Le second chappitre

O chers freres queso que legitis

Retenés bien et intelligite

Et inquantum deum diligitis

Oblivisci hec verba nolite

Car qui bien pense en ceste auctorité

Il mect remede en son temps advenir

Par quoy encore a bien peut parvenir

Car pour certain hujus sentencie

Supradicte consideratio

Est medela false malicie

Superbie atque destructio

Similiter evacuatio

De venteté qui n'est que vanité

Parfection aussi de sanctité

Luxurieque effugatio

Et d'envie c'est toute extinction

Discipline atque constructio

Et de salut c'est preparation

Et pourtant dieu pour la salvation

Des negligens ut bonum facerent

Dit a moyse utinam saperent

Heu heu quam pauci sunt au monde

Qui sapiant de dieu ceste sentence

Ne qui tiennent leur conscience munde

Ou qui portent de leurs maulx penitence

Ne qui facent auchune resistence

Contre la chair le monde et l'annemi

S'aucuns le font ce n'est pas a demy

Dieu que peu sont qui aient congnoissance

Que leur chair soit cendre et corruption

Ne qui pensent en leur ville naissance

N'a leur pechés n'a leur salvation

Encore moins qui recordation

Aient d'enfer ne de leur mort soudainne

Tant les deceoit ceste vie mondainne

Pourtant dieu veult que tousjours en prudence

Soit des pecheurs le cueur et la pensee

Et pource affin que par la providence

Sa majesté ne feust plus offensee

Par malice souuant d'eulx pourpensee

Et qu'a leur fin bene concuperent

Dire leur fist utinam saperent

Las et pourtant chers freres concevés

Ceste sentence et ne l'oubliés pas

Car vous sçavés et bien aparcevés

Que ce monde n'est que ung petit trespas

Ou nous courons trop plus tost que le pas

Sans y mettre provision future

Las pensons y comme a dit l'escripture

Trescher frere ceste admonition

Cum studio de cueur ferme et estable

Et par grande deliberation

Conceoy souvant qu'elle est proufitable

Tesmoing moyse homme tant veritable

A tout pecheur qui bonne fin veult faire

Et ses briefs jours en bonne euvre parfaire

Car tout ainsi comme l'audeur d'encens

S'il n'est au feu tu ne sens propement

Ne plus ne moins des saincts escrips ton sens

La sentence ne conceoit nullement

Nisi primo sapias clerement

Intelligas et sepe studeas

Novissima atque provideas

Ecce frater carissime tibi

Tria in hec ponuntur cest science

Premierement que ponitur ibi

Qui procede de vraye sapience

Intelligence et aussi providence

Ce sont trois temps que savoir te convient

Le temps passé le present et qui vient

Pourtant dieu veult cher frere que tu saches

Que la vie presente est fugitive

Pleine d'orgueil d'envie et d'autres taches

Toute pollue umbreuse et transitive

D'avarice corrumpue et chetive

Dont l'antree est plourable et douloureuse

Et l'issue terrible et langoureuse

Pource de tant que plus aparcevons

Ce perilleux monde estre miserable

De tant plus tost contempner le devons

Comme une chose orde et vituperable

Pour acquerir le païs pardurable

Lassus sans fin ou dieu tient son empire

Et ou nostre ame et nostre cueur suspire

Dieu veult aussi que tu penses comment

Tu es fragile et povre de nature

Et que du ventre yssis premierement

De ta mere trespovre creature

La quelle mere est terre et porriture

Et en la fin retourneras en terre

Ou y fauldra que ton corps on enterre

En la misere et povreté aussi

De ce monde tu entras devenu

Pleurant tes jours et aussi tout ainsi

Retourneras comme tu es venu

Puis que de eve naistre il t'a convenu

Qui fut creee en paradis terrestre

Et nee en terre il te fauldra terre estre

Doncques tes jours comme est dit lugendo

In hunc mundum nudus introisti

Et en labour ad mortem currendo

De jour en jour transis et transisti

Et non obtant que dives fuisti

Et habeas adhuc divitias

Quid valet hoc puis que a mourir cy as

Substancia terrena comparee

Perpetue et eterne vice

La quelle vie au peuple est preparee

Qui a bien fait et tout mal evité

Lequel de dieu est lassus invité

Ubi est pax et summum gaudium

Est charge et fés et non subsidium

Comparata vita temporalis

A l'eternelle es cieux felicité

Sine fine promissa non malis

Sed electis qui ont adversité

Aux quelz promise en la haulte cité

La couronne dieu qui sans fin vie a

Magis mors est dicenca quam vita