IV
LE REJET DE LA CONVENTION
L'attitude finale de la Russie dément l'explication généralement donnée de ses lenteurs premières. Il a été écrit et répété jusqu'ici, d'après des témoignages incomplets, que l'empereur Alexandre, sans se refuser en principe au mariage, avait voulu seulement en composer le prix d'un grand avantage politique. En suspendant sa réponse, en se faisant prier, il n'eût eu d'autre but que de peser sur la détermination de son allié et d'obtenir sans retard, en échange de la grande-duchesse, la ratification de l'acte conclu contre la Pologne. Le Tsar se fût exécuté de bonne grâce, si la France l'avait contenté, et il eût, en fin de compte, fait dépendre sa propre décision de celle qui serait prise à Paris [380]. Ses dernières conversations avec Caulaincourt, tenues à une époque où il était matériellement impossible de savoir si la convention avait été ou non ratifiée, ne laissent plus de place à cette hypothèse. Si l'empereur Alexandre avait lié les deux questions, celle de la Pologne et celle du mariage, il aurait attendu que Napoléon eût statué sur la première pour trancher lui-même la seconde; sans satisfaire immédiatement nos espérances, il les eût entretenues jusqu'au bout et ne les eût pas à la fin découragées; il eût prolongé, ralenti la négociation, mais ne l'eût pas rompue. En réalité, offensé et alarmé des avantages conférés au duché de Varsovie, il se croyait droit dans tous les cas à une sûreté qui serait en même temps une réparation; entre l'engagement exigé de lui et celui auquel il prétendait, il n'admettait nullement la connexion intime, le caractère compensatoire que Napoléon avait voulu certainement établir.
[Note 380: ][ (retour) ] Thiers, XI, 359-361, 374. Helfert, 86.
Ce qu'il est permis de supposer, sans se trop hasarder, c'est qu'Alexandre, en accueillant d'abord la demande avec cordialité et même avec effusion, en demandant toutefois le temps de décider sa mère, en flattant Caulaincourt d'un heureux succès à l'échéance de deux ou trois semaines, avait espéré que Napoléon, sur ces premières apparences, ratifierait le traité d'emblée et de confiance, sans tenir encore l'objet de ses vœux. À cette date du 4 février où le Tsar avait enfin déguisé un refus sous forme d'ajournement à deux ans, il était très possible que l'Empereur, entre les mains duquel la convention devait se trouver depuis plusieurs jours, eût déjà donné, expédié sa signature, et ne fût plus en pouvoir de la ressaisir. Si ce cas s'était produit, la Russie aurait recueilli et tiré à elle tout le bénéfice de la double négociation: ayant su se faire payer d'avance, elle eût atteint ce merveilleux résultat de recevoir sans donner, de surprendre la ratification sans livrer la grande-duchesse [381].
[Note 381: ][ (retour) ] L'éditeur russe des Mémoires de la comtesse Edling fait honneur au Tsar de cette tactique: «Pendant deux mois, dit-il, Alexandre a mené Napoléon par le nez», afin de lui faire «signer un traité excessivement avantageux à la Russie». Note de la page 193.
En admettant qu'Alexandre eût formé ce subtil calcul, il avait compté, cette fois encore, sans la pénétration de l'autre empereur. Nous avons vu que le premier mouvement de Napoléon, en recevant à la fois le texte de la convention et les premières paroles au sujet du mariage, paroles aimables, mais peu concluantes, avait été de réserver l'affaire corrélative et d'ajourner sa signature. Au reste, la teneur du traité, par elle-même, lui avait semblé difficilement conciliable avec sa dignité. Au premier coup d'œil jeté par lui sur les articles, cette phrase fatidique, se détachant en vedette: «La Pologne ne sera jamais rétablie», l'avait arrêté et cabré. Pourquoi cette formule sans précédent? Il s'interdira volontiers de porter atteinte à la sécurité d'Alexandre en favorisant le rétablissement de la Pologne; peut-on lui demander de garantir cette sécurité envers et contre tous, de prendre vis-à-vis des Russes le rôle d'une Providence active et tutélaire, occupée à écarter d'eux tous les risques de l'avenir? Et c'est à quoi l'obligerait pourtant le traité conclu. Il veut savoir si les instructions de Caulaincourt, qu'il n'a pas eu le temps de revoir lors de leur envoi précipité, autorisaient l'ambassadeur à aller aussi loin; il en fait rechercher la minute et demande à Champagny un rapport [382]. Dès à présent, il se sent sollicité à ne point ratifier. Cependant, il ne décide rien encore et attend, pour prendre un parti, que les dispositions de la Russie à propos du mariage se soient mieux accusées. Tandis qu'Alexandre s'efforce de dissocier les deux questions, Napoléon les laisse perpétuellement réagir l'une sur l'autre.
