SUPPLÉMENT
A
- ABATTOIR. Cercle de jeu. On y immole en effet force pigeons.
- ABBESSE. Maîtresse d'une maison de tolérance. On dit plus communément: Madame.
- ABOULÉE. Accouchée.
Aboulement: accouchement.
- ABRUTIR SUR (S'). Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J'y ajouterai le sens de: étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.
- ACTEUSE. «Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l'argot parisien. Nana n'est pas une actrice, c'est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l'entend pas, on la voit. L'acteuse est entière dans cette nuance.» (Champsaur: Evénement, février 1887.)
- ADJUDANT (Tremper un). Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d'intérêt à satisfaire; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N'est-ce pas dans ce rapprochement qu'il faut chercher l'origine de cette expression?
(Merlin, La langue verte du troupier.)
- ADJUGER UNE BANQUE A UN OPÉRATEUR. Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu.
(V. Revers.)
- AFFRANCHIR. Terme de joueur: On dit qu'une carte est affranchie lorsqu'elle n'est plus exposée à être prise. J'ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame.—Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d'affranchissement.
- AFISTOLER. Arranger.
- AGACEUR. Boute-en-train,—argot de sport.
- AGENOUILLÉE. Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n'a point fait fortune. «Pas de coin de rue qui n'ait maintenant sa douzaine d'agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.»
(Evénement, août 1884.)
- AGRAFER. Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler. «C'est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d'agrafer cette nuit-là.» (Belot et Dautin: Le Parricide.)
- Aller se faire lanlaire. Se débarrasser d'un importun. L'envoyer promener, «... Votre cœur? Il n'y a que les gens qui n'ont que ça qui le proposent... Ça ne suffit pas... Vous pouvez aller vous faire lanlaire...!» (Huysmans: Les sœurs Vatard.)
- ALLER CHEZ FALDÈS. Partager.
- ALLUMEUR. Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu'à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots.—Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train. «Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.» (Gil Blas 29 mars 1882.)
- ALPHONSISME. Le métier (?) de l'Alphonse. «L'Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu'avec la prostitution.» (La Bataille, mai 1882.)
- AMAZONE. Grec de race femelle. «Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec nomade,... travaille rarement seul; il s'adjoint des compères appelés comtois et des auxiliaires féminins appelés amazones. (Le Baccarat, 1881.)
- AMÉRICAIN. Breuvage qui tient le milieu entre le grog et le punch. «Garçon! un américain!» (Véron, Paris vicieux.)
- AMINCI. Elégant, à la mode, dans l'argot boulevardier. L'aminci a été le frère du boudiné; tous deux n'ont fait qu'une courte apparition dans le jargon des précieux.
«De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l'intention de visser sur un tuyau de gaz... l'annonce en lettres de feu du bal à l'Elysée...» (Echo de Paris, février 1885). «Tous les soirs (dans la baraque d'un lutteur) au milieu d'horizontales de grande marque, au milieu d'amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.» (Univers illustré, juillet 1884.)
- ANGLAIS. Terme de sport. On dit qu'un cheval a de l'anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.
- ANGUILLE. Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l'anguille.
- APÉRITIVE. Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l'indique, l'apéritive fréquente d'ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière. «Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l'état d'apéritive... mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demi-mondain.» (Gil Blas, mai 1887.)
- ARAIGNÉE. Vélocipède à deux roues dont l'une, celle de devant, est très grande, et l'autre, celle de derrière, d'un diamètre très petit.
- ARAIGNÉE DE TROTTOIR. Boutiquier en plein vent, camelot. «Il (le promeneur) a fait aux araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de 10 sous à 10 francs par jour.» (Estafette, 1881.)
- ARC-EN-CIEL (Faire l'). Argot des Grecs. «J'ai fait l'arc-en-ciel.—Qu'entendez-vous par là?—Je vous ai jeté les cartes très loin, d'une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j'ai pu les voir lorsqu'elles sont arrivées à leur point culminant.» (Belot: Le Roi des Grecs.)
- ARCHICUBE. Ancien élève de l'Ecole normale. «Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J'explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif: vous êtes entré à l'Ecole plus de trois ans avant moi.»
- ARRANGEUR. Argot de cercle. Individu qui, lorsqu'un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa... collaboration.
- ARROSAGE. Action de boire, de s'arroser le gosier.
- ARTISTE. Dans le jargon des ouvriers: camarade, compagnon.
- ARTISTE. Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre. «La salle d'exposition... est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées... douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu'on fait relâche.» (Du Boisgobey: Le fils de Monsieur Lecoq.)
- ASSEOIR (S') sur quelqu'un. Le faire taire. Asseyez-vous dessus, dit-on en parlant d'un gamin qui crie et gêne ainsi les personnes avec lesquelles il se trouve.—S'asseoir sur quelque chose, n'en pas faire cas. «Tous tes discours, tout's tes promesses d'autrefois, tu t'asseois dessus! » (L'esclave Ivre, no 1.)
- ASSESSEUR. Joueur complaisant qui, placé au baccarat à côté du tailleur, paye et encaisse pour le compte de celui-ci.
- ASTIQUER. Fourbir, nettoyer, se pomponner.
«C'est qu'on est un peu beau, mon vieux
Quand on s'astique.»
(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)
- ASTIQUER (S'). Se masturber.
- ATOUTS (Le plus d'). Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.
- AVALE-TOUT. Femme qui ne recule devant aucune extrémité.
- AVOINE (Donner de l'). Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l'expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu. «Alphonse ne recule pas à lui donner de l'avoine (à sa maîtresse), c'est-à-dire à lui administrer une volée» (Voltaire, 1882).
- AVOIR UN COUP DE MARTEAU. Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.
- AVOIR LA CUISSE GAIE. Être de mœurs faciles. «Très gentille avec son petit nez en l'air; je parie qu'elle a la cuisse gaie, hein!» (Vie Parisienne, 1er octobre 1881.)
- AVOIR SON VIN AU CROC. Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots. «Aussi lui était-il arrivé souvent d'être privé de sa ration de vin; en terme de marin, d'avoir son vin au croc.» (Patrie, février 1887.)
- AVOIR UNE BELLE PRESSE. Être complimenté par tous les journaux. «Madame est en train de lire ses journaux... Madame, à ce qu'il paraît, n'a jamais eu une si belle presse!» (De Goncourt: La Faustin.)
B
- BADINGATEUX. Terme de mépris employé par les adversaires du régime impérial pour désigner un partisan de ce régime. «Solde de vestes. On prend mesure; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux...» (Temps, 1881.)
- BAFOUILLAGE. Conversation sans suite, confuse, incohérente. A vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l'argot; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu'ici enregistré bafouiller et bafouilleur, j'ai pensé que bafouillage avait également droit d'asile. «J'ai entendu nombre de phrases sans suite, d'exclamations vides, de bafouillages incohérents.» (Echo de Paris, mai 1884).
- BAFRER. Manger. «C'était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- BAGNOLLE, mauvaise voiture.
- BAGUETTE EST CASSÉE (La). Cette expression a remplacé le Zut au berger. (V. Delvau.)
- BAJOTER. Bavarder, jacasser.
- BAL. Peloton de punition. Argot militaire.
- BALEINE. Femme de mauvaise vie.
- BALINSTRIQUER. Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner. «Tu sais, lui avait-il dit, j'ai fait un sale coup, j'ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c'est ma tête qui est à couper.» (Gazette des Tribunaux, septembre 1884.)
- BALLE (Faire). Être à jeun. «Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BALLON. Art de tournoyer en dansant.—Verre de bière.
- BALOUSTIQUER. Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.
- BALUCHONNEUR. Voleur. Ainsi que son nom l'indique, ce malfaiteur vole de préférence les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en argot baluchon est synonyme de paquet). C'est aussi lui qui travaille aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit à la bousculade. «La nuit seulement, un certain nombre de baluchonneurs s'y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour faire l'échange ou la vente du produit de leur vol.» (Nation, juillet 1885.)
- BANDISTE. «On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux.» Soleil, 16 nov. 1888.
- BARAQUE. Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle. «Le jeu de la baraque se compose d'une planchette de cuivre casée à l'angle d'un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon! l'adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c'est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C'est pour rien! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.» (Paris-Journal, 1882.)
- BARAQUEUR. Joueur de baraque.
- BARBE. Répétition. «Une barbe, c'est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s'assied, on le rase, il paye, c'est une barbe!» (Richepin.)
- BARBE (Faire sa). Argot théâtral. Gagner de l'argent. «Sa barbe faite, comme on dit en argot théâtral, c'est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse s'empresse de quitter le salon.» (Gaulois, 3 octobre 1881.)
- BARBE (Femme à). Argot militaire. «Terme sous lequel on désigne une beauté sur le retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu'une étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse sans défense contre les assauts du soldat.» (Ginisty: Manuel du Parfait réserviste.)
- BARBIFIER (Se). Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe. «Il s'est barbifié hier; il a mal aux cheveux aujourd'hui.» (Typologie-Tucker, juin 1885.)
- BARBOTER. Parler sans savoir ce que l'on dit.
- BARBOTTAGÉ. Vol. «Le droit au barbottage est absolu.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BASSINOIRE. «A Paris, il est de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons, qui s'en vont à leur travail, à l'aube. Eh bien! par les nuits d'hiver, il est de pauvres diables qui attendent, l'onglée aux mains, que ces maçons soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent, dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent ainsi leur couche, les bassinoires.» (J. Claretie: La Vie à Paris.)
- BÂTIR. Terme de couturière; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l'essayage, des retouches à opérer. «Deuxième séance; essayage des toilettes bâties.» (Gaulois, 1881.)
- BÂTONS DE CHAISE (Noce de). Orgie.
- BÂTON DE RÉGLISSE. Gardien de la paix. Prêtre.
- BÂTON ROMPU. «—Quels gens appelez-vous vieilles cannes?—Les repris de justice.—Et bâtons rompus?—Les surveillés de la haute police en rupture de ban.» (Barron: Paris-Etrange.)
- BATTRE LE BEURRE. Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.—«Et ta sœur?—Ma sœur? elle bat l'beurre!»
- BATTRE A LA PARISIENNE. Voler ou tricher au jeu.
- BATTRE SON PLEIN. Être dans tout l'éclat de son talent ou de sa beauté. «Jamais l'artiste de la Renaissance ne fut plus jolie qu'à présent; elle bat son plein.» (Evénement, 1872.)
- BAVAROISE. Infusion de thé et de sirop de capillaire.—Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat à la crème; bavaroise aux choux, mélange d'absinthe et d'orgeat; bavaroise de cocher, verre de vin.
- BAVER DES CLIGNOTS. Pleurer.
- BAVEUX. Qui ne sait ce qu'il dit; qui bafouille.
- BAZAR. Lycée, pension. «Les jeunes citoyens de l'avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.» (Evénement, 1881.)
- BÉCARRE. Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d'élégant, n'est plus guère usité aujourd'hui. «Le parisien, en tant que langue vient de s'enrichir d'un nouveau mot.... Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C'est le bécarre qui gouverne. On est ou on n'est pas bécarre, comme on était jadis ou l'on n'était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d'en faire telle autre.... Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.» (Illustration, novembre 1885.)
- BÉGUEULISME. Le mot est de F. Sarcey qui l'a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869. «C'est, dit-il, dans la vie ordinaire, l'art de s'offenser pour le compte des vertus qu'on n'a pas; en littérature, l'art de jouir avec des goûts qu'on ne sent point; en politique, en religion et en morale, l'art d'affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.»
- BENEDICAMUS. Enfant de chœur. Terme populaire: «Il s'imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l'organiste, les petits benedicamus.» (Figaro, nov. 1885.)
- BIBELOT. Argot d'imprimerie. Travaux de peu d'importance; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.
- BIBELOTEUR. Collectionneur; amateur de bibelots.
- BIBELOTIER. Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.
- BIBOIRE. Petit récipient en caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se sert en voyage ou à la chasse pour boire.
Les écoliers disent coupe-gueule.
- BIDARD. Heureux, veinard. Être bidard, avoir de la chance, réussir dans ce que l'on entreprend.
- BIÈRE. Boîte aux dominos.
- BIGORNIAU. Auvergnat.
- BIJOU. Nom donné, par antiphrase, chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des plats et des assiettes; c'est le profit des laveurs de vaisselle.» (Journal des Débats, 1876, cité par Littré.)
- BILLARD ANGLAIS (Jouer au). Pratiquer l'onanisme.
- BILLE DE BILLARD. Crâne dénudé et, par extension, vieillard. «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse!...» (Meilhac et Halévy, Lolotte.)
- BILLET DIRECT POUR CHARENTON. Absinthe pure. «L'autre jour, le patron m'a payé un billet direct pour Charenton.» (Gil Blas, 1882.)
- BINCE. Couteau (Richepin.)
- BISCOP. Casquette.
