LVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

des XXIIe, XXIIIe et XXVIe jours de septembre 1570.—

Recommandation pour la reine d'Écosse.—Assurance donnée aux réfugiés français en Angleterre qu'ils peuvent en toute sûreté rentrer en France.—Secret que doit garder l'ambassadeur au sujet des secours qui sont envoyés par le roi en Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre que le Roy, Monsieur mon filz, vous escript, vous verrés qu'il remet à vous satisfaire en brief à trois despesches que nous avons, puis naguières, receues de vous, dont les deux dernières n'ont encores esté leues; qui me faict aussy attendre à respondre à ce que par icelles vous m'escrivés. Et n'estant ceste despesche faicte que pour accuser la réception des vostres, affin que n'en demeuriés en aulcune peyne, je n'estendray ceste cy davantage que pour prier Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ceste lettre escripte, nous avons ouvert et veu vos dictes despesches, auxquelles le Roy, Monsieur mon fils, vous faict si amplement responce qu'il n'est besoin, me remettant à ses dictes lettres, vous en dire davantage; comme aussy ne fairay je que pour vous prier d'assister, en tout ce que vous pourrés, ma fille, la Royne d'Escosse, et faire, s'il est possible, que, par les moyens que nous vous mandons, elle puisse estre bientost mise en liberté et ses affaires aller bien; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIIe jour de septembre 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons veu, par vostre despesche du XIXe de ce moys[67], que nous avons receu en fermant ceste cy, ce que nous mandés de l'armement des grands navires et préparatifs de vivres qui se font par delà, et l'occasion pour laquelle vous estimés que c'est: à quoy, toutesfois, il ne se fault pas trop fier. Et sera bon que ayés tousjours l'œil ouvert, comme avés acoustumé, pour voir de quel costé l'on les voudra employer, pour nous en advertir continuellement.

Nous avons aussy veu, par vostre lettre, le retardement du partement du secrettaire Cecille et de ceux qui debvoient aller avec luy pour la négotiation des traictés et affaires de ma fille, la Royne d'Escosse.

Quand aux françois qui estoient de delà, et que nous mandés qui font difficulté de revenir en France pour le danger qu'ils pensent qu'il y auroit pour eulx, retournant à Rouen, Dieppe et Calais, et que l'on faict difficulté de les y recevoir, vous les pourrés bien asseurer qu'ils doibvent venir asseurément, et que le Roy, Monsieur mon fils, a pourveu qu'ils y seront doucement receus et maintenus.

Et quant aux marchands qui poursuivent de delà des déprédations, vous aurés veu ce qu'en aura esté accordé par l'édict de pacification qui vous a esté envoyé, à quoy il vous fault régler; vous priant, pour la fin de ceste lettre, de continuer à nous advertir tousjours de ce que vous pourrés apprandre de l'ambarquement et passage de la Royne d'Espaigne et des aultres occurances. Et sur ce, etc.

Escript à Paris, le XXVIe jour de septembre 1570.

L'ambassadeur de ma fille, la Royne d'Escosse, m'a présentement dict que vous aviés escript à sa Maistresse, ou faict dire, que nous ne la pouvions aulcunement secourir des harquebusiers dont nous luy avons donné espérance. Sur quoy je n'ay aultre chose à vous dire si ce n'est qu'il fault que vous vous comportiés en cella avec la plus grande discrétion que vous pourrés, envers la Royne d'Angleterre; toutesfois sans dire chose qui nous mette à la guerre; faisant néantmoings tous les bons offices que vous pourrés pour assister ma dicte fille, la Royne d'Escosse, à sa prompte délivrance et au bien de ses affaires, comme le Roy, Monsieur mon fils, vous a escript.

Ce XXVIe jour de septembre 1570.

CATERINE. PINART.