[Note 382: ][ (retour) ] Corresp., 16177. Le rapport figure aux archives des affaires étrangères, Russie, 1810.
Quand il eut compris, dix jours plus tard et sur le vu de nouvelles pièces, que la Russie se préparait à l'éconduire, quand il eut en conséquence brusqué le dénouement avec l'Autriche, son premier soin fut de revenir à l'autre affaire. Instantanément, dans la journée même du 6, malgré tant d'objets qui réclamaient son attention, il reprit l'examen du traité. Cette fois, il n'eut plus d'hésitation; il ne résista plus à s'insurger contre une formule abstraite et trop rigoureuse; il ne livrera pas le plus compromettant des gages à qui ne lui en accorde aucun; en face d'une Russie définitivement suspecte, il ne peut plus sacrifier totalement la Pologne, qui est sa sûreté contre elle. Il décide par suite de ne point ratifier l'acte tel que son plénipotentiaire le soumet à sa signature.
Toutefois, un rejet pur et simple serait chose bien grave; l'avis de cette mesure, tombant à Pétersbourg en même temps que la nouvelle du mariage autrichien, pourrait troubler profondément et effarer la Russie, lui faire croire à une totale déviation de système et la rejeter elle-même vers nos ennemis. Par une transaction de plus entre son orgueil mortifié et sa politique, qui continuait à vouloir l'alliance, Napoléon se réduisit à un moyen terme dont la première idée lui était venue dès la réception du traité [383].
[Note 383: ][ (retour) ] Rapport de Champagny.
Cette signature qui lui est demandée avec instance, il ne la refusera pas absolument; il la donnera, l'enverra à Pétersbourg, mais apposée sur un acte un peu différent du premier. En d'autres termes, à la convention qu'on lui propose et qu'il ne saurait accepter, il en substituera une autre, identique pour le fond, amendée dans la forme, et l'expédiera toute ratifiée. Grâce à ce procédé, la satisfaction de la Russie, dans ce qu'elle a de compatible avec l'honneur et l'intérêt français, ne souffrira aucun retard; ce que désire Alexandre, c'est de tenir le plus tôt possible un écrit en forme par lequel Napoléon s'engage, en ce qui le concerne, à ne point poursuivre la restauration de la Pologne. Le traité français contiendra très expressément cette assurance. Il suffira donc au Tsar de ratifier lui-même cet acte, revêtu par avance de la sanction impériale, pour que le contrat entre les deux souverains se complète sur-le-champ, pour qu'il devienne parfait et parachevé, pour que Napoléon se trouve lié et la Russie en repos. D'urgence, Napoléon demande à Champagny un autre projet, en indiquant avec force, dans une lettre détaillée, les raisons qui nécessitent une rédaction plus correcte.
