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LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du Xe jour de juing 1570.—

Approbation de la négociation faite par l'ambassadeur concernant l'Écosse.—Consentement donné par le roi au rappel des forces qu'il envoyait dans ce pays.—Confiance qu'Élisabeth va procéder au traité pour la restitution de Marie Stuart.—Lettre de Mr de Fizes. Déclaration que le roi ne consentira pas à ce qu'il soit accordé des otages français pour assurer l'exécution du traité relatif à Marie Stuart, mais qu'il ne s'oppose pas formellement à ce qu'il soit donné des otages écossais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Sabran pour s'en retourner devers vous, j'ay receu vos lettres du XXIIe et XXVIIe du passé[55], par lesquelles vous me faictes bien particullièrement entendre tout ce qui a esté fait et négotié par vous, tant avec la Royne d'Angleterre que ceux de son conseil, pour le faict de la Royne d'Escosse et de son royaume; les cinq poincts qu'ils ont mis en avant pour parvenir à quelque bon accord, et pour accomoder les différents qui sont entre elles; et aussy les seurettés que la dicte Royne d'Angleterre demande pour l'entretènement de ce qui sera traicté et arresté, et enfin ce qui a esté résollu suivant le mémoire qui m'en a esté par vous envoyé. Sur quoy j'ay bien voulleu vous advertir que j'ay heu fort agréable tout ce que vous avés dict et faict entendre de ma part à la dicte Dame, et loue grandement la sagesse, prudence et dextérité de laquelle vous avés usé, selon que vous avés cogneu qu'il en estoit de besoin, et que l'occasion se présentoit; ce qui ne sçauroit avoir esté faict mieulx ni plus à propos, ni dont je puisse avoir plus de contentement et satisfaction, ni plus conforme à mon intention et vollonté, ayant résollu de tenir ce mesme langage à son ambassadeur qui m'a faict demander audience; laquelle j'espère luy donner dans deux jours, que je pourray estre à Alançon.

Et pour le regard de ce que vous avés accordé avec la dicte Dame et ceux de son conseil, ainsi qu'il est mis par escript par le dict mémoire; vous luy direz que, pour luy faire cognoistre comme je veux, de ma part, satisfaire à tout ce que vous luy avés dict, promis et accordé, et mesmes pour luy donner plus grand tesmoignage de la vollonté que j'ay d'entretenir la bonne amitié qui est entre nous, que, ayant agréable tout le contenu en icelluy, j'ay incontinent contremandé les cappitaines, avec les forces que j'avois déjà envoyées en Escosse, m'asseurant aussy que, de sa part, elle faira le semblable pour les deux mille arquebusiers qu'elle y a envoyés, despuys qu'elle a faict rettirer son armée à Barwich, et les vaisseaux qu'elle a fait mettre en mer; et que, de bonne foy, et avec telle syncérité qu'il appartient, et que je doibs espérer d'une Royne et princesse telle comme elle est, qu'elle satisfaira à ce qui est desjà accordé, et parachèvera de conclurre et arrester tout ce qui reste pour remettre la Royne d'Escosse, ma belle sœur, en liberté et en l'auctorité et commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme, et aussy pour mettre une bonne fin, par accord et voye amiable, à tous les différents qui peuvent être entre elles et leurs royaulmes, affin que, par cy après, il n'y puisse survenir aulcune altération ni différent.

Et voyant comme vous avés fort sagement et bien conduit cest affaire jusques ici, je ne vous en manderay aulcune chose en particullier, m'en remettant et reposant de tout sur vous pour le négotier, selon et ainsi que vous cognoistrés estre convenable pour ma grandeur et réputation, et pour le bien et commodité de ceste couronne. Sur ce, etc.

Escript à Argentan le Xe jour de juing 1570.

CHARLES. FIZES.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay receu vostre lettre du premier de ce moys[56], à laquelle n'est point de besoin de vous faire aultre responce, y estant satisfaict par ce que je vous mande cy dessus, sinon que j'ay esté bien aise d'entendre ce qui s'est passé despuys vos dernières lettres.

CHARLES. FIZES.

(Plus est escript dans la lettre de Mr De Fizes à Mr de La Mothe Fénélon).

Monsieur, comme je voullois fermer ce pacquet, Leurs Majestés ont receu vos lettres du 1er de ce moys, que je leur ay faict voir, et particullièrement à la Royne ce que m'avés escript sur ce que vous prévoyés que la Royne d'Angleterre s'opiniastrera d'avoir des ostages pour l'entretènement du traitté qu'elle faira avec la Royne d'Escosse, nommément le filz, si elle peut, et principallement quelques uns de la maison de Guise ou d'Aumale. Sur quoy Sa Majesté m'a commandé vous escrire qu'elle n'en veut point parler au Roy, sçachant qu'il ne trouvera poinct bon et ne voudra, en quelque sorte que ce soit, bailler aulcuns otages françois. Et, pour le regard du Prince d'Escosse et des seigneurs escossois, qu'il ne s'en souciera pas, sinon en tant que vous verrés que cella luy pourra servir, et que, pour ce regard, luy en accorde ce que l'on advisera.

Le Xe jour de juing 1570.

Vostre bien humble et affectionné amy et serviteur.

FIZES.