LE PROBLÈME POLITIQUE AU LENDEMAIN DE VARENNES
La fuite du roi avait en fait suspendu la Constitution. Son retour augmenta les difficultés. Un roi parjure, qui avait solennellement répudié ses serments, qui était allé solliciter l'aide de l'étranger pouvait-il être rétabli en fonctions? Et d'autre part, si on le déposait, par qui, par quoi le remplacerait-on?
Un député du côté gauche, Thomas Lindet, dès le 22 juin, définit ainsi le problème politique qui se posait devant l'Assemblée et devant la France:
Louis XVI remontera-t-il sur le trône d'où il est descendu?
Aura-t-il un successeur?
Quel rôle pourrait jouer Louis-Philippe? [Note: Philippe d'Orléans, premier prince du sang, le futur Philippe-Égalité.]
La France ne sera-t-elle pas une République?
Quand partirons-nous? [Note: Quand la Constituante se séparera-t-elle? Un de ses premiers actes fut de suspendre les élections déjà commencées pour la nomination de la Législative.]
Comment nous en tirerons-nous? [Note: Thomas Lindet à Robert Lindet, 22 juin 1791.]
Le même député montrait un peu plus tard toutes les difficultés qu'offrait chacune des solutions possibles et critiquait âprement celle qui fut finalement adoptée: le rétablissement de Louis XVI.
Nous sommes dans une position fâcheuse. La très petite minorité [de l'Assemblée] pense que le contrat social est rompu par le parjure; la petite minorité ne peut gagner l'organisation provisoire d'un conseil exécutif; tout ce qui a l'air d'approcher de cette idée met en rage ceux qui veulent une idole.
On veut un roi; il faut prendre un imbécile, un automate, un fourbe, un parjure, que le peuple méprisera, qu'on insultera, qui conspirera, et contre lequel il est à craindre qu'on ne se porte à des violences, au nom duquel on entreprendra chaque jour de nouvelles tentatives, sous le nom duquel des fripons régneront; ou bien il faut subir une minorité de 12 ans, [Note: Le dauphin avait six ans. Sa majorité était fixée à 18 ans.]— querelles pour la régence, avoir un roi détrôné, trois contendants à la régence, [Note: Ces trois prétendants étaient le duc d'Orléans et les deux frères du roi, Artois et Provence.] aucun n'ayant, ni la capacité ni l'opinion publique,—ou bien il faut laisser le roi en curatelle perpétuelle, lui donner un conseil électif. Ce mot fait peur, je ne sais pas comment se tirera l'Assemblée d'un aussi mauvais pas, qui compromet le sort de la France pour longtemps. Les trois entrées du roi dans Paris [Note: Ces trois entrées étaient celles du 17 juillet 1789, du 6 octobre 1789 et du 25 juin 1791.] sont des leçons perdues; il ne les comprend pas. Il croit que ce sont des triomphes; il se plaint de ce que l'on a empêché l'affection du peuple d'éclater et de lui donner des témoignages d'allégresse.
Qu'espère-t-on d'un chef aussi avili? Il est difficile de se promettre la paix et le calme d'ici à longtemps. [Note: Thomas Lindet à Robert Lindet, 14 juillet 1791.]