«Monsieur le duc de Cadore, écrit-il, présentez-moi un projet de convention à substituer à celle du duc de Vicence. Faites-lui connaître que je ne puis approuver cette convention, parce qu'il n'y a pas de dignité et qu'il y a des choses auxquelles il n'était pas autorisé. Je ne puis pas dire que le royaume de Pologne ne sera jamais rétabli (art. Ier), car ce serait dire que si un jour les Lithuaniens, ou toute autre circonstance, allaient le rétablir, je serais obligé d'envoyer des troupes pour m'y opposer. Cela est donc contraire à ma dignité. Mon but est de tranquilliser la Russie, et, pour l'atteindre, il suffit d'un article rédigé dans les termes suivants: «L'empereur Napoléon s'engage à ne jamais donner aucun secours ni assistance à quelque puissance ou à quelque soulèvement intérieur que ce puisse être qui tendraient à rétablir le royaume de Pologne [384].»
[Note 384: ][ (retour) ] Corresp., 16178.
Les autres articles devront être remaniés dans le même sens. Partout où l'ambassadeur a promis notre intervention, le ministre devra se borner à stipuler notre abstention. Par exemple, l'article 2 du projet russe faisait un devoir aux parties contractantes de veiller à ce que les noms de Pologne et de Polonais ne fussent plus employés à l'avenir par personne. «Engagement ridicule et absurde [385]!» s'écrie l'Empereur. Va-t-il falloir qu'il prescrive à tous les gouvernements la périphrase à employer pour désigner la Pologne, qu'il leur impose un vocabulaire, qu'il parte en guerre contre un mot? Tout ce qu'il peut promettre, c'est de ne plus prononcer lui-même les expressions qui déplaisent: l'article incriminé devra faire place au suivant: «L'empereur Napoléon s'engage à ne jamais se servir, dans aucun acte public de quelque nature qu'il puisse être, des noms de Pologne et de Polonais, pour désigner des pays qui faisaient partie de l'ancienne Pologne.»
Puis, la dignité du roi de Saxe, au nom duquel Napoléon stipule, n'a pas été suffisamment ménagée. C'est ainsi que l'article 3 prononce brutalement la suppression des ordres polonais, rattachés à la couronne grand-ducale: cet arrêt irait jusqu'à interdire au roi Frédéric-Auguste le port des insignes dont il a pris l'habitude de se décorer. Il faut se borner à prononcer la suppression des ordres par voie d'extinction, à prohiber toute collation nouvelle. Enfin, il est juste d'établir dans les engagements respectifs une parfaite réciprocité et de ne pas permettre à la Russie plus qu'à la Saxe de s'étendre sur des territoires ayant appartenu au ci-devant royaume.
Le contre-projet, libellé d'après ces indications, fut expédié à Caulaincourt le 10 février. Il n'était pas parti depuis quarante-huit heures que Napoléon, continuant à réfléchir, sentait le besoin d'ajouter encore une restriction et s'apercevait d'une omission à réparer. S'il maintient dans la forme qu'il juge admissible la concession faite à la Russie, cette concession lui pèse davantage. Surtout, il n'admet point qu'elle puisse être exploitée contre lui à Varsovie, chez le peuple qui lui redevient plus utile à mesure que la Russie s'éloigne. Le 12, il fait envoyer à l'ambassadeur un post-scriptum, un avis complémentaire: il est bien entendu, n'est-ce pas? que le traité restera secret, qu'aucune des deux parties n'aura la faculté de le publier, et Caulaincourt ne devra livrer l'acte qu'à cette condition [386]. De cette manière, nul ne pourra prouver aux Varsoviens, pièces en main, que l'Empereur a fait marché d'eux et de leur avenir, détourner de lui leur fidélité et lui aliéner la Pologne. Cette arme qu'il aura peut-être à employer un jour contre une Russie hostile, il n'entend pas se la laisser d'avance briser entre les mains.
[Note 386: ][ (retour) ] Corresp., 16178. Cf. la lettre de Champagny à Caulaincourt du 12 février 1810.