- BISCUIT. Argot de joueurs. Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec a toujours sur lui pour s'en servir quand il juge le moment favorable. On dit: servir, préparer un biscuit.
- BLANC D'ESPAGNE. Sous le nom du parti des Blancs d'Espagne, on désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l'ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d'Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l'adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris: Blancs d'Eu. «Le parti des Blancs d'Espagne ne sera jamais sérieux.» (Ed. Hervé: Soleil, juillet 1884.) «Mr. E. Veuillot est un Blanc d'Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.» (Matin, juillet 1884.)
- BLAFARDE. La mort.
- BLOCKAUS. Chapeau de haute forme.
- BLONDE, BRUNE. Verre de bière de couleur brune ou blonde. «Les garçons (de café) libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s'en vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement, ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s'en allant le pourboire d'usage; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d'heure de Rabelais, une remise sur le prix des brunes et des blondes qu'ils ont absorbées.» (Figaro, 1882.)
- BœUF. Joli, agréable. C'est rien bœuf! dit le peuple.
- BOISSONNEUR. Pilier de cabaret. «Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
- BOÎTE. Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte: être souvent puni; avoir une tête à boîte: être affligé d'une maladresse qui attire sur vous les préférences de l'instructeur.—Grosse boîte, prison.
- BOÎTE A VIOLON. Cercueil, allusion de forme.
- BOMBER. Frapper, battre. Argot de souteneur.
«Si tu prends des airs de bégueule,
Gare à ta peau... J'te vas bomber.»
- BONDE. Maison centrale. «Il a filé deux ou trois berges aux bondes.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BON-DIEU. «On m'avait réservé la copie d'un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j'avais à faire une douzaine d'exemplaires. J'en avais pour trois quarts d'heure environ... Cela s appelait des bon-dieu. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BONNE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'il vient de jouer compte et ne saurait être annulé. (V. Mauvaise.)
- BONNEFORTANCHE. (V. Infra Frangeuse.)
- BON PREMIER. Argot de courses. Un cheval arrive bon premier quand il a fourni la course bien avant ses concurrents. Il est bon dernier quand il arrive non seulement le dernier, mais encore avec un retard considérable sur les autres chevaux.
- BOOKMAKEUSE. Bookmaker femelle. «La bookmakeuse se rend aux courses en petite charrette anglaise; elle conduit elle-même, et ses commis, d'autres femmes de même tournure, occupent le siège de derrière.» (Figaro, 12 juin 1881.)
- BORDEL. Outils, instruments, objet quelconque.
- BOSSER. Rire, s'amuser.
- BOSTON. Képi, chapeau, coiffure d'homme. «Restait à choisir un képi. Impossible; tous couvraient la tête jusqu'aux épaules et Pompignan dut aller jusqu'à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un qui pouvait servir.» (Revue alsacienne, juillet 1887.)
- BOUCHE-TROU. Ecolier qui se tient prêt à remplacer un de ses camarades qu'une cause quelconque empêche de prendre part aux concours qui ont lieu entre les lycées. «L'ouverture des boîtes du grand concours réserve, parfois, des surprises étranges, comme par exemple, celle du bouche-trou remportant le prix d'honneur.» (Télégraphe, août 1885.)
- BOUCHER LA LUMIÈRE. Donner un coup de pied dans le derrière.
- BOUCHON. Bouteille de vin cacheté. (Richepin.)
- BOUDINÉ. Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin. «Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur paraît rendre d'une façon imagée l'étroitesse de leur costume; il répond... à cet ensemble de tenue qui leur donne l'air de boudins montés sur pattes. (Siècle, 1883.) Encore un mot qui n'a eu qu'une existence bien éphémère.
- BOUGIE. Argent.
- BOUILLONNEUSE. Femme qui, dans certains restaurants, est spécialement préposée à la confection des potages.
- BOULE DE C... Argot militaire. Idiot.
- BOULEAU, Buche. (V. Delvau: Bucherie).
- BOULEVARDER. Fréquenter les boulevards. «Il y a des gens à qui la science vient en boulevardant.» (Cherbuliez: Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1876, cité par Littré.)
- BOULOTTE. Grosse petite femme, bien en chair.
«C'est eun'boulotte, une chic artisse
Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»
(L'entr'acte à Montparnasse.)
- BOUM (Faire). Copuler. «Il n'ignorait certainement pas comment se pratique cette agréable chose que les petites ouvrières appellent: faire boum!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- BOURDE. Mensonge, faute grossière. «On te dit... que t'es venu coller des bourdes aux pauvres bougres.» (L'Esclave ivre, no 1.)
- BOURRER UNE (En). Fumer une pipe. «Après déjeuner, M. Cherbuliez revient à son cabinet, et,—détail naturaliste,—allume une pipe; en bourre une, dirait Zola.» (Evénement, 1882.)
- BOUT. Congé, renvoi.
- BOUT-DE-CIGARE. Homme de petite taille. Argot militaire.
- BOUTEILLE. V. Casser sa bouteille.
- BOUTONNER. Terme de salle d'armes; toucher à coups de fleuret.
- BRACONNER. Argot de cercle. Tricher, voler au jeu.
- BRIDAUKIL. Chaîne d'or.
- BRIDER. Interdire, défendre. Argot des marchands forains. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité d'arnaquer.» (Temps, avril 1887.)
- BRIFFE. Pain. (Richepin.)
- BRINDE. Femme grande et déhanchée. «Tenez, là à gauche, regardez cette grande brinde qui s'étale, avec son nez si retroussé qu'on lui voit la cervelle.» (Chavette.)
- BRISURE. Escroquerie.
- BRODAGE. Ecriture.
- BRODEUR. Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d'écrivain public qu'ont donné à ce mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d'ajouter celui d'escroc et de faussaire. «Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.» (Figaro, octobre 1885.)
- BRODEUR. Prêteur d'un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l'aide d'un bon, en vous soutenant effrontément qu'il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.
- BROUILLARD (Faire du). Fumer. «Il n'était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu'ils avaient goûté à faire du brouillard.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BRULANT. Foyer, feu. (Richepin.)
- BRUTION. Élève du Prytanée militaire de La Flèche. (V. l'article suivant.)
- BRUTIUM. Le Prytanée militaire de La Flèche. «Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu'au régiment même. Les classiques d'il y a cinquante ans imaginèrent que c'était là une éducation à la Brutus, d'où le terme Brutium pour caractériser l'école, d'où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.» (Le Siècle, 1880.)
- BUS. Omnibus. Mot très usité à Paris chez le peuple qui, par une anomalie étrange, fait bus du masculin et omnibus du féminin. Prendre le bus, monter en bus sont des expressions qu'on entend journellement. «—J'prends un sapin!—T'es rien tourte, Gugusse! J'ter trente-cinq ronds à c'te tête de faïence, quand pour trois jacques en bus t'en vois la farce!» (Le Monde comique, 1883.)
C
- CABE. Elève de troisième année à l'Ecole normale.
- CABOT. Argot militaire. Elève-cabot, élève caporal. Cabot pris absolument dans le sens de caporal est inusité. (Ginisty: Manuel du réserviste.)
- CABRIOLET. Petite boîte servant à classer des fiches.
- CADRE. «Le personnel du service de la police de sûreté.—Lettre supposée, écrit apocryphe. «J'estime qu'aucun de vous, quand vous en aurez pris connaissance, ne s'imaginera que c'est une lettre supposée, un cadre, comme nous disons dans notre argot de journalisme.» (XIXe Siècle, 1881.)
- CAFARD. Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d'un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l'officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty: Manuel du réserviste.)
- CAGE. Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.
- CAGNE. Mauvais chien. «Dans la bonté des chiens, il y a des bizarreries inouïes; les disgraciés sont quelquefois les intelligents et, dans la même portée, il y a trois cagnes pour un bon chien.» (Carteron: Premières chasses.)
- CAGNER. Faire la cagne; reculer devant une besogne difficile ou dangereuse. (Littré).
- CAÏMAN. Maître, surveillant. Argot des élèves de l'Ecole normale. «Je rentrai si en retard, que le père Estiévant, le portier, qui me vendait du chocolat, fut obligé de me marquer tout comme un autre sur sa liste. Je pensais avoir une excuse et je l'exposai au caïman...» (Gaulois, 1880.)
- CAISSE NOIRE. Fonds secrets mis à la disposition du Ministre de l'Intérieur et du Préfet de police. «Croyez-vous que l'argent de la caisse noire ne pourrait pas être plus utilement employé?» (Figaro, 1882.)
- CALEBASSE. Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré.)
- CALÉ (Être). Dans l'argot des écoles, cette expression est synonyme de savoir ses leçons, ses cours, connaître à fond les matières d'un examen.
- CALIC. Commis de magasin de nouveautés. Abr. de Calicot.
- CALIN. Tonnelet d'étain dont se servent les marchands de coco. Le tonnelet lui caresse, lui câline le dos. (Richepin.)
- CALOT. Argot des commis de nouveautés: acheteur difficile, ennuyeux à servir. «Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.» (P. Giffard.) V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.
- CALOTTE. Assiette creuse. Sorte de pâtisserie où il entre des confitures. «Vous vous imaginez peut-être qu'il est question de quelques petites friandises dont on nous donnait de nombreuses indigestions durant notre jeunesse et qui portaient ce nom si joli, si gracieux, si adorable de petites calottes; il y avait là-dedans des confitures.» (Gazette des Tribunaux.)—Pot de confiture ayant la forme d'une grande calotte sans anse ni oreilles. (Littré.)
«Les calottes dont nous nous entretenons sont des pots de confitures.» (Gazette des Tribunaux, avril 1874.)
- CALYPSO (Faire sa). Faire des manières, des embarras. C'est la variante savante de faire sa tête.
«Tu peux r'tourner à ton potage!
Ah! monsieur fait sa Calypso!
En v'la z'un muf!...»
(L'entr'acte à Montparnasse.)
- CAMBRIOLE. Boutique. (Richepin.)
- CAMBROUSER. Servir comme domestique. (Richepin.)
- CAMEMBERT. Montre. Argot du peuple.—«Quelle heure avez-vous à votre camembert?—Mon ca...?—Ah! c'est vrai! vous parlez correctement, vous. J'ai voulu dire votre montre.» (Vie parisienne, novembre 1883.)
- CAMERLUCHE. Camarade. (Richepin.)
- CAMOUFLÉ (Être). Avoir reçu les derniers sacrements. «Dès qu'il fut, suivant la pittoresque expression, camouflé, c'est-à-dire dès qu'il eut reçu le sacrement de l'Extrême-Onction...» (Humbert: Mon bagne.)
- CAMPÊCHE. Vin. «Pourvu qu'on ait du campêche à douze sous le litre...» (Figaro, 1882.)
- CANNE (Vieille). «Quels gens appelez-vous vieilles cannes?—Les repris de justice.» (Barron: Paris-Etrange.)
- CANULARIUM. Argot des élèves de l'Ecole normale. Sorte d'investiture; épreuves que subissent à l'Ecole les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.
- CANULEUR. (V. Delvau, Canule.)
- CAP (Doubler le). Faire un détour pour éviter un créancier. (V. Delvau: Rue barrée.)
- CAPITAL. Vertu, virginité de la femme. Le mot a été créé par M. Alexandre Dumas. «Généralement, c'est une femme dont le capital s'est perdu depuis de longues années.» (Théo-Critt: Nos farces à Saumur.)
- CAPONNER. Argot des écoles. Rapporter au maître les fautes de ses condisciples.
- CARABINIER DE LA FACULTÉ. Pharmacien.
- CARFOUILLER. Fouiller jusqu'au fond, dans tous les sens. «Il délibéra longtemps avec lui-même pour savoir... s'il lui carfouillerait le cœur avec son épée ou s'il se bornerait à lui crever les yeux.» (Figaro, 1882.)
- CAROTTAGE. (V. Delvau: Carotte.)
- CAROUBLAGE. Sorte de vol. (V. Delvau: Caroubleur.)
- CARPE (Faire la). S'évanouir, se pâmer.
- CARRÉ. Elève de seconde année à l'Ecole normale.
- CARTOUCHIÈRE A PORTÉE. Réservoir de cartes que les grecs placent sous leur gilet et où ils trouvent classées et numérotées toutes les portées possibles.
- CASER. Abrév. de casernement. Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique.
- CASQUEUR. Argot des coulisses. Le public payant, par opposition aux billets de faveur et au service de presse.
- CASSER SON LACET. Abandonner sa maîtresse, rompre toutes relations avec elle. «Alors, c'est dit, nous cassons notre lacet?» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
- CASSER (A tout). Considérable, fantastique, inouï. «Le public voit la quatrième page de son journal occupée par la réclame à tout casser du grand bazar.» (Giffard: Les grands bazars.)
- CASSER SA BOUTEILLE. Expression populaire datant de l'année 1885; c'est vouloir se donner de l'importance, se gonfler, se faire aussi gros que le bœuf... et n'y point réussir.
