SCÈNE VII
Les Mêmes, MONTJOIE, CLAUDE MORISSEAU.
CLAUDE.
J'allais travailler en forêt, lorsque j'ai rencontré M. de Montjoie qui venait vous faire visite, je suis entré avec lui. (A Godefroy.) A propos, j'irai demain à votre ferme de Cos. Oui, vous avez là une très belle basse-cour: elle m'inspire, je veux écrire une symphonie d'après les vrais principes de notre école symboliste, car la musique sera symboliste ou elle ne sera pas.
MONTJOIE.
Moi je viens vous faire mes adieux.
GODEFROY.
Vous partez?
MONTJOIE.
Demain ou après-demain au plus tard.
BONCHAMP.
Est-ce que votre absence se prolongera?
MONTJOIE.
Je ne sais au juste. Peut-être mon goût de voyage me reprendra-t-il. Quand on est seul dans la vie, comme moi, peu importe qu'on soit ici ou là, à droite ou à gauche.
CLAUDE.
Décidément, depuis hier vous êtes sous une influence de tristesse.
MONTJOIE.
Moi?
Oh! je m'en suis bien aperçu quand nous sommes revenus ensemble. Est-ce la vue de madame Dubois qui a réveillé les souvenirs de votre passion d'autrefois?
MONTJOIE.
Monsieur Morisseau!
BONCHAMP.
Hein?
CLAUDE.
Je ne commets pas d'indiscrétion, que je sache? Imaginez-vous que la tante du capitaine Daniel ressemble à s'y méprendre à Coralie, cette femme que notre ami M. de Montjoie a tant aimée.
GODEFROY.
Vraiment?
BONCHAMP, se rapprochant.
Ah!
MONTJOIE.
Monsieur Morisseau...
CLAUDE.
Vous ne nierez pas que cette ressemblance vous ait frappé. Moi je l'ai trouvée sans hésiter. Le coup d'œil de l'artiste! (A Bonchamp.) C'est vraiment extraordinaire. Les mêmes yeux profonds et étranges, le même nez, la même bouche. Une seule différence: Coralie était blonde, et madame Dubois est brune. (A Montjoie.) Vous ne direz pas le contraire.
MONTJOIE.
Non pas, mais ce sont des souvenirs pour le moins inutiles à évoquer.
BONCHAMP, avec intention.
Vous les évoquiez vous-même hier encore. Mais, j'y pense, vous avez causé longuement avec madame Dubois. Vous avez un ami commun, paraît-il?
MONTJOIE.
En effet, et nous nous sommes trouvés tout de suite en pays de connaissance.
BONCHAMP, bas, à Godefroy.
Emmène cet imbécile de Morisseau, et laisse-moi seul avec M. de Montjoie.
GODEFROY.
Mais...
BONCHAMP.
Fais ce que je te dis.
GODEFROY.
Enfin... (A Claude.) Vous allez en forêt? Je vais faire un tour avec vous.
CLAUDE.
Tiens!... c'est une idée! (A Montjoie.) Je vous reverrai avant votre départ?
MONTJOIE.
Je sors avec vous.
GODEFROY, vivement.
Mais non, attendez donc un peu. Ma fille et ma sœur ne tarderont pas à revenir. Elles seront charmées de vous voir. A tout à l'heure!
Il sort avec Claude.