un Equivalent.

“L’Equivalent que la france demande et dont elle veut bien se Contenter, C’est la restitution de tout ce qu’elle a Cedéé par force à L’Angleterre par Le traité D’utrecht.

“Il Est De l’honeur et de l’interest de l’angleterre d’accorder à la france cette Equivalent.

“1o Parceque n’y ayant point D’honeur à profiter des Malheurs D’un Roy pour Luy faire Ceder par force les payis qui luy appartiennent, il est de l’honeur de L’Angleterre de rendre a la france, ce qu’elle a eté Contrainte de luy ceder, et qu’elle ne possede qu’a ce mauvais tiltre.

“2o Il est aussi Contre la justice et l’honeur de l’angleterre de posseder sans aucun Tiltre, et Contre toute justice les payis qui sont depuis la Riviere de quinibequi jusqu’à la Caroline inclusivement.

“3o Il N’est pas moins de l’honeur et de l’interest de l’angleterre de profiter du moyen que la france veut bien luy presenter, pour sassurer a perpetuite toute Cette Coste, et pour la posseder justemt. par la Cession que la france en fera, et de tous ses droits sur ces payis moyennant L’Equivalent proposé.

“4o Parceque L’Angleterre doit Craindre que la france, dont elle ne Doit mepriser ni le Ressentiment ni la puissance, ne trouve une Conjoncture favorable pour faire valoir ses pretensions et ses droits, et pour Rentrer en possession de tout ce que L’Angleterre Luy a usurpée, et de tout ce qu’elle l’a obligé par force de luy Ceder.

“5o Quand on veut trop avoir, souvent on n’a Rien, et

meme on perd ce que L’on Avoit. Il est donc de la sagesse Et de l’interest de l’Angleterre de ne pas pousser trop loin ses demandes, et de Convenir avec La france de sorte qu’elle puisse posseder Avec justice et tranquillement des payis que la france Aura toujours droit de reprendre jusqu’a ce qu’elle en ait fait une Cession libre et volontaire, et qu’il paroisse que L’Angleterre En faveur de Cette Cession luy ait donné un Equivalent.

“La france s’offre donc pour vivre en paix avec l’Angleterre de luy Ceder tous ses droits sur toute la Coste qui est entre la riviere de quinibequi dans la Nouvelle france jusqu’a la Riviere Jourdain, dans la Caroline, de sorte que ces deux rivieres servent de limites aux francois et aux Anglois.

“La france Demande pour Equivalent de la Cession de tant de payis, si grands, si beaux, et si a sa biensceance que l’Angleterre luy rende Et restituë tout ce qu’elle luy à cedé par le traité Dutrecht.

“Si La france ne peut pas engager L’Angleterre à convenir de Cet Equivalent, Elle pouroit (mais Ce ne doit être qu’a L’extremité) Ceder Encore à l’Angleterre la Caroline francoise, C’est a dire, ce qui est au sud de la Riviere Jourdain, Ou bien Ce qui est Entre la Riviere quinibequi, et Celle de Pentagoet. Ou bien leur offrir une somme D’argent.

“Il Semble que L’Angleterre doive estimer Comme un grand Avantage pour Elle, que La france veuille bien Convenir de Cet Equivalent, qui Assure Aux Anglois et leur rend legitime La possession de Cette grande etenduë de Costes qu’ils ont usurpez sur La france, qui ne les a jamais Cedez, qui ne les Cedera jamais, et sur lesqu’elles elle Conservera toujours ses legitimes droit et pretensions, jusqu’a ce qu’elle les ait Cédeés a L’angleterre moyennant un Equivalent raisonnable tel qu’est la Restitution de tout ce que La France luy a Cedé par force a Utrecht.

Limites.

“Suposeé L’acceptation de Cet Equivalent par L’une et l’autre Nation.

“La france toujours genereuse Consentira pour vivre en paix avec les Anglois, qu’une ligne tirée depuis l’embouchure de la Riviere de quinibequi, ou bien, depuis l’embouchure de la Riviere de Pentagoet, qui ira tout droit passer á egale distance entre Corlard [Schenectady] et les lacs de Champlain et du Saint Sacrement, et joindre la ligne par laqu’elle le sieur de L’isle geographe termine les terres Angloises, jusqu’a la Riviere Jourdain, ou bien jusqu’à La Caroline inclusivemt. La france dis-je Consentira que cette ligne serve De borne et limites aux terres des deux Nations, de sorte que tous les payis et terres qui sont entre Cette ligne et la mer appartiendront à L’Angleterre, et que tout ce qui sera au dela de cette ligne appartiendra a La france.

“Dans Le fond il est avantageux a la france de faire incessament regler les limites, tant pour Empecher les Anglois d’empieter toujours de plus en plus sous pretexte de limites Non regleés, que parcequ’il est assuré que si le droit de la france est bien soutenu le réglement lui sera Avantageux, aussi bien que l’equivalent que j’ay proposé.

“Mais il pouroit arriver que les Anglois qui ont demandé le Reglement des limites, voyant qu’il ne doit pas leur etre favorable s’il est fait selon la justice, pourroient bien eux mêmes l’eloigner, afin de pouvoir toujours empieter sur les francois sous pretexte de limites non regleés, et de se mettre toujours en possession des payis Appartenans à la france.

“En ce Cas et aussi au Cas que les Anglois ne veullent pas restituer a la france leur Nouvelle Angleterre et autres payis jusqu’a la Caroline inclusivement qu’ils luy out usurpez,

ou bien leur rendre L’Acadie &c pour l’equivalent Dont j’ay parlé.

“1o Il faut que la france mette incessament quantité d’habitans dans le payis qui est entre la riviere de quinibequi et Celle de Ste. Croix, lequel payis qui selon les Anglois N’est point en Litige, ni partie de la pretenduë Nouvelle Ecosse, même, selon l’etenduë imaginaire que luy á donnée leur Roy Jacques 1r. qui ne la fait Commancer qu’a La riviere Ste Croix, et Celle de quinibequi N’ayant jamais eté Cedé ni par le traite D’utrecht ni par Aucun autre que je scache, et ce payis Ayant toujours appartenu a La france, et eté par elle possedez et habité, Mr. de St. Castin gentilhomme francois ayant son habitation entre la riviere de Pentagoet et Celle de quinibequi comme je l’ay Deja dit.

“2o On peut même faire entendre a L’Angleterre que Le Roy donnera Ce payis a la Compagnie des Indes qui scaura bien le deffendre et le faire valoir.

“Que Le Roy donnera aussi a la Compagnie des Indes la Caroline francoise, Comme depandance et province de la loüisiane, a Condition qu’elle y mettera des habitans, et y fera bâtir de bons forts, et une bonne Citadelle pour soutenir et deffendre ce beau payis Contre les Anglois.

“Il Est Certain que si le Roy fait entendre serieusement qu’il est resolu de donner à la Compagnie des Indes non seulement La Caroline francoise, et le payis qui est entre les Rivieres de quinibequi et de Ste Croix, mais aussi de luy Ceder et abandonner tous ses droits sur tous les payis que les Anglois ont usurpez sur la france.

“Il Est Certain Dis je, que les Anglois, Crainte D’Avoir affaire avec une Compagnie si puissante, se resoudront au Reglement des limites, tel que je l’ay proposé, et à rendre a la france toute la Nouvelle Ecosse ou Acadie selon ses Ancienes limites, Enfin tout ce que la france leur à Cedez a Utrecht, moyennant une somme D’Argent, ou bien L’equivalent que j’ay Aussi proposé.

“Je finis Ce memoire en priant de faire une tres serieuse attention aux Exorbitantes prétensions des Anglois et a tout ce qu’ils ont fait Et font encore pour se rendre maitres de la pesche la Moluë, et de L’Amerique francoise.

“En Effet il est tres important que quand on traitera du reglement des limites, La france attaque les Anglois au lieu d’etre sur La defensive, C’est a dire, qu’elle doit demander aux Anglois tout ce qu’ils ont usurpez sur Elle, et le demander vigoureusement.

“C’est peut être le meilleur moyen de les mettre a la Raison, il est même apropos qu’elle les presse de finir Cette affaire, Dont sans doute La Conclusion luy sera Avantageuse, si on luy rend justice.”

II.

DEMANDES DE LA FRANCE (1723).

Archives du Ministère des Affaires Etrangères.

(Literatim.)

“Pour tous les Raisons deduites cy devant La france demande a Langleterre.

“1o Qu’Elle laisse jouir Tranquillement la france de Tous les pays qui sont a L’Est de la riviere Quinibequi ou de Celle de St. Georges excepté de la seulle ville de Port Royal avec sa banlieüe et de L’accadie selon ses anciennes Limites, C’Est a dire La partie Meridionale de la Peninsule depuis le Cap fourchu jusqua Camseau Exclusivement, Que la france a cedée par la traite d’Utrecht, Tout le reste qui est a L’Est de Quinibequi [Kennebec], appartenant a La France en tout souveraineté depuis L’an 1524. Laquélle ne la jamais cedé ny par le Traitté d’Utrecht ny par aucun autre traitté.

“2o Que les Anglois Laissent Vivre Tranquillement sous la domination du Roy les nations Sauvages qui sont dans Les payis a L’Est de Quinibequi et qu’ils Ninquietent point les Missionnaires qui demeureront Chés les d. Nations Ny les françois qui Iront Chés Elles.

“3o Que Les Anglois restituent a la france ce qu’ils ont occupé a L’Est de Quinibequi et qu’ils ne Trouvent pas mauvais que les françois prennent detruisent ou gardent les forts Postes et habitations, que les Anglois ont Etablis, ou Etabliront dans tous les Pays a L’Est de Quinibiqui, ou de la Rivierre St Georges Car quand même il ne Seroist pas sure que Ces d. Paÿs appartiennent a La France, il suffit qu’ils sont Contesté pour rendre injuste et Violente L’occupation qu’En feroient les Anglois avant que la Contestation fut finie.

“4o Que Les Anglois restituent tout ce qu’ils Occupent dans la Nouvelle france depuis Le 30e degré jusqua Quinibequi ou jusqua La Rivierre St georges Comme Elle y est obligeé par Le traitté de St. germain En Laye En 1632. La france ne luy ayant jamais cedé par aucun Traitté aucune partie de toute La Nouvelle france, sinon La Ville de Port Royal avec sa Banlieüe et lacadie selon ses anciennes Limittes.

“Si les Anglois disent que la France ne s’est point opposeé aux occupations qu’ils ont fait dans la Nouvelle france

“Je Leur repons que la france sy est toujours opposeé et qu’elle s’Est Toujours Maintenuë dans la souveraineté de toute la Nouvelle france, soit en donnant tout ses Paÿs enconcession, soit en y envoyant des gouverneurs généraux, soit en Nommant Vice Roys de la Nouvelle france Les plus grands Seigneurs du Roÿaume, Tels Ont esté M. Le Comte de Soissons, M. Le Prince de Condé, M. de Montmorency, M. Le Duc de Vantadour, M. Le Cardinal de Richelieu etc.

qui des les premiers tems ont este successivement Viceroys de la Nouvelle france et Terres Circonvoisines, par la Lecture de leurs patentes On verra que Nos Roys se sont Toujours Conservé la Souveraineté des pays qui sont Entre le 30e. et Le 50e. degré, et qu’ils Nont jamais Consenty que les Anglois y fissent aucun Etablissement et que sy-ils y en ont fait çá esté Malgré la france, que avoit trop d’affaires en Europe pour pouvoir les Empecher, Se reservant Toujours ses droits et la Volonté de les faire Valoir quand Elle en Trouveroit une occasion favorable, ce qui pourroit bien arriver un jour, alors on Verroit que L’on ne s’Empare pas Impunement et par Violence, des Domaines d’un Roy de france et qu’il est assés puissant pour se remettre en pocession Tost ou tard de ce qu’on a Usurpé sur luy, C’est a quoy les Anglois deveroient faire attention, et ce qui devroit les obliger de ne pas mepriser Ny maltraitter La France Comme Ils font.

“La france s’Est encore opposeé aux Usurpations des Anglois Les ayant obligé par le traitté de St. Germain En 1632, de restituer a la france Tout ce qu’ils avoient jusqual’ors occupe dans la Nouvelle france, Ils Nont pas cependant Encore fait cette restitution, Mais on leur demande présentement qu’ils la fassent incessammant N’Etant pas juste qu’ils retiennent plus Longtems ce qui ne leur appartient pas, et qu’ils ont promis solennellement de restituer a la france.

“Mais disent Les Anglois Nous sommes Etablis dans La Nouvelle france depuis la Caroline Inclusivement jusqua Quinibequi depuis 1585, jusqua presant 1723. Nous y avons mis quantiteé d’habitans et bastis plusieurs grandes villes. Navons Nous pas prescrit Contre La france par une sy Longue procession.”

Reponse.

“Non parce que La france sy est Toujours opposeé par les Lettres pattentes qu’Elle a donneés aux Concésionnaires Generaux, aux Lieutenants generaux et aux Viceroys de la Nouvelle france.

“Non parce que La france obligea en 1632, par Le traitté de St. Germain, Langleterre de luy restituer tous les lieux occupés dans la Nouvelle france par les Anglois, Et que le traitté de Breda en 1667, celuy de Neutralité en 1686, et celuy d’Utrecht en 1713, ne disent rien d’ou on puisse Inferer que la france ait cedé a Langleterre aucune partie de la Nouvelle france, sinon la province de la Cadie selon ses anciennes Limittes, et la seule ville de Port Royal avec ses dépendances ou Banlieüe. Je dis encore que Cette longue possession des anglois, ces Villes baties et ce grand Nombre d’habitans mis par eux dans ces pays Nanéantissent point le droit de la france pour les redemander....

“Il y avoit Environ 150 ans que les françois avoient abandonné les postes qu’ils avoient alors sur la Coste du Bresil les Portuguais sy Etablirent aussitost y Mirent quantité d’habitans et y batirent de grandes Villes. Ils ne Croyoient pas cependant que pour cela la france fut dechüe de ses droits de proprieté et de souveraineté sur ces pays abandonnés par Elle depuis 150 ans, puisqua Utrecht en 1713 Le Roy de Portugal demanda au Roy qu’il luy abandonnat ses droits sur ces pays, ce qui Le Roy fit en Consideration du Portugal.

“Les Anglois possedoient depuis longues anneés La Jamaique y avoient quantité d’habitans, de forts et de riches Villes, persuadés cependant que les droits de l’Espagne subsisteroient Tant quelle Ny auroit pas renoncé en leur faveur. Ils demanderent a Utrecht Cette renonciation au Roy d’Espagne et il la leur accorda.

“Si les Anglois avoient demandé a la france une Cession de tous ces droits sur les pays occupés par Eux dans la Nouvelle france Il y a apparance que le Roy leur auroit fait cession a des Conditions raisonnables. Ils nont pas demandés cette cession, ou sy ils lont demandeé, elle ne leur a pas esté accordeé les droits de la france subsistent donc Toujours et Elle pretend presentement que les Anglois qui en usent sy mal avec Elle, luy restituënt Tout ce quelle a usurpé dans la Nouvelle france depuis le 30e. jusquau 50e. degré.”

“Mais disent les Anglois Commant pouvoir restituer un sy vaste pays ou nous avons une Infinité d’habitans et un trés grand nombre de belles et riches villes? Une Telle restitution N’Est pas practicable.”

Response.

“Javouë qu’il est bien difficile de sy resoudre même aux personnes qui font profession d’aimer L’Equité et La Justice.

“Mais Le Roy aime trop la nation Angloise, a trop de Consideration pour Elle, desire trop luy faire plaisir, et est trop généreux pour exiger d’Elle une Telle restitution Voulant luy donner Un Exemple de la moderation dont il souhaite que Langleterre use a son Egard.

“Il se désistera Volontiers de tous ces droits et consentira que Toute la Coste jusqua 20 Lieuës dans l’Enfoncement des Terres Depuis le 32e. degré jusqua la Rivierre de Quinibequi demeure en toute proprieté et souveraineté a perpetuité a Langleterre a condition quelle Sobligera par un traitté solennel et décisif de ne jamais passer ces limites. Que la france ne sera jamais Inquieté par Langleterre dans la Jouissance en proprieté et souveraineté de Ce qui est au

dela de ces 20 lieuës dans lenfoncement des terres et de Tous les pays qui sont a L’Est de la rivierre de Quinibequi, qui de Ce Costé la servira de Limites aux deux Nations, et que Langleterre rendra a la france Le port Royal et la Cadie avec leurs dependances, Enfin Tout ce que la france luy a Cedé par le traité d’Utrecht sans en rien Excepter.

“Cet offre du Roy doit estre agreable a Langleterre et luy faire plaisir, parceque sy elle l’accepte elle possedera a juste Titre cette grande partie de la Nouvelle france, qu’Elle possedera Toujours injustement sy Elle Naccepte pas un offre sy raisonnable que Luy fait Le Roy qui sans cette acceptation Ne renoncera jamais a ses droits de souveraineté sur une sy grande et sy belle partie de la Nouvelle France, droits que les anglois doivent Craindre qu’il Ne fasse Valoir Tost ou tard, Car si puissante que soit Langleterre, Ils ne doivent pas croire que la france ne luy cede rien en puissance ny en quoy que ce soit, et qu’on ne la meprise et maltraitte pas Impunement.

“Sy Les Anglois ont quelques autres titres et quelques autres raysons a alleguer en leur faveur, sy on me veut faire L’honneur de me les Communiquer, Je moffre d’y repondre d’une maniere a les obliger d’ avouër qu’ils ont tort, sils sont de bonne foy et si ils aiment La justice et la paix.

Addition.

“On vient de me faire voire une carte de la nouvelle france presenté au Roy par les Anglois sur la quelle est tracé par une ligne tout ce qu’ils pretendent en vertu du traitté d’Utrecht.

“Ils y etendent sy loin leurs pretentions dans Les terres, qu’il y a tout lieu de Croire que cette Ligne na pas eté traceé, Ny Cette carte presenteé par ordre et au scû du Sage et judicieux ministre dangleterre, mais par quelqu’Un

que donne a penser qu’il veut broüiller L’angleterre avec La france.

“Ce qui donne encore plus de lieu a avoir de luy cette penseé C’est que le traitté d’Utrecht ayant determiné les Limites des deux Nations pour la pesche, par desairs de vent, quoyque par toutes les nations les airs de vent se tracent en Ligne droite, il les a tracé en Ceintre a L’Est de Lisle de Sable, en quoy il semble avoir Intention de se mocquer de la france et de L’Irriter.

“La prise d’un vaisseau françois dans Le passage de Camceau, La Construction d’un fort a Canceau, Le nom d’albanie donné a la partye de la Nouvelle France qui est entre quinibequi et la ville de Port Royal pays qui n’a point esté Cedé par le traitté d’Utrecht, Les forts Construits, et Les Concessions donneés, Les Nations sauvages, et Les missionnaires maltraités dans ce pays appartenant a la france, ou du moins pretendu et Contesté par Elle.

“Tout cela pourroit bien Venir de quelque Anglois qui voudroit broüiller les deux Nations. C’est aux Anglois pacifiques a le punir et a la france a supposer a de telles entreprises jusqu ce que les Limites soient regleés d’Une Maniere Equitable.

“Collationné et figuré sur une Copie de Mémoire ou notte en papier non Signeé ni dattée estant au Secrétariat du Chateau St. Louis de Quebec ou elle est resteé Par Le Notaire Royal en la prevosté de Quebec y resident soussigné ce jourdhuy Vingt cinq Juillet mil sept cent cinquante.

Du Laurent.

“François Bigot, Conseiller du Roy en ses Conseils, Intendant de justice, Police, finances et de la marine en la Nouvelle france.

“Certifions a tousqu’il appartiendra que Mr. Dulaurent qui a signé la Collation de L’autre part Est notaire Royal en la prevosté de Quebec Et que foy doit Estre ajouteé

a sa signature En la de qualité; En temoin de quoy nous avons signeé et fait Contresigner ces presentes par nôtre secretaire et a Icelles fait apposer le Cachet de nos armes, fait en nôtre hotel a Quebec Le per. Aoust, mil sept cent Cinquante.

Bigot

 Cachet Par monseigneur

Deschenaux.”