- CASSEROLE. Prostituée. «La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.» (Réveil, juin 1882.)
- CASTAPIANNE. Blennorrhée. Argot militaire.
- CASTORISER (Se). Argot des officiers de marine. Ne pas embarquer; rester sur le plancher des vaches, pourvu d'un poste soit au ministère, soit autre part.
- CATO. Maîtresse. «Alors comme il (le souteneur) n'a plus d'argent, il en demande à sa cato qui devient rapidement sa marmite.» (Voltaire, 1881.)
- CAVALERIE (Grosse). Cureurs d'égout. Allusion à leurs bottes.
- CAVALIER SEUL. Danse plus ou moins échevelée qu'on exécute seul, dans un quadrille, en face des trois autres personnes qui complètent la figure. «Peu à peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul.» (Vie Parisienne, 1881.)
- CAVIAR. Ce mot, sans doute trouvé dans un restaurant à la mode, avait la prétention de détrôner V' lan, Pschutt et Bécarre, tous vocables aussi idiots d'ailleurs et synonymes d'élégance, de chic. Comme ses aînés, Caviar n'a point eu de succès; il est mort en bas-âge. «On dit d'une demoiselle ultra-chic qu'elle est on ne peut plus Caviar.» (Charivari, 1886.)
- CENTRAL. Bureau télégraphique de la place de la Bourse, à Paris. Argot des employés du ministère des Postes. Être nommé au Central.—Elève de l'Ecole centrale; un central, des centraux. «Les élèves de l'Ecole centrale se sont livrés hier à une fantaisie que la police a eu le bon goût de ne pas gêner... Les centraux se sont réunis sur la place de la Bastille, et, se formant en monome...» (Rappel, 1881.)
- CENTRIOT. Surnom, sobriquet, «Il a surtout le génie des centriots (surnoms). C'est lui qui a donné à un pâle gringalet, mauvaise langue et joueur de méchants tours... le joli surnom de Fleur de teigne.» (Humbert: Mon bagne.)
- CERISE. Ouvrier maçon des environs de Paris (Littré). «Messieurs, ce n'est pas là une appellation insultante; nous appelons marchands de cerises, les ouvriers de la banlieue de Paris, ceux qui nous environnent.» (Nadaud: Journal officiel.)
- CERISIER. Petits chevaux de louage, ainsi nommés parce qu'ils portent ordinairement les cerises de Montmorency aux marchés de Paris. «Sterny sur un cerisier, Sterny en compagnie d'une grosse dame à âne.» (Soulié: Le Lion amoureux.)
«Les Cerisiers de Montmorency sont les petits chevaux pacifiques qu'on loue pour se promener dans les environs; autrefois, ils transportaient des cerises; de là leur nom.» (Rappel, 1874. V. Littré.)
- CHABROL. Mélange de bouillon et de vin.
- CHA-FUST. Cours de machine professé à l'Ecole navale. Argot de l'Ecole. «Chacun de ces cours, outre son titre officiel, porte un nom spécial pour les élèves du Borda. Le cours de machine est le cha-fust, mot formé par onomatopée... Naturellement les professeurs empruntent leur titre au nom du cours.»
On dit: le chafustard... (Illustration, septembre 1885.)
- CHAIREZ! Hardi! Courage! Cette interjection se trouve dans l'ouvrage d'Alph. Humbert intitulé: Mon bagne.
- CHALEUR! Exclamation qui sert à marquer la surprise, le mépris, l'intention de ne pas faire telle ou telle chose. S'emploie toujours ironiquement; elle est synonyme de Maladie! ou de ça ne serait pas à faire! «Dans le Casino susdit, on jouerait le baccarat et les dames seraient admises! Oh! chaleur!» (Le Joueur, 1881.)
- CHAMBARD. Bruit, tapage, «Il est de tradition à l'Ecole (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. C'est ce qu'on appelle faire le chambard.» (Temps, 1881.)
- CHAMBARDEMENT. Renversement, bris.
«Gambetta, vil objet de mon ressentiment,
Ministres ennemis de tout chambardement,
Sénateurs que je hais...»
(Événement, 1881.)
- CHAMBARDER. Faire du bruit, du chambard. «Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l'Ecole (Polytechnique), comme vous en avez l'habitude...» (XIXe Siècle, 1881.)
On dit familièrement en Bretagne chambarder pour: remuer, bousculer quelqu'un ou quelque chose. (V. Delvau: Chambarder.)
- CHAMBRER. Perdre, voler. Argot des grecs.
- CHAMP. Argot de sport. L'ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier pour un cheval contre tous ses concurrents. (Littré.)
- CHAMPS. Champs-Elysées. Argot des filles, des souteneurs et de toute la population interlope qui, la nuit venue, fait élection de domicile aux Champs-Elysées.
- CHAND, CHANDE. Marchand, marchande.
- CHANDELLE (Faire une). Lancer une balle en hauteur de telle sorte qu'elle puisse facilement retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion à la chandelle romaine, sorte de fusée.
- CHANDELLE (Faire fondre une). Boire une bouteille de vin. «La chiffonnière faisait alors un bout de toilette avant d'aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol du père Grandesomme.» (Réveil, 1882.)
- CHANDELIER. Souteneur de filles. «Dans l'argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.» (Figaro, janvier 1886. V. Infra: Relever le chandelier.)
- CHANOINE. Récidiviste des maisons centrales.
- CHAPEAU. Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux. «Ce ne sont pas des chapeaux que j'ai laissés à mon siège d'administrateur (de compagnie financière), mais bien des titulaires réels.» (Journal officiel belge, mars 1874, cité par Littré.) Cet emploi vient de l'habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.
- CHAPELLE. Coterie.
- CHARGER. Verser du vin, remplir un verre de liquide. «Charge-moi vite une gobette de champoreau.» Traduction: Sers-moi un verre de café additionné d'eau-de-vie. (Réveil, 1882.)
- CHARRETÉE. (En avoir une). Être complètement ivre.
- CHARRIER. Chercher à savoir.
- CHARRIEUR, adj. Curieux.—Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs. «Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.» (Henri IV, 1881.)
- CHARTREUSE DE VIDANGEUR. Demi-setier de vin rouge.
- CHASSELAS. Vin. «Je prendrais bien quelque chose de chaud. Est-ce qu'il y a du chasselas sur le feu, madame Antoine?» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- CHASSEUR. Domestique, petit groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus, est à la disposition des consommateurs, pour faire leurs commissions.
- CHATEAU. Abrév. de Châteaubriand. (V. Delvau.)
- CHATON. Petit chat. Individu charmant. (Richepin.)
- CHATOUILLAGE AU ROUPILLON. Vol au poivrier.
- CHATTE. Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s'adressent les enfants des rues.
- CHAUFFER UN ÉLÈVE. Lui appliquer des moyens d'instruction qui hâtent ses connaissances aux dépens du développement total. (Littré.) «Il ne réussit qu'après avoir été chauffé dans une maison spéciale, par un professeur qui lui mâchait ses devoirs.» (Pellerin: Le roman d'un blasé.)
- CHEF DE CALOTTE. «Dans les pensions militaires, on appelle chef de calotte le plus ancien et le plus élevé en grade des officiers qui mangent ensemble...» (H. Malot: Le lieutenant Bonnet.)
- CHEMISE RONDE. Argot des troupiers qui désignent ainsi le civil, l'individu qui n'est pas soldat. Engager dans les chemises rondes, ne pas s'engager ou se réengager, rester dans la vie civile.
- CHEVAL DE CORBILLARD (Faire son). Faire le malin, poser.
- CHEVALIER DU BIDET. Souteneur.
- CHEVEU. Argot des coulisses. Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche: «Majesté, votre sire est bien bonne!»—Travail difficile, ennuyeux.—Voilà le cheveu; voilà la difficulté.
- CHEVEUX (Se faire des). S'inquiéter, se tourmenter.
- CHIBIS! Attention!
- CHIEN (Faire le). Dans l'argot des cordons bleus, c'est suivre Madame au marché avec un panier dont, en pareil cas, on ne peut faire danser l'anse. «Une cuisinière à une de ses amies: Du moment qu'on ne fait pas le chien, la maison me va!» (Figaro, 1882.)
- CHIER. Mot élégant qu'emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J'ai chié, je n'ai pas attrapé la bille.
- CHIER DANS LA VANETTE. Argot militaire. Être sans gêne.
- CHIFFONNAGE. Le contenu de la hotte du chiffonnier. «On trouva une quantité étonnante de chiffonnage dans les trois hottes.» (Clairon, 1881.)
- CHINAGE. Action de faire la chine.—Plaisanterie.
- CHINE. Sorte de vol.
- CHINER. Travailler. (Richepin.)—Plaisanter.
- CHIOTTES. Cabinets d'aisances.
- CHIPOTER. Être regardant, liarder. «Il doit également ne jamais chipoter sur le prix des consommations.» (Frondeur, 1880.)
- CHIQUE (Coller sa). Argot des enfants qui se servent surtout de cette expression au jeu dit de saute-mouton. Colle ta chique et fais le mort.
- CHOCOLAT. Naïf, crédule. Argot des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau. «Ils (les bonneteurs) s'associent à trois: celui qui fait le chocolat et qui est chargé de commencer la partie, de l'allumer en jouant; l'enquilleur ou lourdier qui tient la portière de la voiture, invitant les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le patineur, qui monte lorsqu'il n'y a plus qu'une place et qui doit tenir les trois cartes.» (Temps, 1886.)
- CHOLÉRA. Débris de fromages. Argot du peuple.
—Que désire monsieur?
«—Deux sous de choléra, s'il vous plaît!
«On peut entendre cette demande et cette réponse s'échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux.
«Or, qu'est-ce que le choléra? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l'étalage et sur les tables de service.» (Figaro, oct. 1886.)
- CHOUTER. Caresser. (Richepin.)
- CIBOULOT. Tête. Argot du peuple.
- CINQ A SEPT. Argot des gens mondains. Réceptions, visites entre intimes. Elles ont lieu avant le dîner, de cinq à sept heures du soir. «Madame du Deffand qui fut une des fondatrices de ce que nous appelons de nos jours des cinq à sept. (Gaulois, 1882.)
- CINTIÈME. Casquette à ponts. (Richepin.)
- CIRAGE. Eloge; réclame élogieuse, compte rendu sur le mode dithyrambique.
- CIRER. Faire un éloge outré de quelqu'un ou de quelque chose.
- CITADELLE (Grande). Gardien-chef dans une prison. Argot des malfaiteurs. «Il paraît que, dans le Dictionnaire de la prison, grande citadelle signifie gardien chef.» (Gazette des Tribunaux, août 1883.)
- CITROUILLE. Argot militaire. Cavalier-dragon.
- CLAQUE. Claque-dents. Restaurant de bas étage.
- CLAQUE-PATIN. Individu dont la savate claque contre le talon. (Richepin.)
- CLEF (Perdre sa). Avoir la colique.
- CLEPTOMANIE, «On imagina le mot de cleptomanie, ou manie du vol, pour désigner l'état de ces voleuses maladives.» (Giffard: Les grands bazars.)
- CLICHÉ (Tirer son). Argot des typographes. «Quand un compositeur fait une réplique ou un propos toujours le même, on dit: c'est un cliché. Tirer son cliché est synonyme d'avoir toujours la même raison à objecter, dire constamment la même chose.» (Typologie-Tucker, juin, 1886.)
- CLIGNOT. Œil. Baver des clignots. Pleurer.
- CLIQUE. Argot militaire. Le soldat qui joue du clairon.—Musique militaire.
- CLIQUETTE. Oreille.
- COCASSE. Drôle, amusant.
- COCOTER. Faire la cocote, la fille galante.
- COL-DE-ZING. Qualificatif qu'avaient reçu il y a deux ans les jeunes élégants. Le mot n'a pas vécu. «Gaston de Chauvigné, un de nos cols-de-zing les plus affirmés...» (Charivari, avril 1887.)
- COLLER UNE DOUCE (Se). Se masturber. Rigaud dit: Se coller un rassis.
- COLLETINER. A aussi, dans le peuple, le sens plus étendu de porter un fardeau quelconque.
- COLON (Petit). Argot militaire. Abréviation de lieutenant-colonel.
- COLTINEUR, EUSE. Fainéant, mauvais ouvrier. «C'est sûrement pas pour des coltineuses de votre espèce qu'on ferait des sacrifices!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- CON. Monosyllabe injurieux que le peuple a constamment à la bouche et qu'il emploie à propos de tout et à propos de rien.
- CONDÉ. Influence. «Ils avaient accaparé les meilleurs postes, ceux qui procurent le plus de condé (influence). (Humbert: Mon bagne.)
- CONFORTABLE. Verre de bière.
