Notes
[1]: Ce fait est tristement prouvé par toutes les correspondances diplomatiques de l'époque. On est étonné d'y voir à quel point tout ce qui se disait à Paris se redisait à Vienne, à Berlin, à Saint-Pétersbourg.
[2]: Parmi ces correspondants se trouvaient MM. Fiévée, de Montlosier, madame de Genlis, qui n'écrivaient pas pour dénoncer, mais pour dire leur opinion sur ce qu'ils voyaient, et sur ce qui se passait tous les jours sous leurs yeux. Les correspondances de M. Fiévée ont été imprimées, et prouvent que Napoléon se laissait dire beaucoup de choses, et des plus hardies.
[3]: Le véridique et honnête duc de Gaëte, témoin oculaire de cette scène, me l'a racontée avec les moindres détails quelques jours avant sa mort.
[4]: Nous citons cette lettre extraordinaire, qui est du nombre de celles qu'il écrivit lorsqu'il commençait à ordonner en Espagne même ses premiers préparatifs.
Au ministre de la police.
«Benavente, le 31 décembre 1808.
»Je suis instruit que des familles d'émigrés soustraient leurs enfants à la conscription, et les retiennent dans une fâcheuse et coupable oisiveté. Il est de fait que les familles anciennes et riches qui ne sont pas dans le système sont évidemment contre. Je désire que vous fassiez dresser une liste de dix de ces principales familles par département, et de cinquante pour Paris, en faisant connaître l'âge, la fortune, et la qualité de chaque membre. Mon intention est de prendre un décret pour envoyer à l'école militaire de Saint-Cyr les jeunes gens appartenant à ces familles, âgés de plus de seize ans et de moins de dix-huit. Si l'on fait quelque objection, il n'y a pas d'autre réponse à faire sinon que cela est mon bon plaisir. La génération future ne doit point souffrir des haines et des petites passions de la génération présente. Si vous demandez aux préfets des renseignements, faites-le dans ce sens.»
[5]: Ceci pourra paraître obscur aux lecteurs qui ne se rappellent pas ce qui a été dit dans les volumes précédents, ou qui sont étrangers à la connaissance des finances. Ils se demanderont comment les receveurs peuvent avoir à verser des fonds qu'ils ne doivent pas encore. Voici l'explication de cette apparente singularité. Les contributions directes, qui constituent en France la principale branche du revenu public, sont dues par mois, c'est-à-dire par douzièmes. Or certains contribuables payent six mois, un an à l'avance, tandis que d'autres demeurent en retard. Les receveurs de l'État balancent l'arriéré des uns par les avances des autres, et de plus on les intéresse à l'exactitude des rentrées en leur donnant à eux-mêmes, sous le nom de bonifications, deux ou trois mois de délai, ce qui constitue pour eux une jouissance d'intérêts. C'est ce qui explique comment ils pouvaient avoir en caisse des fonds qu'ils ne devaient pas encore. Ce sont ces fonds qu'ils furent obligés de verser à la caisse des services, moyennant l'intérêt jusqu'au jour où ils les devraient.
[6]: La mission du prince de Schwarzenberg, qui eut à cette époque une grande importance, fut entièrement connue du cabinet français par les confidences de l'empereur Alexandre à M. de Caulaincourt.
[7]: Ceux qui ont dépeint Alexandre comme toujours faux avec Napoléon se sont trompés autant que ceux qui l'ont représenté comme toujours sincère. Il fut sincère tant que durèrent son engouement et la fortune prodigieuse de Napoléon. Il le fut moins quand à la conquête de l'empire turc succéda dans ses rêves la conquête de la Valachie et de la Moldavie, quand surtout Napoléon lui apparut moins irrésistible et moins constamment heureux. Le calcul remplaça alors l'enthousiasme pour faire place plus tard à un sentiment pire encore. Mais, il faut l'avouer, Napoléon s'était attiré ce changement, et il est difficile de prononcer une condamnation morale contre l'un ou contre l'autre. Les entretiens secrets d'Alexandre avec M. de Caulaincourt, que celui-ci mettait une scrupuleuse exactitude à rapporter, révèlent ces changements successifs avec une vérité frappante, même à travers toutes les flatteries dont Alexandre accompagnait ses discours. Le changement se produisait avec une naïveté qui prouve que l'homme le plus fin (et Alexandre l'était beaucoup) a bien de la peine à cacher la vérité. Napoléon lui-même, quoique de loin, ne pouvait pas s'y tromper, et tout prouve en effet qu'il ne s'y trompa guère.
