SCENE VIII

LE DUC DE GUISE, seul

(Il s'assied sur le sofa où la duchesse a oublié son mouchoir)

Par saint Henri de Lorraine! c'est un rude métier que celui que j'ai entrepris…Ces gens-là croient qu'on arrive au trône de France comme à un bénéfice de province. Le duc de Guise roi de France! c'est un beau rêve…Cela sera pourtant; mais, auparavant, que de rivaux à combattre! Le duc d'Anjou, d'abord;…c'est le moins à craindre; il est haï également du peuple et de la noblesse, et on le déclarerait facilement hérétique et inhabile à succéder…Mais, à son défaut l'Espagnol n'est-il pas là pour réclamer, à titre de beau-frère, l'héritage du Valois?…Le duc de Savoie, son oncle par alliance, voudra élever des prétentions. Un duc de Lorraine a épousé sa soeur…Peut-être y aurait-il un moyen: ce serait de faire passer la couronne de France sur la tête du vieux cardinal de Bourbon, et de le forcer à me reconnaître comme héritier…J'y songerai…Que de peines! de tourments!…pour qu'à la fin peut-être la balle d'un pistolet ou la lame d'un poignard…Ah! (Il laisse tomber sa main avec découragement; elle se pose sur le mouchoir oublié par la duchesse.) Qu'est cela?…Mille damnations! ce mouchoir appartient à la duchesse de Guise! voilà les armes réunies de Clèves et de Lorraine…Elle serait venue ici!…Saint-Mégrin!…O Mayenne! Mayenne! tu ne t'étais donc pas trompé! et lui…lui…(Appelant) Saint-Paul! (Son écuyer entre) Je vais…Saint-Paul! qu'on me cherche les mêmes hommes qui ont assassiné Dugast.