Endorsed. “Envoyé par Mr. Bigot Intendt. du Canada avec sa lettre au Mis. de Puyzieulx du 1er. aoust 1750. No 25, 1723.”


[B.]

CHAPTERS XIX., XX., XXI.

THE SIEGE OF LOUISBOURG AS DESCRIBED BY FRENCH WITNESSES.

Lettre d’un Habitant de Louisbourg contenant une Relation exacte et circonstanciée de la Prise de l’Isle Royale par les Anglois. À Québec, chez Guillaume le Sincère, à l’Image de la Vérité. MDCCXLV. [Extraits.]

[Literatim.]

“... Le mauvais succès dont cette entreprise (against Annapolis) a été suivie, est envisagé, avec raison, comme la cause de notre perte. Les Anglois ne nous auroient peut-être point inquietés, si nous n’eussions été les premiers à les insulter. Notre qualité d’aggresseurs nous a été funeste; je l’ai oüi conter à plus d’un ennemi, & je n’y vois que trop d’apparence. Les habitans de la nouvelle Angleterre étoient interressés à vivre en paix avec nous. Ils

l’eussent sans doute fait, si nous ne nous étions point avisés mal à propos de les tirer de cette sécurité où ils etoient à notre égard. Ils comptoient que de part & d’autre, on ne prendroit aucun parti dans cette cruelle guerre qui a mis l’Europe en feu, et que nous nous tiendrions comme eux sur la seule défensive. La prudence le dictoit; mais elle n’est pas toujours la régle des actions des hommes: nous l’avons plus éprouvé que qui que ce soit....

“... L’expédition de l’Acadie manquée, quoiqu’il y eût tout à parier qu’il reuissiroit par le peu de forces que les ennemis avoient pour nous résister, leur fit faire de serieuses réflexions sur notre crainte, ou notre faiblesse. Selon tous les apparences, ils en conclurent qu’ils devoient profiter d’une aussi favorable circonstance, puisque dès-lors ils travaillerent avec ardeur à l’armement qui leur était necessaire. Ils ne firent pas comme nous: ils se prêterent un secours mutuel: on arma dans tous leurs Ports, depuis l’Acadie jusqu’au bas de la Côte: on dépêcha en Angleterre, & on envoya, dit on, jusqu’à la Jamaïque afin d’en tirer tous les secours qu’il seroit possible. Cette entreprise fut concertée avec prudence, et l’on travailla tout l’hiver pour être prêt au premier beau tems.

“Les préparatifs n’en pouvaient être si secrets, qu’il n’en transpirât quelque chose. Nous en avions été informés dès les premiers instans, & assez à tems pour en pouvoir donner avis à la Cour....

“Nous eumes tout l’hiver à nous, c’était plus qu’il n’en falloit pour nous mettre en état de défense; mais la terreur s’étoit emparée des esprits: on tenait des conseils, dont le résultat n’avoit rien que de bizarre et de puérile; cependant le tems s’écoulait, nous perdions de précieux momens en déliberations inutiles, & en résolutions presque aussitôt détruites que prises. Quelques ouvrages demandoient qu’on les parachevât: il en falloit renforcer quelques-uns, augmenter

quelques autres, pourvoir à des postes, visiter tous ceux de l’Isle, voir où la descente étoit plus facile, faire le denombrement des personnes en état de porter les armes, assigner à chacun son poste; enfin se donner tous les soins et les mouvemens ordinaires en pareil cas; rien de tout cela ne se faisoit; de sorte que nous avons été surpris, comme si l’ennemi fût venu fondre sur nous à l’improviste. Nous aurions eu même assez de tems pour nous precautionner mieux qu’on ne l’a fait, depuis le jour où nous vimes paroître les premiers Navires qui nous ont bloqués; car ils n’y sont venues que les uns après les autres, ainsi que je le dirai dans la suite. La négligence & la déraison avoient conjuré la perte de notre malheureuse Isle....

“Ce fut le quatorze [Mars], que nous vimes les premiers Navires ennemis; ils n’étoient encore que deux, & nous les primes d’abord pour des Vaisseaux François; mais nous fumes bien tôt détrompés par leur manœuvre. Le nombre en augmentoit de jour à autre, il en arriva jusqu’à la fin de Mai. Ils croiserent long-tems, sans rien tenter. Le rendez-vous général étoit devant notre Isle, où ils arrivoient de tous côtez; car on avoit armé à l’Acadie, Plaisance, Baston, & dans toute l’Amerique Anglaise. Les secours d’Europe ne vinrent qu’en Juin. C’étoit moins une entreprise formée par la Nation ou par le Roi, que par les seuls habitans de la nouvelle Angleterre. Ces peuples singuliers ont des Lois & une Police qui leur sont particulières, & leur Gouverneur tranche du Souverain. Cela est si vrai, que, quoi-qu’il y eût guerre déclarée entre les deux Couronnes, il nous la déclara lui de son chef & en son nom, comme s’il avoit fallu qu’il eût autorisé son maître. Sa declaration portoit, qu’il nous déclaroit la guerre pour lui, & pour tous ses amis & alliés; il entendoit parler apparemment des Sauvages qui leur sont soumis, qu’on appelle Indiens, & que l’on distingue des Sauvages qui obéissent à la France.

On verra que l’Amiral Warren n’avoit rien à commander aux troupes envoyées par le Gouverneur de Baston, & que cet Amiral n’a été que Spectateur, quoique ce soit à lui que nous nous soyons rendus. Il nous en avoit fait solliciter. Ce qui marque bien l’independance qu’il y avoit entre l’armée de terre & celle de mer que l’on nous a toujours distinguées comme si elles eussent été de differentes Nations. Quelle Monarchie s’est jamais gouvernée de la sorte?

“La plus grande partie des Bâtimens de transport étant arrivés dans le commencement de Mai, nous les apperçûmes le onze en ordre de bataille, au nombre de quatre-vingt seize venant du côté de Canceaux & dirigeant leur route vers la Pointe plate de la Baye de Gabarus. Nous ne doutames plus qu’ils n’y fissent leur descente. C’est alors qu’on vit la nécessité des precautions que nous aurions dû prendre. On y envoya à la hâte un détachement de cent hommes, tirés de la garnison & des Milices, sous le commandement du sieur Morpain, Capitaine de Port. Mais que pouvait un aussi faible corps, contre la multitude que les ennemis debarquoient! Cela n’aboutit qu’à faire tuer une partie des nôtres. Le sieur Morpain trouva déjà près de deux milles hommes débarqués; il en tua quelques-uns & se retira.

“L’Ennemi s’empare de toute la campagne, & un détachement s’avance jusques auprès de la batterie Royale. Pour le coup, la frayeur nous saisit tous; on parla dès l’instant d’abandonner cette magnifique batterie, qui auroit été notre plus grande défense, si l’on eût sçu en faire usage. On tint tumultuairement divers Conseils là-dessus. Il seroit bien difficile de dire les raisons qui portoient à un aussi étrange procédé; si ce n’est une terreur panique, que ne nous a plus quitté de tout le Siège. Il n’y avoit pas eu encore un seul coup de fusil tiré sur cette batterie, que les ennemis ne pouvoient prendre qu’en faisant leurs approches comme pour la Ville, & l’assiégeant, pour ainsi dire, dans

les régles. On en a dit sourdement une raison sur laquelle je ne suis point en état de décider; je l’ai pourtant entendu assurer par une personne qui était dans la batterie; mais mon poste étant en Ville, il y avoit long-tems que je n’étois allé à la batterie Royale: C’est que ce qui détermina à un abandon si criminel, est qu’il y avoit deux brêches qui n’avoient point été réparées. Si cela est, le crime est encore plus grand, parce que nous avions eu plus de loisir qu’il n’en falloit, pour mettre ordre à tout.

“Quoiqu’il en soit, la résolution fut prise de renoncer à ce puissant boulevard, malgré les représentations de quelques gens sages, qui gémissoient de voir commettre une si lourde faute. Ils ne purent se faire écouter. Inutilement remontrèrent-ils que ce seroit témoigner notre foiblesse aux ennemis, qui ne manqueroient point de profiter d’une aussi grande étourderie, & qui tourneroient cette même batterie contre nous; que pour faire bonne contenance & ne point réchauffer le courage à l’ennemi, en lui donnant dès le premier jour, une si grande espérance de réussir, il falloit se maintenir dans ce poste important le plus que l’on pourroit: qu’il étoit évident qu’on s’y conserveroit plus de quinze jours, & que ce délai pouvoit être employé à retirer tous les canons dans la Ville. On répondit que le Conseil l’avoit résolu autrement; ainsi donc par ordre du Conseil, on abandonna le 13 sans avoir essuyé le moindre feu, une batterie de trente pièces de canon, qui avoit couté au Roi des sommes immenses. Cet abandon se fit avec tant de précipitation, qu’on ne se donna pas le temps d’encloüer les canons de la manière que cela se pratique; aussi les ennemis s’en servirent-ils dès le lendemain. Cependant on se flatoit du contraire; je fus sur le point de gager qu’ils ne tarderoient guères á nous en battre. On étoit si peu à soi, qu’avant de se retirer de la batterie, le feu prit à un baril de poudre, qui pensa faire sauter plusieurs personnes, & brûla la robe

d’un Religieux Récolet. Ce n’étoit pas de ce moment que l’imprudence caracterisoit nos actions, il y avoit long-tems qu’elle s’étoit refugiée parmi nous.

“Ce que j’avois prévu arriva. Dès le quatorze les ennemis nous saluèrent avec nos propres Canons, dont ils firent un feu épouvantable. Nous leur répondimes de dessus les murs; mais nous ne pouvions leur rendre le mal qu’ils nous faisoient, rasant nos maisons, & foudroyant tout ce qui étoit à leur portée.

“Tandis que les Anglois nous chauffoient de la batterie Royale, ils établissoient une Plate-forme de Mortiers sur la hauteur de Rabasse proche le Barachois du côté de l’Ouest, qui tirerent le seize jour où a commencé le bombardement. Ils avoient des Mortiers dans toutes les batteries qu’ils éleverent. Les bombes nous ont beaucoup incommodé....

“Les ennemis paroissoient avoir envie de pousser vigoureusement le Siège. Ils établirent une batterie auprès de la Plaine de Brissonnet, qui commença à tirer le dix-sept, & travaillerent encore à une autre, pour battre directement la Porte Dauphine, entre les maisons du nommé la Roche & Lescenne, Canonier. Ils ne s’en tinrent point à ces batteries, quoiqu’elles nous battissent en brêche; mais ils en dresserent de nouvelles pour soutenir les premières. La Plaine marécageuse du bord de la Mer à la Pointe blanche, les incommodoit fort, & empêchoit qu’ils ne poussassent leurs travaux comme ils l’auroient souhaité: pour y rémédier, ils pratiquerent divers boyaux, afin de couper cette Plaine; étant venus à bout de la dessécher, ils y firent deux batteries qui ne tirerent que quelques jours après. Il y en avoit une au dessus de l’habitation de Martissance, composée de sept pièces de canon, prises en partie de la Batterie Royale & de la Pointe plate ou s’etait fait le débarquement. On la destinoit à miner le Bastion Dauphin; ces deux dernières batteries ont presque rasé la Porte Dauphine.

“Le dix-huit nous vîmes paroître un Navire, avec Pavillon Français, qui cherchoit à donner dans le Port. Il fut reconnu pour être effectivement de notre Nation, & afin de favoriser son entrée, nous fimes un feu continuel sur la Batterie Royale. Les Anglais ne pouvant resister à la vivacité de notre feu, qui ne discontinuoit point, ne purent empêcher ce Navire d’entrer, qu’il leur eut été facile sans cela de couler à fond. Ce petit refraichissement nous fit plaisir; c’étoit un Navire Basque: il nous en étoit venu un autre dans le courant d’Avril.

“Nous n’eumes pas le même bonheur pour un Navire de Granville, qui se présenta aussi pour entrer, quelques jours après; mais qui ayant été poursuivi, fut contraient de s’echouer, & se battit long-tems. Celui qui le commandoit, nomme Daguenet, étoit un brave homme, lequel ne se rendit qu’à la dernière extrêmité, & après avoir été accablé par le nombre. Il avoit transporté tous les Canons d’un même côté, & en fit un feu si terrible, que les ennemis n’eurent pas bon marché de lui. Il fallut armer presque toutes leurs Chaloupes pour le prendre. Nous avons sçu de ce Capitaine, qu’il avoit rencontré le Vigilant, & que c’étoit de ce malheureux Vaisseau, qu’il avoit apris que l’Isle Royale étoit bloquée. Cette circonstance importe au récit que je vais faire.

“Vous êtes persuadés, en France, que la prise de ce Vaisseau de guerre a occasionné la notre, cela est vraie en quelque sorte, mais nous eussions pu nous soutenir sans lui si nous n’avions pas entassé fautes sur fautes, ainsi que vous avez dû vous en aperçevoir jusqu’à présent. Il est vrai que, graces à nos imprudences, lors que ce puissant secours nous arrivoit, nous commencions à être sans espérance. S’il fût entré, comme il le pouvoit, nous serions encore dans nos biens, & les Anglais eussent été forcés de se retirer.

Le Vigilant parut le vingt-huit ou le vingt-neuf de

Mai, à environ une lieue et demie de distance de Santarge [sic]. Le vent était pour lors Nord-Est, & par conséquent bon pour entrer. Il laissoit la Flotte Anglaise à deux lieues & demi sous le vent. Rien ne pouvoit donc l’empêcher d’entrer; & c’est par la plus grande de toutes les fatalités qu’il est devenu la proye de nos Vainqueurs. Témoins de sa manœuvre, il n’étoit personne de nous qui ne donnât des malédictions à une manœuvre si mal concertée & si imprudente.

“Le Vaisseau, commandé par M. de la Maisonfort, au lieu de suivre sa route, ou d’envoyer sa chaloupe à terre pour prendre langue, ainsi que le requéroit la prudence, s’amusa à poursuivre un Corsaire monté en Senault qu’il rencontra malheureusement sous la terre. Ce Corsaire, que commandoit un nommé Brousse (Rous) manœuvre d’une autre manière que le Vaisseau Français. Il se battit toujours en retraite, forçant de voiles et attirant son ennemi vers l’Escadre Angloise; ce qui lui réussit; car le Vigilant se trouva tellement engagé, qu’il ne lui fut plus possible de se sauver, quand on eut vu le danger. Deux Frégates l’attaquerent d’abord; M. de la Maisonfort leur répondit par un feu très vif, qui en mit bien-tôt une hors de combat; elle fut démâtée de son grand mât, désemparée de toutes les manœuvres, et contrainte de se retirer. Mais il vint cinq autres Frégates qui chaufferent le Vigilant de toutes parts; le combat que nous voyons à découvert, dura depuis cinq heures du soir jusqu’à dix. Enfin il fallut céder à la force, & se rendre. Les ennemis ont beaucoup perdu dans ce combat, & le commandant Français eut quatre-vingts hommes tués ou blessés; le Vaisseau n’a été que fort peu endommagé.

“On doit dire, à la gloire de M. de la Maisonfort, qu’il a fait preuve d’une extrême valeur dans ce combat; mais il auroit mieux valu qu’il eût suivi sa destination; c’étoit

tout ce que les intérêts du Roi exigeoient. Le Ministre ne l’envoyoit pas pour donner la chasse à aucun Vaisseau ennemi; chargé de munitions de guerre & de bouche, son Vaisseau étoit uniquement destiné à ravitailler notre malheureuse Place, qui n’auroit jamais été en effet emportée, si nous eussions pû recevoir un si grand secours; mais nous étions des victimes dévouées à la colère du Ciel, qui a voulu faire servir contre nous jusqu’à nos propres forces. Nous avons sçu des Anglais, depuis notre reddition, qu’ils commençoient à manquer de munitions de guerre, & que la poudre étoit encore plus rare dans leur armée que parmi nous. Ils avoient même tenu quelques Conseils pour lever le Siége. La poudre trouvée dans le Vigilant fit bientôt évanouir cette idée; nous nous apperçumes que leur feu avoit depuis beaucoup augmenté.

“Je sçai que le Commandant de cet infortuné Vaisseau dira, pour se justifier, qu’il étoit important pour lui d’enlever le Corsaire, afin de se régler sur les nouvelles qu’il en auroit appris. Mais cela ne l’excuse point; il sçavoit que Louisbourg étoit bloqué, c’en étoit assez; qu’avoit-il besoin d’en sçavoir davantage? S’il craignoit que les Anglais n’eussent été maîtres de la Place, il étoit aisé de s’en instruire, en envoyant son canot ou sa chaloupe, & sacrifiant quelques hommes pour sa sûreté; la batterie Royale ne devoit point l’inquiéter, nous en aurions agi comme avec le Navire Basque, dont nous facilitâmes l’entrée par un feu excessif. La perte d’un secours si considerable ralentit le courage de ceux qui avoient le plus conservé de fermeté; il n’étoit pas difficile de juger que nous serions contraints d’implorer la clémence des Anglais, & plusieurs personnes furent d’avis qu’il falloit dès-lors demander à capituler. Nous avons cependant tenu un mois au-delà; c’est plus qu’on n’auroit pu exiger dans l’abbatement où venoit de nous jetter un si triste spectacle.

“L’Ennemi s’occupa à nous canoner & à nous bombarder toute le reste du mois, sans faire des progrès bien sensibles, & qui lui pussent donner de l’espoir. Comme il ne nous attaquoit point dans les formes; qu’il n’avoit pratiqué aucuns retranchemens pour se couvrir, il n’osoit s’aprocher de trop près; tous nos coups portoient; au lieu que la plûpart des siens étoient perdus: aussi ne tirons-nous que lorsque nous le jugions nécessaire. Il tiroit, lui, plus de cinq à six cens coups de canon par jour, contre nous vingt; à la vérité, le peu de poudre que nous avions, obligeoit à n’en user que sobrement. La mousqueterie étoit peu d’usage.

“J’ai oublié de dire que, dès les premiers jours du siége, les ennemis nous avoient fait sommer de nous rendre; mais nous répondîmes selon ce que le devoir nous prescrivoit; l’Officier, deputé pour nous en faire la proposition, voyant que nous rejettions ses offres, proposa de faire sortir les Dames, avec assurance qu’elles ne seroient point insultées, et qu’on les feroit garder dans les maisons qui subsistoient encore en petit nombre; car l’ennemi, en débarquant, avoit presque tout brûlé ou détruit dans la campagne. Nous remerçiâmes cet officier, parceque nos femmes & nos enfans étoient sûrement dans les logemens que nous leur avions faits. On avoit mis sur les casemates de longues piéces de bois, placées en biais, qui, en amortissant le coup de la bombe, la rejettent, & empêchent l’effet de son poids. C’est là dessous que nous les avions enterrés.

“Au commencement de Juin les Assiégeans parurent reprendre une nouvelle vigueur; n’étant pas contens du peu de succès qu’ils avoient eu jusques-là, ils s’attacherent à d’autres entreprises, & voulurent essayer de nous attaquer par le côté de la mer. Pour réussir, ils tenterent de nous surprendre la batterie de l’entrée: un Détachement d’environ cinq cens hommes s’y étant transporté pendant la nuit

du six au sept, fut taillé en pièces par le sieur Daillebout, Capitaine de Compagnie, qui y commandoit, & qui tira sur eux à mitraille; plus de trois cens resterent sur la place, & il n’y eut de sauvés que ceux qui demandoient quartier, les blessés furent transférés dans nos hôpitaux. Nous fîmes en cette occasion cent dix-neuf prisonniers, & n’eûmes que trois hommes de tués ou blessés; mais nous perdîmes un Canonier, qui fut fort regretté....

“Pour sur croit d’infortune, il arrive aux Anglois le 15 une Escadre de six Vaisseaux de guerre, venant de Londres. Ces Vaisseaux croiserent devant la Ville, avec les Frégattes sans tirer un seul coup. Mais nous avons sçu depuis que, si nous eussions tarder à capituler, tous les Vaisseaux se seroient embossés, et nous auroient fait essuyer le feu le plus vif. Leurs dispositions n’ont point été ignorée, je rapporterai l’ordre qu’ils dévoient tenir.