[8]: M. de Schwarzenberg se vantait d'avoir fait baisser les yeux à Alexandre lorsqu'il lui avait rappelé qu'il se rendait le complice d'une odieuse spoliation en secondant l'auteur de la guerre d'Espagne.
[9]: Ce n'est point sans des documents positifs que nous retraçons cet entretien, car il fut transcrit à l'instant même sous forme de demandes et réponses par M. de Champagny, et communiqué à l'Empereur. Il existe aux archives des affaires étrangères.
[10]: Celui que nous avons vu roi de nos jours, et amené par les événements à abdiquer la couronne pour se vouer au culte des arts, auxquels il a rendu dans son pays de grands services.
[11]: Certains historiens ont fort maltraité le major général Berthier pour les ordres donnés pendant ces quelques jours. J'ai lu ces ordres avec beaucoup de soin, je les ai comparés avec ceux de Napoléon, jour par jour et heure par heure, et je n'ai pu reconnaître la justice du blâme adressé au major général. Parti de Paris avec la confidence du plan de Napoléon qui consistait à se concentrer sur Ratisbonne, il voulut y procéder en ordonnant le 13 au général Oudinot de marcher sur cette ville; mais recevant en route une dépêche télégraphique de Napoléon qui lui ordonnait de tout reployer sur le Lech et sur Augsbourg, en cas d'hostilités prématurées, et de laisser dans tous les cas le maréchal Davout à Ratisbonne, il resta dans cette position jusqu'à l'arrivée de l'Empereur. Cela prouve une seule chose, la difficulté de diriger de loin les opérations militaires, car de près Napoléon aurait ordonné à Berthier ce qu'il ordonna effectivement dès qu'il arriva sur les lieux. Mais Berthier pouvait-il prendre sur lui de donner l'ordre si hardi de concentrer l'armée, par un double mouvement de flanc exécuté en présence de l'ennemi? On ne saurait guère l'imaginer. Napoléon lui-même, simple chef d'état-major au lieu d'être commandant en chef, ne l'aurait probablement pas osé. Tout ce qu'on peut dire ici de l'un et de l'autre, c'est que Berthier avait des ordres dont il n'osa pas s'écarter, et que Napoléon était trop loin pour les modifier d'après les faits qui étaient survenus. On fut surpris par les événements, ce qui était la faute de la politique, bien plus que de la direction imprimée aux opérations militaires.
[12]: Ce fait ressort d'une conversation avec le duc de Rovigo, qui la rapporte sans en pouvoir juger la portée, ne sachant ni les événements qui se passaient, ni les ordres que Napoléon avait donnés.
[13]: C'est ainsi que le raconte le général Stutterheim dans son excellent récit de la campagne de 1809. Il semble croire que Schneidart nous fut enlevé.
[14]: J'ai eu souvent beaucoup de peine pour démêler la vérité entre les assertions contradictoires des témoins qui rapportent les événements militaires: je n'en ai jamais eu autant qu'en cette occasion, et notamment pour le combat de Tengen. Nous avons le récit sage, clair, modeste du général Stutterheim, et en outre beaucoup de relations allemandes. Nous avons, du côté des Français, le général Pelet et les relations manuscrites des généraux Saint-Hilaire, Friant, Montbrun, et ce qui vaut mieux, un récit du maréchal Davout lui-même. Toutes ces relations se contredisent, quant aux lieux, aux heures, et aux corps engagés. Après les avoir lues et relues jusqu'à cinq et six fois chacune, je suis parvenu à établir les faits tels que je les rapporte, et je crois le récit que j'en donne aussi rapproché de la vérité que possible. Ce dont je suis certain, c'est d'avoir conservé à l'événement son vrai caractère, et c'est ce qui importe surtout à l'histoire. Les notes que j'ai réunies à cet égard composeraient à elles seules un mémoire comme ceux qu'on rédige pour l'Académie des inscriptions.
