CHAPITRE II.
Bonaparte au château de Montebello.—L'ordonnateur Villemanzy me nomme commissaire des guerres.—J'en refuse le brevet.—Pourquoi.—Anecdote.—Histoire d'un favori.
Le dîner n'eut pas lieu. La campagne que le général avait été voir la veille lui avait plu; il y avait transporté son quartier-général.
Cette campagne était le château de Montebello, château magnifique, situé à quatre lieues de Milan.
À la Casa Greppi, où demeurait Regnauld, demeurait aussi l'ordonnateur de l'armée, M. de Villemanzy. L'accueil que j'avais reçu du général m'avait concilié la bienveillance de tous les chefs de service: celui-ci s'empressa de me donner des preuves de la sienne.
«Votre intention, me dit-il, est de parcourir l'Italie: voulez-vous accepter une fonction qui vous donnera les moyens de visiter les principales villes de la Lombardie et des États-Vénitiens sans qu'il vous en coûte rien? Voilà un brevet de commissaire des guerres adjoint. Le traitement qui y est attaché n'est pas considérable; mais il s'accroîtra par les indemnités de voyage et par les gratifications que vous mériterez certainement. J'aurai soin de vous employer de manière à concilier vos intérêts avec ceux du service.»
Je reçus comme je le devais cette proposition; mais, tout en lui exprimant ma reconnaissance, je demandai à M. de Villemanzy la permission de prendre à ce sujet l'assentiment du général en chef. «C'est, me répondit-il, un des motifs pour lesquels je vous propose de venir avec moi à Montebello demain matin.»
Le lendemain nous étions à Montebello à neuf heures.
Avant de commencer son travail avec le général, l'ordonnateur, qui m'avait introduit, parle de ce qu'il a fait pour moi, et de la condition que j'avais mise et que je devais mettre à mon acceptation: «C'est bien, dit le général; nous en reparlerons. Il passera la journée avec nous.» Villemanzy lui ayant répondu qu'il était obligé de retourner à Milan immédiatement après le déjeuner:—«N'importe; je me charge de le faire reconduire»; et un salut nous fit comprendre qu'il n'avait pas autre chose à nous dire pour le moment.
Après le déjeuner, Villemanzy étant parti, le général me fait appeler: «Vous voulez donc être commissaire des guerres? me dit-il d'un ton assez grave.—Je ne veux rien, général, que ce que vous voudrez: c'est moins votre acquiescement que vos conseils que je viens chercher ici.—Écoutez, et décidez-vous d'après ce que vous aurez entendu. C'était sans doute un état respectable que celui de commissaire des guerres: institués pour pourvoir aux besoins de l'armée, ces fonctionnaires ont droit à la plus haute considération lorsqu'en remplissant ce devoir ils épargnent le pays; ils réunissent ainsi à l'estime les droits de l'intelligence et de la probité. Tels sont les titres qui particulièrement recommandent à la nôtre Villemanzy; mais, dans son corps, le nombre des gens qui lui ressemblent n'est pas grand. Faisant le contraire de ce qu'ils devraient faire, la plupart de ses agens laissent le soldat dans le besoin, et n'en ménagent pas plus pour cela le pays conquis; ils se repaissent de la substance des habitans, sans s'inquiéter de la détresse de l'armée, qui est obligée de se procurer violemment ce qui devrait lui être fourni, et enlève par la maraude, aux paysans qui ont déjà satisfait à une réquisition, ce qui est échappé à l'avidité de ces exacteurs. Ces misérables sont plus funestes au pays que le soldat: au lieu d'y établir l'ordre, ils aggravent dans une épouvantable proportion les malheurs de la guerre. Ce sont eux qui font le mal, c'est nous qu'on maudit. Plusieurs ont acquis ainsi une fortune considérable; mais quelle réputation ils ont acquise au corps dont ils font partie! quel déshonneur ils ont appelé sur l'habit qu'ils portent! Et vous revêtiriez cet habit-là!—Je n'en ai certes pas l'envie, général. Je venais vous demander s'il vous convenait que j'acceptasse la commission qui m'est offerte, et non vous dire que je l'acceptais.—Ne l'acceptez pas, reprit-il avec plus de chaleur encore. Accepter aujourd'hui le titre de commissaire des guerres, ce serait entrer en partage de l'opprobre attaché à ce titre, sans partager les bénéfices des gens qui l'ont déshonoré. Ces Messieurs-là sont chatouilleux pourtant! En voilà un qu'on a pris la main dans le sac: c'est le pillard en chef du mont-de-piété de Vérone; il est renvoyé par-devant une commission militaire pour être jugé. Ces Messieurs ne prétendent-ils pas que cela porte atteinte à l'honneur du corps entier! Comme si la peine était plus infamante que le crime! Au reste, ils ont bien tort de tant s'inquiéter: un homme qui a un million est-il jamais condamné? Ne recevez pas un titre porté par un homme semblable. Voilà ce que je n'ai pas voulu vous dire devant Villemanzy. J'arrangerai la chose avec lui; je lui dirai que j'ai d'autres vues sur vous. Vous voulez voir l'Italie; je vous la ferai voir. En attendant, restez ici, restez avec nous.»
