CHAPITRE X

QUI A FAIT FAIRE LA TAPISSERIE?

C'est son exécution, immédiatement après les événements qu'elle représente, qui donne à la Tapisserie sa véritable valeur, et la classe parmi les documents historiques les plus précieux. Aussi avons-nous employé tous nos soins à préciser cette date. Il nous reste maintenant à rechercher quel est son auteur, c'est-à-dire, quel est le personnage qui en a conçu le projet, développé le plan, et surveillé l'exécution.

Sans avoir, à beaucoup près, la même importance que la première, cette nouvelle question est encore intéressante, et elle a passionné plusieurs des savants qui s'en sont occupés.

Dans le silence des textes, et avant de formuler aucune hypothèse, ou de s'abandonner aux conjectures sur un fait historique, sur l'origine d'un monument, on doit d'abord interroger la tradition, qui est assurément une des sources de l'histoire. Pour l'écarter, il faut la convaincre d'erreur, c'est-à-dire, démontrer qu'elle est en contradiction avec des faits absolument certains. Or, à Bayeux, on attribue la Tapisserie à la reine Mathilde, femme du Conquérant. Le Père Montfaucon constatait en 1730 l'existence de cette tradition, qui semblait alors [p. 195] immémoriale, et elle persiste encore aujourd'hui en dépit des critiques de certains érudits. Un peintre l'a consacrée par un tableau, représentant la reine brodant la Tapisserie, avec le concours des dames de son palais, et elle vient d'être proclamée à nouveau par les éditeurs des cartes postales.

Nul ne soutient aujourd'hui que la reine Mathilde ait exécuté tout le travail de ses propres mains; mais il suffît, pour justifier la tradition [176], qu'elle ait eu l'idée du travail, et ait dirigé les brodeuses auxquelles il était confié.

Pour refuser d'admettre, même dans cette mesure, l'heureuse initiative de Mathilde, on se fonde sur le silence du plus ancien document qui fasse mention de la Tapisserie, l'Inventaire du mobilier de l'église Notre-Dame de Bayeux [177], dressé en 1476, sous l'épiscopat de l'évêque Louis de Harcourt, où, après avoir longuement mentionné les deux manteaux que le duc Guillaume et la duchesse Mathilde portaient, d'après la tradition, lors de leur mariage, on ajoute dans un autre chapitre: « Item une tente très longue et étroite de telle à broderie de ymages et escripteaulx, faisans représentation du conquest d'Angleterre, laquelle est tendue environ la nef de l'église, le jour et par les octaves des Reliques. »

Il est vraisemblable que si, au XVe siècle, la tradition [p. 196] avait attribué cette Tapisserie à la reine Mathilde, l'inventaire l'aurait mentionné comme pour les manteaux. Aussi les critiques qui estiment que la Tapisserie n'a été commencée qu'après la mort de Guillaume ne manquent-ils pas de s'écrier: « Comment la Reine aurait-elle pu la faire faire, puisqu'alors elle était morte depuis longtemps. »

Contre nous, qui pensons que la Tapisserie a été [p. 197] commencée aussitôt après la Conquête, on invoque le silence de l'inventaire, mais il faut reconnaître qu'il ne contredit pas formellement la tradition, qu'il ne fournit qu'un argument négatif; et peut-être est-il permis de remarquer que les commissaires du chapitre, qui ont décrit avec tant de soin les ornements d'or, les pierreries, les émaux, les orfrois qui ornaient les manteaux du duc et de la duchesse, se sont montrés beaucoup plus sobres de renseignements en ce qui concernait la Tapisserie, comme si les richesses des uns les avaient fascinés au point de leur faire oublier l'intérêt de l'autre. Cette telle à escripteaulx, cette simple toile brodée de laine, dépourvue de tout ornement précieux, de joyaux, de pierreries, d'orfrois; cette pure vieillerie qu'on ne conserve et qu'on n'expose que par habitude, leur a-t-elle paru digne d'être attribuée à la femme du conquérant de l'Angleterre? Et cette observation doit être d'autant plus accueillie, que nous sommes au XVe siècle, à cette époque des riches étoffes, des broderies étincelantes, et qu'alors on ne semble pas s'être rendu compte de l'intérêt historique de la Tapisserie.

M. Steenstrup, dans sa précieuse notice destinée aux visiteurs du musée de Frederiksborg [178], admet l'ancienneté de la Tapisserie, mais pour fortifier l'argument tiré du silence de l'inventaire, il remarque qu'on n'y trouve aucune trace d'influence féminine; selon lui, si Mathilde l'avait commandée, elle s'y serait assuré une place plus ou moins importante; or elle n'en a aucune; elle n'assiste ni à la réception de Harold, ni au serment: elle ne prend part à aucune délibération. Les seules femmes représentées sont trois Anglo-Saxonnes.

[p. 198] L'observation est-elle péremptoire? suffit-elle à démontrer que Mathilde, la femme dévouée, la grande admiratrice du génie de son mari, n'ait pas tenu à ce qu'il fût seul en évidence, lui, le seigneur, le duc, le roi, le héros? Ne doit-on pas aussi se délier des a priori, pour juger les époques reculées, surtout quand il s'agit d'apprécier la situation de la femme au XIe siècle, dans la famille en général et plus spécialement dans la famille de ce despote, toujours jaloux de son autorité, qu'était le Conquérant?

Aucun texte ne permet de supposer que la Reine Mathilde ait joué un rôle, ou même ait assisté à l'un des événements que représente la Tapisserie. Dès lors pourquoi l'y faire figurer? D'autre part, la composition des scènes est toujours des plus sobres; on n'y trouve que les personnages strictement nécessaires; le dessinateur ne semble pas avoir jamais songé à une addition pour satisfaire l'amour-propre et la vanité d'un donateur.