[15]: Ici encore je renouvelle l'avertissement que ces chiffres ne peuvent être qu'approximatifs. Les bulletins, et les historiens qui ont copié ces bulletins, parlent avec une assurance singulière de chiffres bien autrement élevés, mais je les crois tous inexacts. J'ai pour les divisions Friant et Saint-Hilaire un état authentique des pertes. Quant aux Autrichiens, les chiffres donnés par le général Stutterheim sont démentis par les pertes totales avouées à la fin des opérations qui eurent lieu autour de Ratisbonne. C'est après des comparaisons multipliées que je suis arrivé à déterminer les nombres que je présente ici, et je les crois aussi rapprochés que possible de la vérité. Je ne reviendrai plus sur un tel avertissement, qui devra servir pour toute la suite de cette histoire. Je me borne à répéter que dans les récits de guerre, surtout quand il s'agit des nombres, on ne peut jamais obtenir que la vérité approximative, et que je n'ai pas la prétention d'en donner une autre. Mais j'ajoute que je n'ai rien négligé pour ramener le plus possible cette vérité approximative à la vérité absolue.
[16]: Sa correspondance, qui pendant cette nuit se compose d'une longue suite de lettres, et qui est restée ignorée des historiens, fait connaître avec la plus grande précision la série d'idées par laquelle il passa avant de prendre son parti, et de donner ses ordres définitifs pour la bataille d'Eckmühl. C'est un spectacle des plus curieux et des plus instructifs pour l'étude de l'esprit humain, que cette correspondance de quelques heures. Je l'ai lue plusieurs fois avec soin, et j'en ai déduit les faits que je rapporte.
[17]: Je n'énonce ces chiffres qu'après avoir réduit toutes les exagérations des bulletins.
[18]: L'irritation de Napoléon dans cette circonstance fut telle qu'il écrivit plusieurs lettres au prince Eugène, et voulut faire poursuivre le général Sahuc; il le voulut surtout après la bataille de Raab, où ce général ne racheta pas la faute de Pordenone. Le général Sahuc, écrivit-il, est de ceux qui ont assez de la guerre. Malheureusement le nombre s'en augmentait tous les jours par la faute de Napoléon.
[19]: C'est d'après des documents authentiques que je donne ces détails, et pleinement assuré de leur rigoureuse vérité. La correspondance du prince Eugène, celle de Napoléon, des mémoires manuscrits fort précieux du maréchal Macdonald, révèlent d'une manière encore plus circonstanciée tout ce que je rapporte ici de la campagne d'Italie en 1809.
[20]: Ces paroles sont une allusion aux propos habituels que tenait à cette époque une jeunesse, brillante mais légère, accourue, à la suite de la restauration du trône, sur les champs de bataille et dans les antichambres de Napoléon, se montrant aussi brave sur les uns, qu'élégante dans les autres, et médisant volontiers des vieux généraux de la révolution, et de Masséna en particulier. Ce dernier joignait à beaucoup d'esprit naturel un caractère simple mais rude et peu facile. La jeune cour de Milan, craignant qu'on ne l'envoyât commander l'armée d'Italie, s'exprimait très-défavorablement sur son compte. La même chose s'était passée à la cour de Naples, où il n'avait pu rester.