“Les ennemis ne s’étoient encore point avisés de tirer à boulets rouges; ils le firent le dix-huit & le dix-neuf, avec un succès qui auroit eté plus grand, sans le prompt secours qui y fut apporté. Le feu prit à trois ou quatre maisons, mais on l’eut bientôt éteint. La promptitude en ces sortes d’occasions, est la seul ressource que l’on puisse avoir.

“L’Arrivée de l’Escadre étoit, sans doute, l’objet de ce nouveau salut de la part de l’Armée de terre; son Général qui vouloit avoir l’honneur de notre conquête, étant bien aisé de nous forcer à nous soumettre avant que l’Escadre se fût mise en devoir de nous y contraindre.

“L’Amiral de son côté songeoit à se procurer l’honneur de nous reduire. Un Officier vint pour cet effet, le vingt-un, nous proposer de sa part, que si nous avions à nous rendre, il seroit plus convenable de le faire à lui, qui auroit des égards que nous ne trouverions peut être pas dans le Commandant de terre. Tout cela marquoit peu d’intelligence entre les deux Généraux, & verifie assés la remarque que j’ai ci-devant

faite: on n’eût jamais dit en effet que ces troupes fussent de la même Nation & sous l’obéissance du même Prince. Les Anglais sont les seuls peuples capables de ces bizarreries, qui font cependant partie de cette précieuse liberté dont ils se montrent si jaloux.

“Nous répondîmes à l’Officier, par qui l’Amiral Warren nous avoit fait donner cet avis, que nous n’avions point de réponse à lui faire, & que quand nous en serions à cette extrémité, nous verrions le parti qu’il conviendroit d’embrasser. Cette fanfaronade eût fait rire quiconque auroit été témoin de notre embarras en particulier; il ne pouvoit être plus grand: cet Officier dût s’en apperçevoir, malgré la bonne contenance que nous affections. Il est difficile que le visage ne décéle les mouvements du cœur. Les Conseils étoient plus frequens que jamais, mais non plus salutaires; on s’assembloit sans trop sçavoir pourquoi, aussi ne sçavoit-on que résoudre. J’ai souvent ri de ces assemblées, où il ne se passoit rien que de ridicule, & qui n’annonçat le trouble & l’indécision. Le soin de notre défense n’étoit plus ce qui occupoit. Si les Anglois eussent sçu profiter de notre épouvante il y auroit eu longtems qu’ils nous auroient emportés, l’épée en main. Mais il faut convenir à leur louange, qu’ils avoient autant de peur que nous. Cela m’a plusieurs fois rappellé la fable du Liévre & des Grenouilles.

“Le but de nos frequens Conseils étoit de dresser des articles de capitulation. On y employa jusqu’au vingt sept, que le sieur Lopinot, Officier, sortit pour les porter au Commandant de terre. L’on se flatoit de les lui faire mieux goûter qu’à l’Amiral. Mais ils étoient si extraordinaires, que malgré l’envie que ce Général avoit de nous voir rendre à lui, il se donna à peine la patience de les écouter. Je me souviens que nous demandions par un article, cinq piéces de canon, & deux mortiers de fonte. De pareilles propositions ne quadroient guéres avec notre situation.

“Afin de réussir d’un côté ou d’autre, on envoya proposer les mêmes conditions à l’Amiral. Cette négociation avoit été confiée au sieur Bonaventure, Capitaine de Compagnie, qui s’intrigua beaucoup auprès de M. Warren, & qui, quoique la plûpart de nos articles fussent rejettez, en obtint pourtant d’assés honorables. On arrêta donc la Capitulation telle que les nouvelles publiques l’ont raportée. Elle nous fut annoncée par deux coups de canon tirés à bord de l’Amiral, ainsi qu’on en avoit donné l’ordre au Sieur Bonaventure. A cette nouvelle, nous reprimes un peu de tranquillité; car nous avions sujet d’apprehender le sort le plus triste. Nous craignons à tout moment, que les ennemis, sortant de leur aveuglement, ne se présentassent pour nous enlever d’assaut. Tout les y convioit; il y avoit deux bréches de la longueur d’environ cinquante pieds chacune, l’une à la porte Dauphine, & l’autre à l’Eperon, qui est vis-à-vis. Ils nous ont dit depuis que la resolution en avoit été prise, & l’exécution renvoyée au lendemain. Les Navires devoient les favoriser, & s’embosser de la maniere suivante.

“Quatre Vaisseaux & quatre Frégattes étoient destinés pour le bastion Dauphin: un egal nombre de Vaisseaux & de Frégattes, parmi lesquels étoit le Vigilant, devoit attaquer la piéce de la Grave: & trois autres Vaisseaux & autant de Frégattes avoient ordre de s’attacher à l’Isle de l’entree. Nous n’eussions jamais pû repondre au feu de tous ces Vaisseaux & défendre en même tems nos brêches; de façon qu’il auroit fallu succomber, quelques efforts que nous eussions pû faire, & nous voir réduits à recourir à la clémence d’un vainqueur, de la générosité duquel il y avoit à se défier. L’Armée de terre n’étoit composée que de gens ramassés, sans subordination ni discipline, qui nous auroit fait éprouver tout ce que l’insolence & la rage ont de plus furieux. La capitulation n’a point empêché qu’ils ne nous ayent bien fait du mal.

“C’est donc par une protection visible de la Providence, que nous avons prévenu une journée qui nous auroit été si funeste. Ce qui nous y a le plus déterminé, est le peu de poudre qui nous restoit: je puis assurer que nous n’en avions pas pour faire trois décharges. C’est ici le point critique & sur lequel on cherche le plus à en imposer au public mal instruit: on voudroit lui persuader qu’il nous en restoit encore vingt milliers. Fausseté insigne! Je n’ai aucune interêt à déguiser la vérité; on doit d’autant plus m’en croire, que je ne prétends pas par-là justifier entierement nos Officiers. S’ils n’ont pas capitulé trop tôt ils avoient commis assez d’autres fautes, pour ne les pas laver du blâme qu’ils ont encouru. Il est constant que nous n’avions plus que trent-sept barils de poudre, à cent livres chacun; voilà ce qui est veritable, & non pas tout ce qu’on raconte de contraire. Nous n’en trouvions même d’abord que trente-cinq; mais les recherches qu’on fit nous en procurerent deux autres, cachés apparemment par les Canoniers, qu’on sçait être partout accoutumés à ce larcin.”

II.

“Lettre de Monsieur Du Chambon au Ministre,
à Rochefort, le 2 Septembre, 1745.

Archives de la Marine.

“Monseigneur,

“J’ai l’honneur de vous rendre compte de l’attaque et reddition de Louisbourg, ainsy que vous me l’avez ordonné par votre lettre du 20 de ce mois.

“Nous eûmes connaissance d’un battiment le quatorze mars dernier parmy les glaces qui étaient détachées du golfe; ce battiment parut à 3 ou 4 lieues devant le port

et drivait vers la partie du sud-ouest, et il nous disparut l’après-midi.

“Le 19 du d. nous vîmes encore en dehors les glaces un senaux qui couroit le long de la banquise qui était etendue depuis Escartary jusques au St Esprit, plusieurs chasseurs et soldats, hivernant dans le bois, m’informèrent qu’ils avaient vu, les uns deux battiments qui avoient viré de bord à Menadou, et d’autres qu’ils avoient entendu du canon du côté du St Esprit, ce qui fit que j’ordonnai aux habitans des ports de l’isle, qui étaient à portée de la ville, de se renger aux signaux qui leur seroient faits.

“Je fis en outre rassembler les habitans de la ville et port de Louisbourg, je formai de ceux de la ville quatre compagnies, et je donnai ordre à ceux du port de se renger à la batterie Royale, et à celle de l’isle de l’entrée, au signaux que je leur fit donner.

“Le 9 avril nous aperçûmes à l’éclaircy de la brume, et parmi les glaces vers la Pointe Blanche, quatre battimens, le premier ayant tiré quelques coups de canon, l’islot lui répondit d’un coup, et le battiment l’ayant rendu sur le champ, cela nous confirma dans l’idée que c’étoient des François qui cherchoient à forcer les glaces pour entrer dans le port. D’ailleurs ils profitoient des éclaircis pour s’y enfourner vers le port, et cela nous assuroit pour ainsi dire, que ce n’étoit pas des corsaires, mais bien des François.

“Etant dans le doute si c’étoit des basttiments François ou Anglois, j’envoyai ordre à Monsieur Benoit, officier commandant au port Toulouse, de dettacher quelqu’un de confiance à Canceau, pour apprendre s’il y avoit des basttiments, et si on y travailloit, ou s’il y avoit apparance de quelque entreprise sur l’isle Royale.

“Monsieur Benoit dettacha le nommé Jacob Coste, habitant, avec un soldat de la garnison et un Sauvage, pour faire quelques prisonniers au dit lieu. Ces trois envoyés mirent

pied à terre à la Grande Terre du costé de Canceau; ils eurent le bonheur de faire quatre prisonniers anglois; et revenant avec eux, les prisonniers se rendirent maitres de nos trois François, un soir qu’ils étaient endormis, et nous n’avons pu apprendre aucune nouvelle ni des envoyés ni de l’ennemy.

“Je fus informé, le 22, par deux hommes, venus par terre du port de Toulouse, qu’on entendait tirer du canon à Canceau, et qu’ils travailloient au rétablissement de cette isle, et un troisième arrivé le soir, m’assura avoir été témoin d’un grand combat sur le navire St-Esprit, qu’il avoit vu venir du large trois vaisseaux sur quatre qui étoient pour lors à cette coste, et que le feu ayant commencé après la Jonction de ces bastimens, il avoit duré bien avant dans la nuit, ce qui nous engageoit à nous flatter que nous avions des vaisseaux sur la coste.

“Le 30 du d. nous vîmes sept vaisseaux parmy les glaces, dont il y avoit quatre vaisseaux, deux corvettes et un brigantin, et ils se sont tenus ce jour vers les isles à Dion, sans pavillon, ni flamme.

“Ces battiments continuèrent à se faire voir pendant quelques jours, depuis la Pointe Blanche jusques à Port de Noue, sous pavillon blanc, et les glaces s’étant écartées de la coste, nous apperçûmes, le 7 mai, un navire qui faisait route pour le port; il y entra heureusement; ce navire venoit de St Jean de Luz, commandé par le Sieur Janson Dufoure; il nous apprit qu’il avoit été poursuivi la veille par trois vaisseaux, qu’une frégatte de 24 canons l’avoit joint, et qu’il s’estoit sauvé, après un combat de trois volées de canon et de mousquetterie.

“Le 8 à la pointe du jour, nous eûmes connaissance de tous les vaisseaux au vent du port dans la partie du sud-ouest, ce qui nous occasionna une alerte, les signaux ayant été faits, les habitans de Lorembec et de la Baleine, qui

étoient les plus proches de la ville, s’y rangèrent aux postes qui leur étoient destinés, ainsi que les habitans de la ville et du port, le même jour ces vaisseaux prirent à notre vue deux caboteurs frettés par le Roy et qui venoient du port de Toulouse chargés de bois de corde pour le chauffage des troupes et des corps de garde, ils prirent aussy une chaloupe qui venoit des Isles Madame chargée de gibier.

“Comme nous doutions toujours si ces vaisseaux étoient anglois ou françois jusqu’à ce jour, les glaces empêchant l’entrée du port depuis qu’ils avoient paru ensemble, j’avois eu la précaution d’arrêter, conjointement avec monsieur Bigot, deux battiments pour les faire partir en cas de nécessité pour la France, pour porter les nouvelles à Sa Grandeur de la situation où se trouvoit la colonie, et sitôt que nous fûmes confirmés par le prise de ces caboteurs que c’étoit des vaisseaux anglois et qu’il y en avoit d’autres à Canceau, au rapport des équipages qui s’étoient sauvés, nous fîmes partir à la faveur de la brume et de la nuit obscure du 10 mai, La Société, capitaine Subtil, avec nos lettres pour Monseigneur, pour lui apprendre l’état de la colonie avec les circonstances de vaisseaux qui bloquèrent le port; quand à l’autre bâtiment qui avoit été fretté, nous avons été obligé de la faire couler, après la descente faite par l’ennemy, étant impossible de la faire sortir.

“Les vaisseaux ennemis qui étoient au devant du port, se servant de la chaloupe qu’ils avoient prise chargée de gibier pour descendre et mettre pied à terre à Gabarrus, à notre vue, je fis partir, le 9, un détachement de 20 soldats sous le commandement du sieur de Lavallière pour aller par terre à Gabarrus, et un autre de 39 hommes d’habitans, sous le commandement du sieur Daccarrette dans un charroye pour s’emparer de cette chaloupe, mais ces deux détachements ne purent joindre cette chaloupe; celui de terre y resta deux jours et ne rentra en ville que le onze du soir, et celui du

sieur Daccarrette rentra le 12 au matin, ayant été obligé d’abandonner le charroye à fourché où il avoit été à la sortie du Gabarrus.

“Le 11, à trois ou quatre heures du matin, nous eûmes connoissance de dessus les remparts de la ville, d’environ 100 voiles qui parurent du côté de fourché, derrière les isles à Dion, les vents étant de la partie de nord-ouest, ces battiments s’approchoient à vue d’œil, je ne doute pas que ce ne fussent des bastiments de transport, je fis tirer les signaux qui avoient été ordonnés, plusieurs habitans et particuliers n’ont pu s’y rendre, et entr’autres ceux des havres éloignés, la campagne étant investie de l’ennemy, et même plusieurs ont été faits prisonniers voulant se rendre en ville.

“Je fis aussy commander un détachement pour s’opposer à la descente de l’ennemy, et ce détachement au nombre de 80 hommes et 30 soldats, le surplus habitans, partit sous le commandement de Monsieur Morpain et du Sieur Mesilac, il se transporta au-dessous de la Pointe Blanche, â l’endroit où l’ennemy avoit commencé à faire sa descente, il le fit rembarquer dans les voitures, mais pendant le temps qu’il étoit en cet endroit à repousser l’ennemy, celui-cy fit faire une autre descente plus considérable de troupes de débarquement à l’anse de la Cormorandière, entre la Pointe-Plate et Gabarrus.

“Il s’y transporta avec ses troupes, sitôt qu’il en eût connoissance, mais l’ennemy avoit mis pied à terre et s’étoit emparé des lieux les plus propres qu’il jugea pour sa défense, cela n’empêcha pas ce détachement d’aller l’attaquer, mais l’ennemy étant beaucoup plus supérieur en nombre, il fut contraint de se retirer dans le bois; nous avons eu à cette occasion 4 ou 5 soldats tués ou faits prisonniers, ainsy que 4 ou 5 habitans ou particuliers du nombre desquels fut Monsieur Laboularderie; nous eûmes encore 3 ou 4 blessés qui rentrèrent en ville.

“Depuis la retraite de ce détachement l’ennemy acheva son débarquement au nombre de 4 à 500 hommes, ainsy que des planches et autres matériaux, au rapport de ceux du détachement qui rentrèrent les derniers en ville.

“L’ennemy ayant avancé dans la campagne, se fit voir en grand nombre, mais sans ordre, à la portée du canon de la pointe Dauphine et du bastion du Roy.

“Les montagnes qui commandent cette porte étoient couvertes de monde: à deux heures après-midi les canons, qui étoient sur la Barbette, tirèrent sur plusieurs pelotons qui paroissoient défiler du côté du fond de la baye, nous nous aperçûmes aussy qu’ils défiloient en quantité le long du bois vers la batterie royale, je fis fermer les portes et je fis pourvoir sur le champ à la sûreté de la ville et placer environ 1100 hommes qui s’y sont trouvés pour la défendre.

“Sur le soir, monsieur Thiery, capitaine de compagnie qui commandoit à la batterie royale, m’écrivit une lettre par laquelle il me marquoit le mauvois état de son poste, que cela pourroit donner de grande facilités à l’ennemy s’il s’en emparoit, qu’il croyoit pour le bien du service qu’il seroit à propos de travailler à le faire sauter après avoir encloué les canons.

“Je fis à cette occasion assembler le conseil de guerre, monsieur Verrier, ingénieur en chef, ayant aussi été appelé, fit son rapport que cette batterie avoit ses épaulements du costé de la terre démolis dès l’année dernière, que les chemins couverts n’étoient pas palissadés, et qu’il étoit hors d’état de résister à une attaque par terre de trois à quatre mille homme avec 400 hommes qu’il y avoit dedans pour la défense.

“Sur ce rapport le conseil de guerre décida unanimement qu’il convenoit pour la sûreté de la ville, manquant de monde pour la défendre, de l’abandonner après en avoir encloué les canons et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu’on pourroit.

“Je ne dois pas oublier de vous informer que le même conseil de guerre vouloit faire sauter cette batterie; mais que monsieur Verrier, s’y étant opposé fortement, on la laissa subsister.

“J’envoyai l’ordre en conséquence à monsieur Thiery pour abandonner la dite batterie, après qu’il auroit encloué les canons, et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu’il pourroit; cet officier travailla le soir à faire enclouer tous les canons; il fit transporter partie des vivres et des munitions et se retira à la ville avec sa troupe vers minuit.

“La dite batterie n’ayant pas été entièrement évacuée ce soir, je fis partir le lendemain les Sieurs St. Etienne, lieutenant, et Souvigny, enseigne, avec une vingtaine d’hommes pour parachever la dite évacuation, ce qu’ils firent à l’exception de tous les boulets de canon et bombes qui y sont restés, n’ayant pas pu les emporter.

“Ayant jugé nécessaire conjointement avec monsieur Bigot de faire couler tous les bastiments qui étoient armés dans le port, pour empêcher l’ennemy de s’en emparer, je commandai, le 12, le sieur Verger, enseigne, avec 5 soldats et des matelots pour faire couler ceux qui etoient vis-à-vis la ville, et le sieur Bellemont, enseigne, avec la même opération au fond de la baye, et retirer l’huile de la tour de la lanterne, ce qu’ils exécutèrent.

“Le 13, je fis sortir toutes les compagnies de milice avec des haches et des engins pour démolir les maisons qui étoient à la porte Dauphine jusqu’au Barruchois, et pour enlever le bois en ville pour le chauffage de la garnison, n’en ayant pas, et pour faire brûler toutes celles qu’on ne pourroit pas démolir, afin d’empêcher l’ennemy de s’y loger.

“Je fis soutenir ces travailleurs par 80 soldats François et Suisses commandé par monsieur Deganne, capitaine, et Rasser, officier Suisse.

“Comme ils finissaient et qu’ils étoient au moment de se retirer en ville, il parut au Barruchois et dans les vallons des hauteurs plusieurs pelotons de l’armée ennemie, il y eût même quelques coups de fusils de tirés par ceux qui étoient les plus près; nous n’eûmes personne de tué ni de blessé, et nos gens virent tomber deux hommes de l’ennemy.

“L’ennemy s’est emparé de la batterie Royale, le 13, et le lendemain il tira sur la ville plusieurs coups de canon de deux qu’il avoit désencloué.

“Le même jour l’ennemy commença aussi à nous tirer plusieurs bombes de 12 pouches, pesant 180 l. et de 9 pouces d’une batterie de quatre mortiers qu’ils avoient estably sur la hauteur derrière les plaines, vis-à-vis le bastion du Roy.

“Cette batterie de mortiers n’a pas cessé de tirer de distance en distance, ainsi que douze mortiers à grenades royales que l’ennemy y avoit placés, et deux autres canons qu’ils ont désencloués à la batterie royale, mais ce feu n’a fait aucun progrès jusqu’au 18, et n’a tué ni blessé personne.

“Le 16, je fis partir un exprès en chaloupe pour porter une lettre à monsieur Marin, officier de Canada, qui commandoit un détachement de Canadiens et des Sauvages à l’Acadie, avec ordre de partir pour se rendre en toute diligence à Louisbourg, avec son détachement; c’étoit une course de 20 à 25 jours au plus, s’il avoit été aux mines, ainsi que l’on m’avoit assuré; mais ce détachement étoit parti pour le port Royal lorsque l’exprès y arriva.

“Cet exprès fut obligé d’y aller: il lui remit la lettre dont il étoit chargé, il tint conseil, plusieurs de son party ne voulurent pas le suivre, mais lui s’étant mis en chemin avec ceux de bonne volonté qui voulurent le suivre, il eût toutes les peines imaginables, à ce qu’on m’a assuré, de trouver des voitures dans toute l’Acadie, propres pour son transport.