Ajoutons qu'au XIe siècle, la femme était loin d'avoir conquis la place qu'elle devait occuper à l'époque brillante du moyen âge. Ce n'est qu'au milieu du XIIe siècle qu'un mouvement dans ce sens commença à se manifester dans la littérature. Les progrès furent lents, et Luchaire, qui a étudié avec tant de succès cette époque, conclut que sous Philippe Auguste, plus d'un siècle après la confection de la Tapisserie, la femme était encore considérée comme un être inférieur, tant par son père que par son mari. Dès lors que peut valoir l'observation de M. Steenstrup?

Et si nous prenons les œuvres d'imagination, les anciennes chansons de Geste, nous voyons la femme n'y [p. 199] occuper qu'une place aussi restreinte que possible. Elle n'y apparaît un instant que dans la mesure où sa présence est nécessaire au récit, comme la belle Aude dans la chanson de Roland. Aucun motif ne devait dès lors amener le dessinateur de la Tapisserie à y faire figurer la Reine Mathilde.

On ne peut songer à faire honneur de l'exécution de la Tapisserie, et de cette attention pour la mémoire de Guillaume aux fils de ce prince. Leur vie a été trop absorbée par des événements trop souvent fâcheux, par des guerres presque continuelles, soit entre eux, soit avec leurs voisins, par des retraites, des voyages d'outre-mer, pour qu'ils aient eu la volonté et le temps d'imaginer et d'exécuter une entreprise qui a du coûter des années de travail assidu [179]. D'autre part, à cette époque, les Croisades occupaient toutes les imaginations, et faisaient oublier les prouesses passées. Si, alors, on avait songé à un travail analogue à la tenture de Bayeux, on aurait pris comme sujet ces luttes pour la délivrance du tombeau du Christ, qui passionnaient les esprits.

Déjà en démontrant que la Tapisserie était contemporaine de la conquête, nous avons implicitement réfuté cette opinion, ainsi que celle qui l'attribue à cette autre Mathilde, fille d'Henri Ier d'Angleterre, qui épousa l'empereur Henri V, et mourut en 1167. Comment, d'ailleurs, cette princesse aurait-elle pu songer à faire don de cette Tapisserie à la cathédrale de Bayeux? La grande affaire de sa vie a été, comme on sait, sa lutte contre son cousin Etienne de Blois, qui avait obtenu le trône d'Angleterre, qu'elle ne cessa de revendiquer; et cette lutte, avec des fortunes diverses, se perpétua jusqu'à sa mort. Or, à cette époque, [p. 200] l'évêque de Bayeux était Philippe de Harcourt, un des amis les plus dévoués, un des plus puissants soutiens du roi d'Angleterre, qui l'avait choisi pour son chancelier! Comment admettre que cette princesse ait songé à faire un cadeau semblable à une cathédrale, dont le siège épiscopal était occupé par un tel adversaire [180]?

Ces personnages écartés, qui donc a pu faire faire cette Tapisserie? Assurément un Normand, de l'entourage immédiat de Guillaume, un de ses amis, de ses compagnons les plus intimes, très au courant de tous les incidents de la Conquête et on a pensé à son frère utérin, Odon de Conteville, évêque de Bayeux. On ne pouvait mieux choisir. Intelligent, instruit, ami des arts, il devait apprécier une tenture qui l'associait à la gloire de son frère.

Et si on cherche quelques détails qui légitiment cette désignation d'Odon comme instigateur de la Tapisserie, on ne manquera pas de remarquer que si le dessinateur de la Tapisserie ne signale pas toujours sa présence dans les inscriptions, il lui assigne d'ordinaire dans son dessin un rôle de première importance. C'est lui qui semble avoir les heureuses initiatives, notamment au grand conseil de Rouen (Pl. IV, n° 18), qui bénit le repas de l'armée (Pl. V, n° 49). Enfin c'est son énergique intervention qui empêcha la bataille de Hastings de devenir un désastre (Pl. VII, n° 62).

D'autre part, par son côté moral, le sujet de la Tapisserie rentrait bien dans le cycle des enseignements qu'un évêque doit à son peuple. En effet, au lieu de représenter la conquête de l'Angleterre, incident profane, peu [p. 201] à sa place dans une église, elle montrait, comme nous l'avons vu, de quel terrible châtiment la justice divine avait puni le parjure de Harold. Il était donc naturel, que l'évêque de Bayeux fît faire ce travail pour l'ornement de sa cathédrale. La présence de Turold, de Wadard, de Vital qui semblent avoir été de sa maisnie, confirme bien cette donnée [181].

Ajoutons que par sa dimension de 70m,34, la Tapisserie ne pouvait être employée qu'à la décoration d'une grande église, aucun palais ne présentant alors de salle assez vaste. D'autre part, son exposition au jour de la fête des Reliques, célébrée alors le 1er juillet, jusqu'au jour anniversaire de la consécration de la cathédrale, a permis à d'éminents historiens [182] de supposer qu'Odon l'avait offerte à l'occasion de cette grande cérémonie, qui eut lieu le 14 juillet 1077. Les richesses qu'il avait reçues, en récompense de sa participation à la conquête, lui permettaient de faire cette dépense, tandis que le chapitre de la cathédrale, grevé par les frais de la construction, manquait certainement des ressources nécessaires.

Voilà les raisons qui ont amené des historiens à attribuer à Odon l'honneur d'avoir conçu l'idée de la Tapisserie et de l'avoir fait exécuter; mais il faut reconnaître que cette opinion si ingénieuse, si séduisante qu'elle soit, [p. 202] ne repose sur aucune base certaine, ni sur l'Inventaire de 1476, ni sur aucun autre texte, ni sur une tradition.

