VII

A TRAVERS LES RUINES

Fernande ferma les yeux en entendant l'horrible phrase de la jeune femme, et, poussant un faible cri, elle perdit de nouveau connaissance. La Pâlotte la regarda quelques instants avec un mépris indicible.

—Et voilà celle qu'il aimait! pensa-t-elle; voilà la faible enfant à qui il allait donner son nom, si la mort ne s'était pas mise entre eux deux!

Fernande revint à elle. Le visage de Jacqueline avait repris son calme.

—Vous l'aimiez aussi, murmura la jeune fille, et vous souffriez… je vous pardonne.

Elle se leva péniblement.

—Venez, dit-elle.

—Où voulez-vous aller?

—Vous l'avez dit vous-même. Nous ne pouvons pas laisser son corps sans une sépulture chrétienne.

—Quoi! au milieu de la nuit!…

—J'irai seule, alors.

—Non, reprit la Pâlotte. D'ailleurs, vous ne pourriez rien sans moi.
Vous êtes trop faible.

Fernande ne répondit rien. Elle sortit de la chaumière et marcha droit au campement des chouans. On la connaissait. La touchante histoire d'amour de ces deux êtres avait ému ces cœurs doux comme le sont tous les cœurs braves.

—Je voudrais une charrette et un cheval, dit-elle à l'un d'eux.

Cela ne prit que vingt minutes. Dans la charrette on mit des pelles et des pioches. Puis les deux femmes s'enveloppèrent dans leurs châles et l'on partit.

C'était un paysan de Vieillevigne qui les conduisait. Il savait que le but de ce voyage était le château de la Pénissière, et le cheval courait poussé par de vigoureux coups de fouet.

Elles firent le trajet sans échanger une seule parole, sans prononcer un seul mot.

Le vent léger de la nuit soulevait par moment le voile qui couvrait le visage de Fernande et Jacqueline le voyait inondé de larmes.

—Elle pleure, pensa-t-elle; moi, je le vengerai!

Pauvre Fernande! Cette nuit lui rappelait celle où, libres désormais, ils se fiançaient sous le regard de Dieu. La même lune étincelait dans le même ciel, les mêmes étoiles brillaient et, pourtant, comme la joie ardente avait rapidement fait place au désespoir sans bornes!

Il était perdu pour elle, en cette vie du moins, car elle sentait bien que, dans l'autre monde, Dieu les unirait pour toujours.

… La charrette courait. Deux heures après leur départ de Rassé, ils atteignirent la route qu'Aubin Ploguen et Lenneguy avaient franchie en courant. Hélas! où étaient-ils tous les deux? Morts aussi! L'héroïsme côtoie incessamment des tombes.

A quelque distance du château de la Pénissière, Jacqueline et Fernande furent averties de l'approche du lieu fatal par la réverbération des flammes. L'incendie n'était pas éteint. Le château brûlait toujours. Oh! quel spectacle, quand elles se trouvèrent en face de ce tombeau grandiose où reposaient les huit chouans!

Des murailles calcinées, des poutres à demi brûlées, des pierres presque tordues sous la puissante destruction de l'incendie. Une colonne de fumée montait vers le ciel, image de ces âmes héroïques qui y étaient montées, le sacrifice accompli.

Il n'y avait plus rien, là, d'une maison. Un amoncellement informe de matières brutes et noirâtres. Une seule chose était restée la même: les traces du sang versé qui couraient sur la terre durcie.

Fernande se mit à genoux et pria.

—Dieu a donné, Dieu a repris; que Dieu soit béni! murmura-t-elle.

—Elle se résigne, moi je hais, pensa Jacqueline, et ma haine sera plus forte que sa résignation.

Fernande se releva et prit une pioche. Le paysan et la Pâlotte l'imitèrent. Alors elle s'avança au milieu des décombres, sans se demander si elle s'exposait, si une poutre ne l'écraserait pas. Elle leva son outil et se mit à creuser.

