LXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XIXe jour d'octobre 1570.—
Persistance du roi dans sa déclaration concernant l'Écosse.—Satisfaction des nouvelles diverses données par l'ambassadeur.—Prochaine arrivée en France de la jeune reine.—Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis le partement de Vassal qui vous a porté la résollution et satisfaction, tant de la despesche que m'envoyastes par luy[70], que de celles que m'avés despuys faictes, par l'ordinaire, jusques à son partement, j'en ay encores receu deux, auxquelles je vous ay satisfaict aussy par l'ordinaire despuys quatre jours. Mais ayant receu une lettre de l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, et à icelluy faict responce, je vous ay bien voullu faire ceste cy, et vous envoyer les doubles de sa dicte lettre et de la responce que je luy ay faicte par escript[71], affin que, vous entendiés les termes où nous en sommes; et que, parlant à la dicte Royne d'Angleterre, comme je suis bien d'advis que vous en preniés l'occasion le plus souvant que vous pourrés, vous luy teniés tousjours modestement le langage que je vous ay ci devant escript, conforme à la responce que j'ay faicte à son dict ambassadeur, ainsi que vous verrés par le double d'icelle.
J'ay, ce soir, receu vostre lettre du Xe de ce moys[72], et ay veu par icelle le raport que le Sr de Walsingam a faict à la dicte Royne, sa Maistresse, de son voyage par deçà, et que vous avés entendu que s'est faict au passage de la Royne d'Espagne, où j'ay prins bien grand plaisir: desirant, sur ce que vous m'escripvés, (qu'il n'y a pas tant de mauvaise vollonté entre les Espaignols et Anglois qu'ils n'accommodent bien le différant qui est entre eux), que vous y pénétriés le plus que vous pourrés, et me faictes entendre comme ils s'en seront accordés ou desportés, et en quelle satisfaction s'en retourneront les commissaires que y avoit envoyé le duc d'Alve.
Et, pour le regard de ce que l'agent portugais, dont aussy vous m'escripvés, a voullu dire de Sores et de ceux de la Rochelle, j'en avois bien desjà sceu quelques nouvelles; mais je vous diray et asseureray que, par toutes les despesches que je fais à ceux de la dicte Rochelle, je ne leur recommande rien tant que de se contenir sans offancer les subjects de mes bons amis et alliés, et leur en fairay encores une deffence, par la première occasion, à ce qu'il ne s'y fasse chose dont il puisse venir plainte.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, c'est seullement de vostre costé que j'ay nouvelles de l'eslection[73], dont m'escrivés, à quoy je ne vois pas grande apparance. Toutesfois je vous prie d'en sçavoir plus clairement ce qui en est, m'esbahissant que je n'en ay heu advis, s'il en est quelque chose, d'Italie et d'Allemaigne. Ce me fera plaisir que m'advertissiés souvent de tout ce que vous entendrés de delà, ainsi que vous avés faict cy devant, dont vous me donnerés toute satisfaction et contantement; n'ayant pour ceste heure aultre chose à vous dire, si n'est que, suivant ce que je vous ay par ma dernière escript, ayant heu advis certain que la Princesse Elysabeth partira le XXIVe de ce moys de Spire pour s'acheminer en France, mon frère, le Duc d'Anjou, et ma sœur de Lorraine partiront aussy, d'icy, entre six ou sept jours, pour aller au devant d'elle à la frontière, deux ou trois journées par delà Mezières, la recepvoir et accompaigner, la menant, (passant par le dict Mésières, où elle faira sa première entrée, et où elle trouvera toute sa maison), droict à Compiègne, où elle pourra arriver le douxiesme du moys prochain; et, le XVe, se faira et consommera nostre mariage, Dieu aydant.
Escript à Escouen, le XIXe jour d'octobre 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay advisé d'envoyer devers vous le secrettaire de L'Aubespine, présent porteur, affin que, par luy, vous me puissiés amplement faire responce à toutes mes précédentes lettres, et à ceste cy; mesmement de ce que vous aura respondu la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par le Sr de Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire modestement, conforme à la responce que j'ay faicte par escript à son ambassadeur.
CHARLES. PINART.