NEUVIEME TABLEAU.
La Fête tartare.
BALLET
(Après la première reprise, la voix d'un prêtre se fait entendre et répète les paroles de l'émir.)
LE PRETRE.
Regarde de tous tes yeux… regarde!
(Après la deuxième reprise, la voix du prêtre se fait encore entendre.)
LE PRETRE.
Regarde de tous tes yeux! regarde!
(Le ballet fini, Strogoff est amené au milieu de la scène. Un trépied, portant des charbons ardents, est apporté près de lui, et le sabre de l'exécuteur est posé en travers sur les charbons. Sur un signe de Féofar, l'exécuteur s'approche de Strogoff. Il prend le sabre qui est chauffé à blanc.)
FEOFAR. Dieu a condamné cet homme! Il a dit que l'espion soit privé de la lumière!… Que son regard soit brûlé par cette lame ardente!
NADIA.
Michel! Michel!
STROGOFF, se tournant vers Ivan. Ivan! Ivan le traître! la dernière menace de mes yeux sera pour toi!
MARFA, se précipitant vers son fils.
Mon fils! mon fils!…
STROGOFF.
Ma mère!… ma mère! oui! oui! à toi mon suprême regard!…
Reste là, devant moi!… Que je voie encore ta figure
bien-aimée!… Que mes yeux se ferment en te regardant!
IVAN, à Strogoff.
Ah! tu pleures! Tu pleures comme une femme!
STROGOFF, se redressant.
Non! comme un fils!
IVAN.
Bourreau, accomplis ton oeuvre!
(Les bras de Strogoff ont été saisis pas des soldats; il est tenu agenouillé de manière à ne pouvoir faire un mouvement. La lance incandescente passe devant ses yeux.)
STROGOFF, poussant un cri terrible.
Ah!!!!
(Marfa tombe évanouie. Nadia se précipite sur elle.)
IVAN.
A mort maintenant, à mort l'espion!
TOUS.
A mort! à mort!
(Des soldats se jettent sur Strogoff pour le massacrer.)
FEOFAR.
Arrêtez!… arrêtez!… Prêtre, achève le verset commencé.
LE PRETRE. …. "Et aveugle, il sera comme l'enfant, et comme l'être privé de raison, sacré pour tous!…"
FEOFAR.
Que nul ne touche désormais à cet homme, car le Koran l'a dit:
"Vous tiendrez pour sacrés les enfants, les fous et les
aveugles."
IVAN, à Sangarre.
Il n'est plus à craindre maintenant.
(Féofar, Ivan et tout le cortège sortent par le fond. Une demi-nuit s'est faite, et il ne reste plus en scène que Strogoff, Marfa et Nadia.)
(Strogoff se relève et se dirige en tâtonnant vers l'endroit où est tombée sa mère.)
STROGOFF.
Ma mère! Ma mère!… Ma mère!… ma pauvre mère!…
NADIA, venant à lui. Frère! frère! mes yeux seront désormais tes yeux!… je te conduirai…
STROGOFF.
A Irkoutsk! (Il embrasse une dernière fois sa mère.) A
Irkoutsk!
ACTE QUATRIEME.
DIXIEME TABLEAU.
La Clairière.
La scène représente une berge sur la rive droite de l'Angara.
Il fait encore jour.