“Ils s’y embarquèrent environ 3 à 400 dans un bateau de 25 tonneaux et dans environ une centaine de canots. Comme ils étoient dans la baie à doubler une pointe, ils furent attaqués par un bateau corsaire de 14 canons et autant de pierriers; cet officier soutint l’attaque avec vigueur, et dans le temps qu’il étoit au moment d’aborder le corsaire pour l’enlever, un autre corsaire de la même force vint au secours de son camarade, ce qui obligea le dit Sieur Marin d’abandonner la partie et de faire côte.

“Cette rencontre lui a fait perdre plusieurs jours et il n’a pu se rendre sur les terres de l’Isle Royale qu’au commencement de juillet, après que Louisbourg a été rendu; si ce détachement s’étoit rendu quinze ou vingt jours avant la reddition de la ville, je suis plus que persuadé que l’ennemy auroit été contraint de lever le siège de terre, par la terreur qu’il avoit de ce détachement qu’il pensoit être au nombre de plus de 2500.

“Je dois aussi informer Sa Grandeur que ce détachement a tué et pris, comme il se retiroit du passage de Fronsac, pour aller à l’Acadie, après notre départ, treize hommes d’un corsaire anglois qui étoit à leur passage pour les empêcher de passer, ces hommes ayant été avec leurs canots pour faire de l’eau, ils sont tombés entre les mains de ceux de ce détachement.

“Le 18, messieurs les généraux anglois me sommèrent de rendre la ville, forteresses et terres en dépendant, avec l’artillerie, les armes et les munitions de guerre qui en dépendent sous l’obéissance de la Grande Bretagne, en conséquence de quoy, promettoient de traiter humainement tous les sujets du Roy mon maître qui y étoient dedans, que leurs biens leur seroient assurés, et qu’ils auraient la liberté de se transporter avec leurs effets dans quelque partie de la domination du Roy de France, en Europe, qu’ils jugeroit à propos.

“Je répondis sur le champ à cette sommation que le Roy

mon maître m’ayant confié la défense de la place, je ne pouvois qu’après la plus rigoureuse attaque écouter une semblable proposition, et que je n’avois d’autre réponse à faire à cette demande que par les bouches des canons.

“L’ennemy commença à établir, le 19, une batterie de sept pièces de canon dans les plaines et derrière un petit étang, vis-à-vis la face du bastion du Roy, laquelle batterie n’a pas cessé de tirer des boulets de 12, 18 et 24 depuis ce jour jusqu’à la reddition de la place, sur le casernes, le mur du bastion du Roy et sur la ville; cette batterie étoit, Monseigneur, la plus dangereuse de l’ennemy pour détruire le monde; tous les boulets enfiloient toutes les rues jusqu’à la porte Maurepas et au mur crénelé; personne ne pouvoit rester dans la ville, soit dans les maisons ou dans les rues.

“Aussy pour éteindre le feu de l’ennemy, je fis établir deux pièces de canon de 18 sur le cavalier du dit Bastion du Roy: on fit pour cet effet deux coffres en planches qu’on remplit de fascines et de terres qui formoient deux embrasures par le moyen desquelles les canonniers et ceux qui servirent ces canons étoient à l’abry du feu de l’ennemy.

“Je fis aussy percer en même temps deux embrasures au mur du parapet de la face droite du dit bastion; on y mit deux autre canons de 24.

“Ces quatre canons ont été si bien servis que le feu de l’ennemy de la dite batterie de la plaine a été éteint, puisqu’ils ne tiroient lors de la reddition de la place qu’un canon, et qu’ils ont eu les autres démontés à la dite batterie, ainsy que ceux de nos gens qui ont été voir cette batterie, après la reddition de la place, m’en ont rendu compte.

“Le matin du 20, je fis assembler messieurs les capitaines des compagnies pour prendre un party s’il convenoit de faire des sorties sur l’ennemy. Il fut résolu que la ville étoit entièrement dénuée de monde, qu’il étoit préjudiciable d’en faire, qu’à peine on pourroit garder les remparts avec les 1300

hommes qu’il y avoit dans la ville y compris les deux cent de la batterie royale.

“Je fis masquer la porte Dauphine en pierre de taille, fascines et terre de l’épaisseur d’environ dix-huit pieds, ainsi que les deux corps de garde qui sont joints. Sans cet ouvrage l’ennemy auroit pu entrer en ville dés le lendemain qu’il auroit tiré de la batterie de Francœur; cette porte n’etoit pas plus forte que celle d’une porte cochère, les murs de la dite porte et des corps de garde n’avoient que trois pieds ou environ d’épaisseur. La dite porte n’étoit pas non plus flanquée et n’avoit pour toute défense que quelques créneaux aux corps de garde, desquels on ne pouvoit plus se servir sitôt qu’on étoit obligé de garnir les dits corps de garde de pierres, de terre.

“J’ordonnai qu’on fit des embrasures de gazon et de terre, n’ayant pas le temps d’en faire de pierre, aux quatre canons qui étoient sur la batterie du bastion Dauphin, sur le corps de garde des soldats, joignant la porte du dit bastion, afin d’empêcher l’ennemy en ses travaux sur les hauteurs qui étoient devant la dite porte; lesquelles embrasures furent faites.

“Tous les flancs des bastions de la ville furent aussy garnis des canons des corsaires et autres qui se sont trouvés en ville.

“L’ennemy ayant calfeutré une goelette qui étoit échouée au fond de la baye depuis l’année dernière, il l’a remplit de bois, goudron et autres matières combustibles, et à la faveur d’une nuit obscure et d’un vent frais du nord-nord-est qu’il fit le 24, il nous l’envoya en brûlot sur la ville.

“Tout le monde passoit toutes les nuits sur les remparts, nous attendions de pied ferme l’ennemy, plustôt que des artifices de cette nature, et ce brûlot ayant été s’échouer au dehors de la ville vis-à-vis du terrain du Sr Ste Marie ne fit pas l’effet que l’ennemy s’attendoit.

“L’ennemy s’étant emparé de la hauteur de Francœur qui est à la queue du glacis de la porte Dauphine, il a commencé à ouvrir des boyaux et former deux batteries malgré le feu continuel de nos canons de la barbette et du bastion Dauphin et du flanc droit du bastion du Roy et de la mousqueterie, et ces deux batteries n’ont point cessé de tirer depuis le 29 jusqu’à la reddition de la place des boulets de 18, 24, 36 et 42, pour battre en brèche la porte Dauphine et la flanc droit du bastion du Roy.

“L’ennemy, faisant plusieurs mouvements au fond de la baye et à la hauteur de la Lanterne, monsieur Vallé, lieutenant de la Compagnie des Canonniers, vint m’avertir que l’ennemy pourroit faire ces mouvements à l’occasion de plusieurs canons de dix-huit et de vingt-quatre qui avoient été mis au carénage pour servir de corps de garde depuis environ dix ans. Que parmy ces canons il y en avoit plusieurs en état de servir, qu’il avoit informé les Gouverneurs de cy-devant plusieurs fois que l’ennemy pourroit les transporter à la tour, établir une batterie pour battre l’isle de l’entree et les vaisseaux qui voudroient entrer.

“Sur un avis aussy important, et l’ennemy ayant aboré pavillon à la tour de la Lanterne, je fis faire un détachement de cinq cent jeunes gens du pays et autres de la milice et des flibustiers, sous les ordres du Sieur de Beaubassin, pour aller voir si cela étoit vrai, tâcher de suprendre l’ennemy ou empêcher de faire leurs travaux en cet endroit.

“Ce dêtachement partit en trois chaloupes le 27 may avec chacun douze jours de vivres et les munitions de guerre nécessaires qui leur furent fournies des magasins du Roy; il mit pied à terre au grand Lorembec.

“Le lendemain, faisant son approche à la tour, il fut découvert par l’ennemy qui étoit au nombre d’environ 300.

“Ils se tirèrent quelques volées de mousqueterye, et se séparèrent, ce détachement ne voyant pas son avantage et

plusieurs ayant lâché le pied, il fut contraint de se retirer dans le bois, pour brûler s’il lui étoit possible les magasins qu’il y avoit, on l’avoit assuré que cela étoit aisé, que l’ennemy dormoit avec sécurité en cet endroit.

“Koller qui étoit second du dit Sieur de Beaubassin, venant de St. Pierre par terre, quelques jours auparavant, avait été dans une des barraques du dit camp et avoit emporté une chaudière sans être découvert, ce détachement, dis-je, étoit à un demi quart de lieue à l’habitation du dit Koller, il avoit envoyé des découvreurs en attendant la nuit, mais ils eurent le malheur dêtre découverts par une douzaine d’Anglois qui se trouvèrent aux environs, ce qui fit que l’ennemy détacha un party considérable qui fut pour les attaquer. Le sieur de Beaubassin fut encore obligé de se retirer après quelques coups tirés de part et d’autre: l’ennemy, depuis lors cherchoit partout ce détachement, et plusieurs de ceux-ci ayant été obligés de jeter leurs vivres pour se sauver, ils étoient sans vivres pour passer leur douze jours, et plusieurs qui étoient des havres voisins l’avoient abandonné et s’étoient retirés chez eux; il se trouvoit par conséquent sans vivres et trop faibles pour résister à l’ennemy.

“Il fut donc obligé d’aller au petit Lorembec pour prendre des chaloupes afin de rentrer dans la ville; il se trouva en ce havre environ 40 Sauvages de la colonie qui avoient détruit, il y avoit deux ou trois jours, 18 à 20 Anglois qu’ils avoient trouvés qui pillaient ce havre.

“Comme ils étaient à même d’embarquer dans les chaloupes, il leur tomba un détachement de 2 à 300 Anglois. Les Sauvages se joignèrent à ce détachement et ces deux corps faisaient environ 120 hommes qui tinrent pied ferme à l’ennemy.

“Le feu commença de part et d’autre vers les deux heures et dura pendant plus de quatre, les Anglois avoient même

été repoussés deux fois et ils auroient été défaits si dès le commencement de l’action, ceux-ci n’avoient pas envoyé avertir de leurs gens qui étoient à la batterie royale et à la tour et s’il ne leur étoit pas venu à l’entrée de la nuit un party considérable qui commença à vouloir l’entourer.

“Notre détachement voyant qu’il n’y avoit pas moyen de résister et manquant de munitions, plusieurs ayant tiré jusqu’à leur dernier coup, il se retira dans les bois, l’ennemy, supérieur comme il étoit, les poursuivit une partie de la nuit, notre détachement fut contraint de se retirer à Miré et de passer la rivière.

“Nous avons eu en cette occasion deux hommes de tués et environ 20 de blessés ou prisonniers. Monsieur de Beaubassin fut du nombre des blessés, il reçut une balle au gras de la jambre et après une heure et demie de combat, ne pouvant résister à sa blessure, il se retira. Le sieur Koller continua le combat jusqu’à la fin.

“Le dit sieur de Beaubassin, s’étant rendu en ville quelques jours après sixième dans une pirogue, m’informa de ce qui s’étoit passé à l’occasion de son détachement, que le surplus étoit réfugié à Miré où il l’avait laissé sous la conduite de Koller, qu’il lui manquoit des vivres et des munitions de guerre ainsy qu’aux Sauvages.

“Sur ce rapport je fis partir une chaloupe avec 20 quarts de farine et autres vivres et des munitions, tant pour ce détachement, celui de monsieur Marin que j’attendois tous les jours, que pour les Sauvages.

“On trouva Koller avec ses gens, monsieur Marin n’y étoit pas et les Sauvages s’étoient retirés à leur village.

“Koller rentra en ville le 14 juin en chaloupe avec ceux de son détachement et les quelques autres qu’il trouva à Miré, il eût bien de la peine â passer la nuit parmy bâtiments de l’ennemy qui croisoient depuis Gabarrus jusqu’à Escatary.

“Nous avons appris depuis la reddition de la place, par des personnes de probité, que l’ennemy avoit eu au moins 150 homme de tués, et 90 de blessés au choc du petit Lorembec.

“Les canons de la porte Dauphin et ceux du flanc droit du Bastion du Roy, ne joignant pas bien la batterie que l’ennemy avoit fait sur les hauteurs de Francœur à la porte Dauphine, on perça trois embrâsures à la courtine de la grave pour battre à revers la batterie de l’ennemy de la hauteur de Francœur. Ces trois embrâsures où on avoit placé du canon de 36 furent ouvertes les 30 mai, et firent un effet merveilleux; le premier jour on leur démonta un de leurs canons, et leurs embrâsures furent toutes labourées, cela n’empêcha pas le feu continuel de l’ennemy, et quant à la batterie ce que nous défaisions le jour, ils le refaisoit la nuit.

“Le même jour, sur les trois heurs, nous eûmes connoissance d’un gros vaisseau qui donnoit chasse à un senau et ensuite qui se battoit avec le dit senau et une frégatte à environ 4 lieues du fort vers le sud-est, en même tems trois vaisseaux ennemis, qui étoient en passe vers le Cap Noir et la pointe Blanche, courrurent dessus; le gros vaisseau après s’être battu longtems prit la chasse sans doute quand il eut connoissance des trois qui courroient sur lui, et nous avons entendu tirer du canon jusque vers les 9 à 10 heures du soir, nous avons appris depuis que ce vaisseau étoit le Vigilant.

“J’ordonnai qu’on tirât de la poudrière du Bastion Dauphin les poudres qui y étoient et les fis transporter sous la poterne de la courtine qui est entre le Bastion du Roy et celui de la Reine.

“Comme l’ennemy avait coupé par les boulets de la batterie de Francœur, les chaines du pont levi de la porte Dauphine, j’ordonnay aussy de couper le pont de la dite porte.

“Le canon de l’ennemy de la batterie de Francœur qui

battoit le flanc droit du bastion du Roy, faisant beaucoup de progrès et entr’autres aux embrasures, je fis commencer à faire percer le mur de la face du bastion Dauphin de deux embrasures, pour y mettre deux canons, cet ouvrage malgré la mousqueterie que l’ennemy tiroit toujours, fut mis en état et notre canon a tiré et fut servi autant qu’on pouvoit désirer sur celui de l’ennemy.

“L’ennemy a aussi étably une batterie de cinq canons sur les hauteurs des Mortissans et a commencé à tirer le 2 juin des boulets de 36 et 42, en brèche sur le bastion Dauphin et sur l’éperon. La guérite a été jetée à bas, et une partie de l’angle saillant, le même jour. Cette batterie a déboulé l’épéron de la porte Dauphine en ses embrasures, lesquelles ont été racommodées plusieurs fois, autant bien qu’on pouvoit, à pierre sèche, avec des pierres de taille et des sacs de terre.

“Le même jour l’escadre ennemye s’augmenta par l’arrivée d’un vaisseaux d’environ 40 à 50 canons, et nous vismes aussy, parmy cette escadre, un vaisseau désemparé, qu’on nous a dit depuis être celui que nous avions vu se battre le 30 may.

“Le 5 l’ennemy a envoyé vers les deux heures du matin de la batterie royale, un brulot qui s’est échoué à la calle Frédéric oû il a brûlé sur une göelette, il n’a pas fait d’autre mal, quoiqu’il fut chargé de matières combustibles et de bombes qui firent leur effet; toutes les batteries de l’ennemy ne cessèrent point de tirer, pendant ce temps nos gens étoient comme de coutume tout le long des remparts et du quay, à essuyer ce feu avec intrépidité.

“La nuit du 6 au 7 nous eumes une alarme générale de l’isle de l’entrée; l’ennemy, voulant enlever cette batterie, s’embarqua au nombre de 1000 sur 35 barques, 800 autres venant derrière devoient les soutenir. La nuit étoit très obscure et faisoit une petite brume.

“Ces premiers furent mettre pied à terre, les uns à la

Pointe à Peletier, les autres vis-à-vis le corps des casernes, et le surplus au débarquement de la dite isle; l’ennemy en debarquant commença à crier hourrah par trois fois; ils attachèrent même environ 12 échelles aux embrasures afin de les escalader, mais Monsieur D’Aillebout, qui commandoit à cette batterie, les reçut à merveille; le canon et la mousqueterie de ceux de l’isle fut servi au mieux, toutes les barques, furent toutes brisées ou coulées à fond; le feu fut continuel depuis environ minuit jusqu’à trois heures du matin.

“Le dit S D’Ailleboust ainsy que les Srs Duchambon, son Lieutenant, et Eurry de la Perrelle, son enseigne, étoient les premiers à monter sur les embrasures et faire feu sur les ennemis pour montrer à leurs soldats l’exemple, et aux autres qui étoient avec eux à la dite batterie.

“Les soldats firent même plusieurs fois descendre leurs officiers des embrasures, leur alléguant qu’ils ne devoient point ainsi s’exposer, qu’ils n’avoient qu’à les commander et qu’ils en viendroient à bout; à la fin l’ennemy fut contraint de demander quartier. Les huit cents qui devoient soutenir les premiers n’osèrent pas s’approcher et s’en furent: on fit 119 prisonniers, plusieurs blessés sont morts la même journée, et l’ennemy a eu plus de 250 de tués, noyés ou de blessés, ne s’étant sauvés, au rapport de nos prisonniers qui étoient à la batterie royale, que dans deux barges qui pouvoient contenir environ 30 hommes, parmy lesquels il y avoit plusieurs de blessés.

“L’ennemy pouvant attaquer la ville avec des barges par le quay, j’ordonnay une estacade de mâts qui prenoit depuis l’eperon du bastion Dauphin jusques à la pièce de grave, et cette estacade a été parachevée le 11 juin. L’ennemy qui s’étoit aperçu de cet ouvrage, n’a pas cessé de tirer des canons de ses batteries, sur les travaillants, mais inutilement.

“Les ennemis ayant toujours continué leurs travaux à la tour de la Lanterne, malgré le feu continuel de bombes et de canons de la batterie de l’isle de L’entrée, il fut décidé qu’il étoit nécessaire de blinder les casernes et la boulangerie de la dite isle, et le bois manquant pour cet ouvrage le magasin du Sieur Dacarrette fut démoli pour cela.

“Le feu continuel des batteries de l’ennemy ayant démoly les embrasures du flanc droit du bastion du Roy, où nous avions six canons de dix-huit et de vingt-quatre qui tiroient continuellement, et ces canons ne pouvant pas être servis, j’ordonnay qu’on fit aussy des contremerlons et des embrasures en bois, à quoi on y travailla avec toute la diligence possible, et ces embrasures étant parachevées le 19 juin, le canon tira toujours; mais ces mêmes embrasures n’ont pas laissé d’être démantibulées aussy par le canon de l’ennemy.

“Depuis que la batterie de martissan a été établie, elle n’a pas cessé de tirer en brèche sur la porte Dauphin et sur l’éperon. L’éperon a été tout démantibulé et racommodée plusieurs fois, ainsy que je l’ai dit ci-devant; les embrasures qui battent le long du quay ont aussy été démantelées, par cette batterie et celle de Francœur, et personne ne pouvoit rester derrière le mur du quay qui a été tout criblé, les boulets de 24, 36 et 42 le perçant d’outre en outre.

“Le 18, messieurs les généraux anglois m’envoyèrent un officier avec pavillon, portant une lettre de monsieur Warren chef de l’escadre et une autre de Monsieur de la Maisonfort, capitaine de vaisseau. Par la première ce général se plaignait des cruautés que nos François et Sauvages avoient exercées sur ceux de sa nation, et que si, à l’avenir, pareille chose arrivoit, il ne pourroit pas empêcher ses gens d’en agir de même.

“Monsieur de la Maisonfort m’apprenoit sa prise, le 30 mai, et qu’il avoit tout lieu d’être satisfait du traitement qu’on lui faisoit, ainsy qu’à ses officiers et matelots, et de punir sévèrement, etc.

“Je répondis à celle de monsieur Warren qu’il n’y avoit point de François parmy les Sauvages qui avoient usé ainsi qu’il disoit de cruauté, comme de fait il n’y en avoit pas, qu’il devoit être persuadé que je négligeray rien pour arrêter le cours des cruautés des Sauvages autant qu’il me seroit possible de communiquer avec eux, etc.

