SCENE VI.

LES MEMES, LE CAPITAINE, SOLDATS.

Le capitaine, suivi des soldats, arrive par le fond. On relève le cadavre du sergent.

LE CAPITAINE.

Qui a tué cet homme?
UN SOLDAT, montrant Strogoff.
Il n'y a ici que ce mendiant.

L'OFFICIER.
Qu'on s'empare de lui. Nous l'emmènerons au camp.

STROGOFF, à part.
M'emmener!… Et ma mission! tout est perdu!…

NADIA.
Ne savez-vous pas que mon frère est aveugle?…

MARFA.
Et qu'il n'a pu se servir de cette arme!

L'OFFICIER.
Aveugle?… Nous allons bien savoir s'il l'est réellement!

MARFA, bas.
Que va-t-il faire?

L'OFFICIER.
Tes yeux sont éteints, as-tu dit.

STROGOFF.
Oui.

L'OFFICIER.
Eh bien! je veux te voir marcher sans guide, sans appui!…
Eloignez ces deux femmes, et toi, marche! (Il tire son épée.)

STROGOFF.
De quel côté?

L'OFFICIER, tendant son épée en face de la poitrine de
Strogoff.
Droit devant toi.

NADIA.
Mon Dieu!

MARFA, pousse un cri en fermant la bouche.
Ah!…

STROGOFF, marchant sur l'épée, et s'arrêtant au moment où la pointe lui entre dans la poitrine. Ah!… vous m'avez blessé!

MARFA, s'élançant vers lui.
Michel! mon pauvre enfant!…

NADIA.
Frère!

MARFA, à l'officier.
Vous êtes un assassin!

L'OFFICIER
Alors, c'est une de ces femmes qui a tué ce soldat!

MARFA.
C'est moi.

STROGOFF, à Marfa.
Non, ma mère! je ne veux pas… je ne veux pas…

MARFA, à part, à Strogoff. Pour sauver notre Sibérie, il faut que tu sois libre!… Je te défends de parler!

L'OFFICIER. Saisissez cette femme!… Attachez-la au pied de cet arbre, et qu'on la fusille!

STROGOFF.
Fusillée!… toi!…

NADIA.
Grâce!… pour elle!…

MARFA.
Dieu a compté mes jours!… Ils lui appartiennent!

(Des soldats attachent Marfa à l'arbre; d'autres entraînent
Strogoff et Nadia.)

STROGOFF.
Ma mère! ma mère!…