CXLV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du Ier jour de mars 1573.—
Desir du roi de conserver la paix avec Élisabeth et les princes protestans d'Allemagne.—Nécessité de découvrir leurs projets afin de se tenir prêt à la guerre, si elle devenait nécessaire.
Monsieur de La Mothe, voz deux dernières dépesches des XIIIe et XVIe du mois passé[145], nous mettent en peyne pour ce que, par l'une, nous ne sçaurions desirer plus d'honnestes parolles de la continuation de l'amitié d'entre la Royne d'Angleterre et le Roy, Monsieur mon filz, et, par l'aultre, qui est la dernière, vous nous représantés beaucoup de choses qui nous font craindre le contraire; avecque les autres advis que nous avons d'ailleurs.
Voilà pourquoy Mon dict Sieur et filz vous faict entandre le desir qu'il a d'en estre esclairsi; et, de ma part, je vous prie mettre peyne de voir clair, et nous en advertir incontinent; car, si la dicte Royne se vouloit déclairer, ou que, sans y mettre son nom, elle y employât ses subjectz, vaysseaulx et moyens, soubs prétexte de noz subjectz mal affectionnés, il seroit très nécessayre que pourveussions d'heure à l'armement de quelques vaysseaulx, oultre ce qui est du costé de la Rochelle, pour l'expugnation de laquelle il ne se pert une seule minute d'heure de temps, comme vous escript bien amplement Mon dict Sieur et filz, qui me gardera de vous en faire redite. Mais, vous priant, pour la fin, que vous regardiés surtout le moyen qu'il y a de mettre quelque bonne fin en la négociation du propos de mariage; car, continuant, il n'y a chose que nous desirions plus, ni qui soit tant nécessaire pour le bien des affaires de la dicte Royne et de ses principaulx ministres, que cella, ny aussy, à vous dire vray, qui nous confirme plus d'amitié avec les princes de la Germanye comme nous desirons, délibérant Mon dict Sieur et filz de faire aussy envers eux, pour establir une vraye et parfaicte amitié, ce qu'il pourra, affin de leur oster l'oppinion mesmes qu'avoit icelle Royne que ayons faict ligue pour leur coure sus; chose à quoy je ne consentiray jamois, desirant l'amitié des princes et princesses, noz voisins et voysines, plus que nul aultre chose. Mais aussy, après que nous avons faict tout ce qui se peut pour ceste occazion, si nous recognoissions que l'on contemnast nostre dicte amitié, je ne serois pas d'advis de nous soucier guières de ceux qui n'en feroient poinct de cas.
Pénétrés le plus avant que vous pourrés ez occazions des voyages que se font fère si fréquentement, de l'ung à l'aultre, la dicte Royne et les dictz princes, et nous en donnés advis et aussy des aultres occazions; priant Dieu, etc.
Escript à Saint Léger, le premier jour de mars 1573.
CATERINE. PINART.