SCENE III.

LES MEMES, IVAN.

LE GRAND-DUC.
Qui es-tu? Parle! parle vite.

IVAN.
Michel Strogoff, courrier du czar.

LE GRAND-DUC.
D'où viens-tu?

IVAN.
De Moscou.

LE GRAND-DUC.
Tu as quitté Moscou?

IVAN.
Le 22 août.

LE GRAND-DUC. Et qui me prouve que tu es bien un courrier du czar, et que tu m'es envoyé de Russie?

IVAN, tirant un papier. Ce permis signé du gouverneur de Moscou, et qui assurait mon passage à travers la Sibérie.

LE GRAND-DUC.
Mais ce permis porte le nom de Nicolas Korpanoff?

IVAN.
Je voyageais sous ce nom en qualité de marchand sibérien.

LE GRAND-DUC.
Tu as une lettre pour moi?

IVAN. J'en avais une écrite de la main du gouverneur de Moscou, mais j'ai dû la détruire pour la soustraire aux Tartares qui m'avaient fait prisonnier.

LE GRAND-DUC.
Approche!… Que contenait cette lettre?

IVAN. Ceci: Une armée de secours venue des provinces du Nord arrivera le 28 septembre.

LE GRAND-DUC.
Le 28 septembre!

IVAN. Que Son Altesse fasse ce jour-là, — mais ce jour-là seulement, — une vigoureuse sortie, et les Tartares seront écrasés!

LE GRAND-DUC. Ainsi celle que nous devions tenter aujourd'hui, demain… et chaque jour, ne pourrait que nous être funeste?… C'est dans quatre jours seulement!… Eh bien, quoi qu'il arrive, nous tiendrons jusque-là!

IVAN, à part.
Et demain les Tartares seront maîtres d'Irkoutsk!

LE GRAND-DUC.

Est-ce tout ce que contenait cette lettre du gouverneur de
Moscou?

IVAN. Non!… Il était aussi question d'un homme dont Votre Altesse doit se défier…, un officier russe.

LE GRAND-DUC.
Un Russe! un officier! Quel est le nom de ce traître?

IVAN. Ivan Ogareff, maintenant le lieutenant de Féodar et organisateur de cette invasion.

LE GRAND-DUC.
Ivan Ogareff, jadis condamné par moi à la dégradation!

IVAN. Il a juré de se venger de Votre Altesse et de livrer la ville aux Tartares!

LE GRAND-DUC. Qu'il vienne donc, je l'attends! Ah! qu'il méritait bien, ce misérable, le châtiment qui l'a frappé, lui qui devait provoquer plus tard l'envahissement de son pays!

IVAN, froidement.
Il le méritait!

LE GRAND-DUC.
Mais, dis-moi, comment as-tu fait pour pénétrer dans Irkoutsk?

IVAN. Pendant le dernier engagement qui vient d'avoir lieu, je me suis mêlé aux défenseurs de la ville, je me suis nommé, et l'on m'a conduit aussitôt devant Votre Altesse.

LE GRAND-DUC. Tu as montré un grand courage, Michel Strogoff. Que demandes-tu pour prix de tes services?

IVAN.
Le droit de combattre pour la défense d'Irkoutsk.

LE GRAND-DUC.
Tu commanderas une des portes de la ville.

IVAN. La porte Tchernaïa, Altesse, celle que les Tartares menacent le plus?

LE GRAND-DUC.
Soit! La porte Tchernaïa!

VORONZOFF, qui s'est approché de la fenêtre.
Altesse!

LE GRAND-DUC.
Qu'y a-t-il?

VORONZOFF. Il semble que l'ennemi cherche à se rapprocher de nos murailles

LE GRAND-DUC.
Il nous trouvera prêts à le recevoir! Venez, messieurs!

(Tous sortent excepté Ivan.)