XLVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du IVe jour de may 1570.—

Détails sur la négociation de la paix qui est près d'être conclue.—Réponse faite aux articles par les princes de Navarre et de Condé.—Insistance du roi pour qu'Élisabeth retire ses troupes d'Écosse.—Affaires de Marie Stuart.—Résolution du roi de faire rendre justice sur les plaintes des Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe, XIIIe et XVIIIe du moys passé[52], et par icelles entendu, bien et particulièrement, en quel estat sont toutes choses de par delà, et tout ce qui s'y est passé jusques à l'arrivée du présent porteur qui est à vous; et m'avés faict bien grand plaisir de me tenir si souvent et si amplement adverti des occurrences du lieu où vous estes. Je n'heusse pas tant demeuré à vous faire responce sans ce, que j'attandois le retour du Sr de Biron, et ce qui réhussiroit de la négotiation de la paix, par la venue des depputés que la Royne de Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyéd evers moy; lesquels, oultre le contenu ez articles que je leur avois cy devant envoyés par le dict sieur de Biron, et dont je vous ay donné adviz et envoyé coppie, m'ont faict, de leur part, plusieurs aultres particullières supplications et demandes de ce qu'ils désirent obtenir de moy. Et ayant mis en considération les grandes calamités, misères, oppressions et ruines dont mes pauvres subjects sont continuellement affligés, pour raison des guerres provenant des troubles qui ont esté cy devant et sont encore à présent en mon royaulme, et pour éviter un plus grand mal et donner quelque repos et soulagement à mes subjects, j'ay bien voulleu, puisqu'il n'y avoit aultre moyen de parvenir à une pacification, leur accorder ce que vous verrés par les responces que je leur ay faictes, dont je vous envoye un double, affin que vous sçachiés les causes et raisons et occasions pour lesquelles je me suis condescendu à leur octroyer plus que de ce que je leur avois mandé par le susdict Sr de Biron et le Sr de Malassise, conseiller en mon conseil privé; ce que vous pourrés dextrement et sagement faire entendre à la Royne d'Angleterre, et luy en parler avec tel propos et langage que vous cognoistrés qu'il en sera de besoin pour mon servisse. Et n'oubliés de la remercier aussy bien fort, de ma part, de la grande démonstration qu'elle a tousjours faicte de désirer la paix et repos en mon royaulme, et la bonne vollonté qu'elle a heue de s'y employer elle mesme, tellement qu'estant toutes choses aux termes qu'elles sont, et veu les grandes et raisonnables offres que je leur fais, j'espère qu'il ne sera poinct de besoin de luy donner ceste peyne; et que ceux de mes subjects, estant de la nouvelle opinion, qui se sont eslevés contre moy, ne s'oublieront point tant qu'ils ne reçoivent la grâce que je leur fais avec les conditions contenues ès dictes responces qui leur seront offertes de ma part. Aultrement, avec juste occasion, je ne pourrois penser d'eux qu'avec très mauvaise vollonté, et que ce seroit plustôt leur ambition qui les pousserait à continuer la guerre que le zelle qu'ils disent avoir à la conservation de leur religion. Et sur ce faict je ne puis mander aultre chose jusques au retour du Sr de Biron et de Malassise.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay trouvé très bons tous les bons offices que vous avés faict, de ma part, envers la dicte Dame pour la dicte Royne d'Escosse, ma belle sœur; et m'asseure que, suyvant ce que je vous ay escript par mes dernières lettres, que le Sr de Vassal vous a aportées, vous n'aurés rien oublié de mon intention pour tascher et empescher, par tous les moyens que vous aurés peu, que les forces qu'elle voulloit envoyer en Écosse n'ayent passé oultre, ce que je désire que vous continués, et y faictes tout ce qu'il vous sera possible. Et pour le regard du secours que la dicte Royne d'Écosse desire estre par moy envoyé en son royaulme, j'ay donné charge au présent porteur de vous faire sur ce entendre ce que j'ay résollu, et aussy du surplus de ce qui est contenu ez instructions et mémoires que vous luy avés baillé.

Quand à la plaincte que ceux de la Royne d'Angleterre vous ont faicte pour un de ses subjectz qui a perdu un navire, et dont vous m'avés envoyé la requeste qu'ils vous en ont présentée, j'ay commandé que l'on vériffie le faict et qu'il en soit faicte telle punition et justice qu'il appartient, qui est tout ce que je vous escripray. Et sur ce, etc.

Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.

CHARLES. FIZES.