- CONNAÎTRE DANS LES COINS (La). C'est la variante de l'expression citée par Delvau: Connaître le numéro.
- CONSCRAR. Elève de première année à l'Ecole Polytechnique. «C'est la première chose que les anciens apprennent aux conscrars lorsqu'ils arrivent à l'école.» (Gil Blas, 1882. V. Delvau: Conscrit.)
- CONSCRIT. Normalien de première année.
- CONSOLATION. Jeu de hasard à l'usage des filous. «Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation, partie qui consiste à diviser un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu'au chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par le coup de dés.» (La Loi, 1882).
- CONSULTER LAROUSSE, ou, pour parler plus clairement: consulter le Dictionnaire rédigé par M. Larousse. Argot des écoles. Je vais consulter Larousse à la bibliothèque, disent à leurs parents les jeunes collégiens de seize à dix-huit ans. Et au lieu de se rendre à la bibliothèque Sainte-Geneviève ou dans un cabinet de lecture, ils s'en vont tout droit... à la plus proche brasserie desservie par des femmes. «Les tout jeunes gens y vont (dans ces brasseries) sous prétexte de boire un bock et de consulter le Dictionnaire Larousse. Aujourd'hui, ces deux mots: Consulter Larousse ont, dans le langage des lycées, un sens sur lequel je n'ai pas besoin d'insister.» (La Ligue, juillet 1885.)
- CONTER QUELQUE CHOSE AU PERRUQUIER DES ZOUAVES. Argot militaire. Ne pas croire à cette chose.
- COPURCHIC. Elégant, homme qui donne le ton à la mode. Ce mot, un des derniers mis en circulation, vient de «pur» et de «chic», le premier indiquant la perfection absolue du second. La syllabe co ne vient là que pour l'euphonie. «Le copurchic ne parle plus argot; il se contente de parler doucement, lentement...» (Figaro, 1886.) «Le petit vicomte de X, un de nos plus sémillants copurchics...» (Gil Blas, juillet 1886.)
De copurchic est dérivé copurchisme qui désigne l'ensemble des gens asservis à la mode. «Les élégantes de copurchisme veulent, elles aussi, donner une fête au profit des inondés.» (Illustration, janvier 1887.)
- COQUEMART. Chaudron. (Richepin.)
- COQUILLARD. Œil. S'en tamponner le coquillard, s'en battre l'œil, s'en moquer.
- CORBILLARD DE LOUCHERBEM. «Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l'immonde voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande gâtée.» (Richepin.)
- CORIO. Fontaine. Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique. C'est le général Coriolis qui fit installer des fontaines dans les cours de l'Ecole.
- CORPS DE POMPE. L'ensemble des professeurs de l'Ecole de Saint-Cyr. «Ceux qui savent quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature du corps de pompe.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- CORRECTEUR. Argot des établissements pénitentiaires. Détenu qui est chargé d'exercer une surveillance sur ses camarades.
- COSTUME (Faire un). Argot théâtral. Applaudir un acteur dès son entrée en scène et avant même qu'il ait pu prononcer une parole.
- COTE. Terme de course. Tableau sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent part à des courses. «Les paris à la cote sont les seuls autorisés, depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont sombré par-devant la police correctionnelle.» (Carnet des courses.)
- CÔTIER. Cheval de renfort. Homme qui le conduit. «Plus curieux encore sont les côtiers, c'est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.» (Estafette, 1882.)
- COUCHE (En avoir une). Sous-entendu, de bêtise. Être inintelligent.
- COUDE (Ne pas se moucher du). Se faire valoir. Expression ironique.
- COUP (Valoir le). Mériter attention. Valoir la peine.
- COUP DE CACHET. «Un jeune premier suivant le cœur de M. Zola... a sournoisement introduit un couteau entre les épaules de son rival... en imprimant à son arme, s'il en faut croire l'acte d'accusation, un mouvement de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement mortelle. C'est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet.» (L. Chapron.)
- COUPE-FILE. Carte délivrée par la Préfecture de police aux membres du corps diplomatique, aux ministres, aux personnages de distinction et qui sert à couper les files de voitures, à circuler ou à stationner dans des endroits où le public ne peut ni circuler, ni stationner.
«Tu ne verras pas, conduisant
Leur bois peint, tout frais reluisant,
Un groom en croupe,
Avec un coupe-file, au Bois,
Des gens qui faisaient autrefois
Filer la coupe!»
(Clairon, 1882.)
- COUPE-GUEULE. V. Biboire.
- COUPER DANS LE CEINTURON. Même signification que Couper dans le pont. (V. Delvau.) «Une vieille ambitieuse qui est simple marchande des quatre saisons, et que j'ai coupé dans son ceinturon.» (Gazette des Tribunaux, 1881.)
- COUPER LA VERTE, L'ALFA. Argot militaire. Boire de l'absinthe.
- COURRIER DE LA PRÉFECTURE. Voiture cellulaire.
- COUTURES (Rabattre les). Battre. Argot des écoliers. «Selon l'usage, on voulut commencer par lui rabattre les coutures, c'est-à-dire le brimer à coups de poing.» (A. Theuriet: Michel Verneuil.)
- COUVERTURE.—Dans le jargon militaire, la couverture, mot tout récent, signifie l'ensemble des troupes et des ouvrages de fortification qui couvrent une frontière et sont destinés à soutenir un premier choc. «Surtout ne dites pas que le général Février a le commandement de la couverture.» (Figaro, mars 1887.)
- CRAMPONNER (Se). Être saisi d'étonnement, d'admiration. Cramponne-toi, Gugusse, est une phrase ironique que le peuple emploie souvent en s'adressant à quelqu'un pour l'avertir qu'il va voir ou entendre quelque chose d'extraordinaire.
- CRAN. (Se serrer d'un). Se priver de. Se serrer le ventre, ne pas manger à sa faim.
- CRAYON. Commis boursier, employé d'agent de change, «Habile, finaud, un des malins crayons de la coulisse, Luzy n'avait pas le grand flair de Blancheron.» (De Goncourt: La Faustin.)
- CRAVACHE (Être à la). - On se sert aussi de cette expression d'abord pour exprimer l'état de quelqu'un qui, riche, se trouve dans une situation sinon précaire, tout au moins bien au-dessous de celle qu'il possédait, au point de vue de la fortune s'entend. «La nouvelle du jour est le mariage d'une demi-mondaine très décatie, mais fort riche, avec un clubman très titré, mais fortement à la cravache depuis le krack.» (Gil Blas, juin 1887.)
- CRÉTINISÉ (Être). Être ébaubi, stupéfait d'admiration, «—C'est la plus belle créature de notre temps.—J'en suis crétinisé!» (Vie Parisienne, 1882.)
- CREVANT. Très drôle, à crever de rire.
- CROIX DE DIEU. Alphabet. «Je connaissais la croix de Dieu. La croix de Dieu, vous le savez, n'est rien moins que l'alphabet avec une belle croix au commencement.» (B. Pifteau.)
- CROTAL. Sergent à l'Ecole Polytechnique. «L'on s'installe par demi-section présidée par un crotal. Le crotal c'est le sergent.» (Gil Blas, juin 1882.)
- CROTTARD. Trottoir. V. plus bas Magasin.
- CUIRE (Se faire). Se faire arrêter.
- CUL LEVÉ. Partie d'écarté à trois où deux des joueurs s'entendent pour dépouiller le troisième.
- CULASSES MOBILES (Revue des). Argot militaire. Inspection médicale qui a lieu tous les mois.
- CULBUTANT. Pantalon. (Richepin.)
- CULOTTE ROUGE (Donner dans la). Choisir ses amants dans l'élément militaire.
- CYLINDRE. Chapeau haute forme.
D
- DANDÉE. Coup, frottée. (V. Delvau: Dandinette.)
«Qui a composé cette chanson?
C'est un Cotric tourangeau
Par joie et satisfaction
D' la dandée de ce Morvandiau.»
(Chanson, 1884.)
- DANSE. Puanteur. (V. Delvau, Danser.)
- DARIOLE. Pâtisserie commune. Darioleur: pâtissier.
- DAVID. Casquette de soie. Du nom du bon faiseur. «Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front...» (Humbert: Mon bagne.)
- DÉBALLER DES FONDS DE CHAPEAUX (Faire). Ennuyer, obséder quelqu'un, dans l'argot des placiers et des commis voyageurs.
- DÉBECTANT. Ennuyeux, désagréable. «Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à Télémaque: C'est débectant, mais au fond, ça ne fait rien...» (A. Leroy: Les mistouf's de Télémaque.)
- DÉBECQUETER. Vomir.
- DÉBOULER. Accoucher.
- DÉBOUCLEUR DE LOURDES. Voleur qui a la spécialité de fracturer tes portes.
- DÉBOURRER. Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l'embonpoint factice qu'on lui avait donné pour le vendre. «Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l'embonpoint factice s'affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu'on appelle débourrée...» (Siècle, 1867. Cité par Littré.)
- DÉBRIDER. Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)
- DÉBROUILLE. Argot des enfants. Débarras. S'emploie surtout dans le jeu de billes. Quand devant une bille visée se trouve un obstacle quelconque, un caillou, du sable, l'enfant qui vise s'écrie: débrouille! et aussitôt il ôte l'objet qui le gênait, à moins que son camarade n'ait crié avant lui: sans débrouille!
- DÉCARREMENT. Evasion. (V. Delvau: Décarrade.)
- DÉCATISSEMENT. Mot plus trivial qu'argotique et synonyme de décrépitude, d'affaiblissement. «De là,—toujours style des jolis gommeux,—ce décatissement inouï, accompagné de phénomènes comateux...» (De Montépin: Sa Majesté l'Argent.)
- DÉCIMADORÈS. Cigare de dix centimes. «—Cochon de cigare!—En voulez-vous un autre?—Volontiers. Les miens sont pourtant d'une bonne marque; des décimadorès de choix!» (Charivari, juillet 1884.)
- DÉCOLLER (Se). Manquer, ne pas réussir, ne pas avoir lieu. «Voilà que le banquet du 13 se décolle!» (Bataille, 1882.)
- DÉCULOTTER. Faire faillite.
- DÉFLAQUE. Excrément. (Richepin.)
- Déglinguer. Détériorer.
- DÉGOMMER. Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.
- DÉGRINGOLER DE LA MANSARDE. Sentir mauvais de la bouche.
- DÉGRINGOLEUR, EUSE. Voleur, euse. «Malgré la réputation de dégringoleuse de la prévenue, le vol du chronomètre n'a pas été suffisamment établi à sa charge.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
- DÉGUEULATOIRE. Repoussant, dégoûtant, qui donne envie de dégueuler.
- DÉGUEULADE, DÉGUEULAGE, dégueulis. Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple, le sens de cravate.
- DEMI-CASTOR. «Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés; mais en grattant le castor on trouverait le lapin.» (Figaro, janvier 1887.)
- DEMI-POIL. Demi-vertu. «Allez donc établir une distinction quelconque entre une marquise célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.» (L. Chapron.)
- DEMI-TOUR. Jargon des élèves de l'école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie. «Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu'ils appellent le demi-tour.» (Evénement, juillet 1884.)
- DÉPOTER. Accoucher. «Une tante qui, sans être sage-femme, était experte en ce genre d'ouvrage, dépota l'enfant.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- DÉRAILLER. Divaguer.
- DÉROBER. Argot de turf. Un cheval se dérobe quand il s'écarte de la piste.
- DESCENDRE. Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C'est aller dans la direction de la rampe.—Terme de turf; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu'il descend, parce qu'en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre—1, et qui est aujourd'hui à 5 contre—1 est un cheval qui descend (Littré.)
- DESCENDRE DES TRAVAUX. Argot ouvrier. Travailler d'arraché pied. «Le patron avec qui nous avons traité... était étonné de la façon dont nous avons descendu les travaux...» (Enquête de la Commission extra-parlementaire des associations ouvrières.)
- DÉTACHÉ. Argot de sport. Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second, mais il était complètement détaché du reste du champ, c'est-à-dire qu'à l'exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient loin derrière lui.
- DÉTAR. Veston. Argot du peuple.
- DEUIL (Très). Homme du monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d'usage boulevardier, n'a fait qu'une courte apparition en 1886. Il faisait allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes à l'occasion de la mort de la comtesse de Chambord.
- DEUX GALONS. Lieutenant. Argot militaire. «Comment, disait-on, un médecin de deuxième classe qui n'a que le grade de lieutenant dans l'armée, un deux galons va commander des amiraux!» (Evénement, juin 1884.)
- DÉVISSER (Se). «C'était l'école préparatoire de Sainte-Barbe qui dévissait. Et pourquoi dévissait-elle l'école préparatoire? Parce que beaucoup d'élèves étaient mécontents de ce que quelques-uns de leurs camarades avaient été renvoyés...» (Constitutionnel, février 1883.)