“A celle de monsieur de la Maisonfort, que je ferai défendre aux Sauvages, lorsque je pourrai avoir communication avec eux, d’en user mieux [sic] par la suite, qu’il n’y avoit aucun des François avec eux lorsqu’ils ont usé de cruautés, etc., et l’officier porteur de ces lettres partit sur le champ.

“Le 21, la batterie que les ennemis ont établie à la tour de la Lanterne de 7 canons et un mortier a commencé à tirer sur celle de l’isle de L’entrée avec des boulets de 18 et un mortier de 12 pouces, pesant 180 l. et le feu de la dite batterie n’a pas cessé de tirer jusqu’à la reddition de la place, malgré le feu continuel de celle de l’isle.

“Les batteries de l’ennemy faisant un progrès considérable, malgré notre feu des canons du bastion du Roy, bastion Dauphin, de la pièce de la grave, et de la mousqueterie à la brèche de la porte Dauphine et aux corps de garde joignants, j’ordonnai à Monsieur Verrier, ingénieur, de faire un retranchement dans le bastion Dauphin pour défendre l’assaut que l’ennemy pourrait donner par la brèche. Cet ouvrage qui prenoit depuis le quay jusqu’au parapet de la face du bastion Dauphin, fut mis en état le 24 après bien des travaux de nuit.

“Il se fit le même jour une jonction de 4 vaisseaux, dont deux de 60, un de 50 et l’autre de 40 canons, avec ceux qui

bloquoient le port. Ces vaisseaux sitôt qu’ils eurent tiré les signaux de reconnaissance s’assemblèrent et après s’être parlés, ils furent vers la baye de Gabarrus.

“Le lendemain les vaisseaux ennemis au nombre de 13 mouillèrent en ligne vers la Pointe Blanche à environ 2 lieues du port de Louisbourg. L’ennemy fit faire en même temps et le lendemain trois piles de bois pour des signaux sur les hauteurs qui sont à l’ouest du port de Louisbourg.

“Je ne puis pas m’empêcher d’informer Sa Grandeur et de lui dire avec vérité que toutes les batteries de l’ennemy soit de mortier ou de canon n’ont pas cessé de tirer depuis les jours qu’ils les ont établis, de même que la mousqueterie, sans discontinuer, de la batterie de Francœur; que toutes les maisons de la ville ont toutes été écrasées, criblées et mises hors d’état d’être logées; que le flanc du bastion du Roy a été tout démoli, ainsy que les embrasures en bois qu’on y avoit remplacées; qu’ils ont fait brèche à la porte Dauphine, le corps de garde joignant, et qu’il étoit praticable au moyen des fascines qu’ils avoient transporté pendant deux jours à la batterie de Francœur; que l’eperon joignant le corps de garde de l’officier de la porte Dauphine étoit tout demantelé, ainsi que les embrasures du quai, malgré le feu continuel de tous les canons, mortiers et mousqueterie que nous tirions de la ville et qui étoient servis avec toute la vigueur et l’activité qu’on pouvoit espérer en pareille occasion.

“La preuve en est assez évidente, Monseigneur, puisque de 67 milliers de poudre que nous avions au commencement du siège, il nous n’en restoit, le 27 juin, que 47 barils en ville, laquelle quantité m’étoit absolument nécessaire pour pouvoir capituler; nous avons aussi tiré toutes les bombes de 12 pouces que nous avions et presque toutes celles de 9 pouces.

“Je dois rendre justice à tous les officiers de la garnison,

aux soldats et aux habitans qui ont défendu la place, ils ont tous en général supporté la fatigue de ce siège avec une intrépidité sans égale, pendant les 116 [?] jours qu’il a duré.

“Passant toutes les nuits au chemin couvert de la porte Dauphine, depuis que l’ennemy avoit commencé à battre en brèche cet endroit, à soutenir les travaillants qui ôtoient les décombres sur les remparts aux portes qui leur étoient destinées, sans se reposer aucune nuit et pour le jour n’ayant pas un seul endroit pour sommeiller sans courir risque d’être emporté par les canons de l’ennemy qui commandoient toute la ville.

“Aussy tout le monde étoit fatigué de travail et d’insomnie, et de 1300 que nous étions au commencement du siège, 50 ont été tués, 95 blessés hors d’état de rendre service, plusieurs étoient tombés malades par la fatigue, aussy les remparts qui n’étoient au commencement du siège garnis que de 5 à 5 pieds, se trouvoient presque tous dégarnis le 26 de juin lorsque les habitans de la ville me présentèrent leur requête tendant à ce que les forces de l’ennemy soit de terre et de mer, augmentant tous les jours, sans qu’ils nous parvint aucun secours ni apparence d’en avoir d’assez fort pour forcer l’ennemy, il me plût capituler avec les généraux afin de leur conserver le peu qu’il leur restoit.

“Cette requête, Monseigneur, me toucha jusqu’au plus vif de mon âme. D’un côté je voyois une place telle que Louisbourg et qui a coûte bien des sommes au Roi, au moment d’être enlevée par la force de l’ennemy qui avoit une brèche assez practicable pour cela, et des vaisseaux en ligne qui s’installoient depuis deux jours.

“D’autre côté, il me paroissoit un nombre d’habitans, tous chargés de familles, au moment de périr, perdre par conséquent le fruit de leurs travaux depuis le commencement de l’etablissement de la colonie.

“Dans une conjoncture aussy délicate, je fis rendre compte

à monsieur Verrier, ingénieur en chef, de l’état des fortifications de la Place, et à monsieur de Ste Marie, capitaine chargé de l’artillerie, de celui des munitions de guerre; l’un et l’autre me firent leur rapport, je fis tenir conseil de guerre qui décida unanimement que vu les forces de l’ennemy et l’état de la Place il convenoit de capituler.

“J’écrivis une lettre à le sortie du Conseil à messieurs les généraux anglois, je leur demanday une suspension d’armes, pour le temps qu’il me seroit convenable pour leur faire des articles de capitulation aux conditions desquelles je leur remettrois la Place.

“Monsieur de Laperelle, fils, qui étoit porteur de cette lettre, me rapporta le même soir leur réponse par laquelle ils me donnoient le temps jusques au lendemain à huit heures du matin, et que si pendant ce temps, je me déterminois à me rendre prisonnier de guerre, je pouvois compter que je serois traité avec toute la générosité possible.

“Je ne m’attendois pas à une telle réponse, aussy le lendemain 27, je leur envoyai par Monsieur de Bonnaventure les articles de capitulation avec une seconde lettre, par laquelle je leur mandai que les conditions faites la veille étoient trop dures, que je ne pouvois les accepter et que c’étoit à ceux que je faisois par mes propositions que je consentirois à leur remettre la place [sic].

“Messieurs les généraux ne voulurent pas répondre par apostille à ces propositions, mais ils me renvoyèrent leur réponse séparée par le dit Sieur de Bonnaventure; cette réponse m’accordoit partie des articles que j’avois demandés, mais ceux qui m’étoient le plus sensible et glorieux, qui étoient ceux de sortir de la Place, avec les honneurs de la guerre, avec arme et bagage, tambour battant et drapeaux déployés, ne s’y trouvoient pas insérés, aussy je leur écrivis sur le champ deux lettres, l’une au chef d’escadre et l’autre au général de terre, que je ne pouvois consentir

à laisser sortir les troupes de la place sans ces articles qui étoient des honneurs dûs à des troupes qui avoient fait leur devoir, que cela accordé je consentois aux articles.

“Messieurs les généraux m’écrivirent en réponse qu’ils accordoient cet article et monsieur Warren augmenta des conditions pour la reddition de l’Isle et de la Place.

“Les ratifications ont été signées de part et d’autre, mais messieurs les généraux Anglois bien loin d’avoir exécuté de leur part la dite capitulation, ainsy que j’ai fait du mien en tout son contenu, ils ont manqué en plusieurs articles.

“Au premier article il est dit que tous les effets mobiliers de tous les sujets du Roy de France qui étoient dans Louisbourg leur seroient laissés et qu’ils auroient la liberté de les emporter avec eux dans tels ports d’Europe de la domination de leur Roy qu’ils jugeront à propos.

“Tous les battiments qui étoient dans le port appartenant aux particuliers, faisaient partie de leurs effets mobiliers, cependant les Anglois s’en sont emparés et les ont garde pour eux.

“Tous les particuliers généralement quelconques qui ont passé en France n’ont pu emporter aucune armoire, chaise, fauteuil, table, bureau, chenets et autres meubles de cette nature, ny même aucune grosse marchandise, messieurs les généraux n’ayant point fourni des battiments pour cela nécessaires, ils n’ont pas été pillés, mais à bien examiner la chose, ne pouvant pas emporter le peu de meubles qu’ils avoient faute de battiments, ils ont éte obligés de les laisser, ce qu’ils ont laissé à Louisbourg est tout comme si on leur avait pillé, à moins que Sa Grandeur ne fasse faire raison par la cour d’Angleterre.

“Ils ont encore manqué à cet article, pendant le temps que j’étois à la colonie; ils ont fait partir à mon insu 436 matelots et particuliers pour Baston; ils étoient embarqués ainsi que les troupes sur des vaisseaux de guerre jusqu’à

leur embarquement pour la France, mais un matin le vaisseau dans lequel ils étoient eut ordre de partir pour Baston, et fit voile.

“J’en fus informé, j’en portai ma plainte, mais cela n’aboutit à autre chose sinon qu’ils n’avoient pu faire autrement faute de vivres et de battiment et qu’on les feroit repasser de Baston en France.

“Ces matelots n’ont pas été les seuls, j’ai été informé que depuis mon départ, ils ont agi de même à l’égard des familles qui n’avoient pu être placées sur les bâtiments de transport qu’ils avoient destiné pour la France, si les généraux anglois avoient voulu, les bâtiments qui ont transporté ces familles à Boston les auroient transportées pour France, ils avoient des vivres en magazin beaucoup plus que pour la traversée; mais ils n’ont agi ainsi qu’afin de disperser la colonie.

“Le 2e article regarde les battiments qui étoient dans le port et ceux qu’ils devoient fournir en cas que les premiers ne fussent pas suffisants pour faire le transport.

“J’ay fait mes remarques à ceci au précédent article, c’est un des plus considérables par rapport à la valeur des choses, y ayant quantité de battiments dans le port qui étoient coulés ou échoués, et dont l’ennemy ne pouvoit en faire sortir aucun du port ny faire aucun usage tant que nos batteries auroient existé.

“Au surplus si plusieurs particuliers de la ville n’avoient pas acheté des battiments les Anglois auroient profité de tous les effets qu’ils y ont chargés, ainsi qu’ils ont fait de ceux qui n’avoient pas le moyen d’en acheter, ces familles auroient été contraintes, ainsi que celles qui se sont embarquées en payant de gros frets, de passer à Boston.

“A l’égard du dernier article des armes, tous les habitans avoient les leurs et les ont remises en dépôt sitôt la reddition de la place; ces armes étoient partie de leurs effets, les ennemis n’ont pas voulu les rendre, je m’en suis plaint, ils

m’ont fait réponse, lorsqu’ils ont envoyé les 436 matelots, qu’ils leur enverroient leurs armes, les autres habitans sont dans le même cas.

“Je crois devoir vous informer, Monseigneur, qu’ils se sont aussy emparés de tous les effets et ustensils de l’hôpital et des magasins du Roi: par la reddition de la Place ils n’ont que la ville avec les fortifications et batteries, avec toute l’artillerie armes et ustensils de guerre qui y étoient et non pas les autres effets; cependant ils s’en sont emparés, disant que c’étoit au Roy, Monsieur Bigot leur a fait ses representations qui n’ont eu aucun fruit, il vous rendra compte à ce sujet.

“Monsieur Bigot a bien voulu se charger lorsqu’il est parti de l’isle d’Aix pour vous rendre compte de ma lettre du 15 de ce mois avec tous les originaux des papiers, concernant tout ce qui s’est passé à l’occasion du siège de Louisbourg; je suis persuadé qu’ils les aura remis à sa grandeur et qu’après l’examen qu’elle en a fait, elle me rendra assez de justice que j’ay fait tout mon possible pour la défense de cette place, et que je ne l’ay rendue qu’a la dernière extrémité.

“J’oubliois d’informer monseigneur, que messieurs de la Tressillière et Souvigny, enseignes, et Lopinot, fils cadet, sont du nombre de ceux qui ont été tués pendant le siege.

“La garnison de Canceau avoit été faite prisonnière au dit lieu le 24 may de l’année dernière; elle ne devoit pas porter les armes contre le Roy pendant l’an et jour; monsieur Duquesnel donna la liberté à tous les officiers de cette garnison d’aller sur leur parole d’honneur à Baston et de passer au dit lieu le temps porté par leur capitulation.

“Le Sieur Jean Blastrick, officier, étoit du nombre, il a manqué à sa parole, puisqu’il les a prises au mois de mars dernier, c’étoit un des chefs de ceux qui ont brûlé Toulouse-Port et qui ont fait la descente à Gabarrus le 11 may.

“Il étoit colonel général de la milice de Baston, et il est entré en ville à la tête de cette milice, le lendemain de la reddition de la place.”


[C.]

CHAPTER XXII. SHIRLEY AND THE ACADIANS.

All the following correspondence is from the Public Record Office: America and West Indies.

Shirley to Newcastle, 14 Dec., 1745.

(Extract.)

“... Having lately procur’d from Fort Major Phillips of Annapolis Royal the late Lieutenant Governour Armstrong’s Original Instrument mention’d in my late State of the Province of Nova Scotia to be given by him to the French Inhabitants of that Province, by virtue of which and of another of the same tenour given ’em by him in 1730, they claim an Exemption from bearing Arms in defence of his Majesty’s Government, I inclose your Grace a Copy of it. Mr. Phillips in his letter inclosing this Instrument to me observes that the ‘Inhabitants of Nova Scotia at the first news of Louisbourg’s being surrendred were in great Consternation and at Minas in particular they appear’d in Tears in the Publick Places, where nine months before they had assisted in singing Te Deum, on a false report that Annapolis Royal was surrendred to Monsieur Duvivier.’ He goes on to say that a report was spread there that Monsieur Duvivier was arriv’d at Canada with rigging for two Men of War, and the Renommée a French thirty gun Ship

with two Prizes at Quebec. And all the Nova Scotia Priests were gone to Canada for Instructions; and give out that there are 2000 Canadeans at Chignecto waiting ready for another attempt against his Majesty’s Garrison. To which I would beg leave to subjoin that it seems to me far from being improbable that the French will Attempt the reduction of Nova Scotia early in the Spring, by gaining which they will have a fine provision Country to assemble 8 or 10,000 fighting men and all the tribes of Indians ready to join in an attempt against Louisbourg at a few days Warning as I observ’d to your Grace in a late Letter; But if they should not attempt Louisbourg they would irresistably break up all the Eastern Settlements of this Province and I doubt not the whole Province of New Hampshire it self, which would make ’em masters of all Mast Country and Naval Stores and of a rich Soil for Corn as well as Cattle and this would also enable ’em to make deep impressions on all the Western frontier of this Province, New York and Connecticut, and, how far they might penetrate is not Certain but so far at least as might make it very difficult to dislodge ’em and give ’em such an hold of the Continent as to make ’em think in time of pushing with the assistance of the Indians for the Mastery of it, which is richly worth contending for with all their might as it would in their hands lay the surest foundation for an Universal Monarchy by Sea and Land that ever a people had. This train of Consequences from the Enemies being Masters of Nova Scotia may seem remote, my Lord, but they are not impossible, and it may be very difficult for the French to regain Louisbourg at least without being Masters of Nova Scotia, and that seems under the present Circumstances of the Garrison where no recruits are yet Arriv’d from England and the Inhabitants of the Country Surrounding it are Enemies in their hearts no difficult acquisition and to be made with a small Train of

Artillery in three weeks at farthest. I would submit it to your Grace’s consideration whether the Garrison should not be reinforc’d as soon as may be. And the Inhabitants should not be forthwith put upon a good foot of Subjection and fidelity. Thus in obedience to your Grace’s Direction I have troubled you with my whole sentiments concerning the Province of Nova Scotia which as I can’t think it probable that the French will sleep the next year after the blow we have given ’em at Louisbourg (which, if they don’t recover it soon by retaking Cape Breton or getting Nova Scotia will prove their Death wound in North America) seems to be most likely to be attack’d by ’em of any place in these parts, and I hope your Grace will excuse my Repetition of the Danger of it.

“I am with the most Dutiful Regards

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most Obedt.

“and most Devoted Servant

“W. Shirley.”

Shirley to Newcastle, 11 Feb. 1746.

(Extract.)

“My Lord Duke.

“Since my last to your Grace I have received the Inclos’d packett from Mr. Mascarene Containing a Representation of the State of Nova Scotia from himself and his Majesty’s Council of that Province with a copy of a Letter from him to me, Showing the reasons of his late Conduct towards the French Inhabitants; Your Grace will perceive that this representation is drawn up in Stronger Terms against the Inhabitants than mine; I could wish the Gentlemen had been more Explicit in what they would Recommend as the most adviseable Method of Securing his Majesty’s Government within the Province and against the French Inhabitants—But

as that is not done except in Short hints, And Mr. Little, to whom both Mr. Mascarene and Mr. Secretary Shirreff referr me for a Larger Account of the Sentiments of the Gentlemen of the Garrison concerning these Matters, Offers his Service to go with my dispatches to England and return directly with any Orders his Majesty may be pleased to give thereupon, I have sent him to wait upon your Grace, and it is possible that when he is upon the Spot ready to Answer any Questions, it may be of Service—. Having before troubled your Grace So Largely upon this head, I will beg leave to referr to my former Letters, Mr. Little Mr. Agent Kilby and Mr. Bollan, which two last can, I believe, give Considerable Light on the affair; And shall only add that the Spring before last the Garrison was very narrowly Saved from the Enemy by the Arrival of the New England Auxiliaries, and the last Spring, by the Expedition against Cape Breton, that the preservation of it this Spring will be of the Utmost Importance to his Majesty’s Service in America, and that nothing will more effectually Secure that than putting the Inhabitants upon a proper foot of Subjection, in the most Speedy Manner, to prevent their Revolt, which Cannot be done without his Majesty’s Special directions for that purpose; for the procuring of which, I find Mr. Mascarene, and his whole Council have a dependance upon me; the Language of their Several Letters being that they Commit themselves to my Care; and will take no step without my Advice or approbation, which has been the Case for above these last two years, And I mention to your Grace in Excuse for my being So importunate in the Affairs of another Government, which the Gentlemen of the Garrison lay me Under a Necessity of being; And I am further Urg’d to this by the late Accounts, wch. Mr. Mascarene and the other Gentlemen have sent me of the Appearance of four hundred Indians well Cloathed, Arm’d, and Supply’d

with Stores from Canada near St. Johns River, Seventeen French Officers being Seen among ’em, and another Body of French in the Neighbourhood of the Province, and Reports that Mr. Duvivier in the Parfaite Man of Warr, and another Ship of Force were at Qubec with Stores, and another was seen to put into St. Johns Island; That the Priests who went to Canada for Instructions are returned with Supplies and large promises to the Indians (before well dispos’d and upon the point of putting themselves under Our protection on the taking of Louisbourg) and Encouragements for the Inhabitants to depend upon a powerfull force against the Fort at Annapolis Royal this Spring. These alarms indeed have been Something Allay’d by Letters from the Deputies of Minas and other Districts to Mr. Mascarene, which for my own part I have no great dependance upon.

“But it seems plain upon the whole, that the French are making the Utmost Efforts to retain the Indians of those parts in their Interest, and gaining over the Inhabitants of Nova Scotia, So that the Taking of Speedy measures for Securing these last and gaining over the former which will depend upon that, as the preservation of Nova Scotia does upon both, is a Matter of the Highest Consequence.