Ces précautions ne l'empêchaient point de conserver scrupuleusement et à tout propos le langage de l'alliance. Il crut devoir au cabinet de Pétersbourg une explication directe sur les motifs qui l'avaient amené à modifier le traité. Le 12 février, Champagny écrivit de ce chef à Roumiantsof, et ce lui fut une occasion de revenir sur le mariage avec Marie-Louise, de réitérer avec plus de force ses précédentes déclarations, d'affirmer que l'Empereur restait inébranlablement fidèle à la Russie et n'épousait pas l'Autriche avec l'archiduchesse. Longuement, le ministre déduisait toutes les raisons de nature à assurer l'immutabilité de notre politique: «L'Empereur, disait-il, tient à l'empereur Alexandre par sentiment, par principe, par conviction des heureux effets de l'alliance pour toute l'Europe, et Sa Majesté a voulu que dans cette circonstance je vous fisse connaître d'une manière particulière ses intentions et ses vœux; ils n'ont qu'un objet, celui d'être toujours l'ami et l'allié de l'empereur Alexandre [387].»
[Note 387: ][ (retour) ] Archives des affaires étrangères, Russie, 150.
Malgré ce luxe de phrases et d'hyperboles, il était impossible que le mariage autrichien et le refus de ratifier, se succédant coup sur coup, ne jetassent point dans les rapports entre la France et la Russie une perturbation profonde. Par lui-même, chacun de ces événements était susceptible d'altérer l'harmonie, sans la détruire tout à fait. Ce qui fit leur irréparable gravité, ce fut leur coïncidence; se produisant simultanément, à quelques heures d'intervalle, ils firent masse, se doublèrent l'un par l'autre, et leur importance s'accrut de leur rapprochement.
Il en est des souverains comme des particuliers: entre eux, toute tentative pour s'unir par le sang, lorsqu'elle avorte, laisse après elle d'inévitables froissements et compromet l'union qu'elle devait cimenter. En vain échangent-ils des paroles de paix et de concorde, en vain rejettent-ils sur les circonstances tout le tort de l'insuccès. L'amertume a pénétré les cœurs, elle découvre ou imagine des griefs.
Dans le cas présent, ces griefs n'existaient que trop. On a vu combien le jeu fuyant d'Alexandre avait, dès le premier moment, piqué et indisposé l'Empereur; les dernières réponses de la Russie n'étaient pas pour atténuer en lui cette impression. En somme, il avait prié le Tsar de lui fournir une solution sous deux jours: Alexandre en avait demandé vingt et pris quarante, pour se dérober à la fin. Par cette conduite dépourvue incontestablement de netteté et de franchise, Napoléon se sentait confirmé dans son jugement sur le caractère d'Alexandre et obligé, plus que jamais, à se mettre en garde contre les pièges d'une politique déloyale. Par contre, si la Russie avait à s'imputer la responsabilité principale de l'insuccès, s'il n'eût tenu qu'à elle, après tout, de placer l'une de ses princesses sur le trône de France, la conduite de Napoléon à son égard n'était point demeurée correcte jusqu'au bout. Malgré ses dépêches explicatives et ses habiletés, nul ne pouvait échapper en Russie à la réflexion suivante: si, s'autorisant de la demande en bonne forme transmise par Caulaincourt, Alexandre eut insisté plus sérieusement ou plus vivement auprès de sa mère; si l'Impératrice, après quelques semaines d'hésitation, eût prononcé un consentement au lieu d'un refus, sa réponse n'en eût pas moins trouvé le mariage autrichien déjà conclu: dans quelle position fausse et pénible cet événement n'eût-il point placé la jeune princesse, sa famille, la cour impériale! En s'éloignant à l'improviste, sans prévenir, Napoléon n'avait-il pas manqué à de strictes convenances? Il se trouvait de la sorte que les deux monarques s'étaient mis respectivement dans leur tort; chacun se sentait en droit d'adresser des reproches justifiés, et l'humeur qui en résultait chez l'un comme chez l'autre allait aigrir tous leurs rapports, développer le germe de dissentiment que la politique avait introduit entre eux.