- DIFFICULTÉ. Argot de sport. Être en difficulté, se dit d'un cheval qui a de la peine à garder son avance. «Au dernier tournant Gladius était en difficulté pour conserver son rang à côté de Bivouac qui prenait le dessus.» (Journal officiel.)
- DISCRÉTION. Pari. «Des paris gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante et le titre étrange de discrétion.» (Indépendance belge, 1868.)
- DISQUALIFIÉ. Argot de turf. Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d'une infraction au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)
- DISTINGUÉ. Verre de bière.
- DOMINO. (V. Retaper le domino.)
- DONNER (La). Penser, croire, juger. Argot des voyous.
- DONNER DU CHASSE A LA ROUSSE. Faire le guet.
«Tu donneras du chasse à la rousse, au moment
Où le patron fera son petit boniment.»
(De Caston: Le Voyou et le Gamin.)
- DONNER DU FLAN, DE LA GALETTE. Argot des grecs. Jouer honnêtement.
- DORÉE (Petite). Femme de mœurs légères. Ce mot lancé vers l'année 1884 n'a point été adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque aussi bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont pas, était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés d'or. «On a déjà débaptisé certaines parisiennes qu'on appelait hier encore des horizontales; le nom qu'elles portent est les petites dorées.» (Temps, octobre 1885.) «Le Soir a pris pour des ouvrières les petites dorées, autrement dit: les cocottes.» (Bataille, novembre 1884.)
- DRAINER. Ruiner. Le mot est expressif et fait image. «—Il se fera remisier ou il vendra des lorgnettes.—A moins qu'il n'épouse Coralie quand elle aura drainé le planteur et le fils du fabricant.» (Du Boisgobey: Paris-Bandit.)
- DRAP MORTUAIRE. Filet. Argot des braconniers. «La perdrix grise est ensevelie chaque jour dans le drap mortuaire.» (France, octobre 1885.)
- DRINGUE. Vêtement, redingote.
- DUC. Grande voiture se rapprochant de la victoria. Le ducest à deux places avec un siège par derrière et un par devant pour deux domestiques sur chaque.—Petit chapeau rond, de la forme du melon et que portent les souteneurs qui ont des prétentions à l'élégance.
- DUVAL. Argot des filles. On désigne ainsi les petites mendiantes,bouquetières ou autres qui, arrêtées par les agents, sont depuis le préfectorat de M. Ferdinand Duval placées à Saint-Lazare, dans un local spécial bien entendu, et cela jusqu'à leur majorité à moins que leurs parents ne les viennent réclamer.
E
- EAU DE SAVON. Absinthe. Argot du peuple.
- EAUX GRASSES (Être dans les). Occuper une haute situation dans une administration.
- ÉCAILLÉ. Souteneur. Allusion aux écailles de poisson.
- ÉCOLE PRÉPARATOIRE. Prison.
- ÉDUQUER. Elever, instruire, donner de l'éducation. «Nous sommes trop bien éduqués pour refuser de boire un petit verre à votre intention.» (De Montépin.)
- EFFONDRER. Battre, assommer. Argot du peuple. «Te souviens-tu de cette lutte en plein champ? Pauvre garçon, avec tes vingt-cinq ans, j'en aurais effondré quatre comme toi.» (Belot et Dantin: Le Parricide.)
- ÉGAILLER LES CARTES. Les étaler. Argot des cercles.
- ÉGRENÉ. «Quand on (un journal) est installé, c'est d'une simplicité extrême... Pour le Clairon, il a fallu, durant ces premiers jours écrire les bandes à la main, les affranchir et les porter au bureau central d'où elles partent individuellement au lieu de partir par paquets. On appelle cela le service des égrenés et le service des égrenés se fait après le service des classés. (Clairon.)
- ÉLECTEUR. Client,—dans l'argot des commis voyageurs. Quand la tournée a donné de bons résultats, l'électeur a bien voté; si les commandes ont été rares, il a mal voté.
- ÉLECTEUR (Se mettre en). Argot de caserne. C'est, pour le soldat, revêtir des habits civils.
- ÉLÉPHANT. Argot du Quartier latin. On appelle ainsi l'étudiant en médecine à la veille de passer sa thèse ou le jeune docteur qui suit bénévolement les cours d'un professeur dans un hôpital.
- EMBAU. Embauchage. Argot des ateliers. «Vous savez bien, aux environs de l'Hôtel de Ville, là où il y a de si grandes places que les ouvriers sans travail arrivent à s'y tasser, attendant l'embau.» (Cri du peuple, août 1884.)
- EMBAUCHE. Travail, ouvrage, emploi quelconque. Terme populaire. Pourquoi avoir laissé tomber dans le bas langage ce mot parfaitement usité au XVIIe siècle? «Viens avec moi; mon frère a un peu de galette; nous le taperons de quelques ronds et nous irons chercher de l'embauche.» (Gagne-petit, avril 1886.)
- EMBAUMÉ. Jeune homme élégant dans le jargon parisien. L'embaumé est le descendant direct du faucheur qui, lui-même, succédait au bécarre qui descendait des boudinés, grelotteux et autres pschutteux. Embaumé qui donnait assez bien l'idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue, fit fureur pendant la saison d'été 1885-1886 et a été détrôné à son tour par de nouveaux vocables, «De la Bastille à la Madeleine, l'embaumé règne en maître absolu.» (Voltaire, décembre 1885.)
- EMBOÎTER. Insulter.—Se faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.
- EMBOUCANER (S'). S'ennuyer. Argot des voyous.
- EMBUSQUÉ. Argot militaire. Soldat dispensé, en raison de fonctions spéciales, du service commun. «Pas plan de carotter la revue, tous les embusqués, soldats de cantine, garçons du mess, secrétaires du major, tout le monde est là.» (Monde comique, no 195.)
- ÉMÉCHEUR DE PARTIES. Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu'ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des voraces ou des émécheurs de parties.
- ÉMOUSSÉ. Encore un des nombreux surnoms qui ont été donnés à la fleur de nos jeunes élégants. «Quant aux jeunes étriqués, efféminés, rachitiques dérivés des grelotteux, crevés, rez-de-chaussée, ils s'appelleront désormais des émoussés.» (Voltaire, mars 1887.)
- EMPIERGEONNER. S'empêtrer. (Richepin.)
- EMPLUCHER. Piller.
- ENCADRER QUELQU'UN (Faire). Se dit d'une personne qui présente quelque particularité prêtant à rire.
- ENCAMBRONNER. Ennuyer considérablement. C'est une variante adoucie de l'autre verbe dont le peuple a plein la bouche. «Quant aux politiciens qui battent la grosse caisse autour de quelques noms, ils nous encambronnent supérieurement.» (L'Egalitaire, journal 1885.)
- ENDORMEUR. Homme ennuyeux.
- ENFIFRÉ. Non-conformiste.
- ENFILER. Se faire enfiler, se faire arrêter.
- ENGAGER. Argot de turf. Prendre inscription pour faire participer à une course publique un cheval dont on est propriétaire.
- ENGUEULER LE TROTTOIR. Porter des chaussures éculées, percées. «Des souliers éculés avec des semelles... qui engueulent le trottoir.» (Vie Parisienne, 1882.)
- ENQUILLEUR. Argot des voleurs et surtout des bonneteurs. (V. Chocolat.)
- ENTRÉE. Argot de turf. Somme versée par le propriétaire qui engage un cheval pour une course.
- ENVIANDER. Copuler. On dit aussi, tremper sa mouillette.
- ÉPATOUFFLER. Variante d'épater. «On est un peu épatoufflé—pour employer une expression familière de Mme de Rémusat elle-même—par ce sans-gêne mondain.» (Liberté, novembre 1883.)
- ÉPINGLER. Arrêter.
- ÉPOUFFER (S'). Fuir, se sauver.
- ÉPROUVÉ. Condamné qui, ayant déjà subi la moitié de sa peine s'est, par une bonne conduite, recommandé à l'administration.
- ESBIGNER DANS SA BOITE A PUCES (S'). Rentrer chez soi. «Si c'est comme ça qu'on vous reçoit dans le monde chic, des mâches! J'aime mieux m'esbigner dans ma boite à puces.» (Mahalin: La patte de fer.)
- ESBLOQUER. Etonner, stupéfier.
- ESCAVER. Empêcher.
- Écrabouiller. Écraser; réduire en morceaux, en miettes.
- ESCOUADE (Parapluie de l'). Argot militaire. Envoyer chercher le parapluie de l'escouade: moyen poli de se débarrasser d'un importun. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- ESSENTIEL. «Dans le quart du monde, ces demoiselles ont trouvé une nouvelle façon d'appeler leur monsieur sérieux. Elles le nomment l'essentiel,» (Evénement, décembre 1886.) Essentiel fait penser à ce que les joueurs de profession appellent leur matérielle. (V. infra ce mot.)
- ESTAPHE. Poule. Jargon des voleurs.
- ESTOMAC (Avoir beaucoup d'). Argot des cercles. Jouer gros jeu.—Avoir une grosse fortune; présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial. C'est une variante de: Avoir les reins solides. «Blancheron, un coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.» (De Goncourt: La Faustin.)
- ÉTAGÈRE. Femme qui dans les restaurants parisiens est préposée au service des desserts qui sont en général exposés sur une étagère.
- ÉTANCHE (Avoir le goulot en). Avoir le gosier altéré. «Charge-moi vite une gobette de champoreau; j'ai le gosier en étanche! (Réveil, 1882.)
- ÉTAT-MAJOR. Argot de caserne. Boisson composée de vin, d'eau-de-vie et de sirop de groseille. (P. Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- ÉTEINT. Une des dernières incarnations du bon jeune homme à la mode. «Rastaquouères fraîchement débarqués, jeunes éteints du dernier cri, millionnaires sans le sou...» (France libre, juillet 1885.)
- ÉTOUFFÉ. C'est ainsi qu'on a surnommé pendant quelque temps les jeunes poseurs qui ont la prétention de représenter l'élégance, le bon ton et les belles manières. «Songez que cela ne s'adresse point aux petits étouffés qui amènent dix-sept ou dix-huit au dynamomètre.» (France libre, juillet 1884.)
- ÉTEINDRE SON GAZ. Mourir.
- ÉTOUFFAGE. Vol. Etouffer, voler. Étouffeur, grec, voleur. Argot des joueurs. (V. Delvau: Étouffoir.)
- ÊTRE AU SAC. Avoir de l'argent. «Les deux amis se tombent dans les abatis l'un de l'autre et Hégésippe qui était au sac propose à Philoclès de venir prendre un petit quelque chose sur le pouce.» (Les mistouf's de Télémaque.)
- ÉVACUER DU COULOIR. Sentir mauvais de la bouche.
- EXÉCUTION. V. Delvau: Exécuter quelqu'un.
- EXHIBITIONNISTE. Non conformiste.
- EXTRAVAGANT. Verre de bière d'une capacité plus qu'ordinaire.
F
- FABRIQUER. Faire, dans le sens général. Qu'est-ce que tu fabriques là?
- FACILE A LA DÉTENTE. Généreux.
«Mon mari, dit une marquise,
Hier s'est généreusement
Fendu d'une parure exquise.
—C'est fort aimable, assurément,
Dit une comtesse charmante;
Mon époux, malheureusement,
Est moins facile à la détente.»
(Marcellus: Le langage d'aujourd'hui.)
- FAIRE. Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
«Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin... puis il part. Dans l'après-midi il était fait.» (Gil Blas, juin, 1886.)
- FAIRE QUATRE CHIFFRES. Argot de théâtre. Faire une recette d'au moins mille francs. «On se frottait les mains au théâtre, le soir, quand, par hasard, on avait atteint ce qu'on appelait les quatre chiffres. Les quatre chiffres cabalistiques, c'était mille francs.» (F. Sarcey: Temps, 1882.)
- FAIRE SIPHON. Argot des voyous. Vomir.
- FAIRE SON CHEVAL DE CORBILLARD. Faire le malin. Poser.
- FAISAN. On appelle ainsi, dans le commerce parisien, des filous qui ont cette spécialité: exploiter des fonds de commerce qu'ils se repassent entre eux tous les trois mois, au moment de l'échéance des traites, soldant les marchandises qu'ils se sont procurées à crédit. Le faisan est proche parent du fouilleur. (V. ce mot.) «Certains inculpés, tels que Colson, ont joué le rôle de faisans.» (Droit, août, 1886.)
- FAISEUSE D'ANGES. Nourrice qui, de propos délibéré, laisse mourir les enfants qu'on lui confie.
- FALLOPHAGE. Argot des savants. (V. Avale-tout.)
- FALOURDE. Réclusionnaire. Argot des malfaiteurs. «Tous ces filous font partie d'une bande parfaitement organisée, embrigadée; une véritable association avec ses chefs, ses banquiers, ses professeurs dont le maître suprême est un falourde répondant au surnom de Dragon.» (Temps, 1886.)
