LXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(Lettre escrite de la main de la Royne Mère.)

du XXe jour d'octobre 1570.—

Défense expresse de faire aucune communication à Cécil des ouvertures de mariage.—Nouvelle recommandation du plus profond secret.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ma petite lettre escripte, j'ai parlé au personnage que je vous escriptz par icelle, qui avoit encore quelque chose sur ce faict là à me dire; et par ce que cella me met en doubte que cessi se fasse à quelque intention, qui n'est pas peut estre si syncère qu'ils la proposent, je vous prie et charge, sur vostre honneur, de n'en parler aulcunement au secrettaire Cecille, ni à quelque personne que ce soit, et n'en faire aulcun semblant ni démonstration que vous en sçachiés rien, ni que je vous en aye escript: car aussi l'advis que je vous en donne n'est à aultre intention que pour l'asseurance que vous m'estes fidelle et asseuré serviteur, que cella demeurera ensepveli en vous, et que vous ne perdrés une seulle occasion et moyen de descouvrir et pénétrer, par delà, à quoy tend ce faict, et qui conduit cessi auprès de la Royne d'Angleterre; et aussy de quelle vollonté ils y procèdent, et la dicte Royne aussy. Mais surtout comportés vous en cella si dextrement que créature qui vive ne puisse penser qu'en sçachiés rien; priant Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, etc.

D'Escouen, le XXe octobre, au soir, bien tard, 1570.

Vostre meilleure amye. CATERINE.