CXL
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du IIIe jour de décembre 1572.—
Prochaine arrivée du seigneur envoyé d'Allemagne par l'empereur et l'impératrice pour le baptême.—Desir du roi qu'Élisabeth envoie promptement le seigneur qui doit la représenter.—Arrivée du légat du pape; protestation du roi que la reine d'Angleterre n'a rien à craindre de la négociation dont il est chargé.—Délibération au sujet de l'Écosse.—Envoi fait à l'ambassadeur d'un livre pour être distribué secrètement.
Monsieur de La Mothe, en attendant que je vous renvoye Sabran, j'accuseray la réception de voz deux dépesches, des IXe et XVe du mois passé[143], et vous diray par ceste cy qu'ayant ci devant envoyé devers l'Empereur, Monsieur mon beau père, et l'Impératrice, Madame ma belle mère, pour les advertir de la grâce qu'il a pleu à Dieu me faire de me donner une belle fille, et pour prier ma dicte belle mère de la tenir sur les sainctz fondz de baptesme, j'ay eu nouvelles qu'ilz ont dépesché et envoyé par deçà le Sr de Caen, grant escuyer du dict Sieur Empereur, pour faire cest office en son nom; lequel est party et s'achemine pour estre bientost icy; qui me faict desirer et prier que vous faciés en sorte que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur et cousine, envoye aussy, pour ce mesme effect, bientost par deçà, celluy qu'elle advisera pour y arriver ainsi et en mesmes temps que le dict grand escuyer, affin que le baptesme de ma dicte fille se face, comme je desire, incontinent après la prochaine feste des Roys; auquel jour j'ay aussy escript à mon oncle, Monsieur de Savoye, se trouver pour estre le compère.
Je vous diray, au demeurant, que le léguat de Nostre Sainct Père le Pape est, despuis huict ou neuf jours, arrivé en ceste ville. Il me vint hier veoir, l'ayant honnorablement receu, estant le respect que mérite la personne de celluy de la part de qui il est envoyé. Je m'asseure que son arrivée pourra bien apporter quelque nouveau doubte à ma bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, pour les discours et faulx bruictz que font courrir ceux qui desirent altérer nostre amityé; mais je vous prie l'asseurer, et ses ministres, que je suis si fermement résolu à persévérer en l'amityé d'entre elle et moy, et entrettenir entièrement nostre dernier traicté, qu'elle se peut asseurer que, de mon costé, il ne sera jamais faict chose qui y puisse rien diminuer ni innover.
Je feray bientost une résolution sur les affaires d'Escosse et vous renvoyeray incontinant le dict Sabran; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le IIIe jour de décembre 1572.
CHARLES.
Monsieur de La Mothe, je vous envoyé une douzaine de livres d'une espistre faicte par Carpentier, que je desire qui soit secrètement publiée et faicte courir de main en main, sans que l'on saiche que cella vienne de vous ny de moy; mais que l'on dye et croye qu'elle a esté imprimée en Allemaigne. Je vous y en envoyerai, d'icy à quelque temps, qui seront en françois, dont il faudra que faciés de mesme.
CHARLES. PINART.
Nota.—A partir de cette époque, la correspondance du roi avec la Mothe Fénélon se trouve imprimée dans les Additions aux Mémoires de Castelnau, tom. III, pag. 263 à 283. Nous ne donnerons, ici, que les lettres inédites. On peut consulter, dans le recueil précité, les lettres du roi des 9, 10, 19, 22 et 23 décembre 1572, et une lettre du duc d'Anjou, en date du 19 décembre, pièces nos I à VIII.