Dieu a fait sa créature d'un limon étrange. La volonté, qui renverse le fort, sait donner aussi cette force à celui qui est faible. Fernande semblait ne connaître ni la fatigue, ni l'épuisement; elle frappait au milieu de ces pierres avec l'énergie d'un homme vigoureux.

Et l'on eût dit que ses frêles mains auraient à peine pu soulever la pioche lourde dont elle se servait. Cela dura ainsi pendant une demi-heure: le paysan et Jacqueline furent fatigués avant elle.

Un voyageur attardé n'aurait rien compris à ce tableau. Par cette nuit d'été, dans ce cadre merveilleux de poésie de la plaine bretonne, deux femmes et un paysan, perdus au milieu de ces ruines et creusant un chemin à travers les pierres encore chaudes du manoir écroulé.

Fernande était pâle; mais elle semblait ne pas connaître la fatigue. De demi-heure en demi-heure, elle se reposait; elle s'asseyait sur les pierres, regardait fixement devant elle. Dans son immobilité douloureuse, elle semblait être alors comme la fée de ces ruines. Un rayon de lune prêtait à ce décor du château incendié quelque chose de ce théâtral aspect du reste des monuments romains dressant leurs bras décharnés, vieux de quinze siècles.

Quand les pierres, les poutres, et les débris déblayés encombraient, le paysan les charriait dans sa voiture et allait les transporter plus loin.

Puis le travail reprenait. Trois heures s'écoulèrent ainsi. Le soleil s'était levé, lentement, majestueusement.

A sept heures du matin, le paysan tournant son chapeau entre les doigts, d'un air très intimidé, dit à Fernande qu'il avait faim.

—Allez, mon ami, répondit-elle, nous vous attendrons.

—Oh! ce n'est pas tout, mademoiselle; il y a une ferme, près d'ici, à un quart de lieue. Ce sont de braves gens: ils me donneront bien une écuellée de soupe et un pichet de cidre.

—Allez, vous dis-je.

Elles restèrent seules toutes les deux. Ni l'une ni l'autre ne connaissait la faim: la douleur nourrit. Que la jalousie de Jacqueline souffrît ou que ce fût l'amour désespéré de Fernande, ce n'en était pas moins la douleur humaine dans ce qu'elle a de plus profond et de plus inconsolable.

Elles attendirent le retour du paysan, leur guide, assises à côté l'une de l'autre, et toujours sans s'adresser la parole. La mort qui se dressait si près d'elles ne suffisait pas à tuer ce qui les séparait. Jacqueline se disait que Fernande avait été la mieux aimée, celle à qui Jean-Nu-Pieds avait voué sa vie; et cela seul suffisait à la faire haïr. Et pourtant comme il était loin ce bonheur de la jeune fille, comme tout était bien fini!

Le paysan revint, et les travaux recommencèrent. Le trou creusé avait environ deux mètres de profondeur sur trois de large, et c'étaient deux femmes aidées d'un seul homme qui obtenaient un pareil résultat! Il est vrai que la terre et les pierres, amollies pour ainsi dire par le feu, étaient devenues friables. La pioche enfonçait aisément, ainsi que dans un terrain détrempé par de fortes pluies.

Les mains de Fernande portaient les fières cicatrices de ce labeur sacré. Pauvres petites mains! Le fer de la pioche avait éraflé au vif la peau délicate de la jeune fille. Fernande enveloppa sa main de son mouchoir et ne s'arrêta pas. Elle ne sentait rien, ni fatigue, ni faim, ni soif. La fièvre soutenait le corps, de même que la douleur et la résignation soutenaient l'âme.

La matinée entière s'écoula ainsi. Le trou creusé s'agrandissait en largeur et en profondeur. Mais il arrivait parfois qu'un écoulement se produisait, et alors c'était à recommencer.

Vers midi, le paysan demanda de nouveau à aller se restaurer. Les deux femmes prirent un moment de repos. A une heure, le travail reprit. A cinq heures du soir, il y avait douze heures qu'elles étaient là. Jacqueline sentit les premiers appels de la faim. Elle accompagna le paysan à la ferme, laissant seule Fernande.

La jeune fille chancelait. La faim n'avait aucune prise sur elle, mais sa force factice était à bout. Elle se laissa tomber au milieu des ruines, et, sur cette dure couche, elle s'endormit d'un pesant sommeil, plus fatigant peut-être que la veille et l'attente.

C'est Shakespeare qui à trouvé le dernier mot de l'angoisse humaine, quand il fait dire à Hamlet la phrase désespérée où le doute combat la croyance:

To die;—to sleep;— To sleep!—per chance to dream!

(—Mourir!—Dormir!—Dormir! Rêver peut-être!)

Pauvre Fernande! Ce n'était pas le rêve de la mort qu'elle craignait, comme Hamlet. Non, c'était le rêve de la vie, alors que l'âme, dégagée du corps par le sommeil, plane, légère et immaculée, au-dessus des misères et des souffrances de ce monde.

Que lui importait de mourir! La mort, au contraire, elle l'appelait à grands cris, elle suppliait tout bas Dieu de la prendre en pitié et de la rappeler à lui…

Pauvre Fernande! le rêve de la tombe ne l'effrayait point, car elle sentait au delà l'éternité de bonheur promise. Mais s'endormir le cœur brisé, s'endormir sur le sépulcre même qui couvrait le corps de son bien-aimé, et sur ce lit nuptial oublier dans le sommeil qu'il était mort, penser à lui, le voir souriant et beau, dans toute la fierté de sa jeunesse, dans toute la noblesse de son amour; voilà le rêve qui l'épouvantait, car il lui paraissait un sacrilège.

… To die; to sleep;—
To sleep! per chance to dream!…

Était-ce un rêve?

Il lui semblait qu'une voix déchirante qui appelait au secours sortait du fond des entrailles de la terre, et que cette voix était celle de Jean…

Le paysan et Jacqueline revinrent. La jeune fille n'osa point leur parler du cri qu'elle croyait avoir entendu. Elle le prenait pour un effet du délire constant auquel elle était en proie. Son cœur avait été assailli de trop de coups successifs pour rester ouvert à l'espérance. Son espérance était bien morte!

Tout à coup, le même gémissement qui avait frappé l'oreille de Fernande se renouvela. Les trois êtres humains penchés sur les ruines demeurèrent muets de stupeur… Les deux femmes se regardèrent secouées de pensées diverses. Quoi! Jean-Nu-Pieds vivrait!… L'une et l'autre n'osaient s'avouer ce qu'elles pensaient. Mais si Fernande avait pu comprendre le regard haineux que lui jeta la Pâlotte, elle aurait frémi.

—Il n'y a pas à hésiter, dit le paysan, nous n'aurions fini notre besogne qu'à la nuit avancée; mais maintenant un retard peut tuer ceux qui survivent.

—Que voulez-vous faire?

—Aller à la ferme.

—Quoi! vous?…

—Mam'zelle, je sais ce que je dis. C'est sérieux, je vous le jure.

—Parlez vite!…

—Quand je serai retourné à la ferme, je dirai aux compagnons de venir, et, à nous tous, nous aurons vite creusé un trou assez grand.

—Partez vite! reprit Fernande.

Le paysan s'élança en courant et disparut derrière un monticule de la lande.

Restées seules, les deux jeunes femmes ne voulurent pas se reposer. L'amour emporté de l'une avait autant de vaillance que l'amour chaste de l'autre.

Au bout d'une demi-heure, les ouvriers de la ferme parurent. Ils portaient des pelles et des pioches sur leurs épaules. C'étaient des fidèles: quel était le paysan qui ne fût pas royaliste en Bretagne?

Ceux qui n'étaient pas de corps avec les Vendéens étaient avec eux de pensée. Les gars eurent bientôt mis habit bas. Jacqueline et Fernande furent chargées de veiller sur la route. Quand ils n'étaient que trois, leur travail ne courait aucun risque d'être interrompu.