[21]: Le général Grünn, principal officier d'état-major de l'archiduc Charles, et officier de beaucoup d'esprit, a plusieurs fois traité cette thèse, dans des lettres et des écrits anonymes publiés en Allemagne, mais toujours au profit de son chef, et dans l'intention de placer sa conduite bien au-dessus de celle de Napoléon. Nous croyons ses raisons extrêmement faibles, et détruites par celles que nous présentons dans ce récit.
[22]: J'analyse ici fidèlement les lettres de Napoléon et du prince Berthier au maréchal Masséna, pour qu'on puisse bien apprécier à quel point était motivé le combat d'Ébersberg, l'un des plus terribles de nos longues guerres, et qui tout en faisant ressortir la prodigieuse énergie de Masséna, lui fut cependant reproché comme une inutile effusion de sang.
[23]: Le général Mayer, officier attaché à l'état-major de l'archiduc Jean, dévoué comme de juste à sa gloire, et beaucoup moins à celle de l'archiduc Charles, a prétendu, dans un récit dont nous avons déjà parlé, que l'archiduc Jean voulait passer à travers les Alpes, et se jeter en Bavière, mais qu'il en fut empêché par la précipitation du général Chasteler à abandonner le Tyrol italien. D'après ce récit, le général Chasteler, se hâtant trop de courir dans le Tyrol allemand pour y tenir tête aux Bavarois, aurait livré à l'armée française d'Italie la route des Alpes, et rendu impossible le mouvement de l'archiduc Jean vers l'archiduc Charles. Je dois dire que rien ne justifie cette assertion, inspirée par le zèle d'un lieutenant pour la renommée de son chef, et que tout prouve au contraire que l'archiduc Jean, en apprenant les événements de Ratisbonne, ne songea qu'à se retirer vers la Hongrie, pour n'être pas débordé par le mouvement de Napoléon sur Vienne.
[24]: J'ai fait pour évaluer les forces employées dans ces deux grandes journées du 21 et du 22 mai, et qu'on appelle bataille d'Essling en France, bataille d'Aspern en Allemagne, des efforts consciencieux, ainsi que pour toutes les autres grandes journées de cette époque. On possède à leur sujet, comme documents, des ouvrages imprimés tant en France qu'à l'étranger, et qui contiennent les assertions les plus exagérées dans un sens comme dans l'autre. On possède en outre les états du dépôt de la guerre, qui sont rédigés trop loin des faits, puisqu'on les dressait à Paris, pour qu'ils puissent être exacts. On possède enfin les propres livrets de l'Empereur, dressés à l'état-major général par les bureaux de Berthier, et qui par ce motif sont plus rapprochés de la vérité. Toutefois ces derniers eux-mêmes sont constitués en erreur par les assertions des généraux, qui ne s'attribuent pas toujours dans leurs récits les nombres de combattants que leur attribuaient les bureaux de Berthier. En comparant ces documents on voit que les Autrichiens ont supposé que toute l'armée française avait passé le Danube, et se sont donné 70 mille hommes, contre 80 ou 100. Les historiens français, au contraire, ont parlé de 40 mille Français luttant deux jours contre 100 mille Autrichiens. La vérité est entre ces extrêmes. La voici, reproduite aussi exactement que possible.
Les forces passées le 20 et dans la matinée du 21 furent:
| La division Molitor | 6,500 | hommes. |
| La division Boudet | 5,000 | |
| La division Legrand | 4,500 | |
| Les divisions de cavalerie légère Marulaz et Lasalle | 4,500 | |
| Les cuirassiers Espagne | 2,000 | |
| ——— | ||
| 22,500 | hommes. |
C'est-à-dire 22 ou 23 mille hommes. Les états donnent des chiffres plus élevés, mais ces chiffres sont évidemment inexacts.