Un des historiens qui attribuent la Tapisserie à Odon, M. Émile Travers, pense qu'il ne la commandée qu'après la mort du Conquérant [183]. Cette date nous semble inadmissible. Qu'au lendemain de la conquête, alors qu'il était dans la joie du triomphe commun, comblé d'honneurs et de biens, créé comte de Kent, Odon ait commandé cette broderie qui célébrait la gloire de son illustre frère et aussi la sienne, rien de plus naturel. Mais l'accord des deux frères dura peu. L'histoire nous dit les difficultés de Guillaume avec ce vassal indiscipliné, qu'il fut obligé d'arrêter lui-même, en 1084, et de faire mettre en prison, en confisquant ses biens. Comment admettre que cet Odon, mis en liberté, trois ans après, à la mort de son frère, en septembre 1087, ait oublié subitement toute rancune, et célébré les exploits de celui qui avait si énergiquement réprimé son insubordination. Ce serait assurément bien invraisemblable avec un homme de son caractère. D'ailleurs nous savons que loin d'être corrigé par sa longue détention, Odon, impatient de toute autorité, ne tarda pas à se révolter contre son neveu Guillaume le Roux, qui dut le chasser de nouveau de l'Angleterre (1088).

Nous avons résumé les principales objections élevées contre la tradition qui attribue la Tapisserie à Mathilde de Flandre, femme du Conquérant: aucune n'est péremptoire, aucune ne démontre que cette tradition soit erronée. Le silence de l'Inventaire du 1476 n'est qu'une [p. 203] preuve négative, il ne peut prévaloir contre une tradition constante, et nous estimons, en conséquence, qu'il faut continuer à donner à la tenture de Bayeux le nom de Tapisserie de la Reine Mathilde.

Ceci posé, nous ne sommes pas éloignés de croire que Mathilde, voulant faire exécuter ce travail et l'offrir à la cathédrale de Bayeux, ait communiqué son projet à l'évêque Odon, son beau-frère, qui était encore à cette époque l'ami et le conseiller de Guillaume, et que, d'un commun accord, ils en aient déterminé le plan et choisi les épisodes à retracer [184].

Quel qu'ait été l'inspirateur de la Tapisserie, comment en terminant, ne pas rendre un très spécial hommage à l'impartialité de ses tableaux? Certainement c'est un Normand, un de ceux qui ont été mêlés aux événements, soit directement comme Odon, qui, par ses conseils et son rôle dans la bataille, a sérieusement contribué au succès; soit, comme Mathilde, qui, partageant la vie de Guillaume et des autres chefs, a été initiée à leurs projets, a connu toutes les difficultés de l'expédition, nourri les mêmes espérances et partagé l'enivrement du triomphe. Néanmoins, il s'élève au-dessus de toutes les contingences et son exposé est fait avec toute la sérénité de l'histoire [185].

C'est un Normand, un vainqueur, mais assez généreux pour respecter les vaincus, pour ne pas avoir pour eux un mot de mépris, ou même de blâme, et pour rendre pleine justice au courage de Gyrth, de Lewine et de [p. 204] Harold, tombés glorieusement en défendant leur patrie. Et cet hommage est d'autant plus mérité que nous sommes au XIe siècle, à cette époque de violences, de luttes sans merci, et que le plan de la Tapisserie a été donné au lendemain même de la bataille, alors que la conquête était loin d'être complète, que la révolte était fréquente et que la lutte se continuait dans les provinces.


NOTES

[1] Le tissu de Mozat au musée des étoffes de Lyon.

[2] Le tissu du trésor de Bamberg.

[3] Un vieux texte, que nous aurons occasion de citer, nous apprend que le jour de leur mariage, Guillaume le Conquérant et la duchesse Mathilde portaient des manteaux de drap d'or ornés de broderies.

[4] Synod. Attreb., C. III. Apud d'Ach. Spicil. I, p. 62. Eméric David, La Peinture au moyen âge, 1863, p. 110.

[5] Steenstrup. Die Bayeux-Tapete, p. 50.

[6] Mémoires des antiquaires de Normandie (1873), VIII, p. 187 et s.

[7] The Bayeux Tapestry. London, 1886, p. 19.

[8] La Tapisserie de Bayeux. Caen, 1907, p. 6.

[9] Mémoires de l'Académie des Inscriptions, VIII, 1733, p. 602.

[10] History of Henry, II éd., 1769, t. I, p. 353.

[11] Ni le Dr Bruce (p. 17), ni M. Fowke (p. 8) ne disent sur quel témoignage s'appuie ce récit. A le lire on serait tenté de croire que cette impression de Napoléon put exercer une certaine influence sur la levée du camp de Boulogne. Il n'en est rien. La Tapisserie, exposée à Paris à la fin de 1803, fut renvoyée à Bayeux en mars 1804, et après, pendant plus d'une année encore, les préparatifs de l'expédition d'Angleterre ne cessèrent d'être poursuivis sans relâche. Napoléon n'abandonna son projet qu'au moment où la coalition de l'Europe le força, en septembre 1805, à retirer ses troupes de Boulogne, pour commencer cette brillante campagne qui devait se terminer par la victoire d'Austerlitz, le 2 décembre 1805.

D'autres contemporains furent frappés de la coïncidence, car dans la notice écrite à cette époque par Visconti, sur l'ordre de Denon, on a inséré, après la description de la comète, cet entrefilet que nous reproduisons textuellement:

« Moniteur du 16 frimaire, an XII. »

Douvres, 14 frimaire, an XII.

« Nous avons aperçu hier soir vers cinq heures un superbe météore qui s'élevait du sud-ouest et se dirigeait vers le nord; il avait une queue d'environ 30 aunes de long. Tout le pays a été éclairé à plusieurs milles à la ronde, et lorsqu'il a disparu on a senti une forte odeur de soufre. »

Cette citation que rien n'explique, ni ne justifie, n'a pas été reproduite dans les édifions postérieures de cette brochure.

[12] Bull. monumental, vol. VI, p. 78.

[13] Recherches sur la Tapisserie représentant la conquête de l'Angleterre par les Normands.

[14] Archæologia, vol. XVII, p. 85.

[15] Archœlogia, vol. XVIII, p. 359.

[16] The Bayeux Tapestry, London, 1898, p. 12.

[17] Laffetay. The Bayeux Tapestry, p. 10.

[18] Researches and conjectures on the Bayeux Tapestry, London, 1858, traduit par Pillet, Bayeux, 1841.