Mais, maintenant qu'ils étaient une dizaine, des soldats pouvaient passer, et se demander ce que faisait là ce rassemblement à une pareille heure?

La besogne fut vivement attaquée. A mesure que les gars creusaient, on entendait se reproduire plus perçant le cri d'appel qui avait déjà frappé l'oreille de Fernande.

De temps en temps, la jeune fille ou Jacqueline venait en courant pour voir si l'espérance soudaine que Dieu leur envoyait se réalisait.

Tout à coup, sous un amoncellement de moellons, on découvrit le souterrain dans lequel les héros étaient ensevelis.

Il faudrait une heure, peut-être, pour le percer, attendu que plus on enfonçait, plus les pierres et la terre étaient brûlantes. Les travailleurs pouvaient craindre à chaque instant qu'un des leurs fût blessé.

Ils avançaient.

La charrette portait à dix ou quinze mètres plus loin les détritus calcinés qu'on sortait du trou.

La voix gémissait et parlait toujours.

—Tenez, écoutez, mam'zelle, dit le paysan, pendant qu'elle était venue, anxieuse, se joindre un moment à eux.

Fernande écouta…

Oh! qui pourrait peindre l'expression déchirante de son visage, pendant qu'elle restait là, l'oreille tendue, sachant bien que sa destinée entière était dans ce qu'elle allait entendre!

Le son venait à elle, léger, et comme affaibli par la distance et la terre qui l'étouffait à moitié. La jeune fille se coucha à terre, malgré le paysan qui craignait que ce sol enflammé l'aveuglât.

Elle entendit nettement ces mots:

—Vite… vite… nous mourons!

Une double idée frappa tous ces hommes. Évidemment les chouans savaient qu'on venait à leur secours, puisqu'ils disaient:

—Vite!… vite!…

Mais la voix ajoutait:

—Nous mourons!

Arriverait-on à temps?

Le labeur recommença, continué avec une violente énergie. Fernande souffrait mille morts. Quand elle avait reçu la fatale nouvelle, quand Son Altesse madame la duchesse de Berry avait daigné apporter à la pauvre enfant, non une consolation, mais un appui, oh! certes alors un violent désespoir l'avait torturée! Mais depuis que la pensée folle lui était venue que son bien-aimé pourrait vivre, elle croyait que, perdre cette espérance, ce serait le perdre, lui, une seconde fois.

C'était solennel à voir ces hommes creusant le sol avec acharnement, cette jeune fille pâle comme la statue de marbre d'une tombe, qui les contemplait de ses yeux égarés; et à quelques pas, cette autre femme qui sondait l'horizon, pour voir si les soldats ne viendraient pas rendre à la mort leurs ennemis que l'on voulait lui arracher.

L'appel des chouans se faisait entendre plus rare et plus faible toujours.

—Vite!… vite! disait Fernande, répétant les paroles qu'elle avait entendues.

La nuit était tombée, un peu claire. L'oiseau chantait à dix mètres de ce tombeau et de ces hommes qui le forçaient de rendre sa proie, l'oiseau, ce doux ignorant des carnages humains et des souffrances terrestres.

Fernande s'agenouilla, tordant ses mains:

—O mon Dieu! murmura-t-elle, ô mon Dieu! vous les sauverez… Vous ne pouvez pas nous avoir mis au cœur une pareille joie pour l'en arracher!… Ayez pitié d'eux, ayez pitié de nous… Songez que ceux qui sont couchés là-dessous étaient des meilleurs parmi vos enfants… Songez qu'en leur rendant la vie vous la rendrez à des filles, à des sœurs, à des mères… à des fiancées, qui pleurent à présent, mais qui seraient les plus heureuses de vos créatures!

Fernande avait parlé à voix haute. Pour ces paysans de Bretagne, la prière est un soutien et une force. Le trou se creusait; mais il devenait de plus en plus difficile et dangereux. Cependant rien ne faisait prévoir que les paysans seraient troublés dans leur sainte besogne. Jacqueline restait immobile sur la route, interrogeant l'horizon.