- FANTASBOCHE. Fantassin.
- FAUCHEUR. Type de l'homme à la mode qui a fleuri en l'an de grâce 1885. Ça a été le successeur au grelotteux. «Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux, ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s'appelle le faucheur. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre; le bras droit qui se balance énergiquement de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle l'allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins odorants. De là le sobriquet.» (Figaro, 1885.)
- FAUCONNIER, ou mieux GREC FAUCONNIER. Grec qui taille des banques pour le compte d'un gérant ou d'un président de cercle véreux.
- FÉDÉRÉ DANS LA CASEMATE (Avoir un). Être enceinte.
- FEMME AU PETIT POT. Concubine. Argot des chiffonniers.
- FERBLANTERIE. Brochette de décorations.
- FERBLANTIER. Commissaire de la marine. Ainsi nommé à cause de ses galons d'argent. «Une amertume gâtait toujours ses satisfactions d'employé: l'accès des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait à cause de leurs galons d'argent, aux emplois de sous-chef et de chef.» (Guy de Maupassant.)
On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales qu'on n'a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent à accaparer l'attention publique...» (National, octobre 1887.)
- FER A REPASSER. Soulier.
- FERMER SON PLOMB. Se taire.
- FERRÉ (Être). Argot des écoles: connaître parfaitement les matières qui figurent au programme d'un examen; être instruit.
- FESSE. Argot des voyous. Prostituée.
- FÊTARD. Le langage populaire qui avait déjà fêteur a trouvé que cela ne suffisait pas. Fêtard, fêteur, qui fait la fête, la noce, en un mot qui passe son temps à s'amuser. «Le fêtard est un être particulier dont toute l'occupation en ce monde est de se divertir. «Le fêtard ne se met jamais martel en tête que lorsque le grand H... ou la petite Valérie se font excuser au prochain souper.» (Illustration, nov. 1885.)
- FEU (Avoir du). Argot des enfants qui se servent, dans un sens ironique, de cette locution au jeu dit des quatre-coins. As-tu du feu? signifie: Es-tu prêt à échanger ton coin contre le mien. Voici, je suppose, l'origine de cette expression: on sait que les gamins ne se gênent pas pour fumer. Or, l'un d'eux ayant un jour une cigarette éteinte, voulut prendre du feu à la cigarette allumée d'un des trois autres joueurs et, pendant ce temps se vit prendre sa place par le cinquième, le patient, le pot.
- FEUILLE. «Les filles d'Eve ont reçu différents noms, suivant les époques, les règnes et les modes... A Saumur, leur nom ne varie plus. On les appelle des Feuilles.» (Théo-Critt: Nos farces à Saumur.)
- FEUILLES (Bonnes). Les passages les plus remarquables d'un livre, d'une brochure.
- FEUILLÉES. Latrines. Argot du régiment. Allusion aux branches d'arbres que l'on place, au camp, autour des cabinets pour les dissimuler.
- FICHER DANS LA DOUANE (S'en). S'ennuyer énormément. Argot de ces messieurs de la douane.
- FIGNOLE. Joli. (Richepin.) V. Delvau, Fignoler.
- FIGURANT DE LA MORGUE. Cadavre.
- FILER UNE PURGE. Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. L..., de lui filer une purge, dit Baylac (un inculpé).» (Autorité, janvier 1888.)
- FILLE (Petite). Demi-bouteille de vin.
- FILS D'ARCHEVÊQUE. Argot des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs camarades qui sont les fils de leur père, c'est-à-dire dont la famille est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits ne font pas défaut. «Une promotion (à l'Ecole navale) aussi forte que celle qui était annoncée ne se justifiait... que par le nécessité de faire une position à quelque fils d'archevêque.» (Mot d'ordre, 1887.)
- FIOLE. Souper de la fiole de quelqu'un, en être fatigué, importuné.
- FIOLER. Dévisager.
- FISTOT. Elève de première année à l'Ecole navale. «Les anciens attendaient leurs fistots pour les piloter et commencer leur éducation maritime.» (Illustration, octobre 1885.)
- FLAMBÉ (Être). Être perdu. (V. Delvau.) «Avec votre loi, mes cent écus auraient été flambés!» (Journal officiel, juin 1882.)
- FLAMBEAU. Factionnaire. Argot des soldats.
- FLAQUIN. Recherché dans sa mise.
- FLAUPER. Battre.
- FLEUR DE MACADAM. Fille galante qui bat le trottoir. «Encore eût-elle (madame de Metternich) éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa désinvolture.» (Evénement, 1880.)
- FLÛTE. Verre de bière.
- FOIES BLANCS (Avoir les). Être timide, manquer de courage, d'audace.
- FOIRER. Avoir la dysenterie. Expression très triviale. (V. Foire au Dictionnaire.)
- FOIRER. Avoir la foire.
- FOIRON. Derrière.
- FORTIFES. Fortifications. «C'est tout en haut de la rue d'Allemagne, près des fortifes, comme dit le voyou.» (Evénement, juillet 1887.)
- FOUILLE. Poêle. Delvau donne Fouillouse et Littré fouilleuse.
- FOUILLEUSE. Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir. «Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme...» (Gazette des Tribunaux, 1875.)
- FOULE (Faire). Avoir du succès; attirer la foule.
- FOUR A BACHOT. «Déjà, dès cette époque, il s'était créé à Paris et même en province des établissements spéciaux que l'on connaissait alors sous le nom pittoresque de fours à bachots; leur spécialité, c'était de gaver en quelques mois les jeunes gens de toutes les connaissances que comportait un programme qui devait se répartir sur dix années d'études.» (XIXe Siècle, mai 1884.)
Le Four à bachot existe encore aujourd'hui sous cette appellation plaisante et vraie.
- FOURCHETTE (Lancer un coup de). Porter à l'adversaire avec lequel on se bat un coup dans les deux yeux à la fois en y enfonçant, d'un mouvement rapide, l'index et le doigt majeur écartés.
- FOURNAISE. «Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l'effigie de la République qu'ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises; c'est ainsi qu'on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie.» (Figaro, mars 1884.)
- FOURNEAU. Vagabond,—dans l'argot des saltimbanques.
- FOUTOIR. Petite maison ou petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d'un lieu public ou d'une maison privée qui admettent une grande licence.
- FRAIS (Mettre au). Emprisonner. On dit aussi Mettre à l'ombre.
- FRANC. Argot militaire. Bon, agréable. Pas d'exercice, demain! c'est franc! (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- FRANGEUSE. Nécromancienne. «Il apprit que le mot frangeuse voulait dire magicienne et que Mme Bailly lisait l'avenir dans le marc de café.» (Gil Blas, juillet 1884.)
- FRÉQUENTÉE. Femme galante et à la mode. «Le baccarat, les belles fréquentées, le krack ont réduit à la misère un nombre considérable de viveurs et de boursiers.» (Evénement, septembre 1884.)
- FRICOTER. «Les secrétaires, les commis d'état-major qu'on appelle fricoteurs au régiment, sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d'une immense table.» (Constitutionnel, août 1882.)
- FROTTEUR. Argot de Police. «Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle; pour toucher d'une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d'eux.» (Giffard: Les grands bazars.)
- FRUCHE. Objet disqualifié. Argot des commis de nouveautés.
- FUMERON. Repasseuse.
- FUMEUSE. Siège où l'on s'assied pour fumer commodément.—Chandelier.
- FUMEUX. Sobriquet donné en 1884 pour désigner les jeunes gens du monde où l'on s'amuse. «Tout le monde pschutteux s'était donné rendez-vous à cette solennité parisienne entre toutes: les petits fumeux et les horizontales de toutes marques s'écrasaient dans le promenoir.» (Evénement, juillet 1884.)
- FUMISTER. Mentir.
- FUMISTERIE. Mauvaise plaisanterie.
- FURET. «Une des grèves les plus curieuses de Paris est celle qui se tient rue Vaucanson. Les hommes qui la composent se nomment furets. C'est à cette grève que les personnes qui ont besoin d'un individu pour porter un fardeau ou qui désirent faire faire un grossier ouvrage, se rendent et choisissent un de ces malheureux...» (Rappel, octobre 1884.)
- FUSÉE. Argot des gens de Bourse. La fusée est l'enlevée en hausse d'une valeur. On entend dire couramment à la Bourse: Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.
- FUSIL. Chasseur. «Ils (les reporters) n'appellent pas un chat, un chat; ils ne disent pas d'un chasseur, un chasseur, ils disent un fusil. J'ai lu, cette semaine, à propos d'une battue chez une demi-mondaine fort célèbre, cette phrase étonnante: «Invités: douze fusils des deux sexes.» (Claretie.)
- FUSIL A DEUX COUPS. Pantalon.
- FUSILLEUR. On appelle ainsi, dans l'argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant, mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes, les ont obtenues à crédit avec l'intention de ne jamais les payer. «Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi, mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements n'ont point permis de relever contre eux des faits assez précis pour établir leur entière culpabilité.» (Droit, août 1886.)
G
- GAFF. Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas Guignol.
- GAFFER. Commettre des fautes, des sottises.
- GAFFEUR, EUSE. Du verbe argotique gaffer, commettre des impairs. «J'en connais (une femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement fréquenté... Un peu gaffeuse, par exemple.» (Charivari, avril 1887.)
- GAFFIER. Synonyme de l'argot gaffeur. «Lucien D..., soixante ans, député de la Seine-Inférieure, terriblement maladroit; réputation méritée de gaffier.» (Bataille, nov. 1885.) Gaffeur est beaucoup plus usité.
- GAFILLER. Ecouter attentivement; prêter attention à... Argot des rôdeurs.
- GALETTE. Petit pain rond et plat qu'on sert dans certains restaurants.
- GALOPIN. Petit verre de bière.
- GALUPE. Femme, fille de mauvaise vie.
«Les galup's qu'a des ducatons
Nous rincent la dent.»
(Richepin.)
- GALUPIER. Qui entretient des galupes. (Richepin.)
- GAMAHUTER. Assassiner. Argot du peuple. Du nom de l'assassin Gamahut. «B... est venu gamahuter dans les bureaux du Cri du Peuple et il a été acquitté.» (Cri du Peuple, avril 1885.)
- GAMBETTE. Jambe. Jouer des gambettes, fuir.
- GAMBIER. Pipe en terre. Du nom du fabricant.
- GAMELLE (Ramasser une). Argot militaire. Tomber.
- GANDIN. Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple. «Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. A présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai! c'est pas gandin!» (Fournière: Sans métier.)
- GANTIÈRE. «En langage parisien, ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau.» (Voltaire.)
- GARGAROUSSE. Gosier. (Richepin.)
- GATEAU. Séquence. Argot des joueurs. V. infra: séquence.
- GATEZAR. Elève de l'Ecole des arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption de Gars des Arts. Le mot est employé dans toutes les écoles d'arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent ces écoles.
- GAVE. Estomac. (Richepin.)
- GÉNÉ. Général. Argot de l'Ecole polytechnique. «L'habitude est à l'école d'abréger tous les mots. On ne dit pas le colonel, mais le colo, le général, mais le géné... (Gil Blas, juin 1882.)
- GIBERNEUR. «On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l'étalage des fruits et à l'ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles.» (Journal des Débats, déc. 1882.)
Ils ont aussi reçu le nom d'hommes sauvages, car beaucoup d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés de la banlieue.
- GLU. Ce mot a été inspiré par la pièce de M. Richepin, La Glu, jouée au théâtre de l'Ambigu. La Glu, c'est l'ancienne cocotte, la belle petite ou la tendresse d'hier. «Depuis quelques jours, on appelle ces dames des Glus. Le mot fera-t-il fortune? Une jeune glu... une vieille glu... Parmi les glus à la mode... Cela a le défaut de faire pour l'oreille un peu calembourg avec les grues. Bis in idem. Cela a l'avantage, par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser le sujet.» (Monde illustré, 1883.)
- GNIASSE (Mon). Je, moi, me. (Richepin.)
- GNIOLE. V. Delvau. Gnon.
- GONDOLE. «Gondole est passé dans la langue; on le dit couramment de l'objet qui a cessé de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l'actualité récuse et dont la mode ne veut plus.—Non, trop gondole! a remplacé le canaille: A Chaillot! d'autrefois.» (Evénement, mai 1887.)
- GONDOLER (Se). C'est, dans l'argot courant, l'équivalent exact de notre expression familière: rire à se tordre.
- GOSSINET. Petit enfant dans le langage du peuple. «Y a pas classe à la laïque, tantôt; puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera, c' t' enfant.» (Petite République française, février 1887.)
- GOUPILLONNARD. Clérical, religieux. «Il ne pourra faire autrement... pour obtenir du bon Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.» (République anti-cléricale, août 1882.)
- GOURDE. Niais, imbécile.