[19] Quicherat. Bibl. de l'Ecole des Chartes, XI, 91. On rencontre fréquemment les mots Franci et Angli, opposés l'un à l'autre, dans le Domesday book, commencé en 1085.

[20] Bulletin monumental, IV, p. 44.

[21] Bulletin monumental, VIII, p. 73.

[22] Même pendant la terrible invasion allemande (1914-1918) on ne l'a pas déménagée.

[23] La Tapisserie de Bayeux, Paris 1879.

[24] Congrès archéologique de Caen de 1898.

[25] La Tapisserie de Bayeux. Les méthodes du passé, 1912.

[26] La Tapisserie de Bayeux. Biblioth. de l'école des Chartes.

[27] Date probable de la Tapisserie de Bayeux. Bull, monumental, 1912, p. 213 et 1903, p. 84.

[28] Les chevaux et les cavaliers de la Tapisserie de Bayeux.

[29] Antiquité de la Tapisserie de Bayeux. Mémoires de la Société des Arts, Belles-Lettres et Sciences de Bayeux, t. XII.

[30] The Bayeux Tapestry.

[31] Die Bayeux-Tapete.

[32] The Bayeux Tapestry.

[33] Guillaume de Malmesbury. Réc. des Historiens des Gaules, XI, 176 B.

[34] Eadmer. Ibid., XI, 192 B. C.

[35] Steenstrup. Die Bayeux-Tapete, Kjœbenharm, 1887, p. 44.

[36] M. Steenstrup (p. 8) remarque qu'un héros de légende danoise se rend en semblable équipage au palais de son père.

[37] Guillaume de Poitiers. Hist. Gall., XI, p. 87 C.

[38] Freeman. History of the Norman Conquest of England, t. III, p. 226, n° 4.

[39] The Bayeux Tapestry, p. 35. London, 1898.

[40] Les témoins du serment de Harold, PL. III, n° 26, et infra, p. 65.

[41] Hamilton Thompson. Military architecture in England during the Middle Age. Oxford, 1912, p. 36.

[42] The Bayeux Tapestry, p. 32.

[43] Nous empruntons à l'histoire de la Marine, de Charles de la Roncière, vol. t. I, p. 98, la description d'un navire trouvé à Gokstad, en Norvège, qui semble bien du type des vaisseaux de la Tapisserie. « Long de 22 m. 76, large de 5 au maître bau. Son bordage de planches de chêne se relevait fortement aux deux extrémités. Au listel percé de trous qui couronnait le plat bord, on attachait le bas de la tente, soutenue d'autre part par trois supports sculptés, qui s'élevaient à plus de deux mètres au-dessus du plancher dans l'axe du bâtiment. Les traverses, sous lesquelles on circulait à l'aise, portaient la vergue et la voile qu'on carguait au moment du combat, ou pendant la nage contre le vent. Le mât, maintenu par des haubans et des étais, avait une voile carrée, primitivement tissue de laine, ou faite de peaux. A tribord arrière, un gouvernail d'une seule pièce, manœuvré au moyen d'une mèche longue et mince, trempait dans la mer un large safran. Les avirons qui ne reposaient pas sur le plat bord, passaient par des trous pratiqués dans le bordage à 0 m. 47 au-dessus de l'eau. Un ingénieux système de planchettes glissant sur rainures fermait les ouvertures quand il y avait lieu. Il n'y avait pas moins de trois barques pour le service du bord. »

[44] Guillaume de Poitiers. Historiens des Gaules, XI, p. 87 D.

[45] Hist. Gall., XIII, 223 B.

[46] Roman de Rou, V, 10 783-10 799.

[47] Monuments de la monarchie française, I, 177.

[48] The Bayeux Tapestry, p. 37.

[49] PL. IV, n° 36 et p. 78.

[50] The Bayeux Tapestry, p. 41.

Le nom de Turold, Turoldus, aujourd'hui Touroude, est très fréquent en Normandie. C'est à un personnage de ce nom, qu'on attribue la Chanson de Roland, à cause de ce vers énigmatique, le dernier du poème:

« Ci falt la geste que Turoldus declinet. »

[51] Hist. Gall., XI, 87 D.

[52] Ordéric Vital. Hist. Gall., XII, p. 620 C.

[53] Comp. p. 93, note 80.

[54] Dans toutes les autres scènes où Guillaume est sur son trône, il tient son épée haute. Pourquoi met-il ici la pointe en bas? Peut-être pour rendre un hommage spécial à son hôte lors de sa première réception dans son palais?

Est-il possible de rapprocher ceci d'une des plus grandes scènes des chansons de geste? Charlemagne et ses barons combattent depuis vingt-sept ans en Espagne, accablés par les fatigues de ces luttes continuelles et le poids des ans. Avec toute la jeunesse de France, avec les fils de ces héros épuisés, Guy de Bourgogne va au secours du grand empereur et de ses compagnons, et quand il les a retrouvés et reconnus, il s'écrie, s'adressant à ses camarades:

Barons, plus de retard, vite à terre,
La pointe de vos épées en bas,
Prosternez-vous sur vos coudes et vos genoux.

L. Gautier. Epopées françaises, t. II, p. 384.

[55] Congrès archéologique de France, 1907. Avallon, p. 164-167.

[56] The history of the Norman Conquest of England, t. III, p. 708-711.

[57] Harold est représenté sans moustache PL. III, n° 28; mais l'inscription ne laisse alors aucun doute sur son identité.

[58] La Tapisserie de Bayeux, p. 35.

[59] De cette façon de rendre les villes, les Chroniques Anglo-Saxonnes nous présentent un autre exemple. En 1093, la ville d'Alnwick (Northumberland) était sur le point d'être prise. Le gouverneur feignit de vouloir la rendre, il tendit ainsi les clés au bout d'une lance, et au moment où, sans défiance, le vainqueur Malcolm, roi d'Ecosse, s'avançait pour les prendre, il lui brisa traîtreusement le crâne. Lingand, Hist. of England, 1819, I, 471.