—Vite!… vite!… râla cette voix humaine qui gémissait.

La jeune fille laissa tomber sa tête dans ses mains. Son angoisse effrayante augmentait.

Quoi! on n'arriverait peut-être pas à temps; on pourrait ne pas les sauver!… C'était impossible! Dieu ne le permettrait pas.

La voix d'appel se faisait entendre de plus en plus éteinte; et cependant le trou creusé augmentait toujours. Une heure! le paysan avait dit: une heure! Mais avant une heure, ils seraient morts, étouffés; est-ce que depuis la veille au matin ils ne souffraient point dans ce tombeau creusé par leur vaillance et leur dévouement? Non, il ne faudrait pas une heure! Ils allaient être délivrés, rendus à la vie, quand Jacqueline accourut, pâle et anxieuse.

—Qu'y a-t-il? demanda l'un d'eux.

—Les soldats!

La Pâlotte étendit la main vers Clisson.

Ces deux mots tombèrent sur ces têtes comme un poids terrible.

—Les soldats! répéta-t-elle.

—Où?

—Tenez!

Un paysan se détacha et alla regarder dans la direction qu'indiquait la jeune femme.

Il revint, affolé:

—Oui, les soldats, ils approchent…

Un des gars jeta un coup d'œil sur leur petite troupe.

Ils étaient dix..

—Sont-ils nombreux? demanda-t-il.

Sa voix était rauque et sa main se crispait sur le manche de sa pioche.
On sentait qu'il aurait voulu pouvoir les combattre.

—Ils sont trente!

—Trente!

Il y eut un silence.

—Dans combien de temps seront-ils ici?

—Dans un quart d'heure.

—Travaillons un quart d'heure, nous verrons ce qu'il faudra faire après.

Ils creusèrent environ un mètre avant que les soldats apparussent en vue.

—Cachons-nous! dit Fernande.

Ces ruines dressaient leurs murailles démantelées. Chacun d'eux se plaça derrière, et un silence profond régna. Ce silence ne fut troublé que par la voix d'appel qui disait:

—C'est fini… c'est fini… nous mourons.

Fernande faillit jeter un cri qui les aurait livrés, quand elle entendit ces mots. Quoi! ils seraient perdus les héros qu'on pouvait sauver, ils seraient perdus parce que des soldats auraient passé sur la route…

La vie humaine se compose d'émouvantes et terribles situations. Les hommes qui étaient ensevelis dans ce sépulcre n'étaient plus séparés de la vie, de l'air, que par un étroit obstacle, et cet obstacle on ne pouvait le renverser.

Cependant les soldats marchaient sur la route parallèlement aux ruines. Ainsi que l'avait dit le paysan, ils étaient trente. A les voir insouciants et gais, on devinait aussitôt qu'ils ne se doutaient pas qu'un terrible drame se jouait si près d'eux.

L'affaire du château de la Pénissière était devenue fameuse en quarante-huit heures. Les trente soldats et le lieutenant qui les commandait s'arrêtèrent pour regarder la place où s'était livré ce fameux combat…

—Alors ils sont enterrés là dedans, dit l'un?

—Oui, reprit un autre.

—Ils doivent avoir chaud!

—Pauvres gens! murmura un sergent en mâchant sa moustache grise.

Les soldats étaient impressionnés malgré eux.

Les gars breton, eux, frémissaient. Chaque instant passé pouvait tuer les Vendéens. La phrase du soldat:

«—Ils doivent avoir chaud!» prenait pour eux une épouvantable signification. Et si l'officier ou l'un de ses hommes entendait l'appel déchirant poussé par la voix!

Hélas! ce n'était même plus un appel. C'était un gémissement sourd et profond, un râle effrayant qui perçait la terre, comme la parole d'un mort!

L'officier s'était approché des ruines, examinant curieusement… Il crut entendre un gémissement, lui aussi.

—Halte! cria-t-il.

Les soldats écoutèrent.

—Écoutez-donc, les enfants, dit-il? Est-ce que vous n'entendez rien?…