Dans la soirée du 21 il passa:
| La division Carra Saint-Cyr | 6,000 | hommes. |
| Les cuirassiers Saint-Germain | 1,500 | |
| ——— | ||
| 7,500 | hommes. |
Ce qui porte les forces pour le premier jour à un total
| de | 22,500 | passés le matin du 21. |
| 7,500 | passés le soir du 21. | |
| ——— | ||
| 30,000 | hommes. | |
| Le lendemain 22 il passa: | ||
| Les deux divisions Oudinot | 11 ou 12,000 | hommes. |
| La division Saint-Hilaire | 8,000 | |
| La garde | 6 ou 7,000 | |
| La division Demont | 3,000 | |
| ——— | ||
| Total | 60,000 | hommes. |
Ainsi, en réalité, la première journée d'Essling, celle du 21, commença avec 22 ou 23 mille hommes, et s'acheva avec 30 mille. La seconde, et la plus terrible, celle du 22, fut livrée avec 60 mille hommes contre environ 90 mille. Mais, comme on le verra plus tard, ce ne furent pas les forces qui manquèrent, ce furent les munitions. Avec ces 60 mille hommes Napoléon aurait gagné la bataille, si les convois d'artillerie avaient pu lui arriver.
[25]: Je tiens ces détails de la bouche même de M. le maréchal Molitor, sous la dictée duquel je les ai écrits le jour où il me les donnait, pour ne pas en perdre le souvenir.
[26]: Il est encore plus difficile d'approcher de la vérité pour l'évaluation des forces autrichiennes que pour l'évaluation des forces françaises. Pourtant un récit d'Essling, fourni par l'archiduc Charles, donne en bataillons et escadrons, pour
| Hiller, 1re colonne | 19 | bataillons, | 22 | escadrons. |
| Bellegarde, 2e colonne | 20 | — | 16 | — |
| Hohenzollern, 3e colonne | 2 | — | 8 | — |
| Rosenberg, 4e colonne | 13 | — | 8 | — |
| Rosenberg, 5e colonne | 13 | — | 16 | — |
| Grenadiers | 16 | — | " | — |
| Réserve de cavalerie | " | — | 78 | — |
| —— | —— | |||
| Total | 103 | bataillons, | 148 | escadrons. |
La difficulté consiste à évaluer la force des bataillons, force qu'on ignorait probablement à l'état-major autrichien le jour de la bataille, qui était de 1,000 ou 1,200 hommes à l'ouverture de la campagne, et qui devait être au moins de 6 ou 700 hommes les 21 et 22 mai. En supposant 650 hommes par bataillon, 120 à 130 par escadron, on obtient environ 65 mille hommes d'infanterie, 20 mille de cavalerie, et en en supposant 5 mille d'artillerie pour 288 bouches à feu, évaluation fort modérée, on arrive à environ 90 mille hommes. Les bulletins français relatent une force plus considérable, mais ils sont évidemment inexacts. Quatre-vingt-dix mille hommes me semblent l'assertion la plus vraisemblable. La vérité absolue en ce genre est impossible à obtenir, comme je l'ai dit bien des fois. Il faut exiger de l'historien qu'il s'en approche le plus possible, et ne pas lui demander ce que ne savaient pas même les chefs des armées combattantes. Mais deux ou trois mille hommes importent peu, et ne changent pas le caractère de l'événement. Aucun gouvernement, même le mieux servi, celui qui a la meilleure comptabilité, ne sait, quand il paye cent mille hommes, qui sont vraiment dans le rang, combien il y en a qui servent utilement le jour d'une bataille, car il y a les détachés, les malades de la route, les malades de la veille, ceux du matin, ceux du soir. L'histoire ne peut donc prétendre en savoir plus que les gouvernements eux-mêmes, qui payent les armées. L'important est de conserver le caractère de ces grands événements, et c'est à quoi on arrive en s'efforçant de se tenir, pour les nombres, les distances, les durées, les circonstances de détail, le plus près possible de la vérité. J'ai la conscience de n'avoir rien négligé à cet égard, et je crois avoir réuni plus de documents, plus travaillé sur ces documents, qu'on ne l'avait fait avant moi. Je ne suis jamais en repos, je l'affirme, quand il reste quelque part un document que je n'ai pas possédé, et je ne me tiens pour satisfait que lorsque j'ai pu le consulter.
