APPENDIX XXX

[P. 457, n. 3]

BIBLIOTHEQUE DE L’INSTITUT, COLLECTION GODEFROY

Vol. 256, fo. 71, recto (no. 39 du catalogue)

[Le duc d’Anjou à Charles IX.]

[La Guerche, 19 janvier 1573.]

[Suscription, au dos] Au Roy, Monseigneur et frere.

[Au dos, alia manu] Monseigneur, de XIXe janvier 1573.

Monseigneur, par la depesche que je vous fiz hyer, je vous ay adverty que le Sr de Biron m’avoit escript que, quand toutes les compaignyes de gens de pied françoyses dont nous avons faict estat seroient la, après avoir demeuré dix ou douze jours aux tranchées, il n’en scauroit rester plus hault de six mil hommes, et qu’il estoit nécessaire d’en avoir plus grand nombre. Sur quoy j’avois advisé d’envoyer devers Monsr l’amyral pour avoir quarante enseignes de celles qui sont auprès de luy. Et estant presentement, venu devers moy le Sr de Beaulieu Ruzé, que le Sr de Biron m’a depesché expres, tant pour aucunes particularitez que j’ay donné charge au Sr de Lanconne (que j’envoye devers vous) vous dire, que pour m’advertir, encores que les forces y soient si petites qu’elles sont, qu’ilz estoient neanmoins d’adviz que je ne laissasse pas de m’acheminer au camp. Ce que j’ay resolu de faire et de partir demain de ce lieu, pour m’en aller a Châtellerault et de la à Poictiers. Et cependant je renvoye ledict Ruzé devers ledict Sr de Biron pour me revenir trouver en chemin, et me rapporter au vray ce que sera survenu depuis. Et ay depesché incontinant ung courrier devers ledict Sr Amyral, pour faire partir tout aussy tost lesdictes quarante enseignes, ou ce qu’il me pourra envoyer, et qu’il les face embarquer à Moyssac, d’ou elles peulvent venir par eaue, jusques à La Rochelle, luy ayant mandé les lieux par ou elles auront a passer et par mesmes moien audict Sr admiral et de Montferrant de pourveoir qu’il y ait des batteaulx et estappes des vivres. Et ne veoy aucune chose qui puisse apporter retardement a vostre service, que de n’avoir les deniers, pour pouvoir faire faire monstre a mon arrivée au camp, principallement aux gens de pied, d’autant qu’il est a craindre que, n’estans poinct payez et s’asseurans que je ferois porter argent avec moy (comme je l’avois promis a celles de vostre garde et du capitaine Gadz), ilz se desbendent et que le nombre que je m’attendz y estre n’y soit poinct. Je vous supplie tres humblement, Monseigneur, de commander que l’on regarde de cercher tous les moyens dont l’on se pourra adviser pour m’envoyer les troys cens mil livres que je debvois avoir avant mon partement de la Court.

Au demeurant, Monseigneur, j’ay receu la lettre qu’il vous a pleu m’escripre du XIIIe de ce moys, et veu par le contenu d’icelle comme vous avez resolu deux poinctz. Le premier, de la suppression de tous offices qui vacqueront, pour congnoistre la grand charge que cela apporte à vous et à voz subgectz, pour les gaiges qu’il leur fault payer. Et l’autre, que vous avez commandé qu’il ne soit depesché cy apres aucun office ou benefice dont il vous sera baillé memoire ou placet, que troys moys apres que vous verrez les roolles qui en seront faictz, pour les departir à ceulx qui font service, principallement en ce camp auprès de moy. Ce que je ne fauldray leur faire entendre, suivant ce qu’il vous plaist me mander. J’ay aussy veu le memoire que vous a esté baillé de ce que l’on vous propose pour la conqueste que vous pouvez faire à l’Yndie avec peu de despence, laquelle je ne puis trouver que très bonne, lorsque vous serez en paix et que voz affaires le pourront permectre, y estans les richesses et commoditez portées par ledict memoire. Vous sçavez combien telles entreprises et conquestes ont apporté de proffict au feu Empereur et Roy Catholique, pour le grand nombre d’or qu’il a tiré et tire ordinairement du Peyrou, tellement que, sans cela, il n’eust eu moyen d’entretenir et soldoyer les armées et forces qu’il a entretenues jusques à present, qui me faict vous conseiller (soubz vostre meilleur adviz) de ne laisser poinct perdre ceste occasion, quand vous congnoistrez qu’elle pourra estre mise a execution. Presentement, j’ay eu nouvelles que le Sr Paul Emille a tant faict que ceulx de La Rochelle qui le detiennent prisonnier l’ont mis à rançon pour mil escruz, dont aulcuns de ses amys ont respondu pour luy. Laquelle somme il n’a aucun moyen de fournir, si ce n’est de vostre liberalité, grace et specialle faveur, laquelle je vous supplie vouloir estendre en luy pour cest effect, et luy faire paroistre la souvenance que vous avez tousjours eu de ceulx qui vous font service. Aussy, Monseigneur, j’ay esté adverty que l’estat de viceneschal de la Haulte et Basse Marche, qui est ès terres de mon apennaige est a present vacant par mort, la disposition et provision duquel neanmoins vous appartient. A ceste cause, je vous supplie encores le vouloir accorder aux Sieurs de Villequier, pour lesquelz je vous en faictz requeste, et commander que la depesche et provision soit faicte en leur faveur au nom de tel personnaige suffisant et cappable qu’ilz nommeront et non autrement. Sur ce je supplieray le Createur vous donner,

Monseigneur, en tres bonne santé, très longue et très heureuse vie.

Escript à la Guierche, le XIXme jour de janvier 1573.

[Propria manu] Vostre tres humble et tres obeissant frere et subget.

Henry

[Original]