LX

L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE AU ROY.

du XVIe jour d'octobre 1570.—

Communication faite au roi des noms des commissaires désignés par Élisabeth pour discuter le traité relatif à Marie Stuart.—Remontrance sur ce que Mr de Vérac serait entré avec des forces dans Dumbarton.—Et sur les secours qui seraient préparés en Bretagne pour l'Écosse.

Sire, suivant vostre desir, je vous envoye, par escript, la négotiation que la Royne, ma Maistresse, m'avoit commandé de vous faire entendre, suppliant très humblement Vostre Majesté de faire telle faveur de me donner responce à icelle, semblablement par escript.

En premier lieu, Sire, suivant vostre desir et de la Royne, vostre mère, j'ay faict entendre à la Royne, ma Maistresse, combien il seroit bon, et à vous agréable, qu'il luy pleust donner quelque bon moyen et ordre touchant la Royne d'Escosse, tellement que ce peust estre avec son honneur et seureté.

Et comme, Sire, Sa Majesté a tousjours prins en bonne part vostre motion et sollicitation, ainsi a elle plusieurs fois commencé de procéder à quelque bon accord avec la dicte Royne; mais, quand elle a esté sur les termes et voyes de ce faire, Sa Majesté a esté entièrement empeschée et retardée, tant par les propres faicts et actions de la dicte Royne que de ses subjects, lesquels elle a commis en authorité en Escosse, en ce qu'ils ont non seullement entretenu et maintenu ouvertement et publiquement au dict païs les rebelles à Sa Majesté, mais aussy leur ont aydé et assisté à faire invasion en son royaume; tellement que Sa Majesté n'a peu faire aultrement qu'elle a faict pour son honneur et seureté, qui est d'avoir deffendu son royaume, poursuivi les dicts rebelles et chastié ceux qui leur assistoient. Mais maintenant, Sire, voyant que la dicte Royne d'Escosse et ses subjects sont contents de se contenir de poursuivre leurs premières actions et mauvais desseins et usages, et consentir et promettre de garder et maintenir la paix avec les fidelles subjects de la Royne, ma Maistresse, elle a résollu d'envoyer personnages de bon crédit, fidélité et marque, de son conseil privé, vers la Royne d'Escosse, affin d'entendre l'entière résollution et intention d'icelle. Aussy, Sa Majesté a octroyé passeport et saufconduit pour tels notables personnages que la dicte Royne d'Escosse voudra envoyer par devers icelle, tant pour négotier pour elle et adviser de mettre quelque bonne fin entre elle et ses subjects, qu'aussy entre Leurs Majestés. Aussy, Sire, Sa Majesté vous prie d'interpréter son intention en la meilleure part; vous asseurant, Sire, qu'elle a bien sincère vollonté d'y procéder plènement et sans dellay, si la Royne d'Escosse monstre, de sa part, de faire le semblable.

Davantage, Sire, Sa Majesté a entendu qu'un nommé Vérac, soy disant être à vostre service, est dernièrement arrivé à Dombertran avec certains soldats et munitions, donnant confort et ayde, au dict nom de Vostre Majesté, à tels escossois qui ont peu désir et vollonté d'avoir quelque bon accord en Escosse, leur donnant entendre que s'ils diffèrent encore quelque temps d'accorder entre eux, au dict païs d'Escosse, ils auront davantage d'aide et secours de la France. De quoy Sa Majesté ne peut et ne doit moins que informer Vostre Majesté; trouvant ceste chose fort estrange, Sire, veu les promesses et asseurances que vostre ambassadeur, résidant près d'elle, luy a toujours faictes du contraire. Pourquoi, Sire, Sa Majesté vous prie de l'en esclercir, et de cognoistre vostre vraye intention; sur laquelle elle se puisse asseurer.

Semblablement, Sire, Sa Majesté a esté advertie qu'il se fait préparation, en Bretaigne, de quelques navires par un nommé de La Roche, pour icelluy transporter avec certain nombre de gens de guerre en Irlande. Et veu, Sire, que vostre dict ambassadeur l'a dernièrement, et par plusieurs fois et instamment asseuré, de vostre part, d'observer entièrement, par tous bons moyens possibles, la paix, l'amitié et accord entre Voz Majestez, Sa dicte Majesté a trouvé bon de vous advertir de ce que dessus; vous priant, Sire, de donner ordre que vos gouverneurs de Bretaigne ayent l'œil que nulle personne attente telle chose.

Voylà, Sire, le contenu de la charge que j'ay dernièrement receu de la Royne, ma Maistresse, vous suppliant, Sire, y avoir esgard.

Sire, je supplie le Créateur de préserver, maintenir et acroistre Vostre Majesté, et vous donner toujours l'assistance de son esprit en toutes voz bonnes actions.

A Paris, ce VIe (XVIe) jour d'octobre 1570.

Et plus bas est escript. Vostre très humble et obéissant.

HENRY NOIREYS.