“Upon this Occasion it seems necessary for me to apprise your Grace, that Mr. Mascarene and his Council have not So good an harmony Subsisting between them as could be wish’d, and that all the Officers have of late differ’d in Sentiments with him particularly upon the Behaviour of the French Inhabitants, Concerning whom he indeed has himself alter’d his Opinion in Some measure; But I think there may be Still danger of too much tenderness towards ’em on his part, and perhaps rigour on theirs in carrying any Orders of his Majesty’s into Execution; So that by their Jarring, the Execution of the Orders may possibly be Obstructed, if they are left to themselves;

“Wherefore if their Chief Governour’s Age and health, and other Circumstances would have permitted him to have been Upon the Spott, and Assisted in this Service, it would I believe have been for the Advantage of it, for him to have made ’em a short Visit at least this year, And if it could have been repeated for the two or three proceeding years it would have been still more so....”

Shirley to Newcastle, 10th May, 1746.

(Extract.)

“... I think it my indispensable duty to suggest again to Your Grace my Fears that the Enemy will soon find an opportunity of snatching Accadie by some Sudden Stroke from his Majesty’s Government unless the danger is remov’d out of the Heart of it there by a Removal of the most dangerous of the french Inhabitants from thence, & transplanting English Families there in their room, which I think very practicable from hence, having lately found means of transplanting upwards, I believe, of an hundred Families from the Province to Louisbourg towards the Settlement of it, which yet I dont esteem of such Importance to be immediately done as the Settlement of Nova Scotia with faithful Subjects.

“In the meanwhile ’till this can be happily effected & the Indians in those parts secur’d in the English Interest, I have propos’d to Mr. Warren that a Detachment of 100 Men should be sent from Louisbourg to reinforce the garrison at Annapolis Royal, since the late Miscarriage of 182 out of 302 of the Recruits designed for Annapolis in their Passage from England to the garrison there. Ninety-six of the Remainder of ’em, which came in here, I with difficulty have got recovered in his Majesty’s Castle William & at the Hospital in Boston, & sent a month ago to Annapolis where I hear they are safely arriv’d, and twenty more who are in a

fair way of being serviceable, I shall send from the Hospital within three days; But the Garrison will still be weak as Mr. Mascarene has dismiss’d most of the New England Auxiliaries, and they have not, I am informed, 220 effective private Men left besides their Artificers & Workmen: I have also recommended to Mr. Warren the frequent Sending of a Ship of War to look into the Bason of Annapolis & make the Garrison there a short Visit in order to prevent a Surprise; & by his Opinion in Concurrence with Sir Willm Pepperrell’s, Mr. Mascarene’s & my own a Sloop has been hir’d & employ’d for about these last four Months to attend upon that garrison, & carry Intelligence between Annapolis Royal, Louisbourg & Boston concerning the State of it & the Enemy’s Motions which we conceiv’d necessary to be done for its Security, and hope your Grace will not disapprove of.

“What Mr. Frontenac observed some years ago to Mr Pontchartrain concerning the french King’s recovering of Accadie & making himself absolute Master of the great Bank [of Newfoundland] as in the inclos’d Extract of his Letter, seems so seasonable to be consider’d at this time, that I would beg leave to observe to your Grace upon it, that his Majty’s holding the Possession of Annapolis Royal & Newfoundland (already conceded to his Crown by the Treaty of Utrecht) with his late Acquisition of Cape Breton, will put the whole Cod Fishery more in his Power than Mr Frontenac’s Scheme could have put it into the French Kings, and that besides what Mr Frontenac calls a Commerce more advantageous than the Conquest of the Indies, and computes the Returns of at twenty Millions (I suppose french Livres) per annum, it would furnish his Majesty with as good a Nursery of Seamen for the Royal Navy as the Colliery in England does, not to mention the great consumption of British Manufactures which must be occasioned in carrying the Fishery on;—that

the holding of Annapolis Royal in particular will be establishing to his Majesty the Mastery of the Northern Part of this Continent against the French, Secure to him inexhaustible Nurseries of Masts, Yards, Bowsprits & other Stores for his Navy, & Timber for Ship building within his Northern Colonies independent of any foreign State to be purchased with British Manufactures & transported in British Vessels—that the Inhabitants of the Northern Colonies would in time make such an Addition of Subjects to the Crown of Great Britain as would make their number Superior to that of any Prince’s upon the Continent of Europe; and in the meanwhile the Vent of Woolen & other British Manufactures, & all Kinds of European Commodities imported into the Colonies from Great Britain must increase in proportion to the Increase of their Inhabitants: by all which means the main Sources of Wealth, & a larger Extent of Power by Sea & Land than any State in Christendom at present enjoys, seems capable of being secur’d to his Majty’s Dominions; But which will in the End otherwise be in all human Probability the Lot of the french Dominions; And I would in particular observe to your Grace the most practicable Step the Enemy can attempt making towards their obtaining that seems clearly to be their rendring themselves Masters of Nova Scotia, the Consequences of wch would give ’em so strong an hold upon this Continent as would make it difficult to dislodge ’em & put it very much in their Power to harrass & annoy his Majtys Colonies both by Land & Sea, in such manner as to weaken ’em extremely, if not by degrees finally subdue ’em.

“I am with the most dutiful Regards,

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most devoted

“and obedient Servant

“W. Shirley.”

Shirley to Newcastle, 31 May 1746.

(Extract.)

“... I would beg Leave to observe to your Grace, yt the Danger to his Majesty’s garrison arises chiefly from within the heart of the government itself, the Inhabitants & neighboring Indians whose Numbers are sufficient of themselves with a small assistance from Canada & the help of a proper Train of Artillery, slipt up the Bay in small Vessells (wch would give ’em great Encouragement to take up Arms agt the garrison) to reduce it. However while the Attempt against Canada is depending, that will certainly go far towards holding the Inhabitants of Nova Scotia in suspense, till the success of it is known; & I hope by next Spring they may either be put upon a better foot of Subjection, or the most dangerous among ’em removed....”

Shirley to Newcastle, 18 June, 1746.

(Extract.)

“... I may assure your Grace yt. one of the principal motives I had to desire I might succeed General Phillips in his Command, was the hopes I have of it’s putting it in my power to promote his Majesty’s Service in his Province of Acadie, or Nova Scotia by securing the fidelity & Allegiance of the Inhabitants there to his Majesty’s Government in the best manner, and thereby preventing the French from making themselves masters of it, the Acquisition of wch to them with the help of the Indians would likewise endanger the Loss of the Province of New Hampshire & the Mast Country to his Majesty with the Fishery of the Acadie or Cape Sable’s Shoar, including that of Canso, to his Subjects here in present, & should not Canada be reduc’d, would enable the enemy to harrass & Diminish all his Majesty’s Colonies

& on the Continent, & have an inevitable Tendency to make themselves masters of the whole of it in time; not to mention the Continual Danger, wch their possession of Nova Scotia would at the same time expose Cape Breton & even Newfoundland to.

“The Considerations have induc’d me to take the Liberty of submitting it to your Grace, whether it might not be for his Majesty’s Service, that before the six Regiments to be employ’d agt Canada return to England, orders may be sent that such part of ’em as shall be thought necessary to assist in removing the most obnoxious of the French Inhabitants of Nova Scotia from thence, should be employ’d in that Service, wch would not take up much time; I am not certain whether a sufficient Strength might not be spar’d from the Garrison at Louisbourg a short time for this purpose, wch if it could, would make the Assistance of any other Troops needless.

“And I would particularly submit it to your Grace’s Consideration, whether in case of any Disappoinment in the present Attempt for the reduction of Canada, the immediate removal of some at least of the French Inhabitants of Nova Scotia, & securing the province in the best manner would not be ... adviseable and even necessary.

“If your Grace should think this deserves so much of your Attention there will be time enough for transmitting his Majesty’s Commands to me upon it before the present Expedition is over.

“I am with the most Dutifull Regard

“My Lord Duke

“Your Grace’s most Devoted

“& most obedient Servant

“W. Shirley.”

Shirley to Newcastle, 28 July, 1746.

(Extract.)

“I must acknowledge I should rather apprehend the french Fleet (if it is design’d for North America) is order’d to Canada; or else to Annapolis Royal, where the Enemy may depend that upon the Apperance of such an Armament the french Inhabitants of Nova Scotia (to the Amount of between 5 & 6000 fighting men) and a considerable Number of Indians & some Canadeans, would immediately join ’em, and they would have a most convenient Country to rendezvous in within a very few days sail of Chappeaurouge Bay at Cape Breton, and be not far from Canada, than that they should attempt to enter Louisbourg Harbour with their Ships; and I am the more inclin’d to this Opinion from the Accounts I have receiv’d lately from Mr Mascarene, and the Officers of the Garrison at Annapolis Royal which inform me that the french Inhabitants at Menis & Schiegneto (in Nova Scotia) have cut off all communication with the garrison for these last five Weeks, and have stop’d the Messengers sent from thence by Mr Mascarene for Intelligence; being in Expectation of an Armament from France; And indeed it seems probable that this will for ever be the Case; and that the Province of Nova Scotia will never be out of Danger, whilst the french Inhabitants are suffer’d to remain in Nova Scotia upon their present Foot of Subjection.”

Shirley to Newcastle, 15 Aug. 1746.

(Extract.)

“I shall finish my troubleing your Grace upon the Affairs of Nova Scotia with this Letter after having once more

Submitted it to your Grace’s Consideration as a proper Scheme for better securing the Subjection of the French Inhabitants and Indians there; that the Governour & Council or such other Person or Persons as his Majesty shall think fitt to join with ’em, should have a special authority and directions from his Majesty, forthwith to Apprehend & Examine a convenient number of such of the Inhabitants, as shall be by them judg’d to be most obnoxious & Dangerous to his Majesty’s Government, & upon finding ’em guilty of holding any treasonable Correspondence with the Enemy &c to dispose of them & their Estates in such manner, as his Majesty shall order by his Commissions and to promise his Majesty’s Gracious Pardon & a general Indemnity to the Rest for what is past upon their taking the Oaths of Allegiance to his Majesty; And to Cause either two strong Blockhouses (or small Forts) capable of holding 100 Men each to be Built, one in Menis & the other in Schiegnecto, which may be Garrison’d out of Phillip’s Regiment when Compleated, or else that at least one Blockhouse (or small Fort) should be Built at Menis capable of holding 150 men; and a trading house be kept at the Fort at Menis or some other part of the Province well Stock’d with all proper Supplies for the Indians to be sold or barter’d to ’em for Furrs &c at the most reasonable Rates, and some presents annually distributed to ’em: by which means and removing the Romish Priests out of the Province, & introducing Protestant English Schools, and French Protestant Ministers, and due encouragement given to such of the Inhabitants, as shall Conform to the Protestant Religion, and send their Children to the English Schools, the present Inhabitants might probably at least be kept in Subjection to his Majesty’s Government, and from treasonable correspondencies with the Canadians; and the next Generation in a

great measure become true Protestant Subjects; and the Indians there soon Reclaim’d to an entire dependance upon & subjection to his Majesty; which might also have an happy Influence upon some of the Tribes now in the French Interest.

“Your Grace will be pleas’d to Excuse all

“Incorrectness in this rough Sketch.

“I am with the most Dutifull Regard,

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most Devoted &

“Most Obedient Servant

“W. Shirley.”

Shirley to Mascarene, Boston, Septr. 16, 1746.

“Sir,

“Having been inform’d that the french Inhabitants of Nova Scotia entertain some Jealousy of a Design in the English Government to remove them with their Families from their Settlements, & transport them to France or elsewhere; I desire (if you think it may be for his Majesty’s Service) that you would be pleas’d to signify to ’em, that it is probable if his Majesty had declar’d such Intention I might have heard of the same, but that I am perfectly unaquainted with any such Design, and am perswaded there is no just Ground for this Jealousy; And be pleas’d to assure ’em that I shall use my best Endeavours by a proper Representation of their Case to be laid before his Majesty, to obtain the Continuance of his Royal Favour & Protection to such of them, as shall behave dutifully, & refuse to hold any Correspondence with his Enemies; and I doubt not but that all such of ’em will be protected by his Majesty in the Possession of their Estates & Settlements in Nova Scotia.

“And I desire you would also be pleas’d to inform them that it is expected from his Majtys french Subjects in that Province, who have for so long time enjoyed the same Privileges with his natural born Subjects there, & have been under a much easier Government than any of the french King’s Subjects are in the neighbouring Province of Canada & other Parts of the french King’s Dominions, that their Interest as well as their Duty and Gratitude should bind them to a strict Fidelity & Obedience to his Majesty and His Government; But on the contrary if any of the Inhabitants of the said Province shall join with the Enemy (especially those that have been sent from Canada to seduce them from their Duty to his Majesty & Attachment to the English Interest) they must expect to be treated in the same manner as his Majesty’s English Subjects would be under the like Provocations.

“I am with great regard

“Sir,

“Your most obedient

“humble servant

“W. Shirley.”

Shirley to Newcastle, Boston, September 19, 1746.

“My Lord Duke,

“I express’d some hopes in my last but one to your Grace, that I should not be oblig’d to add to my former Accounts of the imminent danger, his Majesty’s Province of Nova Scotia was in of being surpriz’d by the Enemy; But find my self under a Necessity of doing it from the Advices which I have since receiv’d from Mr. Mascarene, and the Intelligence contain’d in three Declarations upon Oath, Copies of all which are inclos’d.

“Upon the Receipt of Mr. Mascarene’s Letter, the Contents

of which are confirm’d to me by other authentick Accounts, it appear’d to me that there was no room to doubt but that a considerable Body of French and Indians from Canada was assembled in Nova Scotia, with Expectations of a Reinforcement from France; and if they fail’d of that this Year a Design of at least wintering in Minas or some other Part of the Country, by which means they would have an Opportunity of fortifying themselves in it, transporting their great artillery (which there was then the utmost reason to believe they had landed either at Bay Verte or Chebucto Harbour) to Annapolis, and work upon the French Inhabitants already ripe for a Revolt to join ’em in attacking his Majesty’s Garrison there so early in the Spring that it would be extremely difficult if not impracticable to relieve it by any Succours either from Louisbourg or the Colonies on the Continent. Whereupon I immediately sent Mr Mascarene an Assurance that I would send him as soon as possible 300 of the new Levies from this Province, 200 of ’em (which seems to be as many as the Garrison can hold at present besides the Troops already there) for the Reinforcement of it, and 100 of ’em to be employ’d in two Sloops up the Bay in the manner Mr Mascarene proposes in his Letter to me, and that I would do the utmost in my Power to make the number up 2000 soon afterwards, in order to dislodge the Enemy, & prevent ’em from wintering in the Province; And in the mean time upon my advising with Rear Admiral Warren (who is still here) he immediately sent his Majesty’s Ship Chester a 50 Gun Ship to Annapolis Royal for the further Countenance & Protection of the Garrison there.

“Some Days after this I receiv’d Information that a Fleet of upwards of 30 Sail were discover’d about 15 Leagues to the Westward of Chibucto Harbour, which lies upon the Cape Sable Shoar (the Coast of Accadie or Nova

Scotia) about 150 Leagues to the Eastward of Boston, and about 60 Leagues Westward of Louisbourg, & about 80 distant from Annapolis Royal according to Champions inclos’d Deposition, which was confirm’d by another of the same Tenour made by one Thornton sent me from Piscataqua, upon which I dispatched an arm’d Brigantine with orders to look into Chibucto Harbour, & if the Master should discover any thing to proceed directly to Louisbourg, & give Vice Admiral Townsend & Governr Knowles Intelligence of it, & to send me Advice of it Express by some fishing Vessel taken up at Sea; But the Brigantine return’d in less than 24 hours with one Stanwood a Fisherman on board, whose Vessel fell in with the Fleet on the 9th day of Septr about 10 Leagues to the Westward of Chibucto, the particulars of which are contain’d in his inclos’d Deposition; and the day after Stanwood’s falling in with this Fleet, Haskell another Master of a fishing Vessel discover’d it standing a right course for Chibucto about 8 Leagues to the Westwd of it, & was chas’d by one of ’em according to the inclos’d Deposition; which Series of Intelligence, as no Vessel has arriv’d here yet from this Fleet (which must in all probability have happen’d had it come from England) compar’d with the Accounts in the English News Papers of the Brest Fleet’s sailing, & the Intelligence gain’d from a french Prize lately taken by one of Mr. Townsend’s Squadron near the Mouth of St Lawrence, that she came out with the Brest Squadron & sail’d in Company with it eight days; the Account we had of two large french Ships being seen to go into Chibucto Harbour about two Months ago; the behavior of the French in Nova Scotia, & their declar’d Expectations of a large French Armament about this time, seems to make it very probable that these Ships may be part of the Brest Squadron, & that they have an immediate design upon Nova Scotia at least.—Hereupon

I sent an Express Boat to Louisbourg to apprize Admiral Townsend & Mr Knowles of it, & another to Annapolis Royal to give Mr Mascarene Advice of it, & to let him know that I was embarking 300 Men for the Reinforcement of the Garrison under his Command (which is done & part of ’em sail’d) with a Promise of farther Succours, and to apprize him that from the publick Accounts in the English Prints we had reason to depend upon the speedy Arrival of Lieutt General St Clair with the British Troops under his Command, & a Squadron of his Majesty’s Ships with ’em at Louisbourg; And as I have reason to think that an Apprehension generally prevails among the french Inhabitants of Nova Scotia, that they shall all of ’em soon be remov’d from their Settlements there without Distinction, which may have a bad Influence upon ’em in favour of the Enemy at this critical Time. I have wrote Mr Mascarene a Letter (a copy of which I inclose to your Grace) which is translated into French, & printed, in order to be dispers’d among the french inhabitants, if Mr Mascarene (to whose Discretion I have submitted it either to make Use of or suppress the printed Copies) shall be of Opinion that the Publication of it among ’em may be for his Majesty’s Service.

“If the Fleet discover’d on the Cape Sable Coast should be Part of that from Brest, doubtless their visit to Nova Scotia has been encourag’d by the general Disposition of the Inhabitants, & the strength they will add to ’em for the Reduction of that Province, & afterwards for an Attempt upon Louisbourg (if they should think it adviseable to make one) as also for the defence of Canada. Should they succeed in an immediate Attempt upon Nova Scotia (which I should not be surpriz’d at) & General St Clair with the Squadron expected from England should arrive in time for that purpose, I should propose attempting the immediate

recovery of it out of the Enemy’s hands this Year; For their holding that Province till they can fortify it and farther strengthen themselves there must be attended with very bad Consequences to his Majesty’s Service, worse than may be immediately apprehended, & create no inconsiderable Perplexities; at least it seems a clear point to me, that if the French should hold the Possession of Nova Scotia in Addition to Canada, the fate of Affairs in his Majesty’s Northern Colonies will be suddenly alter’d in a surprizing manner & it will then soon be discern’d that the Mastery of the Northern Parts of this Continent, together with the Sources of Wealth & Power depending upon it, will be in a very fair way of being finally transfer’d to the Enemy.

“Upwards of two Months ago upon receiving Intelligence of the Appearance of two large French Ships being seen to go into Chibucto Harbour, Mr Warren & I sent Mr Townsend notice of it; But as we had not learn’d whether any Vessell had been sent from Louisbourg to look into that Harbour, I sent an arm’d Brigantine to make Discoveries there, which was hinder’d from proceeding thither as is before mention’d; & I have now sent a Schooner thither with a Person who has undertaken to go into it in a Whale boat high enough to make an exact discovery of the Enemy’s strength (if any of their Ships are there) & to carry the Account to Louisbourg; But it seems possible if any of ’em have been there, that after landing some Troops and Stores at Chibucto, & getting what Intelligence they can from the Nova Scotians, their Ships may be gone to Canada; for which Place we have been inform’d that sixteen french Vessels, some of ’em Ships of War, had some time ago pass’d up the River of St Laurence; & since that six other Vessels with Stores; so that it is very probable that Quebec is much better prepar’d to receive a Visit from his Majesty’s Land & Sea Forces now than it was a little time ago.”

Shirley to Newcastle, 23 Oct. 1746.

(Extract.)

“It is agreed by all the Prisoners that the French have not fortify’d at Chebucto, nor sent any Troops from thence by Land to join the Canadeans; as also that Mr. Destonnel the chief D’escadre & Commandant upon the Death of the Duke D’Anville, who was of Opinion, to return to France after the Admiral’s Death without attempting any thing, upon being over rul’d in a Council of War & having his Flagg struck, fell upon his Sword, & dy’d of his Wound as all of ’em say, except Sanders.