[27]: Le général César de Laville, excellent officier originaire du Piémont, aussi énergique que spirituel, digne sous tous les rapports de sa brave nation, est mort récemment en France, où il s'était établi. C'est de sa propre bouche que j'ai recueilli tous les détails rapportés ici, et pour être plus sûr de ma mémoire, je le priai de me les écrire, ce qu'il fit de Saint-Sauveur en 1844, dans une lettre curieuse de vingt-quatre pages, que j'ai conservée comme un monument historique des plus intéressants. Je me suis servi d'un document non moins curieux de M. Baudus, aide de camp du maréchal Bessières, qui a bien voulu m'écrire aussi tout ce qu'il avait vu. J'ai recueilli encore d'autres détails de la bouche du maréchal Molitor, du général duc de Mortemart, du général Petit, du général Marbot, du maréchal Reille, tous présents à Essling et à Wagram, et j'ai complété avec leurs renseignements la foule de documents écrits contenus au dépôt de la guerre. Je me suis du reste toujours borné aux détails qui étaient d'une authenticité incontestable.
[28]: Dans une lettre curieuse adressée au maréchal Davout, au milieu de la bataille, le major général Berthier écrit que dès dix heures du matin les munitions manquèrent. Nous citons cette lettre, qui donne à la journée son vrai et sinistre caractère.
Le major général au duc d'Awerstaedt, à Vienne.
«Rive gauche du Danube, à la tête de pont,
le 22 mai 1809, à midi et demi.
»L'interruption du pont nous a empêchés de nous approvisionner. À dix heures nous n'avions plus de munitions; l'ennemi s'en est aperçu, et a remarché sur nous. 200 bouches à feu, auxquelles depuis dix heures nous ne pouvions répondre, nous ont fait beaucoup de mal.
»Dans cette situation de choses, raccommoder les ponts, nous envoyer des munitions et des vivres, faire surveiller Vienne, est extrêmement important. Écrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu'il ne s'engage pas dans la Bohême, et au général Lauriston pour qu'il soit prêt à se rapprocher de nous. Voyez M. Daru pour qu'il nous envoie des effets d'ambulance et des vivres de toute espèce.
»Aussitôt que le pont sera prêt, ou dans la nuit, venez vous aboucher avec l'Empereur.
»Signé: Alexandre.»
[29]: Leur bulletin officiel avouait 20 mille, et quand on sait à quel point ils y défiguraient la vérité à leur avantage, on doit supposer un nombre infiniment plus considérable. C'est d'après divers documents contenus au dépôt de la guerre, et émanés des Autrichiens eux-mêmes, que je m'arrête au chiffre indiqué ici.
[30]: Il faut bien qu'il en soit ainsi pour expliquer et justifier l'assertion des narrateurs autrichiens, qui ne donnent pas plus de 12 mille hommes à l'archiduc Jean armé à Grätz, tandis qu'il en avait certainement quarante et quelques mille sous Vérone. Avec le détachement du ban Giulay il ne lui en restait pas plus de 20 à 24 mille en tout. Il n'y a donc pas exagération dans l'évaluation de ses pertes, que nous donnons ici, après avoir beaucoup atténué les rapports du prince Eugène et du général Macdonald, rapports qui sont pleins au reste d'une remarquable modestie, et forment un singulier contraste avec les récits fastueux des généraux autrichiens.
[31]: Les historiens anciens, et ceux du moyen âge, ont allégué en quelques occasions des nombres de combattants beaucoup plus considérables, mais une foule de raisons, inutiles à rapporter ici, prouvent que ces allégations sont tout à fait exagérées. Je crois donc vrai de dire qu'il ne s'était pas rencontré encore autant d'hommes, armés d'aussi puissants moyens de destruction, sur un même champ de bataille.
[32]: C'était Kollowrath qui le commandait au début de la guerre.
[33]: Commandé auparavant par Hohenzollern.
[34]: Commandé auparavant par le prince Louis.