- GRAND SINGE. Président de la République.
- GRAS. Latrines. (Richepin.)
- GRATE. Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.
- GRATIN. Le gratin, c'est dans l'argot boulevardier l'ensemble du monde élégant ou soi-disant tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères—non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage—appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c'est le gratin du gratin.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey: Le Billet rouge.)
De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l'adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (Monde illustré, juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (Figaro, mars 1884.)
- GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE. Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse. Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...» (Moniteur universel, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.» (Echo de Paris, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.» (Gil Blas, octobre 1885.)
- GRECQUER. Tricher au jeu. Se faire grecquer, se faire voler au jeu. «J'ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot clandestin.» (Gil Blas, juillet 1884.)
- GRÈVE. Lieu d'embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a point la consécration du Dictionnaire de l'Académie et ne se trouve pas davantage dans le Dictionnaire de Littré. C'est d'ailleurs moins un terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple que par l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi qu'en témoignent les Ordonnances de Police. «Une des grèves les plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (Rappel, octobre 1884.)
- GRILLANTE. Cigarette. Argot du peuple.
- GRILLER (Se faire). Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.
- GRIMACE. Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.
- GRIPPART. Chat. (Richepin.)
- GROS CUL. Chiffonnier aisé.
- GRUBLER. Grogner. (Richepin.)
- GUEULARD. Argot du peuple, de celui surtout qui, par métier, fréquente les Halles. Le gueulard est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n'est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie! «... Les autres s'emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin...» (Français, nov. 1884.)
- GUIGNOL. Gendarme. Argot des voleurs. «Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)... Petit Journal, mai 1886.
- GUINDER LES PORTES. Argot théâtral. En attacher les deux battants à l'aide de cordes dites fils de façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.
H
- HARICOTER. Spéculer. «Il négocie sur tout, spécule sur tout, gagne sur tout, se mêle à toutes les entreprises, s'immisce à tous les négoces. On appelle cela haricoter.» (Echo de Paris, nov. 1884.)
- HARNACHÉ. Terme de joueurs. Préparé d'avance, falsifié. Roulette harnachée, roulette pipée, machinée clandestinement.
«Cette affaire de roulette harnachée a fait grand bruit il y a quelques années à Paris...» (Henri IV, 1881.)
- HARNAQUÉ. Même sens que le mot précédent dont il est une déformation. «Il m'a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses... qui vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité de harnaquer les petits chevaux.» (Temps, avril 1887.)
- HIRONDEAU. Les tailleurs qui changent fréquemment de maisons reçoivent la qualification d'hirondeau. (Henri IV, 1882.)
- HIRONDELLE. Bateau qui, sur la Seine, sert au transport des voyageurs. (V. Mouche.)—Dans les stations balnéaires, en Bretagne surtout, on désigne sous le nom d'hirondelle le voyageur, le touriste qui vient se promener, prendre des bains de mer ou faire une saison. Comme l'hirondelle, le voyageur vient aux approches du beau temps et disparaît avec la belle saison.
- HORIZONTALE. Femme galante. Il y a plusieurs sortes d'horizontales. D'abord l'horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l'on s'amuse; puis, l'horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie; enfin l'horizontale de petite marque qui n'a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s'est aujourd'hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d'après l'auteur même de Denise, les horizontales virent le jour. «Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait «une tendresse» comme on dit un steamer, par abréviation.
«Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J'ai pris le mot de X. de Maistre pour l'appliquer à celles qui sont de son avis. L'horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain... Je n'en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l'intérêt des glossateurs...» Cette explication n'a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d'aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu'à Casanova l'emploi de ce mot horizontale dans l'acception spéciale qu'il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante: «On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d'accès facile. On ne s'est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n'appartient pas de prime-abord à l'un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l'édition italienne de Périno, à Rome.» «Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque...» (Illustration, juin, 1883.)
D'horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l'ensemble de ce monde spécial. «Le vrai monde ma foi, tout ce qu'il y a de plus pschutt... et aussi tout le haut horizontalisme...» (Figaro, juillet, 1884.)
- HOUSETTE. Botte.
- HUILE. Officier supérieur, dans la langue verte du troupier. «Le général convie demain dans un repas de trente couverts tous les gros bonnets militaires, ceux que les soldats appellent indifféremment les Huiles ou les Grosses légumes.» (Figaro, sept. 1887.)
- HUILE (A l'). Gratis, pour rien. Argot de coulisses. «Comme un figurant doit toujours faire la première semaine à l'œil, c'est-à-dire à l'huile, en terme de métier...» (Figaro, déc. 1885.)
- HUITRERIE. «C'est la drôlerie de pensée, l'erreur de plume, qui, par précipitation, par manque de réflexion, échappe surtout à l'écrivain.» (J. Claretie: Le Temps, avril 1882.)
Le mot a été précédemment employé par V. Jacquemont.
I
- IGNORANTIN. Frère des Ecoles de la Doctrine chrétienne.
On dit aussi Ignoramus. «Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement de la jeunesse ouvrière...» (Anti-clérical, mai 1880.)
- ILOTIER. Ce mot, dans le langage policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes et qui forment, pour ainsi dire, les limites d'un îlot. «Il est clair qu'après le passage de l'îlotier en un point déterminé, ce point reste un certain temps dégarni.» (Petite République française, mai 1882.)
- IMPÉRATRICE (Faire l'). Le français ne bravant pas l'honnêteté dans les mots, il est impossible de traduire ici cette locution fort usitée chez les non-conformistes. Aux lecteurs trop curieux, je rappellerai les singulières relations de Julia et Pompée, et les renverrai, les lecteurs, à un ouvrage aussi curieux que rare: Centuria librorum absconditorum. pp. 404 et circa.
- INDIENNE. Vêtements, effets. Argot des voleurs. «De quoi! de quoi! il va me fusiller mes indiennes! Veux-tu laisser ça ou je te mets une pouce.» (Humbert: Mon Bagne.)
- INFLUENCÉ (Être). Être légèrement ivre.
- INSECTE. Gamin.
- INSÉPARABLES. Cigares qui se vendent quinze centimes les deux; les débitants n'en délivrent pas moins de deux à la fois. «Cela lui permet, l'aristo, de fumer orgueilleusement des inséparables de choix.» (Dix-neuvième Siècle, avril 1885.)
- INTERVIEWER. Encore un mot d'importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex.: «Félicie L... est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n'est allé interwiever la regrattière d'en bas, ou la repasseuse du cinquième.» (L. Chapron.) «Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses! Blowitz, interwiever... le grand interwiever Blowitz... C'est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.» (P. Ferrier.)
- INVITEUSE. Fille qui sert dans les brasseries. «L'inviteuse, c'est l'agente provocatrice du consommateur.» (Citoyen, avril 1882.)
J
- JABLO (Grand). Lumière électrique. Argot du peuple qui trouve trop difficile à prononcer le nom de Jablockoff.
- JACOBITE. Argot politique. On appelle ainsi tout légitimiste dissident du comte de Paris et rallié à la cause de don Jayme, c'est-à-dire Jacques, fils aîné de don Carlos. «M. Cornély consacre dans le Matin un article aux Jacobites ainsi que ce journal quatricolore nomme les rares partisans de la candidature royale des princes de la maison d'Anjou.» (Univers, juillet 1884.)
- JACQUES (Faire le). Argot militaire. Manœuvrer et, plus spécialement, manœuvrer en décomposant. S'applique de préférence aux exercices de l'Ecole du soldat. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- JAM' DE LAV'. Traduction: Jamais de la vie! Expression couramment usitée il n'y a point longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude: «On lui dit... qu'il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs à la caisse de l'agence.—Jam' de lav'! répond le jeune homme.—Comment! jamais de la vie? reprend l'employé de l'agence, qui comprenait le parisien.» (Figaro, 1886.)
- JÉROMISTE. Partisan du prince Jérôme Napoléon. «Et en effet la dégringolade des intransigeants, collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée que celle des ultramontains et des jéromistes.» (Henri IV, 1881.)
- JOSEPH. Couteau. Argot des malfaiteurs. «Bébé, condamné a mort pour un simple coup de Joseph.» (A. Humbert: Mon Bagne.)
- JOSÉPHINE. La cagnotte, dans le jargon des joueurs. Bourrer Joséphine; entretenir la cagnotte. «Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce que ledit croupier bourre fortement Joséphine.» (Tricolore, mars 1884.) V. sur une autre acception de Joséphine, infra au mot princesse.
- JOUER LE POINT DE VUE. Argot de cercle ou mieux de tripot. «De la même famille est la «ficelle» qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l'on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l'on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu'on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s'appelle jouer le point de vue.» (Carle des Perrières: Le Monde qui triche.)
- JOUER LE MOT. Argot théâtral. Souligner chaque mot à effet au point d'atténuer le caractère général du personnage qu'on représente.
- JOUER A L'AVANT-SCÈNE. Argot théâtral. Dire son rôle le plus près possible de la rampe de façon à se mettre en plus intime communication avec le public.
- JUS. Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l'eau. Je l'ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient jus de grenouille et les autres jus, tout court. «L'autre le suit, l'empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant: Va dans le jus.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
L
- LAD. Garçon d'écurie. «Autour du favori un cercle s'est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l'entraîneur.» (Vie Parisienne, 1882.)
- LAÏQUE (La). L'école laïque. «Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera c't'enfant.» (Petite République française, février 1887.)
- LAMA (Grand). Chef, maître suprême. «Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d'artifice à Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.» (Figaro, avril 1884.)
- LAMPION ROUGE. Poste de police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les postes et les commissariats de police.
- LANGOUSTE. Argot du peuple. Chaussettes.
- LANCINER. Ennuyer. Lancinant, ennuyeux.
- LANGUILLEUR. «Joseph, deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l'homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serrejusqu'à ce qu'ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n'est pas saine et doit être refusée par les bouchers.» (Paris-Journal, 1882.)
- LANTERNER. N'être plus apte aux choses de l'amour. «—Dis-moi, petite... crois-tu que...?—Dame! vous savez, monsieur, avec mamz'elle, faut pas lanterner...—Ben oui! mais voilà! à présent c'est que j'lanterne!...» (Almanach des Parisiennes, 1882.)
- LAOUTH. Cheval. Argot des régiments d'Afrique.
- LAPIN DU BOIS DE BOULOGNE. Filles publiques qui, l'été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne, quaerentes quos devorent. «Ces amoureuses vagabondes, qu'on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes...» (République française, juin 1885.)
- LARDON. Jeune homme. Argot du peuple. «C'que c'est que la vie! On était quat'cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.» (Mirliton, journal, oct. 1885.)
- LARGE (Envoyer quelqu'un au). L'envoyer promener. «Hier, je comptais presque sur lui... Ah! bien ouiche! il m'a envoyé au large.» (Vie Parisienne, 1882.)
- LAVER! (Va te). Expression injurieuse, synonyme de: Vous m'ennuyez!
- LEDRU-ROLLIN. Ouvrier ébéniste. Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg Saint-Antoine. «Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne sont toutes pleines d'ouvriers de ce genre qui ont leur établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent un nom spécial. On les appelle les Ledru-Rollin, parce que les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l'ancien montagnard de 1848 et sont encore aujourd'hui la propriété de sa veuve.» (J. Vallès: Tableau de Paris.)
- LÉGITIMARD. Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime.—Qui se rapporte à la monarchie.
«De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté
Par un petit banquet en chambre
L'anniversaire peu vanté.»
(L'Esclave Ivre, no 4.)
- LÉSÉE. Femme. «La frangine! Je n'y ai seulement pas parlé! Elle ferait bien mieux de s'occuper de ses lésées (femmes)!» (A. Humbert: Mon bagne.)
- LÉGUME. Fonctionnaire. Gros légume. Fonctionnaire puissant et haut placé.
- LEVER. Trouver. «Il avait appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité de lever les chopins (de dénicher des affaires)...» (Humbert: Mon bagne.)
- LICHE-A-MORT. Buveur intrépide. Langage plus que familier. «Il absorbe une bouteille qui file gentiment, puis une seconde; jamais on n'avait vu un liche-à-mort de sa force.» Gazette des Tribunaux, juillet 1884.)
- LICHER LE MORVIAU. (Se). S'embrasser.
- LICHOTER UN RIGOLBOCHE. Argot du peuple. Faire un bon dîner. «On va trimballer sa blonde, mon vieux; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- LICO. Immédiatement. Abrév. d'illico.
- LIGNE. Bande d'individus.
- LIGOT. Grande ficelle dont se servent les agents de police et qui entoure le poignet droit, puis le corps, à la ceinture.
- LITTÉRAL. Argot des élèves des écoles militaires qui désignent ainsi le petit livre où se trouvent la théorie, les principes de la manœuvre, livre qu'il faut savoir littéralement par cœur.
