V

LA DEUXIÈME BATAILLE

L’an du monde 22649, le onzième jour de la huitième lune. Ce jour a été livrée la seconde bataille contre les Xipéhuz, et les chefs m’ont remis le commandement suprême. Alors, j’ai divisé les peuples en trois armées. Un peu avant l’aurore, j’ai lancé quarante mille guerriers contre Kzour, armés selon le système des barrières. Cette attaque a été moins confuse que celle du septième jour. Les tribus sont entrées lentement dans la forêt, par petites troupes disposées en bon ordre, et la rencontre a commencé. Elle a été tout à l’avantage des hommes pendant la première heure, les Xipéhuz ayant été complètement déroutés par la tactique nouvelle; plus de cent des Formes ont péri, à peine vengées par la mort d’une dizaine de guerriers. Mais, la surprise passée, les Xipéhuz ont commencé de vouloir brûler les barrières. Ils ont pu, en quelques circonstances, y réussir. Une manœuvre plus dangereuse fut celle adoptée par eux vers la quatrième heure du jour: profitant de leur vélocité, des groupes de Xipéhuz, serrés les uns contre les autres, arrivaient sur les barrières, réussissaient à les renverser. Il périt de celle façon un très grand nombre d’hommes, si bien que, l’ennemi reprenant l’avantage, une partie de notre armée se désespéra.

Vers la cinquième heure, les tribus Zahelales de Khemar, de Djoh et une partie des Xisoastres et des Sahrs commencèrent la déroute. Voulant éviter une catastrophe, je dépêchai des courriers protégés par de fortes barrières pour annoncer du renfort. En même temps, je disposai la seconde armée pour l’attaque; mais, auparavant, je donnai des instructions nouvelles: c’est que les barrières devaient se maintenir par groupes aussi denses que le permettait la circulation en forêt, et se disposer en carrés compactes des qu’approchait une troupe un peu imposante de Xipéhuz, sans pour cela abandonner l’offensive.

Cela dit, je donnai le signal; en peu de temps, j’eus le bonheur de voir que la victoire revenait aux peuples coalisés. Enfin, vers le milieu du jour, un dénombrement approximatif, portant le nombre des pertes de notre armée à deux mille hommes et celles des Xipéhuz à trois cents, fit voir d’une façon décisive les progrès accomplis, et remplit toutes les âmes de confiance pour le triomphe définitif.

Toutefois, la proportion varia légèrement à notre désavantage vers la quatorzième heure, les Peuples perdant alors quatre mille individus et les Xipéhuz cinq cents. C’est alors que je lançai le troisième corps: la bataille atteignit sa plus grande intensité, l’enthousiasme des guerriers grandissant de minute en minute, jusqu’à l’heure où le soleil fut prêt à tomber dans l’Occident. Vers ce moment, les Xipéhuz reprirent l’offensive au nord de Kzour; un recul des Dzoums et des Pjarvanns me fit concevoir de l’inquiétude. Jugeant, en outre, que la nuit serait plus favorable à l’ennemi qu’aux nôtres, je fis sonner la fin de la bataille. Le retour des troupes se fit avec calme, victorieusement; une grande partie de la nuit se passa à célébrer nos succès. Ils étaient considérables: huit cents Xipéhuz avaient succombé, leur sphère d’action était réduite aux deux tiers de Kzour. Il est vrai que nous avions laissé sept mille des nôtres dans la forêt; mais ces pertes étaient bien inférieures, proportionnellement au résultat, à celles de la première bataille. Aussi, rempli d’espoir, osai-je alors concevoir le plan d’une attaque plus décisive contre les deux mille six cents Xipéhuz encore existants.