Comme je n'avais rien apporté de ce qui m'était nécessaire pour séjourner à Montebello, je demandai au général la permission de retourner le soir à Milan; il me l'accorda, en m'invitant de nouveau à revenir au quartier-général le plus tôt que je pourrais, et à m'arranger de manière à pouvoir y passer quelques jours.
Pour terminer cet article, je dirai que les prévisions du général sur l'issue du procès dont il est ici question furent à peu près réalisées. Le conseil de guerre n'acquitta pas, à la vérité, l'accusé; il le condamna même à quelques années de galères. Mais comme on le conduisait en France pour y subir sa peine, on trouva le moyen de le faire évader, et l'honneur du corps fut sauvé. Je dois le dire, le malheureux payait pour tous. Il s'en fallait de beaucoup qu'il fût le seul qu'eût enrichi la spoliation du mont-de-piété de Vérone; d'autres personnages en avaient aussi profité, et tous n'étaient pas des commissaires des guerres.
Parmi ceux-ci il s'en trouvait encore un à qui cette affaire pensa faire tourner la tête. Il n'en avait pas tiré un million: sa part de butin, qui consistait en mauvais diamans, ne valait guère plus de cinquante mille écus; mais enfin il y tenait autant que le maraud en chef tenait à la sienne, et il tenait également à la réputation d'honnête homme. Pour ne pas la compromettre, il ne parla pas de cette légère aubaine à son secrétaire. Instruit des choses par une autre voix, ce secrétaire, homme fort délicat aussi, fut vivement affecté de ce défaut de confiance. Sur ces entrefaites, le millionnaire dont j'ai parlé plus haut est arrêté: il doit, dit-on, être traduit par-devant une commission militaire. Ses confrères se hâtent d'envoyer à Milan une députation à l'ordonnateur en chef, pour le supplier d'intervenir auprès du général, et d'obtenir, pour sauver l'honneur du corps, que l'affaire ne soit pas instruite. L'homme aux diamans est adjoint à cette députation. Cela ne tourna ni au profit du corps ni au sien. Après huit jours consommés en démarches inutiles, il revient à Vérone rendre compte à ses commettans du mauvais résultat de sa mission; mais avant tout, voulant en conférer avec son secrétaire, il le demande. «Aussitôt après votre départ, il a disparu, lui répondent ses domestiques.—Et où est-il allé?—Où vous avez voulu qu'il allât?», a-t-il dit en nous remettant ce billet.
Le commissaire ouvre le billet et y lit ce qui suit: «Citoyen, je croyais, par ma discrétion, avoir acquis des droits à votre confiance comme à votre générosité par mon dévouement. Je vois avec douleur que je me suis trompé. Vous ne m'avez ni fait part de l'expédition qui s'est faite au mont-de-piété de Vérone, ni fait une part dans celle que vous en avez rapportée. Ne vous étonnez donc pas que, maître de votre butin, je suive votre exemple, et que je m'empare de tout. Cela peut vous donner quelque contrariété, mais vous en prendrez votre parti, j'en suis sûr, et vous ne ferez pas de bruit. À quoi le bruit vous mènerait-il? serait-il dans votre intérêt d'appeler l'attention sur cette affaire? Le bien que vous réclameriez est-il le vôtre? Seriez-vous sûr enfin de ne pas vous perdre en me perdant? Toutes réflexions faites, je suis assuré de votre discrétion par les raisons qui vous assurent de la mienne. Salut et fraternité.»
Il aurait pu ajouter et la mort, conformément à la formule en usage, car si le bon patron ne mourut pas de révolution à cette lecture, il s'en fallut de bien peu. Le secrétaire, découvrant la cachette où les diamans étaient enfermés, les avait en effet emportés tous, à l'exception de deux qui restaient entre les mains du commissaire, comme des échantillons de sa fortune passée. Ce pauvre homme ne les contemplait pas sans fondre en larmes: et il les contemplait quelquefois pendant des heures entières. «Quelle coquinerie, disait-il un jour, ces diamans-là me rappellent! voilà pourtant tout ce qui me reste d'une honnête fortune avec laquelle je comptais me retirer auprès de mon vertueux père! Un brigand, un voleur, un scélérat, un drôle, m'a tout pris. Il n'y a plus de probité au monde!»