[60] Léon Gautier. La chevalerie, p. 15, n. 1.

[61] Hist. Gall., XI, p. 155.

[62] V. 10 831.

[63] The Bayeux Tapestry, p. 69. Freeman, III, p. 247 et 697.

[64] Ibid., p. 69.

[65] Nous ne savons comment l'abbé Laffetay (p. 56) et d'autres ont pu prendre ce personnage pour une femme: il porte le bliaud des hommes de la Tapisserie et son costume ne ressemble en rien à celui d'Ælfgyva, PL. II, n° 17, et de la femme sortant de la maison incendiée, PL. VI, n° 54.

[66] Fowke, ibid., p. 71.

[67] Fowke, ibid., p. 75.

[68] La Tapisserie de Bayeux, p. 57.

[69] Chacun sait que la tour lanterne, entre le chœur et la nef, est une des caractéristiques de l'école d'architecture normande, à laquelle se rattachent les constructions anglaises de cette époque.

[70] Ibid., p. 58.

[71] Freeman a réuni tous les éléments de la question. T. III, p. 578-600.

[72] Est-il certain que Harold ait été sacré par Stigand? assurément non. La question est des plus obscures. Certains pensent que l'archevêque d'York Ealred, choisi pour cette cérémonie, étant tombé malade, n'y avait pas encore procédé lors de la bataille de Hastings. V. Freeman, t. III, p. 616-621, Aug. Thierry. Conquête de l'Angleterre, t. I, p. 279.

[73] Ibid., p. 86. Laffetay, La Tapisserie de Bayeux, p. 60.

[74] Laffetay, p. 61. Comte, p. 48.

[75] The Norman Conquest, III, p. 650.

[76] The Norman Conquest, III, p. 260.

[77] Hist. Gall., XI, p. 236 B.

[78] Un des traits caractéristiques de la Tapisserie, c'est son réalisme, et nous devons accepter ses dessins comme des témoignages historiques; il y a, pourtant, des exceptions, et nous en avons une ici, dans le débarquement des chevaux. Il était impossible de les faire sauter par-dessus le bordage du navire. On avait certainement imaginé un dispositif que l'artiste n'a pas connu et que, par suite, il n'a pas représenté.

[79] Fowke, p. 102.

[80] N'est-ce pas pour un motif analogue, que Harold n'a pas de manteau quand il vient pour la première fois avec Guillaume au palais de Rouen (PL. II, n° 15)? S'il le porte dans les autres scènes, c'est vraisemblablement sur l'invitation formelle de Guillaume, qui tient à le combler d'honneurs.

[81] L. Gautier. La chevalerie, p. 650.

[82] The Norman Conquest, III, p. 408.

Ces travaux furent exécutés avec la plus grande célérité, et un vieil auteur veut voir là l'origine du nom.

Une tur ferme e renuveleUne tour fut construite et élevée
Ke li Ducs Hastinges apeleQue le Duc appela Hastinges
Hastivement ke fut ferméeComme elle fut construite hâtivement
Et pur co fut si appelée.Elle fut ainsi appelée.

[83] The Norman Conquest, III, p. 415.

[84] Journal Brit. archæol. Assoc., vol. XXIII, p. 150.

[85] Voir page 112 et Hist. Gall., XI, p. 235 A.

[86] Hist. Gall., vol. XI, p. 236 B.

[87] Henri de Huntindon. Hist. Gall., vol. XI, p. 208 C.

[88] Ce bonnet de laine ou de fourrure, nous l'avons déjà vu porté par Harold, pendant la traversée de la Manche (PL. I, n° 5), et par le personnage qui accompagne Guillaume se dirigeant vers le Mont Saint-Michel (PL. II, n° 18).

[89] Francisque Michel. Chroniques anglo-normandes, v. III. De Hastingæ Prælio, v. 477-480.

[90] Aussi prompt qu'un lion furieux, il s'élance sur le jeune homme, le renverse à terre en s'écriant: « Reçois de ma main cette très légitime récompense. Si mon coursier est mort, c'est en combattant à pied que je te la donne. »

[91] Oman. England before the Norman Conquest.

[92] Hist. Gall., XI, p. 185 C.

[93] Quicherat. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, vol. II, p. 91.

[94] Freeman. Ibid., p. 766-769.

[95] Ordéric Vital. Hist. Gall., vol. XI, p. 236 C.
Guillaume de Poitiers. Ibid., p. 96 C.

[96] Voir p. 99.

[97] Handbook of the nothern runic monuments of Scandinavia, by Dr Georges Stephens, p. 16.
Freeman, p. 748.

[98] Ce n'est pas sans raison que Freeman (III, p. 574) attache une importance spéciale à la représentation de ce dragon et y voit une preuve que la Tapisserie a été exécutée dans les premières années qui ont suivi la conquête. Plus tard, avec le temps qui atténue toujours les souvenirs, on n'aurait pas songé à ce détail, pourtant si intéressant.

[99] Les archers normands avaient beau lancer de nombreuses flèches sur les Anglais qui se protégeaient avec leurs boucliers, ils ne parvenaient pas à les atteindre, ni même à les apercevoir pour les bien viser. Après avoir pris conseil, ils décidèrent de tirer haut pour que les flèches, en tombant, atteignissent les Anglais à la tête. Cet avis fut suivi. Les archers tirèrent très haut et les flèches frappèrent les Anglais au visage et crevèrent les yeux de beaucoup. Alors ils n'osaient ouvrir les yeux, ni découvrir leur visage, car les flèches tombaient plus épaisses que la pluie chassée par le vent. Une de ces flèches atteignit Harold à l'œil droit et le lui creva. Harold l'arracha, la rejeta après l'avoir brisée de colère, et, vaincu par la douleur, s'appuya sur son bouclier.

[100] Guillaume de Malmesbury. Hist. Gall., XI, 184 D.