À coup sûr, nous ne saurions dire que le mariage manqué ait été la cause même de la rupture. Si Napoléon, deux ans et demi plus tard, poussa sur le chemin de Moscou l'Europe rassemblée sous sa main, ce ne fut point parce qu'une impératrice russe avait dédaigné de l'accepter pour gendre. La cause de rupture préexistait; nous l'avons de longue date reconnue dans la Pologne, signalée et définie maintes fois. Seulement, à l'époque où la négociation matrimoniale s'était ouverte, le conflit politique était en voie d'apaisement, puisque Napoléon se prêtait en principe et de bonne foi à un acte qu'Alexandre désignait comme l'objet unique et le terme de ses vœux. En admettant que l'Empereur eût repoussé dans tous les cas la forme insolite donnée par la Russie à cet acte, ses réserves eussent eu infiniment moins de gravité, si le lien de famille s'était noué en même temps. S'étant donné ce signe certain et solennel de bon vouloir, les souverains eussent continué à négocier dans un esprit d'entente, et peut-être la formule conciliatrice fût-elle venue spontanément sur leurs lèvres, au milieu des effusions qui auraient accompagné la célébration du mariage et signalé cette fête triomphale de l'alliance. Au contraire, l'éloignement manifesté en Russie pour le projet d'union rendra Napoléon plus net, plus persistant, plus brutal dans ses refus, lui fera accentuer plus impérieusement son opposition aux désirs d'une cour qui a négligé de le satisfaire. De plus, s'il ne songe pas encore à se lier politiquement avec l'Autriche, il se figure l'avoir désarmée et conquise; la jugeant à sa dévotion, prête à se donner quand il lui plaira de la requérir, il se sentira moins porté à ménager l'autre empire, plus disposé à risquer de suprêmes et colossales aventures. De son côté, apprenant à la fois le mariage autrichien et le rejet de la convention, la Russie va interpréter ces deux actes l'un par l'autre; cette cour imaginative, d'esprit ombrageux et inquiet, y verra une révolution de notre politique et la contre-partie de Tilsit; elle ne doutera plus que l'Empereur n'ait trouvé et placé son point d'appui en dehors d'elle, sur l'Autriche, et comme Napoléon ne s'est jamais allié que pour combattre, elle se jugera immédiatement menacée dans sa sécurité, dans son existence, et croira sentir sur sa poitrine l'épée française, dont la Pologne forme la pointe. Sa peur se tournant en témérité, elle prononcera plus âprement ses exigences, ses conditions, se cherchera en même temps des moyens de combat, et sera la première à donner le signal des menées et des préparatifs hostiles. Donc, si la substitution du mariage autrichien au mariage russe ne créa pas le différend, elle l'empêcha vraisemblablement de se résoudre à l'amiable, elle l'aggrava certainement, l'envenima, lui donna toute sa violence et toute son acuité. Les premiers jours de février 1810, étape culminante et funeste de la destinée napoléonienne, marquent la passe décisive de l'alliance; elle eût pu s'y resserrer et s'y refaire; elle en sortit moralement brisée: c'est le point de partage des versants, la limite séparative de deux périodes. Jusque-là, malgré les griefs fournis des deux parts et la défiance grandissante, Napoléon et Alexandre se sont donné pour but principal de marcher ensemble; même, dans les derniers temps, ils ont essayé d'une tentative remarquable pour rester alliés et redevenir amis. Cependant, cet effort de rapprochement ne persiste pas jusqu'au bout; à l'instant qui va décider de tout, une double défaillance se produit, chacun des deux monarques se refuse à admettre l'un des termes de l'accord sur lequel doit se rétablir leur union, et aussitôt commence l'évolution respective et divergente qui doit les éloigner à jamais et les rejeter dans des voies opposées. Lente d'abord, à peine sensible, cette évolution va s'accélérer peu à peu, se précipiter, obéissant à la pente fatale des événements et des passions, et finalement replacera les deux empereurs dans leur position première d'hostilité et de combat, loin du terrain de réunion où les avaient attirés naguère un élan réciproque et comme un pressentiment de l'avenir.