L'homme qui se plaignait si naïvement ne croyait pas trop avoir manqué à la probité en faisant en Italie ce qu'il aurait eu scrupule de faire en France. En pays conquis, tout lui semblait acquis à son greffe par droit de conquête. Ce principe, au reste, était celui de bien des gens qui en tirèrent plus de profit, et qui, rentrés en France, reprirent leurs habitudes honnêtes. La probité était un bagage qu'ils avaient laissé en dépôt, comme un effet inutile, au pied des Alpes, pour le reprendre en repassant.
Rien de plus ennuyeux qu'un quartier-général, quand on n'y a pas d'occupation. À l'exemple du général et de Mme Bonaparte qui me dirent à tantôt, chacun, après le déjeuner, se retira dans son appartement pour y employer ou perdre le temps à sa manière. Resté seul dans le salon, et n'ayant pas même un livre, je ne sais trop comment j'aurais passé les six heures qui s'écoulèrent entre le déjeuner et le dîner, si je n'eusse pas emporté dans ma tête un moyen d'occupation ou de distraction qui m'a suivi partout, grâce à l'habitude que j'ai de composer sans avoir besoin d'écrire.
Suis-je seul, je reprends un ouvrage commencé, ou je commence un nouvel ouvrage. Me voilà donc travaillant à mon troisième acte des Vénitiens tout en parcourant les jardins de Montebello autour desquels régnait une allée couverte qui, tout-à-fait semblable aux berceaux de Marly, m'offrait une voûte impénétrable aux rayons du soleil. Les heures s'écoulèrent ainsi sans que je m'en aperçusse, et je rapportai à Milan, où j'avais laissé mes brouillons, une scène de plus. Ma journée n'avait pas été absolument perdue.
Avant le dîner, quand je revins dans le salon, il s'était repeuplé. J'y retrouvai, avec Mme Bonaparte et Mme Berthier, cette jolie Paulette, alors plus impatiente de devenir Mme Leclerc qu'elle ne l'a été depuis d'être princesse Borghèse.
Tout près de Mme Bonaparte, sur le même canapé, était Fortuné, ce favori venu de Paris entre elle et son fils. L'affection qu'elle lui portait n'était pas diminuée, et cette affection qu'elle ne craignait pas de lui témoigner, même en public, était des plus vives. Pardonnons-la-lui; ne soyons pas moins indulgens que ne l'était son mari. «Vous voyez bien ce Monsieur-là, me disait le général; c'est mon rival. Il était en possession du lit de Madame quand je l'épousai. Je voulus l'en faire sortir: prétention inutile; on me déclara qu'il fallait me résoudre à coucher ailleurs, ou consentir au partage. Cela me contrariait assez; mais c'était à prendre ou à laisser. Je me résignai. Le favori fut moins accommodant que moi: j'en porte la preuve à cette jambe.»
Le lecteur est curieux peut-être de savoir quels droits avait Fortuné pour être traité ainsi. Fortuné n'était ni beau, ni bon, ni aimable. Bas sur pattes, long de corps, moins fauve que roux, ce carlin au nez de belette ne rappelait sa race que par son masque noir et sa queue en tire-bouchon. Comme bien d'autres, il n'avait pas tenu en grandissant ce qu'il promettait étant petit; mais Joséphine, mais ses enfans ne l'en aimaient pas moins, quand une circonstance particulière le leur rendit plus cher encore.
Arrêtée en même temps que son premier mari le général Beauharnais, Joséphine languissait en prison, d'autant plus inquiète, qu'elle ignorait absolument ce qui se passait au dehors. Ses enfans avaient la permission de la venir voir au greffe avec leur gouvernante. Mais comment la mettre au fait? le concierge assistait à toutes leurs entrevues. Comme Fortuné était toujours de la partie, et qu'il ne lui était pas interdit d'entrer dans l'intérieur, la gouvernante imagina un jour de cacher sous un beau collier neuf, dont elle le para, un écrit qui contenait ce qu'on ne pouvait dire à sa maîtresse. Joséphine, qui ne manquait pas de finesse, devina la chose, et répondit au billet par le même moyen. Ainsi s'établit entre elle et ses amis, sous les yeux même de son surveillant, une correspondance qui la tenait au courant des démarches qu'on faisait pour la sauver, et qui soutenait son courage. La famille sut gré au chien du bien qui s'opérait par son entremise autant que s'il se fût opéré par sa volonté; et il devint, pour les enfans comme pour la mère, l'objet d'un culte que le général fut contraint de tolérer. Ce culte dura jusqu'à la mort de Fortuné.
Cette mort fut des plus tragiques. Ce favori, comme de raison, était d'une arrogance extrême; il attaquait, il mordait tout le monde, les chiens même. Moins courtisans que les hommes, les chiens ne le lui pardonnaient pas toujours. Un soir il rencontre dans les jardins de Montebello un mâtin qui, bien qu'il appartînt à un domestique de la maison, ne se croyait pas inférieur au chien du maître: c'était le chien du cuisinier. Fortuné de courir sur lui et de le mordre au derrière: le mâtin le mord à la tête, et d'un coup de dent l'étend sur la place. Je vous laisse à penser quelle fut la douleur de sa maîtresse! Le conquérant de l'Italie ne put s'empêcher d'y compatir: il s'affligea sincèrement d'un accident qui le rendait unique possesseur du lit conjugal. Mais ce veuvage-là ne fut pas long. Pour se consoler de la perte d'un chien, Joséphine fit comme plus d'une femme pour se consoler de la perte d'un amant: elle en prit un autre, un carlin; cette race n'était pas encore détrônée.
Héritier des droits et des défauts de son prédécesseur. Carlin régnait depuis quelques semaines, quand le général aperçoit le cuisinier qui se promenait à la fraîche dans un bosquet assez éloigné du château. À l'aspect du général, cet homme de se jeter dans l'épaisseur du bois. «Pourquoi te sauver ainsi de moi? lui dit Bonaparte.—Général, après ce qu'a fait mon chien…—Eh bien?—Je craignais que ma présence ne vous fût désagréable.—Ton chien! est-ce que tu ne l'as plus, ton chien?—Pardonnez-moi, général, mais il ne met plus les pates dans le jardin, à présent surtout que Madame en a un autre…—Laisse-le courir tout à l'aise; il me débarrassera peut-être aussi de cet autre-là.»
Je me plais à raconter ce trait, parce qu'il est caractéristique, et qu'il donne une idée de l'empire qu'exerçait la plus douce et la plus indolente des créoles sur le plus volontaire et le plus despotique des hommes. Sa résolution, devant laquelle tout fléchissait, ne pouvait résister aux larmes d'une femme; et lui qui dictait des lois à l'Europe, chez lui ne pouvait pas mettre un chien à la porte.
À dîner, je fus placé auprès de Paulette qui, se souvenant de m'avoir vu à Marseille, et d'ailleurs me sachant dans ses confidences puisque j'étais dans celles de son futur époux, me traita en vieille connaissance. Singulier composé de ce qu'il y avait de plus complet en perfection physique, et de ce qu'il y avait de plus bizarre on qualités morales! Si c'était la plus jolie personne qu'on pût voir, c'était aussi la plus déraisonnable qu'on pût imaginer. Pas plus de tenue qu'une pensionnaire, parlant sans suite, riant à propos de rien et à propos de tout, contrefaisant les personnages les plus graves, tirant la langue à sa belle-soeur quand elle ne la regardait pas, me heurtant du genou quand je ne prêtais pas assez d'attention à ses espiègleries, et s'attirant de temps en temps de ces coups d'oeil terribles avec lesquels son frère rappelait à l'ordre les hommes les plus intraitables. Mais cela ne lui imposait guère; le moment d'après c'était à recommencer, et l'autorité du général de l'armée d'Italie se brisait aussi contre l'étourderie d'une petite fille: bonne enfant d'ailleurs par nature plus que par volonté, car elle n'avait aucun principe; et capable de faire le bien même par caprice.
Les convives étaient nombreux: la conversation générale n'était pas possible; la symphonie y suppléait. Pendant le repas, les musiciens des guides exécutèrent alternativement des marches militaires et des airs patriotiques qui ne déplaisaient pas aux Italiens.
La chaleur étant tombée, on prit le café et les glaces sur la terrasse, et l'on ne rentra que tard dans les salons. À la brune, le général devenu plus communicatif prit part à la conversation; il se mit même à diriger les amusemens de la société, fit chanter des romances à Madame Léopold, demanda des histoires au général Clarke, et se mit à en raconter lui-même. Les récits fantastiques étaient ceux qu'il affectionnait; il préférait même les contes qui effrayaient l'imagination, à ceux qui intéressaient l'esprit ou le coeur; il improvisait dans ce genre avec une facilité singulière, et se plaisait à fortifier l'effet de ses narrations par tous les artifices qu'un acteur habile peut trouver dans les inflexions de sa voix[2].
À dix heures, une des personnes qui étaient venues dîner à Montebello me reconduisit à Milan. L'illumination imprévue qui se déployait alors au milieu de l'obscurité me jeta dans une surprise qui tenait de l'enchantement: les prairies émaillées de fleurs, que j'avais traversées le matin, étincelaient de l'éclat d'un milliard de paillettes voltigeantes ou d'un milliard de mouches phosphoriques qui semblaient danser sur le gazon, et dont les bonds s'élevaient à quatre ou cinq pieds du sol. Ce phénomène, dont je n'avais pas d'idée, faisait à mes yeux de la contrée entière un pays de féerie: il était produit par une innombrable quantité de ces lampyres, appelés en Italie luciole, insectes qui à la plus brillante des propriétés du ver luisant joignent des ailes dont ceux-ci sont dépourvus.