LXXX
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(Lettre escripte de la main de la Royne.)
du IIIe jour d'apvril 1571.—
Négociation du mariage.—Satisfaction de la reine au sujet de la réponse faite par Élisabeth.—Résolution d'envoyer Cavalcanti en Angleterre pour commencer le traité.
Monsieur de La Mothe Fénélon, sur le propos que je tins dernièrement à milord Boucaust, du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils le Duc d'Anjou, elle nous a fait faire responce, par son ambassadeur icy résidant, d'en avoir receu contentement, et qu'elle trouvoit en mon dict fils toutes choses convenables pour l'effectuer, et que, si elle pensoit qu'il y heust aulcune juste occasion qui y peût porter empeschement, qu'elle ne voudroit que l'on en traictât, de peur de diminuer en quelque chose la bonne intelligence et amitié qui est entre nous et elle; et partant, si mon dict fils voulloit mettre entre les mains de son ambassadeur, ici résident, les conditions qu'il desire pour y parvenir, qu'elle luy en fairait responce; mais qu'elle trouveroit beaucoup meilleur que le Roy envoyât quelque personne de qualité devers elle pour négotier cest affaire.
Sur quoy nous a semblé plus expédient de dépescher le Sr Cavalcanti, comme personne de qualité, devers elle, neutre et confident de la dicte Dame, et ayant bon accès et intelligence avec des principaux de delà, avec les lettres et mémoires dont vous trouverés les coppies cy encloses[89], l'ayant chargé expressément de nous rapporter les dictes lettres, et proposer, de bouche, le contenu ez dictz mémoires, que ne luy avons voullu bailler tout à propos signés, affin que, si ce négoce ne prenoit l'issue que nous desirons, il n'en demeure rien par escript devers la dicte Dame. Comme il ne faira rien que par vostre conseil, je vous prie de luy donner les adresses et les moyens que vous jugerés nécessaires.
Il nous a aussy promis de nous apporter lettres d'elle, et responce aux dicts mémoires, ensemble les demandes qu'elle voudroit faire de son costé pour effectuer ce négoce, affin que celluy que nous y envoyerons du conseil du Roy, après le retour du dict Cavalcanti, pour, avecque vous, traicter de cest affaire, puisse estre mieux instruict de nos intentions et plus esclerci de celles de la dicte Dame. Sur quoy il sera bon que vous l'alliés trouver pour luy dire que le Roy, mon fils d'Anjou et moy, avons eu fort agréable la dicte responce que son ambassadeur nous a faicte; et desirons, en ce négoce, deux choses: l'une, qu'il passe fort secrettement, tant pour la dignité des deux costés que pour obvier aux empeschementz que plusieurs, tant de dedans que dehors nos royaulmes, y voudraient donner; l'aultre, d'en avoir prompte résollution et expédition pour ne demeurer longuement en suspens, et pour évitter les inconvénients que la longueur y pourroit apporter. Je vous recommande cest affaire. Et sur ce, etc.
A Paris, ce IIIe jour d'apvril 1571.
CATERINE.