SCÈNE XII

Les Mêmes, LYDIE.

LYDIE, à Césarine.

Bonjour, ma chère demoiselle.

CÉSARINE.

Vous êtes jolie comme un cœur.

GODEFROY.

Vous savez que nous vous gardons à dîner.

LYDIE.

Ce soir?... Mais...

GODEFROY.

Pas de mais. C'est une fête de famille. Édith est fiancée d'aujourd'hui.

LYDIE.

Avec le capitaine, n'est-ce pas?

CÉSARINE.

Vous voyez, ma chère belle, qu'il n'y a pas moyen de refuser. Otez ce chapeau. Qu'y a-t-il de nouveau à Montauban?

Lydie arrange ses cheveux devant la glace sans rien dire.

BONCHAMP, à part.

Elle ne dit rien? (A Lydie.) Est-ce que vous êtes malade, chère madame?

LYDIE.

Non. Pourquoi?

BONCHAMP.

On vous interroge sur les nouvelles, vous avez fait quatorze visites et vous gardez le silence.

LYDIE.

Non pas, monsieur mon ennemi.

BONCHAMP.

Aussi cela m'étonnait.

LYDIE.

J'ai une grosse nouvelle, au contraire: l'arrivée de madame Dubois, la tante du capitaine. Elle est venue par l'express de Périgueux; elle avait deux colis; elle a pris l'omnibus à la gare; elle a donné quarante-cinq sous de pourboire au conducteur; c'est une très jolie femme, et une toilette! Figurez-vous la toilette des riches fermières d'Auvergne. (A Césarine.) La robe courte, en étoffe ancienne couleur marron; à la taille un tablier noir, en soie épaisse et lourde; dans le corsage un fichu de crêpe de Chine rouge, et au cou un collier d'or ravissant. Voilà! Elle dîne avec nous?

GODEFROY.

Oui.

BONCHAMP.

Savez-vous si... elle aura faim?

UN DOMESTIQUE, annonçant.

Madame Dubois!