“It seems very observable from Sander’s Declaration how ready a Disposition the Nova Scotians show’d to afford Refreshmts. & Pilots to the Enemy, & that they had signified to the french Ministry their readiness to join with any force they should send for the Reduction of his Majesty’s Garrison at Annapolis Royal. Also from the number of Engineers the French had with ’em that their Scheme was to hold & fortify Annapolis, for wch. Purpose it seems to be that the 50 brass Cannon were brought, rather than for raising Batteries against the Fort: and that from the Number of their small Arms, which they had with ’em to arm the Nova Scotians (doubtless) as well as the Indians, they had a dependance upon being join’d by them. Likewise the Apprehensions which prevail among the Nova Scotians that they are at present rather Neutrals than Subjects to the Crown of Great Britain. And I think it is not to be doubted now but that the principal Part of the french Scheme was the Reduction of Nova Scotia in the first Place.

“Upon the whole the sickly State of the French Fleet, wc. is extremely ill mann’d, the hurry & Uneasiness they

discover’d upon seeing the Contents of the Packets which fell into their hands, & precipitate departure from Chebucto, with their detaining the Flag of Truce & English Prisoners ’till they were got 30 Leagues from Chebucto, & then dismissing ’em with a Notion that their Fleet was going up the Bay of Fundy to Annapolis (instead of carrying ’em up there with ’em to prevent that’s being known to us) makes it seem probable that the Enemy is making the best of their way to France or the West Indies, & was afraid of even M. Townsend’s following ’em.

“I am with the most dutiful Regard

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most Devoted

“and most Obedient Servant

“W. Shirley.”

Shirley to Newcastle, Boston, 21 Nov. 1746.

(Extracts.)

“My Lord Duke,

“I am afraid your Grace will think, from my incessant Representations of the State of Nova Scotia, that I imagine that Province should be the sole Object of your Attention: Nothing could induce me to be so importunate with your Grace upon this Subject, but the fullest perswasion of the very great Importance of that Place to the Crown, & the British Subject, of the immediate bad Consequences of the Loss of it to his majesty’s Service, & the imminent danger of its being lost, unless something is forthwith done for the effectual Security of it.

“The inclos’d Extract from Mr Mascarene’s Letter & Copy of Lieutt Colonel Gorham’s will disclose in a great Measure to your Grace their Apprehensions, & the Condition of the Province: The number of the Enemy, are

increas’d at Menis; they have again stop’t all Communication between the Inhabitants & the Garrison, & are likely to keep footing there this Winter; and particularly from Colo Gorham’s Letter your Grace will perceive what Pains the Canadeans and Malcontents among the Inhabitants take to prevent my Letter lately dispers’d among ’em, in order to setle the Minds of the Inhabitants, (a Copy of which I have before sent your Grace) from having its proper Influence; & how the Nova Scotians are alarm’d at the Rumour of a design to remove ’em from their Settlements; And it appears to me by what I farther learn from Captain Fotheringham to whom Mr Mascarene refers me in his Letter, that unless something vigorous, as that Letter intimates, is done by the Middle of April at farthest, the greatest Part of the Province at least will be in the hands of the Canadeans, and it will be too late then to attempt to reclaim the Inhabitants.

* * * * *

“For the securing Nova Scotia from its present dangers I would further humbly propose it as my Opinion to be consider’d by your Grace, that if his Majesty should be pleas’d as soon as possibly might be after the Receipt of this, to cause it to be signified to the Inhabitants of Nova Scotia, that the Assurances lately given ’em by me of his Royal Protection to such of ’em as should behave dutifully and avoid all traiterous Correspondence with the Enemy at this Juncture (or to that Effect) were approv’d of by him, and should be made good to ’em, it would have a great Tendency to remove their present Apprehensions of being sent off with their Families from their Settlements in Nova Scotia, which seems to distress & perplex ’em; & effectually to prevent ’em from being drawn over to take up Arms against his Majesty, unless it should be some of the most obnoxious of ’em; which if his Majesty would be

pleas’d to send over at the same time his special directions to apprehend, and proceed against, such a Proceeding against the Delinquents and gracious Declaration towards the others, would, I dare say, have a proper Effect for securing the general Fidelity of the Inhabitants, at least so far as to keep ’em from joining with the Enemy; And least the Succours now sent to Annapolis should not be a sufficient force to dislodge the Enemy this Winter, I would farther humbly propose it for your Graces’ Consideration, that his Majesty’s Orders should be forthwith sent to myself and the other three Governments of New England, that in case the Canadeans should not be withdrawn out of Nova Scotia, they should immediately cause the Soldiers rais’d in their respective Colonies & Provinces for his Majesty’s Service in the Expedition against Canada to be transported to Annapolis Royal, as their Place of Rendezvous istead of Louisbourg, & to be employed in driving the Canadeans out of Nova Scotia, and be farther subjected to such Orders as his Majesty shall be pleas’d to signify in those Directions; and if this Order was to extend to the Governour of New York, it might not be an unnecessary Caution. I am apprehensive if such Orders are not sent, that the Attention of the several Governmts to the Reduction of Crown Point might very much interfere with the Preservation of Nova Scotia, which is of infinitely more Consequence.

“These are the things which occur to me at present, & which I would submit to your Grace’s Consideration, as what seems to require more immediate Dispatch; As to the danger of the french Fleet’s early Return from the West Indies to Nova Scotia and what Strength of Ships may be necessary to protect that Province, Cape Breton, and the other Colonies against that Fleet, or any other french Armament which may be sent from Europe in the Spring to visit these Parts, I leave to Admiral Warren, who now

goes to England in the Chester, and with whom, pursuant to the Directions of your Grace’s two Letters to me in March & April last, I have acted in Concert upon all such Occasions as requir’d my consulting him with the greatest Satisfaction and Harmony, having had the Pleasure to find my own Sentiments agreable to his in all Matters of Consequence, and a most hearty Disposition in him for his Majesty’s Service, and to whom I have often talk’d over the Affairs of Nova Scotia.

* * * * *

“I will avoid repeating what I have particularly mention’d to your Grace in late Letters concerning fortifying of Chebucto Harbour and building a Blockhouse or small Fort for 150 Men at Menis, with a Trading House there for the Indians, and a Blockhouse only at Canso for 100 Men, instead of new building and enlarging that at Annapolis Royal, and erecting a larger Fortification at Canso; which in my humble Opinion would greatly strengthen that Province, and together with the introducing of french Protestant Ministers, and English Schools, & some small Encouragement by Privileges to such as should conform to the Prtestant Religion, or send their Children to the English Schools, and Presents to the Indians with Supplies of all necessaries for ’em at the most reasonable Rates, in Exchange for their Furrs &c.; the Disallowance of the publick Exercise of the Roman Catholic Religion, at least after a short Term of Years, & forbidding Romish Priests under severe Penalties to come into the Country either among the Inhabitants or Indians; and if it might be consistent with his Majesty’s Pleasure, a Civil Government to be in due time introduc’d among the Inhabitants; These things, I say, my Lord together with making Examples of the most obnoxious among the Inhabitants, and his Majesty’s extending his Clemency and the Continuance of

his Protection to the rest upon taking the proper Oath of Allegiance, seem to me to have the most promising Aspect for making good Subjects of the present Generation of Inhabitants, at least better than they are now and good Protestants of the next Generation of ’em; especially if there was to be a Mixture of English or other Protestants introduc’d among ’em, which the Invitation of a Civil Government to be set up among ’em would bid fair for doing: and the Trading House would create in the Indians a firm Dependance upon, and Attachment to his Majesty’s Government, especially if a proper Protestant Missionary or two was supported to live among ’em at their head Quarters, as is the Method of the french Priests; by wch. means they gain so great an Ascendency over them.

“Just as I had finished the last Paragraph a Letter from Governor Knowles to Admiral Warren & myself, dated the 10th Instant, was deliver’d to me, in which he informs me that ‘he has given his Opinion in his Letters to your Grace, that it will be necessary to drive all the French (I suppose he means Inhabitants) out of Accadie (Nova Scotia) in the Spring, and that he hopes he shall have Orders to assist in doing it, if Admiral Warren does not go upon the Expedition to Quebeck, which he apprehends is rendred more difficult than it was, by such a Number of Ships being got safe up to Quebeck this Year, as no doubt they have carried all manner of warlike Stores.’ And in his Letter to me of the 24th of October he says ‘if his Majesty should be pleas’d to transport the Rebels who are Objects of his Mercy, & encourage other Highland Families to come over, he thinks the Colony of Nova Scotia would soon be repeopled;’ which it is possible he may have also propos’d to your Grace as in his Opinion the best Method for peopling that Colony, after the present french Inhabitants are drove off.

“As the Sentiments, which I have taken the Liberty to offer to your Grace upon this Subject, happen to be something different from Mr. Knowles’s, I think it may not only be proper but my Duty to mention the Reasons of my preferring the Scheme for attempting to make the present french Inhabitants good Subjects to his Majesty, and keeping ’em in the Country, to that of driving ’em off & introducing some of the Rebels and other Highlanders in their Room.

“It seems very difficult to drive all the Inhabitants of Accadie out of so large a Province as that is, and which consists chiefly of Woods; It is most probable that many of the hardiest Men would retire (for some time at least) with their Cattle into the Woods, & form Parties with the Indians; and the remainder would doubtless retreat with their Families to Canada: Those, who are acquainted with the Indian Manner of Life & making War know that one hundred of ’em under Cover of the Woods can confine a very large Frontier within their Garrisons, even tho’ they have Companies continually scouting between one Garrison and another: this is at present the Case of this Province & the other Colonies of New England & New York, tho’ the People there are us’d to the Woods, & the Skulking of the Indians behind the Bushes & in Ditches with their other Wiles, & have large numbers of the Militia constantly upon Guard for their Protection; their Cattle is continually destroy’d; if any of ’em venture out into their Fields, they are frequently kill’d & scalp’d; and sometimes not only single Families or Garrisons are surpriz’d and cut off, as has happen’d lately in this Province, but even whole Villages, as was the Case of Sarahtoga in New York a few Months ago; so that those of the french Inhabitants, who should mix with the Indians in the Woods, would have it in their Power to put his Majesty’s Garrison under such

Circumstances as that it could not possibly subsist longer in the Country than they could do it without fresh Provisions, Wood & other Materials & Supplies from thence; from all which they would be wholly cut off, when the Inhabitants were drove away; And as to such of the Inhabitants, who should go with their Families to Canada, it must be expected that a very large Body of the Men would return arm’d next Spring with some Canadeans to join the Indians; from all which it seems justly to be apprehended that an Attempt to drive all the french Inhabitants from their Settlements, should it succeed, would in Effect be driving 5 or 6000 Men to take up Arms against his Majesty’s Government there every Year during the War; make the reclaiming of the Indians of Nova Scotia impracticable, & render it impossible for his Majesty’s Garrison there to subsist long in the Country in time of War even with the Indians only; Besides, the Addition of about 6000 fighting Men with their Families to Canada, which would greatly strengthen the French upon this Continent, and would entail upon the Posterity of those who are thus expell’d (for several Generations at least) a Desire of recovering their former Possessions in Nova Scotia, seems to be no inconsiderable Matter, but what next to the Loss of the Country itself should be avoided on the Part of his Majesty, & is I dare say an Event, which the French next to their Acquisition of this Colony would desire: It is indeed now to be wish’d that General Nicholson had upon the first Reduction of the Colony to the Obedience to the Crown of Great Britain, remov’d the french Inhabitants, when they were but a few, out of the Country, as was done at Louisbourg; and that during the Interval of Peace the Colony had been planted with Protestant Subjects; But after their having remain’d so long in the Country upon the foot of British Subjects under the Sanction of the treaty

of Utrecht, and making Improvements on their Lands for one or two Generations, and being grown up into such a Number of Families, to drive ’em all off their Settlements without farther Inquiry seems to be liable to many Objections. Among others it may be doubted whether under the Circumstances of these Inhabitants it would clearly appear to be a just Usage of ’em; it is true that the Notion of their Neutrality (which seems to have been entertain’d for some time by the English as well as themselves) is ill-grounded, and does not comport with the Terms of their Allegiance to his Majesty, to which such of ’em as chose to remain in the Province are bound by the treaty of Utrecht; whereby the french King yielded up the Inhabitants as well as the Soil of Accadie, and together with their Persons transferred their Allegiance to the Crown of Great Britain; But if it is consider’d that this Notion was founded upon an Act of the late Lieutt Governour Armstrong then the residing Commander in Chief of the Province, whereby he took upon himself to grant ’em by a Writing under his Hand an Exemption from bearing Arms upon any Account whatever, on their consenting to take an Oath of Allegiance to his present Majesty, which, whether it was done by him with, or without Authority, appear’d at least to them to be authentick; it may perhaps be deem’d too rigorous a Punishment for their behavior grounded on such a Mistake, to involve the innocent with the Guilty in the Loss of their Estates, and the Expulsion of their Families out of the Country; it is not improbable but that there may be many among ’em who would even prefer his Majesty’s Governmt. to a french one, & have done nothing to deserve such a Forfeiture; Some Allowances may likewise be made for their bad Situation between the Canadeans, Indians & English, the Ravages of all which they have felt by Turns in the Course of the War; during which they

seem to have been continually plac’d between two fires, the force and Menaces of the Canadeans & Indians plundering ’em of whatever they wanted, & deterring ’em in the strongest manner from having any Communication with his Majesty’s Garrison, on the one hand; and the Resentmts of the Garrison for their withholding their Intelligence & Supplies on the other, tho’ at the same time it was not in a Condition to protect ’em from the Enemy; Wherefore it seems a Matter worthy of your Grace’s Consideration, whether under such doubtful Circumstances the driving all the French Inhabitants of Nova Scotia off their Settlements, and thereby very greatly strengthening the Enemy upon this Continent, not only against the Garrison in present, but finally against all the British Colonies there, and depopulating one of his Majesty’s Provinces for some time (how long may be uncertain) is more eligible than treating ’em as Subjects, confining their Punishmt to the most guilty & dangerous among ’em, & keeping the rest in the Country, and endeavouring to make them & their Posterity useful Members of Society under his Majesty’s Government: I can’t omit likewise observing to your Grace, that it would be exceeding difficult to fill up the Chasm which driving off the Inhabitants would make in the Country; During the Rupture with France it would certainly be impracticable, and I doubt whether it would not be so when Peace shall be made with France, if the Indians should continue at War with us; For what Number of Families can be propos’d to begin a Settlemt. in the Country, after the Expulsion of the French Inhabitants, with safety against the Indians, & which would be continually expos’d to be destroyed by ’em, whilst they were carrying on their Settlements; They must expect no Protection against the Indians from within the Garrison, out of the Reach of their great Guns; the Company of Rangers, which

live without the Walls of the Fort, would afford more of that than a thousand Garrison Soldiers would do: Whereas if the Stock of french Inhabitants was continued in the Country, an Accommodation with the Indians would be more easily brought about and preserv’d, they would be a Cover for any Number of Families that might be introduc’d among ’em whilst they were carrying on Settlements; & secure to the Garrison its necessary Supplies of fresh Provisions, Fuel, Materials for repairing the Works, & Stores of Sorts that the Country affords.

“As to repeopling the Province with some of the late Rebels and other Highland Families, it seems much to be doubted whether it might not be too hazardous to fill that Colony, wch. should be the Barrier of all his Majesty’s Colonies upon this Continent, with a Set of poor, ignorant, deluded Wretches just come out of a most unnatural Rebellion; that from their Neighbourhood to Canada would be continually expos’d to the Artifices and Attempts of french Romish Priests upon ’em who it is reasonable to think would not fail to instill the same Notions into ’em in America, which seduc’d ’em from their Allegiance in Great Britain, with a Promise of more effectual Support & Protection from the French here, than they had in the Highlands; Indeed, my Lord, this seems to be a dangerous experiment, and what might produce the worst of Consequences.

“I beg leave to submit it to your Grace’s Consideration, whether the most staunch Protestants, & Families the most zealously affected to his Majesty’s Government, a Number at least of such, should not rather, if possible, be transplanted there as soon as may be; I could wish four or five hundred of ’em could be induc’d to go from some Part of New England; I think from the Experience I had of the Inhabitants of this Province at least upon the late Alarm

given by the french Fleet, I might safely venture to be answerable to his Majesty, that if I had suggested in my late Orders for assembling a Body of ’em under Arms in Boston from all Parts of this Province to oppose any Attempt of the Enemy, that there was a design of landing a Son of the Pretender’s here, it would not have been possible to have kept any one Man, who was capable of marching hither, from appearing under Arms with the most determin’d Resolution of hazarding his Life to the utmost in defence of his Majesty’s Governmt.; And as the late Appearances of a fondness for removing from hence to Cape Breton seem to be quite vanished at present, I should not be without hopes of some families removing from these Parts to Nova Scotia upon due Encouragement; Protestants likewise from among the Swiss Cantons, & other Northern Parts in Germany, who are generally bred up in the Exercise of arms, and make sober and industrious Settlers, might be safely trusted in Accadie; Great Numbers of ’em yearly flock into Pensilvania, whereby the Inhabitants of that Province are almost incredibly increas’d within these twenty Years; And from the behavior of the Irish coming out of the Northern Parts of Ireland hither, a Number of which is setled in the Eastern Parts of this Province, I should think they too might be safely trusted in Nova Scotia; and it is certain that these poor unhappy Highlanders (I mean such of ’em as may be design’d to be transported into the Plantations) would be more safely dispos’d of among the four Governmts. of New England, or in New York & the Jerseys, where they would not be in danger either of corrupting the Inhabitants, or being again seduc’d themselves, but might make useful Subjects to his Majesty.

“I hope, my Lord, I shall be excus’d if I have gone beyond my Line in submitting these Observations to your Grace, at a time when the fate of one of his Majesty’s

Northern Colonies, the most important of ’em all to the Crown in many respects, as I apprehend, and which will be in the hands of the french the Key to all the other British Colonies upon this Continent, & even to Cape Breton, And in his Majesty’s Possession the Barrier of ’em against the Enemy seems to come to a Crisis.”

Shirley to Newcastle, Boston, New England, 27 February, 1747.

“My Lord Duke,

“I am sorry that I am now to Acquaint your Grace with the Advices I receiv’d last night by Express from Nova Scotia giving me an Account that the Detachment of Troops under the Command of Lieut. Colonel Noble, which I Inform’d your Grace in my last of the 21st. instant had taken possession of Minas, and had kept it near two months, was for want of a proper Security for the Men and Intelligence from the Inhabitants surpriz’d on the 31st. of January last at three o’Clock in the morning by between 5 & 600 Canadeans & Indians in which Lieut. Colo. Noble with four Officers more and about 80 men were killed, and three Officers and about 60 Men were wounded and taken prisoners before it was light enough for our people to get together; they however obliged the Enemy, upwards of 20 of whom were kill’d, and about 15 wounded, to allow ’em an honourable Capitulation, a Copy of which I inclose to your Grace together with the Account given of this Affair by the Officer who was Commandant of the Detachment at the time of the Capitulation, & Extracts from Lieut. Governour Mascarene’s Letter to me upon this Subject, from whence I choose your Grace should receive the Accot. in the same light it has been Conveyed to me in, and which upon the best Inquiry I can make, seems to be a just one. I also Inclose to your Grace an Extract from Col. Noble’s Letter to me dated two days before his

death, giving me an Account of the Situation of Affairs then at Minas; from whence your Grace will perceive that even then he was in Expectation of being Join’d by the Rhode Island Forces & the Company from this Province, which had the Misfortune to be Shipreck’d; and that, had they arriv’d at Annapolis, and the New Hampshire Companies had not return’d home without acting, the Enemy would in all probability have been drove out of Nova Scotia, and every good purpose, which I had propos’d, been answer’d before this time. As it is I shall use my best Endeavours forthwith to fit out a sufficient force by Sea to destroy Mr. Ramsay’s Vessels at Schiegnecto, and recover our own by Spring, & to send Mr. Mascarene such a Reinforcement of Troops as may still drive the Enemy out of Nova Scotia by the same time and prevent any bad Consequences from the late Accident there, which seems necessary to be done (if possible) and I shall hope to succeed in, if the neighbouring Governments of New England will assist in, which I shall urge ’em to do.