[101] Mém. de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. XXVIII, p. 187

[102] On fixerait ainsi la chronologie des événements:

A la fin de l'été 1064, Harold s'embarque pour la Normandie et est fait prisonnier par Guy de Ponthieu; en novembre il est rendu à la liberté; en février ou mars 1065 commence la campagne de Bretagne; et l'année suivante, à peu près à la même époque, serait venue en Normandie la nouvelle de la mort d'Édouard, et du couronnement de Harold. A propos de cette dernière date nous avons fait de sérieuses réserves. Voir p. 81.

[103] Comp. Dessin, p. 144.

[104] Le lièvre enlevé par l'aigle se reconnaît sans difficulté; l'épervicr sur le passereau a beaucoup souffert, mais l'identification paraît néanmoins certaine.

[105] Nous retrouvons ces fables dans La Fontaine, mais la cigogne y remplace la grue; la perdrix, le passereau.

[106] Laffetay. La Tapisserie de Bayeux, p. 38.

[107] The Norman Conquest, III, p. 572.

[108] Voir l'explication de la scène: unus clericus et ælfgyva, PL. II, n° 17, p. 52.

[109] Hist. Gall., XI, p. 95.

[110] Nous avons déjà remarqué que la Tapisserie nous donne de la conquête, et des faits qui l'ont précédée, la version admise en Normandie à la cour de Guillaume.

[111] Pour son serment, quand Harold étendit sa main sur le reliquaire, elle trembla, et un frisson secoua son corps.

[112] En fait, l'expédition conserva ce caractère religieux. La Tapisserie nous montre l'évêque Odon bénissant le repas, et Guillaume porte toujours l'étendard crucifère béni par le pape. De leur côté, les chroniqueurs sout unanimes à nous dire que l'armée normande se prépara au combat par la prière et la pénitence; enfin qu'elle entendit la messe et communia dans la matinée du 14 octobre, avant d'aller au combat.

[113] Guillaume de Jumiège, VII, 35. Migne. Patrologie latine, 149, p. 874.

[114] Guillaume de Malmesbury. Hist. Coll., XI, 183 D.
Freeman, The Norman Conquest, III, p. 436.

[115] Hist. Gall., XIV, p. 338. Comp. infra p. 173.

[116] Le Prieur. Le Portrait en France. L'Artiste, 1891, I, 19.

[117] On peut comparer à cet égard les fresques de Saint-Savin. M. Magne dans l'OEuvre des peintres verriers en France, p. XIV, remarque que les artistes, qui nous ont donné les ensembles les plus harmonieux, se préoccupaient peu de l'exactitude des tons qu'ils employaient, et que les cheveux bleus ou verts abondent dans les vitraux, surtout dans ceux de Poitiers et de Reims.

[118] Pour la distinction des broignes treillissées ou maclées, V. infra, p. 162-163.

[119] Saint-Omer faisait alors partie du comté de Flandre.

[120] D'une note de la notice sur la Tapisserie de Bayeux par l'abbé Laffetay, 3e édition, on doit induire que jusque vers 1880, on n'avait pas remarqué l'existence de ces coutures.

Il semble pourtant qu'on en puisse tirer quelques considérations intéressantes.

[121] C'est à tort que Fowke (p. 20), et d'autres commentateurs, ont cru à l'emploi de laine noire. Pour démontrer cette erreur, il n'y a qu'à comparer la laine réellement noire de la restauration, avec la laine bleu foncé de la partie ancienne.

[122] Comment ne pas rapprocher de ce travail, cette autre broderie d'origine Scandinave du musée normand de Rouen représentant l'adoration des mages? Le travail est plus grossier, mais on retrouve le même caractère principal, les fils tendus parallèlement et maintenus par d'autres fils qui les croisent. N'y a-t-il pas là une indication de l'origine de cette sorte de broderie?

[123] Nous avons p. 145 indiqué notre sentiment sur l'origine du dessin.

[124] Nous ne pourrions modifier cette conclusion d'ensemble, même en admettant qu'une partie du travail a été confiée à cette Anglaise nommée Leviet, qui, d'après une tradition, eut l'honneur d'être employée à ce travail par la reine Mathilde.

[125] On a soutenu que la présence de ces fleurs de lys (?) attestait que la Tapisserie n'était pas antérieure au XIIe siècle. C'est une erreur et sans remonter aux Egyptiens et sans multiplier les exemples, disons qu'on les rencontre fréquemment dans les manuscrits, notamment dans le Psautier d'Utrecht, qui n'est pas postérieur au IXe siècle.

Elles se trouvent également sur le sceau d'Édouard le Confesseur.

[126] Hist. Gall., X, p. 66 E, v. 98. Quicherat, p. 140-146.

[127] Hist. des Gall., XI, p. 183 C.

[128] Quicherat, p. 143-158. Raoul Glaber, Hist. Gall., X, p. 42 D. Steenstrup, p. 39. Ordéric Vital. Ibid., XII, p. 637.

Ce texte général se rapporte à la fin du XIe siècle, vers 1090. La mode persista, malgré les prédicateurs et Ordéric Vital nous raconte qu'en 1105, Henri Ier, Beauclerc, roi d'Angleterre, étant venu à Carantan, l'évêque de Sées, Serlon, dans un sermon critiqua énergiquement ses longs cheveux et lui demanda de les couper et de donner ainsi un louable exemple à ses sujets. Le Roi se soumit et son exemple fut suivi par toute sa suite.

[129] Hist. Gall., X, 77, n° 27. XII, p. 637 D.

[130] Enlart. Le musée de sculpture comparée du Trocadéro, p. 65 et 71.

[131] The Norman Conquest. V. III, p. 574.

[132] L. Gautier, La chevalerie, p. 720 n. Viollet-le-Duc. Dict. du mobilier, VI, 84. Quicherat, Hist. du Costume, p. 139, pense que ce carré indique une poche.

[133] Fairholt et Dillon. Costume in England, I, p. 83. Planché. Cyclopedia of Costume, I, 348.

[134] On peut être surpris de voir que nous ne nommions jamais haubert, l'armure des hommes d'armes de la Tapisserie, alors que dans un poème presque contemporain, bien qu'un peu postérieur, la Chanson de Roland, broigne et haubert soient synonymes. D'abord nous ne savons pas de façon précise quand cette synonymie a commencé à être admise; mais ce qui nous a surtout déterminé, c'est que dans la langue actuelle, le mot haubert, malgré son origine germanique, désigne toujours le vêtement de maille qui n'a été usité que plus tard.

[135] Il existe une troisième sorte de broigne dite clavaine, formée de plaques de fer juxtaposées, mais nous n'en trouvons pas d'exemple dans la Tapisserie.

[136] On remarquera que, contre toute vraisemblance, la jambe gauche de la broigne de Guillaume n'est pas semblable à la droite, et que, comme les bras, elle n'est protégée que par de simples anneaux. Nous avons vu que c'est un artifice du dessinateur pour bien distinguer les différents membres. Comp. p. 145.

[137] Le heaume de Guillaume (PL. VI, n° 55) se prolonge un peu à l'arrière. C'est certainement une première tentative de protéger la nuque du chevalier. Elle sera d'ailleurs très adoptée au siècle suivant. Demay, Le Costume de guerre et d'apparat, p. 17.

[138] M. Lefèvre des Nouettes. Bull. monumental, 1912, p. 229.

M. Marignan. La Tapisserie, p. 67.

[139] Le Duc le reconnaît et en vrai chevalier il se précipite tout à coup sur lui, et le saisissant par le nasal de son casque, le jette la tête à terre, et lui tourne les pieds vers les cieux.

[140] Louandre. Les arts somptuaires.

[141] Furieux, il enlève le casque de sa tête et montre son visage à ses Normands. Guy d'Amiens. Ibid., v. 448-449.

[142] Steenstrup, Die Bayeux-Tapete, p. 38.

[143] Les Anglais s'en servent au commencement de la lutte pour empêcher les Normands d'arriver jusqu'à eux.

[144] M. Fairholt et Lord Dillon. Costume in England, I, p. 65.

[145] Ibid., 83. Planché. Cyclopedia of Costume, I, 348.

[146] Oman. The Art of War, p. 24.

[147] Lord Dillon. John Alexander Smith. Proceeding of the society of antiquaries of Scotland, v. X (session 1873-1874).

[148] Hist. Gall., v. XI, p. 96 B.

Oman. England before the Norman Conquest, p. 645.

[149] Les chevaux et les cavaliers de la Tapisserie de Bayeux, p. 36 et s.

[150] Bulletin monumental, 1912, p. 241.

[151] Archives du Nord.

[152] Bull. mon., 1912, p. 228.

[153] Hist. Gall., XIV, p. 240; traduction de L. Gauthier, la Chevalerie, p. 465.

[154] Comp. p. 46.

[155] Emile Travers. Congrès archéologique de France, 1908. Caen, I, p. 184.

[156] Hist. Gall., vol. II, p. 250 B, 368 C, 409 B. Le duc de Normandie, Guillaume Longue Epée, qui parlait la langue nationale des anciens normands, Daciscæ religionis linguam, voulut la faire apprendre à son fils et pour cela, il l'envoya à Bayeux, qui avait mieux conservé cette langue que Rouen. Nyrop. Grammaire historique de la langue française, t. I, p. 19.

[157] III, p. 572.

[158] The Bayeux Tapestry, p. 23.

[159] M. Anquetil dans son étude sur la Tapisserie, remarque aussi les W, formés de deux V rapprochés ou enlacés. La hauteur égale des jambages, leur forme rectiligne, la place des pleins sont, nous dit-il, des preuves que l'ouvrage n'a pas été fait en Angleterre, car alors les jambages seraient inversés, et leurs pleins seraient à l'opposite.

[160] Laffetay, p. 28.

[161] La Tapisserie de Bayeux, p. 1.

[162] Lanore. La Tapisserie de Bayeux. Bibl. de l'école des Chartes, 1903, p. 84.

[163] Marignan. Ibid., p. 15.

[164] Méthodes du passé, p. 169.

[165] Le costume de guerre et d'apparat. Le costume par les sceaux.

[166] Dans le Bulletin des antiquaires de France, t. 72, p. 21-32, M. Butin a caractérisé ainsi la situation avec l'autorité qui lui appartient. « La lance posée sur l'arrêt était complètement immobilisée, et il fallait que le cavalier fût transporté en projectile, au galop du cheval, pour utiliser l'arme ainsi arrêtée. »

[167]

Il éperone son cheval et le lance à bride abattue,
Des plus rudes coups qu'il peut porter le comte frappe le païen,
Il fracasse son écu, lui rompt les mailles de son haubert,
Lui tranche la poitrine, lui brise les os,
Lui sépare toute l'échiné du dos,
Et avec sa lance lui jette l'âme hors du corps.
Le coup est si rude qu'il fait chanceler le corps du sarrazin,
Si bien que Roland, à pleine lance, l'abat mort de son cheval,
Et que le cou du Sarrazin est en deux morceaux.

Des éperons d'or fin, il pique son cheval
Et va frapper sur Corsablis un coup terrible.
L'écu est mis en pièces, le haubert en lambeaux;
Il lui plante sa lance au milieu du corps.
Le coup est si rude que le Sarrazin chancelle et meurt.
A pleine lance l'abat mort sur le chemin.

Trad. de Léon Gautier.

[168]

Il brise son écu et rompt son haubert,
Lui enfonce dans le corps les pans du gonfanon,
De ce rude coup de lance, le renverse mort de l'arçon.

[169] Dans le Roman de Rou, postérieur à la Chanson de Roland, la lutte présente les mêmes caractères. Les combattants se précipitent les uns contre les autres se portant des coups violents qui parfois donnent la mort, parfois désarçonnent les cavaliers, ou brisent seulement leurs lances dont les éclats volent en l'air. A titre d'exemple nous citons ce passage, v. 6733.

