SUPPLÉMENT

A

Aboulement: accouchement.

(Merlin, La langue verte du troupier.)

(V. Revers.)

(Evénement, août 1884.)

«De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l'intention de visser sur un tuyau de gaz... l'annonce en lettres de feu du bal à l'Elysée...» (Echo de Paris, février 1885). «Tous les soirs (dans la baraque d'un lutteur) au milieu d'horizontales de grande marque, au milieu d'amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.» (Univers illustré, juillet 1884.)

«C'est qu'on est un peu beau, mon vieux
Quand on s'astique.»

(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)

B

Les écoliers disent coupe-gueule.

«Si tu prends des airs de bégueule,
Gare à ta peau... J'te vas bomber.»

«C'est eun'boulotte, une chic artisse
Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»

(L'entr'acte à Montparnasse.)

C

«Les calottes dont nous nous entretenons sont des pots de confitures.» (Gazette des Tribunaux, avril 1874.)

«Tu peux r'tourner à ton potage!
Ah! monsieur fait sa Calypso!
En v'la z'un muf!...»
(L'entr'acte à Montparnasse.)

«Les Cerisiers de Montmorency sont les petits chevaux pacifiques qu'on loue pour se promener dans les environs; autrefois, ils transportaient des cerises; de là leur nom.» (Rappel, 1874. V. Littré.)

On dit: le chafustard... (Illustration, septembre 1885.)

«Gambetta, vil objet de mon ressentiment,
Ministres ennemis de tout chambardement,
Sénateurs que je hais...»
(Événement, 1881.)

On dit familièrement en Bretagne chambarder pour: remuer, bousculer quelqu'un ou quelque chose. (V. Delvau: Chambarder.)

—Que désire monsieur?

«—Deux sous de choléra, s'il vous plaît!

«On peut entendre cette demande et cette réponse s'échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux.

«Or, qu'est-ce que le choléra? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l'étalage et sur les tables de service.» (Figaro, oct. 1886.)

De copurchic est dérivé copurchisme qui désigne l'ensemble des gens asservis à la mode. «Les élégantes de copurchisme veulent, elles aussi, donner une fête au profit des inondés.» (Illustration, janvier 1887.)

«Tu ne verras pas, conduisant

Leur bois peint, tout frais reluisant,

Un groom en croupe,

Avec un coupe-file, au Bois,

Des gens qui faisaient autrefois

Filer la coupe!»

(Clairon, 1882.)

D

«Qui a composé cette chanson?

C'est un Cotric tourangeau

Par joie et satisfaction

D' la dandée de ce Morvandiau.»

(Chanson, 1884.)

«Tu donneras du chasse à la rousse, au moment
Où le patron fera son petit boniment.»
(De Caston: Le Voyou et le Gamin.)

E

F

«Mon mari, dit une marquise,

Hier s'est généreusement

Fendu d'une parure exquise.

—C'est fort aimable, assurément,

Dit une comtesse charmante;

Mon époux, malheureusement,

Est moins facile à la détente.»

(Marcellus: Le langage d'aujourd'hui.)

«Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin... puis il part. Dans l'après-midi il était fait.» (Gil Blas, juin, 1886.)

On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales qu'on n'a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent à accaparer l'attention publique...» (National, octobre 1887.)

Le Four à bachot existe encore aujourd'hui sous cette appellation plaisante et vraie.

G

«Les galup's qu'a des ducatons
Nous rincent la dent.»
(Richepin.)

Ils ont aussi reçu le nom d'hommes sauvages, car beaucoup d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés de la banlieue.

«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey: Le Billet rouge.)

De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l'adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (Monde illustré, juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (Figaro, mars 1884.)

Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...» (Moniteur universel, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.» (Echo de Paris, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.» (Gil Blas, octobre 1885.)

H

«Cette affaire de roulette harnachée a fait grand bruit il y a quelques années à Paris...» (Henri IV, 1881.)

Le mot horizontale a été bien accueilli et s'est aujourd'hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d'après l'auteur même de Denise, les horizontales virent le jour. «Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait «une tendresse» comme on dit un steamer, par abréviation.

«Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J'ai pris le mot de X. de Maistre pour l'appliquer à celles qui sont de son avis. L'horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain... Je n'en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l'intérêt des glossateurs...» Cette explication n'a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d'aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu'à Casanova l'emploi de ce mot horizontale dans l'acception spéciale qu'il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante: «On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d'accès facile. On ne s'est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n'appartient pas de prime-abord à l'un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l'édition italienne de Périno, à Rome.» «Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque...» (Illustration, juin, 1883.)