[35]: Commandé auparavant par le général Hiller.
[36]: Les Autrichiens, après la bataille de Wagram, ont cherché à réduire le chiffre des troupes dont ils pouvaient disposer dans cette bataille. Les récits par eux publiés ont évalué leur armée à 115 mille hommes, sans y compter le prince de Reuss, qui était à Stamersdorf, vis-à-vis de Vienne, et qu'ils ont omis parce qu'il n'agit pas dans cette journée. S'il n'agit pas ce fut la faute du général en chef, mais il n'en était pas moins sur le terrain. En évaluant son corps à 14 ou 15 mille hommes, ce serait un total de près de 130 mille hommes, sans l'archiduc Jean. Mais ces évaluations sont au-dessous de toute vraisemblance. Le 1er et le 2e corps (Bellegarde et Kollowrath) avaient pris peu de part aux principaux combats de la campagne, et ne devaient pas compter beaucoup moins de 50 mille hommes. Les 3e et 4e avaient souffert, mais ils avaient été considérablement recrutés. En les portant à 20 mille hommes chacun, on trouve déjà un total de 90 mille. Restaient le 6e sous Klenau, le 5e sous le prince de Reuss, enfin la double réserve dont le chiffre avoué était de 8 mille hommes d'infanterie, et de 8 mille de cavalerie. On ne peut pas évaluer ces trois corps à moins de cinquante mille hommes, en supposant le corps de Klenau de 20 mille, celui de Reuss de 15 mille, la double réserve de 16 mille, ce qui produit un total de 140 mille sans l'archiduc Jean, et de 152 mille avec lui. On peut donc avancer avec la plus grande vraisemblance que les deux armées étaient de même force. Les calculs les plus rigoureux donnent en effet environ 140 à 150 mille hommes pour l'évaluation des forces de l'armée française.
[37]: Je ne donne point ici des détails de fantaisie, qui m'ont toujours semblé indignes de l'histoire. Je puise ceux-ci dans une foule de mémoires contemporains, publiés ou inédits, ceux notamment des maréchaux Macdonald, Marmont, Davout, etc.
[38]: Ce mot remarquable est resté traditionnel parmi les militaires du temps.
[39]: Les bulletins de cette journée parlent de prisonniers bien plus nombreux, mais ce sont là évidemment des exagérations calculées.
[40]: Elle avait passé des ordres du général Demont aux ordres du général Puthod.
[41]: Quelque temps après, Napoléon allant visiter les troupes qui campaient aux environs de Brünn, et les faisant manœuvrer sur le champ de bataille d'Austerlitz, parlait de la qualité des troupes en général, des armées qu'il avait commandées, des batailles qu'il avait livrées, et revenant à la dernière, celle de Wagram, qu'il comparait à celle d'Austerlitz, il dit qu'il avait bien songé à employer la manœuvre dont il est question ici, et qu'il l'aurait fait s'il avait eu les troupes du camp de Boulogne; mais qu'avec des troupes dont une partie était fort jeune et fort impressionnable, il n'avait pas osé risquer une combinaison féconde, qui aurait exigé chez ses soldats un sang-froid fort rare, celui de se laisser tourner sans être ébranlés.
[42]: Expression textuelle du maréchal Molitor.
[43]: Les bulletins ont supposé beaucoup plus de prisonniers, mais ils ont exagéré au delà de toute vérité.
[44]: Le général de Wrède avait été blessé. C'était sa division qui suivait le corps de Marmont, et c'est pour cela que nous lui en conservons le nom. Le général Minuti l'avait remplacé dans le commandement.
[45]: ORDRE DU JOUR.
«Schœnbrunn, le 5 août 1809.