Dunc vessiez dures médléesVous auriez vu de rudes mêlées,
Colps de lances et colps d'espéesDes coups de lance, des coups d'épée,
Fraindre lances et peschoier:Des lances brisées et abattues,
Baruns chair, selles vidierDes barons tomber, et abandonner leurs selles,
Mult veissiez vassals juster,Bien des chevaliers combattre,
Li uns, li altres encuntrer,Aller au-devant les uns des autres,
L'un cheval à l'altre hurterLe cheval de l'un heurtant celui de l'autre,
E traverser et tresturner;Le dépasser et revenir,
Li trus des lances has voler.El les tronçons de lances haut voler.

[170] On ne s'est peut-être pas assez préoccupé de l'escrime adoptée pour classer nos vieux poèmes du moyen âge. Pourtant on y trouverait des arguments sérieux, qui viendraient corroborer les données de la linguistique; ainsi comme preuve de l'antiquité de la mort de Germond, ne peut-on pas faire remarquer que les chevaliers s'y servent encore de leurs lances comme d'un javelot, ainsi que faisaient les Grecs et les Romains?

[171] Ibid., p. 23.

[172] Ibid., p. 42.

[173] The Norman Conquest, III, p. 572.

[174] Die Bayeux-Tapete, p. 45.

[175] The Norman Conquest, III, p. 572.

[176] Les érudits qui rejettent la tradition se divisent en deux classes très distinctes: 1° ceux qui croient que la Tapisserie est postérieure à la mort de Guillaume; parmi eux, nous citerons: lord Lyttleton, Hist. of Henry II, VI, p. 353, éd. 1769; l'abbé de la Rue, Recherches sur la Tapisserie de Bayeux, 1825; Travers, Congrès archéologique de France, LXXV, Caen, 1908, t. I, p. 182; 2° les auteurs qui pensent que la Tapisserie, tout en ayant été faite pour la consécration de la cathédrale en 1077, a été commandée par Odon; parmi eux nous citerons, Laffetay, p. 32; Steenstrup, p. 45; Freeman, v. III, p. 572.

[177] Inventaire des joyaulx, capses, reliquiairs, ornemens, tentes, paremens, livres, et autres biens apartenans à l'église Nostre-Dame de Bayeux, et en icelle trouvés, veus et visités par venerables et discretes personnes maistre Guillaume de Castillon, archidiacre des Vetz, et Nicole Michiel Fabriquier, chanoines de ladite église, à ce députez et commis en chapitre général de ladite église, tenu et célébré après la feste de sainct Ravent et sainct Rasiph, en l'an mil quatre cent septante-six, très révérend père en Dieu Mons. Loys de Harecourt, patriarche de Jérusalem, lors évêque, et révérend père maistre Guillaume de Bailleul, lors doyen de ladite église; et fut fait ce dit inventaire en mois de septembre par plusieurs journées, à ce presens les procureurs et serviteurs du grand cousteur de ladite église, et maistre Jehan Castel, chapellain de ladite église, et notaire apostolique; et icy est redigé en françois et vulgaire langage pour plus claire et familière désignation desdits joyaulx, ornements et autres biens, et de leurs circonstances, qu'elle n'eust pu estre faicte en termes de latinité, et est ce dit inventaire cy-après digeré en ordre, et désigné en distinction en six chapitres...

Ensuivent pour le tiers chapitre les pretieux manteaux et riches chapes trouvés et gardés en triangle qui est assis en costé dextre du pulpitre dessous le crucifix.

Premièrement: Ung mantel duquel, comme on dit, le duc Guillaume estoit vestu quand il épousa la ducesse, tout d'or tirey: semey de croisettes et florions d'or et le bort de bas est de or traict à ymages faict tout environ ennobly de fermailles d'or emaillies et de camayeux et autres pierres pretieuses et de présent en y a encore sept vingt, et y a sexante dix places vuides ou aultres foiz avoient esté perles, pierres et fermailles d'or emaillies.

Item: Ung autre mantel duquel, comme l'en dit, la ducesse estoit vestue quand elle épousa le duc Guillaume, tout semey de petits ymages d'or tiré à or fraiz pardevant, et pour tout le bort de bas enrichiz de fermailles d'or emaillies et de camayeux et autres pierres pretieuses, et de present en y a encore deus cens quatre-vingt-douze, et y a deus cens quatre places vuides ausquelles estoient aultres foiz pareilles pierres et fermailles d'or emaillies...

Ensuivent pour le quint chapitre les tentes, tapis, cortines, paremens des autels et autres draps de saye pour parer le cueur aux festes solennelles, trouvés et gardés en le vestiaire de la dicte église.

Item: Une tente très longue et étroite de telle à broderie de ymages et escripteaulx faisans représentation du conquest d'Angleterre, laquelle est tendue environ la nef de l'église le jour et par les octaves des Reliques.

[178] Die Bayeux-Tapete, p. 43-44.

[179] Lancelot. Mémoires de l'acad. Inscriptions, 1786, XII, p. 335.

[180] Manuscrit de M. le chanoine Lelièvre, p. 26. Bibliothèque de Bayeux.

[181] Même si la tenture est l'œuvre exclusive de Mathilde, femme du Conquérant, même si elle l'a commandée, et fait exécuter sans consulter Odon, il est très naturel qu'une place spéciale ait été accordée à Turold, Vital, Wadard, les plus éminents enfants de Bayeux, ayant pris part à la conquête, puisque la Tapisserie était destinée à cette ville où ils étaient connus. Cela à la consécration de gloires locales.

[182] Steenstrup. Ibid., p. 45.
Pluquet. Essai historique sur la ville de Bayeux, p. 81.
Freeman. Ibid., III, p. 572. Laffetay. Ibid., 22.

[183] Congrès archéologique de France, 1908, t. I, p. 182.

[184] Comte. La Tapisserie de Bayeux, p. 19.

[185] Freemann, III, p. 972.


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