D'horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l'ensemble de ce monde spécial. «Le vrai monde ma foi, tout ce qu'il y a de plus pschutt... et aussi tout le haut horizontalisme...» (Figaro, juillet, 1884.)

Le mot a été précédemment employé par V. Jacquemont.

I

On dit aussi Ignoramus. «Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement de la jeunesse ouvrière...» (Anti-clérical, mai 1880.)

J

L

«De Chambord, le vingt-neuf septembre,

Les légitimards ont fêté

Par un petit banquet en chambre

L'anniversaire peu vanté.»

(L'Esclave Ivre, no 4.)

«Salle affreuse, où de la théorie
Nous avons tant beuglé le littéral,
Adieu...»
(Echo de Paris, avril 1884.)

M

«C'est tout d'même chouette pour [une pierreuse]
D'avoir un mec comme celui-là?
(De Gramont: La Femme à Polyte.)

Aujourd'hui le mot mec a pris une très grande extension. Il s'emploie pour désigner avec mépris un individu quelconque.

A aussi le sens de beaucoup.

N

O

P

«Contre l'habit léger et clair

La loutre a perdu la bataille:

Nous arborons le pet-en-l'air,

Et les femmes ne vont qu'en taille.»

Richepin.

A droite, un comptoir en étain

Qu'on astique chaque matin.

C'est là qu'on verse

Le rhum, les cognacs et les marcs

A qui veut mettre trois pétards

Dans le commerce.

(Gaulois, 1882.)

Ils vous ont des façons étranges,

Pires que des étaux de fer.

De vous écraser les phalanges,

En vous disant: «Bonjour, mon cher!»

(Frondeur, déc. 1879.)

«Il s'en va de la queue au crâne de la bête,

Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.

S'il est vraiment pinçard, il entre dans le port.

Mais s'il est maladroit, hélas! pique sa tête.»

(Nos farces à Saumur.)

«Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps les goddems placés.» (Voltaire, juin 1882.)

«La Pompe! A ce grand mot votre intellect se tend

Et cherche à deviner... La Pompe, c'est l'étude,

La Pompe, c'est la longue et funeste habitude

De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs

Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»

(Nos farces à Saumur.)

«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr, à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l'Ecole des Potirons.» (Paris, octobre 1885.)

Pouce! Exclamation que poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent aussi trèfle, par corruption de trêve.

On dit aussi Joséphine.

Qu'est-ce que le pschutt? On ne le sait pas exactement, et c'est ce mystère qui en fait tout le mérite. Le pschutt, c'est le chic ou à peu près. Il y avait trop longtemps qu'on disait: «M. de un tel a du chic.» On a imaginé de dire: «M. de un tel a du pschutt.» (Gaulois, janvier 1883.)

Q

R

«Faut suriner les pantres

A coups d'couteaux dans le ventre

Et crever d'coups d'marteaux

La cervelle aux rateaux.»

(Chanson, 1884.)

«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.

«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.» (Illustration, octobre 1885.)

S

T

«Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre de l'Odéon, d'avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez le verbe, il est pittoresque.» (Illustration, janvier 1888.)

«C'est à vous, Caliban, à qui je veux parler.

Vous avez un défaut que je ne puis céler.

Vous créez chaque jour quelque néologisme

Qui n'est, le plus souvent, qu'un affreux barbarisme.

Ainsi tripatouillage est votre enfant nouveau;

Tripatouille est de mode. On ne sait ce qu'il vaut

Mais on s'en sert......

On dit: je tripatouille et nous tripatouillons.

Tripatouiller est donc le vocable à la mode.»

(Événement, janvier 1888.)

U

V

De cette façon, on écrème le marché dans une matinée et quand le cheval sur lequel on fonde des espérances arrive en bon état au poteau, on peut le rendre à une cote très inférieure et, de cette façon, gagner beaucoup en ne risquant guère. C'est ce qu'on appelle en argot du turf: jouer sur le velours.» (Charivari, avril 1884.)

W

«Il ne manque dans ma boutique

Que le tonnerre et les éclairs

Pour watriner toute la clique

Des exploiteurs de l'univers.»

(Gazette anecdotique, février 1887.)

«En avant! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement. (Grève sociale, février 1886.)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat. «Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l'assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.» (Parti national, mars 1887.)

Z

ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY