CHAPITRE II.

DES SAUUAGES BAPTISEZ CETTE ANNÉE, & DE QUELQUES ENTERREMENS.

IL semble que nostre Seigneur veüille authoriser la pureté de immaculée Conception de sa saincte Mere, par les [24] grands secours qu'il donne à ceux qui honnorent cette premiere grandeur de la Vierge. I'enuoyay l'an passé à V.R. la formule d'vn vœu, que nous fismes suiuans son conseil dans toutes nos Residences le huietiesme de Decembre, iour dedié a cette Conception sacrée; nous cachions cette deuotion, & V. R. l'a publiée la faisant imprimer en mesmes termes que nous l'auons voüée, & que nous la voüerons encore Dieu aydant tous les ans à mesme iour. La benediction que le ciel a versé sur nos petits trauaux depuis ce temps-là, est si sensible; que ie conuierois volontiers tous nos Peres de l'Ancienne France, voire de tout le monde, & toutes les bonnes ames qui cherissent la conuersiõ de ces Peuples, de s'allier de nous par ces saincts vœux, vnissant tous les ieusnes, toutes les prieres, toutes les souffrãces, toutes les saintes actions les plus secrettes de ceux qui entreront dans ces alliances, pour estre presentées à la Diuinité en l'honeur & en action de grace de l'immaculée Conception de la saincte Vierge: afin d'obtenir par son entremise l'application du sang de son Fils [25] à nos pauures Sauuages, l'entier dénuëment & l'amour de [246] Iesvs en la Croix, auec vne mort vrayment Chrestienne, à ceux qui procurent leur salut, & à tous les associez en la pratique de cette deuotion, dont la formule est à la fin de la Relation de l'an passé. I'écriuois dans cette Relation, que nous auions baptizé vingt deux personnes, nous en auons baptizé cette année plus d'vne centaine depuis ces vœux presentez à Dieu, & fort peu auparauant. En tout on a fait enfans de l'Eglise depuis le depart des Vaisseaux iusques à present cent quinze Sauuages. De plus, Dieu nous a donné de grandes ouuertures pour le salut de ces Peuples, les faisant resoudre à deux points, qui font voir que la foy entre dans leur ame. Le premier est, qu'ils ne sont pas marris qu'on baptize leurs enfans malades, voire ils nous appellent pour ce faire. Le deuxiesme, que les plus âgez mesmes commencent à desirer de mourir Chrestiens, demandans le baptesme en leurs maladies, pour ne point descendre dans les feux, dont on les menace. Bref nous auons obtenu ce que nous n'osions quasi demander, tant [26] nous les voyons alienez de ces pensées; c'est de donner quelques petites filles: mais ie parleray de cecy en son lieu. Toutes ces faueurs sont venuës du ciel par les merites de la sainte Vierge, & de son glorieux Espoux, depuis les vœux dont i'ay fait mention. Descendons en particulier, & suiuons l'ordre du temps de ces Baptesmes.