“I likewise inclose the Answer of the Inhabitants of Minas to the French Letter which I some time ago Inform’d your Grace I sent Mr. Mascarene last Fall, and a Paragraph out of one of his Letters to me upon the same matter; whereby your Grace will perceive that that Letter seems to have had an happy Effect upon the Inhabitants at a most critical Conjuncture.

“The late Secresy of the Inhabitants of Minas with regard to the Enemys Motions, and the very certain Intelligence which the Enemy gain’d of the particular Quarters of the English Officers, notwithstanding their Supplying the King’s Troops with Provisions, and the Curtesy of their Behavior to ’em before this Surprize, and their professions of being sorry for it afterwards seems to shew the necessity of his Majesty’s Keeping a strong Blockhouse there with a Garrison of 150 men; And the constant ill behavior of the Inhabitants

of Schiegnecto seems to make another Blockhouse with a like Garrison there equally necessary, as I at first propos’d to your Grace from Louisbourg; and these two with a Fort and Garrison at Chebucto of 300 Men at least, and the continuance of a Garrison of 300 at Annapolis Royal as it is at present, with a strong Blockhouse at Canso garrison’d with 100 Men would through the constant Correspondence that might be kept up between the several Garrisons be an effectual Security to the Province against the Enemy, and oblige the Inhabitants in a little time to contribute towards the protection & Expence of the Government, and for ever frustrate any hopes the French could Entertain of making themselves Masters of it, by their constant Endeavours to Seduce the Inhabitants from their Allegiance; all which would make Nova Scotia really His Majesty’s which it seems scarcely to have been yet: And I would Submit it to your Grace’s Consideration whether a Company of Rangers consisting of 100 Indians, or rather two Companies, consisting of 50 each, one to be posted at the Blockhouse at Minas, and the other in Schiegnecto would not be of the greatest Service, in Scouting thro’ every part of the Province and in the Woods upon all Emergencies (for which the Regular Troops are by no means fit) and particularly in preventing the French from Introducing Men from Canada into the Province by the Bay Vert; I think the great Service which Lieut Colonel Gorham’s Company of Rangers has been of to the Garrison at Annapolis Royal, is a demonstration of the Usefulness of such a Corps, besides that it may be a means of bringing Indians out of the French Interest into his Majesty’s Service, and go far towards reclaiming ’em in general; especially if (as I have before propos’d for your Grace’s Consideration) two Trading or Truck Houses were to be maintain’d one at Minas, and the other at Chiegnecto, for supplying the Indians with all necessaries

in Exchange for furrs, and proper presents were made to ’em in the manner which the French use to Keep ’em in their Interest.

“And if your Grace would allow me the Freedom to offer my Sentiments concerning what appears to me to be farther necessary for putting this important Province of Nova Scotia (I think I may justly call it the most important to the Crown of any upon this Continent) in Security, I sho’d propose one of His Majesty’s Arm’d Sloops (or Snows) with a Tender to be constantly employ’d in the Bay of Fundy for visiting all parts of it upon every occasion, as well as the several Harbours on the Cape Sable Coast; and one of his Majesty’s Frigates to be employ’d for the protection of the Fishery at Canso (as was always usual in time of peace) which together with a Tender would also be of great Service in duly attending the Bay Verte, upon every Occasion, and likewise visiting the Coast of Accadie (or Cape Sables) besides protecting the Fishery.

“Since writing the last Paragraph I have heard of some other particular circumstances, which make it very suspicious that several of the Inhabitants at least of Minas knew of the Enemy’s Motions, & I find that it is the general Opinion of the Officers that they did.

“I am with the most dutiful Regard,

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most devoted,

“& most humble Servant

“W. Shirley”

Shirley to Newcastle, Boston, April 29th., 1747.

(Extract.)

“My Lord Duke,

“Since finishing Governour Knowles’s, & my joint Letter to your Grace, I have learn’d from one of the English Prisoners

just Arriv’d from Schiegnecto in Exchange for one of the French Prisoners sent by me from Boston, and who was carry’d Captive from Minas, where he was taken by the Enemy in the late Surprize, that when the Canadeans went from Minas to Schiegnecto they march’d out of the Grand Prè about 500, but were reduc’d to about 350 before they reach’d Schiegnecto, by several of their party’s leaving ’em at every great Village in Minas, thro’ which they pass’d which makes it Evident that 150 of the Inhabitants of that District had Join’d the Canadeans in their late Attack upon the English at Grand Prè, and may Serve farther to shew your Grace the imminent Danger of all the Inhabitants of Minas’s still Joining the Enemy, unless speedy measures are taken for driving the Canadeans out of the Country, and Securing the fidelity of the Inhabitants in some better manner than it is at present; and how opportunely the forces sent last Winter from hence to Annapolis, and the Assurances I took the liberty of sending the Nova Scotians that those, who behav’d as good Subjects, sho’d have His Majesty’s protection in their Estates, arriv’d there for saving the whole District of Minas from an open Revolt.

“This fluctuating State of the Inhabitants of Accadie seems, my Lord, naturally to arise from their finding a want of due protection from His Majesty’s Government; and their Apprehensions that the French will soon be Masters of the Province, which their repeated Attempts every year for the Reduction of His Majesty’s Fort at Annapolis Royal, and the Appearance of the late Duke D’Anville’s Squadron from France upon their Coast with that View strongly Impress upon ’em, as does also the Residence of the Enemy in the Province, and the Sollicitations of their own Priests; and to this, I believe, may be added some Jealousy, which the Enemy and Priests are for ever instilling into ’em, that the English want only a safe

Opportunity of driving all the French Inhabitants off their Settlements; which tho’ Mr. Mascarene assures me that his communicating to ’em my printed Letter promising ’em His Majesty’s protection, had so far allay’d as together with the Arrival of the late Detachment of Soldiers sent from hence in the Winter for the Defence & protection of the Province, to disappoint Mr. de Ramsay’s Attempt upon the Inhabitants of Minas for bringing ’em to an open Revolt, and to make him retire from Minas to Schiegnecto, yet as the hopes my Letter may have made ’em entertain have not been yet Confirm’d by Assurances of His Majesty’s Royal protection directly from England I cant but think, there is a most apparant danger of Nova Scotia’s being soon lost, if the Expedition against Canada should not proceed this year, nor any Measures be taken, or particular Orders be sent by His Majesty for Securing the Province against the Enemy & strengthening his Government among the Inhabitants, For I perceive that the General Assembly of this Province, from whence only the Succours & Support which His Majesty’s Garrison at Annapolis Royal has hitherto received for the Protection & Defence of Nova Scotia, have been sent, are tir’d of having ’em drawn wholly from their own people, and despair of its being effectual without His Majesty’s more immediate Interposition for the protection of that province; And I look upon it as a very happy Incident, that I had it in my power to send Mr. Mascarene the Support, I did the last Winter, and beginning of the Spring, out of the Levies rais’d for the Expedition against Canada, which I insisted upon doing as they were in His Majesty’s Pay (tho’ rais’d for another Service) but should not have been able to do it (I believe) had it depended wholly upon the Consent of the Assembly, tho’ generally well dispos’d for His Majesty’s Service.”

Newcastle to Shirley, 30 May, 1747.

(Extract.)

“As you and Mr. Warren have represented, That an Opinion prevailed amongst the Inhabitants of Nova Scotia, That It was intended to remove Them from their Settlements and Habitations in that Province; And as that Report may probably have been artfully spread amongst Them in order to induce Them to withdraw Themselves from their Allegiance to His Majesty, and to take Part with the Enemy; His Majesty thinks it necessary, That proper measures should be taken, to remove any such ill-grounded Suggestions; and, for that Purpose, It is the King’s Pleasure, That you should declare in some publick and authentick manner to His Majesty’s Subjects, Inhabitants of that Province, That there is not the least Foundation for any Apprehension of that nature; But That, on the contrary, It is His Majesty’s Resolution to protect, and maintain, all such of Them as shall continue in their Duty, and Allegiance to His Majesty, in the quiet & peaceable Possession of their respective Habitations, and Settlements And That They shall continue to enjoy the free Exercise of their Religion.

“His Majesty did propose to have signed a Proclamation to the purport above mentioned and to have transmitted it to you, to have been published in Nova Scotia; But as the Advices, that have been received here, of a Body of the New England Troops, which were advanced to Menis having been surprised by a Party of the French Canadeans and their Indians, and having been either cut off, or taken Prisoners; And the great Probability there is, That this Misfortune could not have happened to that Body of Troops, without the Assistance or, at least, Connivance of the Inhabitants of Nova Scotia; make it very difficult to fix

the Terms of the intended Proclamation; His Majesty thinks it more advisable to leave it to you to make such a Declaration in His Name, as you shall be of Opinion, the present Circumstances of the Province may require.”

Shirley to Newcastle, 8 June, 1747.

(Extract.)

“I have nothing to add to my Letters, which I have lately transmitted to your Grace, except that Mr. de Ramsay is still at Chiegnecto with his party in Expectation of a Reinforcement from Canada, and the Arrival of an Armament from France, and that he has not thought fit to venture again to Manis [Mines], but insists in his Messages to the Inhabitants there that they should look upon themselves as Subjects to the French King since the New England Troops were oblig’d to retire out of their District by Capitulation, but that this has had no Effect upon the Inhabitants, the Reinforcement, which I sent there afterwards, having taken repossession of Manis, and hoisted the King’s Flagg there, and the Deputies of Manis having thereupon renew’d their Oaths of Fidelity to His Majesty at Annapolis Royal; I continue the last Reinforcement at the Garrison still for the Security of that and Manis; But it is not strong enough to drive the French from Schiegnecto, it being suspected that the Inhabitants of that District, who were ever refractory to His Majesty’s Government, would not scruple to Join the Enemy in case of an attack upon ’em; And I could not think it adviseable for me to send all the Forces, which I had rais’d for the Expedition against Canada within this Government upon another Service (as I must have done to have been strong enough to force the Enemy out of Schiegnecto after the Action at Minas) when I was in daily Expectation of receiving His

Majesty’s Commands concerning the prosecution of the intended expedition, and besides, the Assembly, which has been at a great Expence for the raising of the men for the service of the Expedition only, strongly insisted upon my reserving 1500 of ’em to go against Crown Point, as your Grace will perceive by the inclos’d Copy of their Answer to my Message; However the several Reinforcements, which I did send to Annapolis, have preserv’d the Garrison and province from falling into the Enemys hands the last year, and not only made the Enemy quit Manis, but still Confine ’em to Schiegnecto; and had the Rhode Island & New Hampshire Troops Join’d the Massachusetts Forces at Manis, as was propos’d, and both those Governments promis’d me they should, and one of the Massachusetts Companies had not been lost in their passage, we should have been strong enough (I am perswaded) to have drove the Enemy the last Winter quite out of the Province of Nova Scotia: As it is, I doubt not, if no Armament arrives from France, we shall be able to keep ’em out of Annapolis and Manis till I receive His Majesty’s Commands, which I am in daily Expectation of, and will, I hope, Enable me to take effectual Measures for getting rid of the Enemy and Securing the Province against their Attempts for the future.”

Shirley to Newcastle, Boston, 25 June, 1747.

(Extract.)

“My Lord Duke,

“Since my last to your Grace, I have Accounts from Nova Scotia, that the French have rais’d a Battery of Nine Guns on the back of Schiegnecto to oppose the landing of Forces from Bay Verte, that they were also building a Fort & had landed Cannon & Mortars there, which they were

now hawling by Land, and may use either for Fortifying that District, or transport from thence to Annapolis Royal for the Reduction of his Majesty’s Garrison; There has been likewise further Accounts from thence that the Inhabitants were in Expectation of 1000 Men from Canada, which together with the Indians & People of Schiegnecto, & some of Manis, it is said, would make up Mr. De Ramsay’s Party 5000, who were then to proceed against Annapolis; and that three large French Ships of Force had been seen in Bay Verte, vizt. two from Canada & one from France and landed Troops & Stores. These Accounts gain Credit the more easily as it seems not to be doubted, but that the French have the Reduction of Nova Scotia extremely at heart, and will be continually making some Attempt or other against it, whilst the Warr lasts; and I am sorry to find by a Message lately sent me from the Assembly desiring I would recall the Soldiers, I last sent to Annapolis, that they seem out of heart about the effectual Preservation of it from the Enemy. Should the French gain it by any sudden Stroke, I am perswaded, they would be so strong there by the Addition of all the Inhabitants to their other Forces, as well as the Numbers they would draw from Canada, & by immediate Fortifications of it, that it would require a very considerable Armament & Number of Troops to recover it from ’em; which makes me think it my Indispensable Duty to trouble your Grace with so frequent a Repetition of my Apprehensions concerning it. The enemy may indeed be now look’d upon as Masters of Scheignecto which Place it is evident they are busy in fortifying; & would have been so likewise of Manis by this time, had they not been oblig’d to withdraw their Troops from thence last Fall by the Arrival of the Detachments, I sent there.”

Shirley to Newcastle, 8 July, 1747.

(Extract.)

“I shall now take the Liberty to submit to your Grace’s Consideration the most practicable Scheme, that occurs to me at present for effectually driving & keeping the Canadeans out of Nova Scotia; vizt. if Mr. Knowles when the Season is too far advanc’d for the French to make an Attempt from France against Louisbourg, should detach 1000 Men out of that Garrison to be join’d by 2000 from New England at Annapolis Royal, and from thence to proceed to Schiegnecto; that Force would, I apprehend, drive the Enemy off, and easily make us Masters of all the Inhabitants of that District, who seem to have ever been so deeply engaged on the Side of the Enemy as to make ’em forfeit all pretence of right to hold their Possessions; and if the 2000 New England Men were to share among ’em that District upon Condition of their setling there with their Families in such a defensible manner as they should be directed to do, and the french Inhabitants of that District were to be transplanted into New England, and distributed among the four Governments there; That I apprehend might be a Settlement of the District of Schiegnecto strong enough to keep the Canadeans out, and to defend themselves against the Indians; and the Inhabitants of the two other Districts of Nova Scotia, vizt. Menis & Annapolis, being thus lock’d up between the Settlement in Schiegnecto at one End, and his Majesty’s Garrison at the other, and aw’d by the removal of the french Inhabitants of Schiegnecto from off their Lands, would be constantly held to their good behaviour, and by Intermarriages & the spreading of the English Settlement from Schiegnecto, the whole Province, or at least the greatest part of it, might in two or three Generations become English

Protestants—I would add that such an Exchange of the present Inhabitants of Schiegnecto for New England Men, would make up to the four Colonies of New England the Loss of the Families propos’d to be remov’d from thence to Nova Scotia upon this Occasion hinder Canada’s being strengthened by the Expulsion of the French from their Possessions, & prevent the English Settlement at Schiegnecto from being harrass’d by their continual Attempts to recover their former Lands; And the Encouragement given to the New England Men by the propos’d Distribution of the Lands among ’em would besides make the raising of 2000 Men for this Service much more practicable, & less expensive to the Crown.

“Upon the whole, my Lord, if the War continues, unless some measures are very suddenly taken for the better Security of Nova Scotia, there seems to be great danger that that Province will not long remain his Majesty’s.

“I am with the most dutiful regard,

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most devoted and

“most Obedient Servant

“W Shirley.”

Shirley to Newcastle, 24 August, 1747.

“My Lord Duke,

“The French Declaration, of which the inclos’d is a Copy, did not come to my hands till I had finished the letter, wch. accompanies it: And I send it your Grace, as it may serve to shew the Views of the French with respect to Accadie, the Dependance they have upon the Dispositions of the Inhabitants, what advantage they propos’d to themselves from the New England Levies under the Command

of the late Lieutent. Col. Noble’s quitting Menis by Capitulation, and the necessity there was of my sending the last Detachment of soldiers to Mr. Mascarene to take repossession of Menis, and make the Inhabitants of it renew their oath of fidelity to his Majesty; which had its desir’d Effect.

“I am with the most Dutifull regard

“My Lord Duke,

“Your Grace’s Most Devoted,

“and Most Obedient Humble Servant

“W Shirley.”

Shirley to Newcastle, 20 Oct. 1747.

(Extract.)

“The general Inclination which, the french Inhabitants of Nova Scotia have to the french Interest, proceeds from their Ties of Consanguinity to the French of Canada, but more especially from those of their Religion, which last seems to put ’em greatly under the Influence of their Priests, who continually receive their Directions from the Bishop of Quebeck, & are the Instruments, by which the Governour of Canada makes all his Attempts for the Reduction of the Province to the french Crown, & Keeps the Indians of Nova Scotia (commonly called the Cape Sable Indians) in their Dependence upon him; particular Instances of which may be given in the first Body of French & Indians, which attack’d the King’s Garrison soon after the Declaration of the present War’s being headed by a Priest of Nova Scotia; and the principal Part in giving Intelligence to the Enemy, maintaining the Correspondence between Canada and Nova Scotia, assembling Cape Sable Indians, & influencing such of the Inhabitants as had joined

with or assisted the Enemy, has been manag’d by another Priest of that Province; Other Instances of this Kind might be given, as particularly the Attempt to bring the Inhabitants into Revolt soon after the late Surprize at Menis by endeavouring to influence ’em with the Authority of the Bishop of Quebeck pronouncing ’em to be free from their Oath of Allegiance to his Majesty. But I shall content myself with observing to your Grace only one piece of Policy made use of by the french Priests in Nova Scotia for preserving the whole Body of the People intirely french, and Roman Catholick’s, vizt. forbidding all Intermarriages with the English under Pain of Excommunication, (of which I am informed there has been one or two late Instances in actual Excommunication upon this Occasion) & which has had so general an Effect as to prevent the Settlement of any one English Family within the Province, from the first Reduction of it to the present time, tho’ some have attempted to setle in the Country; & to Keep out Inter-marriages between the French & his Majesty’s English Subjects, as that I never heard of any one Instance besides the before mentioned ones; And I would humbly submit it to your Grace’s Consideration if the free Exercise of the Roman Catholick Religion and an unlimited Toleration of Roman Priests in Nova Scotia should continue to have the same Effect in that Colony for the next succeeding forty years, as it has had within these last forty; the Inhabitants there are suffer’d to remain a distinct Body of French in the Neighbourhood of Canada, with the Ties of Consanguinity & Religion between them & the Canadeans still growing stronger, untill they double or perhaps treble their Number (the French of Canada likewise at the same time increasing their Strength & Numbers) whether it may not prove in the End cherishing a Colony of Inhabitants for the subversion of the King’s

Government in it, & the strengthening of the french Interest upon the Continent.

“The Treaty of Utrecht, my Lord, by which the cession of Accadie (or Nova Scotia) with its Inhabitants was made to the Crown of Great Britain does not seem to lay his Majesty under an Obligation to allow the french Inhabitants the Exercise of the Roman Catholick Religion; and as his Majesty is as yet under no Promise to do it, I should hope that Methods might be found for weakening the Ties of Consanguinity & Religion between even the present Generation of the french inhabitants of Nova Scotia & those of Canada, by beginning new ones between his Majesty’s English & french subjects there, and at the same time controuling the pernicious Power of the Romish Priests over the french Inhabitants & the Indians of that Province, which may possibly be cut off or at least obstructed by his Majesty’s making a Promise to continue the french Inhabitants in the free Exercise of their Religion.

“Wherefore as his Majesty has been pleas’d to refer it to my Opinion to fix the Terms of the Declaration, which he has commanded me to make in his Name to the Inhabitants of Nova Scotia; whereby it became my Duty to avoid every thing in it, which appear’d to me to have a Tendency to disserve his Government within that Province, I have taken the Liberty to suspend promissing ’em the free Exercise of the Romish Religion, tho’ it is mention’d in your Grace’s Letter to have been part of what was at first propos’d to have been included in his Majesty’s intended Proclamation, till I could transmit my Sentiments to your Grace, and I should have his Majesty’s farther Directions upon it; & have in the mean time made a Declaration of such Points, as seem’d necessary to be ascertained to the Inhabitants for quieting their Minds, & would not admit of Delay.

“I might mention to your Grace some local Reasons for

my Omitting in the Declaration what I have done, but shall not presume to trouble you with any but what I thought it my indispensable Duty to lay before your Grace.

“I am with the most dutiful Regard

“My Lord Duke,

“Your Grace’s most Devoted

“and most Obedient Servant

“W Shirley.”