»S. M. témoigne son mécontentement au maréchal prince de Ponte-Corvo pour son ordre du jour daté de Leopoldau, le 7 juillet, qui a été inséré à une même époque dans presque tous les journaux dans les termes suivants:
«Saxons, dans la journée du 5 juillet, 7 à 8 mille d'entre vous ont percé le centre de l'armée ennemie et se sont portés à Deutsch-Wagram, malgré les efforts de 40 mille hommes soutenus par cinquante bouches à feu. Vous avez combattu jusqu'à minuit et bivouaqué au milieu des lignes autrichiennes. Le 6, dès la pointe du jour, vous avez recommencé le combat avec la même persévérance et au milieu des ravages de l'artillerie ennemie. Vos colonnes vivantes sont restées immobiles comme l'airain. Le grand Napoléon a vu votre dévouement: il vous compte parmi ses braves.
»Saxons, la fortune d'un soldat consiste à remplir ses devoirs; vous avez dignement fait le vôtre.
»Au bivouac de Leopoldau, le 7 juillet 1809.
»Le maréchal d'empire commandant le 9e corps,
«Signé: J. Bernadotte.»
»Indépendamment de ce que S. M. commande son armée en personne, c'est à elle seule qu'il appartient de distribuer le degré de gloire que chacun mérite.
»S. M. doit le succès de ses armes aux troupes françaises et non à aucun étranger. L'ordre du jour du prince de Ponte-Corvo, tendant à donner de fausses prétentions à des troupes au moins médiocres, est contraire à la vérité, à la politique, à l'honneur national. S. M. doit le succès de ses armes aux maréchaux duc de Rivoli et Oudinot, qui ont percé le centre de l'ennemi en même temps que le duc d'Awerstaedt le tournait par sa gauche.
»Le village de Deutsch-Wagram n'a pas été en notre pouvoir dans la journée du 5. Ce village a été pris; mais il ne l'a été que le 6, à midi, par le corps du maréchal Oudinot.
»Le corps du prince de Ponte-Corvo n'est pas resté immobile comme l'airain. Il a battu le premier en retraite. S. M. a été obligée de le faire couvrir par le corps du vice-roi, par les divisions Broussier et Lamarque commandées par le maréchal Macdonald, par la division de grosse cavalerie aux ordres du général Nansouty, et par une partie de la cavalerie de la garde. C'est à ce maréchal et à ces troupes qu'est dû l'éloge que le prince de Ponte-Corvo s'attribue.
»S. M. désire que ce témoignage de son mécontentement serve d'exemple pour qu'aucun maréchal ne s'attribue la gloire qui appartient aux autres. S. M., cependant, ordonne que le présent ordre du jour, qui pourrait affliger l'armée saxonne, quoique les soldats sachent bien qu'ils ne méritent pas les éloges qu'on leur donne, restera secret et sera seulement envoyé aux maréchaux commandant les corps d'armée et au ministre secrétaire d'État.»
Au major général.
«Schœnbrunn, le 5 août 1809.
»Vous trouverez ci-joint un ordre du jour que vous enverrez aux maréchaux, en leur faisant connaître que c'est pour eux seuls. Vous ne l'enverrez pas au général Reynier. Vous l'enverrez aux deux ministres de la guerre. Vous l'enverrez également au roi de Westphalie,
»Napoléon.»
Au ministre de la guerre.
«Schœnbrunn, le 29 juillet 1809.
»Si vous avez occasion de voir le prince de Ponte-Corvo, témoignez-lui mon mécontentement du ridicule ordre du jour qu'il a fait imprimer dans tous les journaux, d'autant plus déplacé qu'il m'a porté pendant toute la journée des plaintes sur les Saxons. Cet ordre du jour contient d'ailleurs des faussetés. C'est le général Oudinot qui a pris Wagram le 6 à midi. Le prince de Ponte-Corvo n'a donc pas pu le prendre. Il n'est pas plus vrai que les Saxons aient enfoncé le centre de l'ennemi le 5; ils n'ont pas tiré un coup de fusil. En général, je suis bien aise que vous sachiez que le prince de Ponte-Corvo n'a pas toujours bien fait dans cette campagne........ La vérité est que cette colonne de granit a constamment été en déroute.
»Napoléon.»