«Salle affreuse, où de la théorie
Nous avons tant beuglé le littéral,
Adieu...»
(Echo de Paris, avril 1884.)
- LOCATIS. Mauvaise voiture de louage.
- LOUFLON. Fils de franç-maçon.
- LOUP. Dans l'argot théâtral, défaut que produit un vide dans l'enchaînement des scènes. «Les auteurs ont fort bien senti qu'il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître...» (A. Daudet.)
- LOURDIER. Concierge, portier. Argot des voleurs, des joueurs de bonneteau. V. Chocolat.
- LUIS. Jour. Delvau donne luisant.
- LUISANT. Le descendant direct du dandy et du lion. De mode en 1884, ce qualificatif n'a point tardé à être délaissé. «De toutes les appellations données depuis le commencement du siècle aux créateurs de la mode et de l'élégance, celle qui se rapproche le plus du type baptisé aujourd'hui luisant est le lion.» (_Gaulois, 1884.)
- LUNDISTE. V. Delvau: Lundicrate. «Ce fut cette fois un succès éclatant. J'ai voulu lire les appréciations des lundistes d'alors, j'y ai trouvé ce que j'attendais.» (P. Perret.)
- LUNE. Pièce de vingt sous. Argot du bagne. «On arrivait à supprimer tout risque en achetant à la fois le servant et l'argousin. L'un ne coûtait pas plus cher que l'autre. C'était affaire de quelques lunes.» (Humbert: Mon bagne.)
- LUNETTES (Donner une paire de). Argot des joueurs de billard. Livrer deux billes tellement rapprochées que l'adversaire ne peut manquer de caramboler.
- LURETTE (Belle). Longtemps: Corruption de belle heurette, il y a belle heure que...
- LUX. Jargon des lycéens, qui entendent parler ainsi du jardin du Luxembourg.
M
- MABOUL. Niais, un peu fou. «Suivant l'expression d'Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins. (Huysmans: Les Sœurs Vatard.) «Le père? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie; malheureusement il est un peu maboul.» (Sirven et Siegel: Les Drames du Mont-de-Piété, 1886.)
- MACARONI. C'est ainsi que les gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le fonds d'Etat italien. «Le Macaroni se cramponne; il voudrait se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.» (Gil Blas, juin 1887.) «Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit: Je prends ferme; le macaroni se soutient; les huiles fléchissent.» (Gazette de France, octobre 1886.)
- MAGASIN. Trottoir, dans le jargon des filles et de leurs souteneurs. «C'est là (dans un cabaret) que les macs vont régler leurs affaires avec leurs marmites lorsqu'elles arrivent du magasin.» (Courrier Français, nov. 1888.)
- MAGNUM. Bouteille de capacité plus qu'ordinaire. Argot de restaurant. «Quelques-uns des prix méritent d'être cités. Ce sont d'abord six bouteilles de Château-Lafitte, 1865—de ces doubles bouteilles qu'en style de sommelier on appelle des magnum...» (Lanterne, décembre 1884.)
- MAHOMET. Petit sac de cuir que les forçats portent suspendu sur la poitrine, entre la peau et la chemise et qui leur sert à enfermer leurs économies.» (V. Humbert: Mon bagne.)
- MAIN (Acheter à la). Acheter comptant. «Il joignait à ce commerce connu... les prêts usuraires à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices, d'objets fabriqués en salle et qu'il achetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.» (Humbert: Mon bagne.)
- MALFRAT. Argot des vagabonds. Le malfrat est un ouvrier travaillant parfois dans les carrières situées aux environs de Paris, mais qui cherche surtout dans ces carrières un gîte et un abri pour échapper aux recherches de la police. Le malfrat s'appelle aussi malfera ou malfranc.
- MALGACHE. Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d'élégant, n'a pas vécu. D'ailleurs il n'était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu'un certain nombre de Malgaches étaient venus s'exhiber au Jardin d'acclimatation. «De mondaines, peu ou point; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.» (Evénement, février 1887.)
- MALHEUREUX. C'est ainsi que dans les gargotes, dans les restaurants à bas prix, le consommateur nomme le dessert connu sous le nom de quatre mendiants. «Garçon, un lapin chasseur, un panaché, quatre-malheureux et un litre de piccolo, cria notre voisin de table.» (Gagne-Petit, mai 1886.)
- MALLE EN CUIR. Solliciteur. Argot des officiers de marine qui désignent ainsi ceux de leurs camarades sans cesse voyageant... sur la ligne de Paris, une petite valise à la main, pour aller solliciter une faveur quelconque au Ministère.
- MANGEUR. Dénonciateur, espion. Argot des prisons. «Ce sont les révélateurs qu'on appelle les mangeurs, la musique.» (J. Vallès.)
- MANIER (Se). Se masturber.—Se sauver, fuir.
- MANTEAU. Argot théâtral. Rôle où l'acteur porte un manteau. (Littré.) «Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d'études des plus attrayants.» (Revue britannique.)
- MAQUIGNON A BIDOCHE. Variété de souteneur.
- MARCHAND DE CIRAGE. Commandant d'un navire. Argot du bagne. «Est-ce que le marchand de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait peur?» (Humbert: Mon bagne.)
- MARCHAND DE PUCES. Argot militaire. Individu qui a dans les régiments la fourniture des lits.
- MARCHÉ DES PIEDS HUMIDES. La petite Bourse qui pendant longtemps s'est tenue en plein air; les spéculateurs étaient ainsi exposés à toutes les intempéries, et, quand il pleuvait, pataugeaient dans les flaques d'eau. «Le marché des pieds humides qu'on est venu plaisanter, est bien plus loyal qu'on ne le pense. Là, pas d'affaires à terme; argent contre titres; titres contre argent.» (Le Mercure, journal, 1882.)
- MARCHFELD. C'est ainsi que les élèves de l'Ecole de Saint-Cyr appellent le champ de manœuvres. «Que les jours d'hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions le b a ba du métier dans le marchfeld que balayaient âprement les bises.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- MARGOUILLAT. Argot militaire. Spahis.
- MARIAGE DE GARNISON. Liaison qu'un militaire en garnison contracte avec une femme et qui n'a pas d'autre durée que celle du séjour dans la garnison.
- MARIE-JE-M'EMBÊTE. (Faire sa). Faire des façons; se faire prier. «Ah çà! voyons! quand tu resteras là à faire ta Marie-je-m'embête! Ça n'avancera à rien! Venez-vous oui ou non? (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- MARIE-MANGE-MON-PRÊT. Argot militaire. Maîtresse du soldat.
- MARINE. Argot des lycéens. Est marine dans leur jargon, le camarade qui se prépare à l'école navale.
- MARQUE. Femme qui a deux cordes à son arc: la prostitution et le vol.
- MARQUE-MAL. Individu contrefait.—Variété de souteneur.
- MARTIN. Argot des marchands de vin qui désignent ainsi un horrible breuvage composé d'eau-de-vie de marc teintée de cassis; d'où marc teint et de là Martin. «Si parfois un étranger vers les deux heures du matin, vous offre un martin, prenez garde! Cette boisson traîtresse en diable produit sur l'organisme les effets les plus désastreux.» (Charivari, octobre 1885.)
- MASSEPAIN. Individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des... expériences, in anima vili.—Argot militaire: Valet d'un jeu de cartes.
- MATATANE. Argot militaire. Salle de police.
- MATÉRIELLE. «Et alors, quelques malheureux pontes... se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.» (Belot: La Bouche de Madame X.)
- MATH. Mathématiques. Argot des collégiens. «Ils (les médecins) démolissent l'infranchissable barrière qui, dès le collège, sépare les forts en math des forts en thème.» (Evénement, août 1885). «Je suis obligé de les bûcher très dur, ces sales math!» (Vie Parisienne, février 1888.)
- MATHURIN. Matelot. «Je veux parler du simple matelot à qui l'on donne le nom de mathurin, de même qu'on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.» (Figaro, 1882.)
- MATHURIN. Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois. «Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateaux à vapeur?» (Amiral Saisset: Journal officiel, janvier 1872.)
- MATRICULER (Se faire). Se faire punir. Argot militaire.
- MAUBERT, MAUBERTE. Argot des voyous qui désignent ainsi l'homme, la femme nés dans le quartier de la place Maubert, la place Maube: comme ils disent, ou y habitant. «Celle-ci est née rue Galande. C'est une Mauberte, et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur famille...» (Du Boisgobey: Paris-Bandit.)
- MAUVAISE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'ils viennent de jouer ne compte pas. (V. Bonne.)
- MEC. Souteneur.
«C'est tout d'même chouette pour [une pierreuse]
D'avoir un mec comme celui-là?
(De Gramont: La Femme à Polyte.)
- MEC A LA REDRESSE. Tout individu qui en impose par ses qualités ou ses vices. «Seules, quelques individualités hors pair, des mecs à la redresse, parviennent à se faire dans l'opinion une haute place.» (Humbert: Mon bagne.)
Aujourd'hui le mot mec a pris une très grande extension. Il s'emploie pour désigner avec mépris un individu quelconque.
- MÉDAILLE (Avoir la). Argot de sport. «Il y a une expression consacrée dans l'argot du turf et qui est très significative: Avoir la médaille. On dit d'un monsieur qu'il a la médaille quand il fait une commission pour le compte du propriétaire. Cela veut dire qu'il est commissionnaire. Il a la médaille. Dès qu'on s'aperçoit qu'un monsieur a la médaille, c'est-à-dire qu'il a reçu mission du propriétaire de parier pour son cheval, il ne reste plus qu'à lui emboîter le pas...» (Paris Illustré, 1884.)
- MÉGOTTIER. Industriel qui ramasse les bouts de cigares, les mégots. «Là, sont réunis pêle-mêle des biffins... le mégottier avec son pistolet à la saindhomme.» (Réveil, 1882.)
- MÉLASSON. Niais, imbécile. «Faut-il que vous soyez mélasson pour vous être ainsi fourré la gueule dans le beurre!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- MELON. On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon. «C'est au troisième bataillon des élèves, c'est-à-dire au bataillon des melons que l'agitation est très grande.» (Revue alsacienne, juillet 1887.) (V. Melon au Dictionnaire.)
- MÉNAGE À LA COLLE. V. Delvau: Mariage à la détrempe. «Les commissaires iront-ils vérifier le désintéressement de 60,000 ménages à la colle qui se cachent dans les faubourgs?» (Télégraphe, 1882.)
- MENDIGOT. «Le mendigot n'est pas tout à fait le mendiant. Le mendigot est une sous-variété du trimardeur. Il va mendier dans les châteaux ou dans les maisons aisées et renseigne les Monteurs de coups.» (Clairon, 1882.)
- MENEUSE. Femme qui attire le passant dans une rue écartée pour le livrer à des travailleurs qui le volent toujours et l'assassinent quelquefois.
- MENFOUTISTE. Indifférent, sceptique. La paternité de ce mot qui a jusqu'ici vécu appartient à M. Aurélien Scholl. «Le grand parti des menfoutistes fait chaque jour de nouvelles recrues. L'indifférence a gangrené tous les cœurs.» (Evénement, 1884.) De menfoutiste est dérivé menfoutisme, synonyme d'indifférence, de scepticisme. «Le menfoutisme a soufflé aujourd'hui sur toutes les conventions, sur tous les partis sociaux, sur toutes les illusions, sur toutes les croyances.» (Evénement, 1884.) Il parut en cette même année 1884 au mois de janvier un canard qui avait pour titre: Le Jemenfoutiste.
- MÉQUILLON. Variété de souteneur.
- MERDE DE PIE. Pièce de cinquante centimes. Argot du bagne. «Un blavin! Tu me le redemanderas demain pour une merde de pie.» (Humbert: Mon bagne.)
- METTRE EN BRASSERIE (Se). Servir dans une brasserie. «Cédant à des suggestions funestes, elle se mit en brasserie, c'est l'expression consacrée.» (F. Sarcey: XIXe Siècle, 1881.)
- METTRE DU LINGE SUR SES SALSIFIS. Mettre des gants.
- METTRE DU PAIN DANS LE SAC DE QUELQU'UN. Lui faire son affaire; le battre, le tuer.
- METTRE UNE POUCE. Frapper, battre. «De quoi, de quoi, il va me fusiller mes indiennes (me voler mes vêtements). Vas-tu laisser ça? ou je te mets une pouce.» (Humbert: Mon bagne.)
- MEUBLER. Réparer des ans l'irréparable outrage, se mettre de faux mollets, de faux appas. «—Je suis devenue si maigre que je n'ose mettre une robe décolletée.—On met un corsage carré.—Impossible aussi, car il faut encore meubler le carré et avoir des bras.» (Le Voltaire, 1882.)
- MIC-MAC. Difficulté, complication, chose inintelligible. «C'est un mic-mac où personne ne comprend rien.» (Zola: Pot-Bouille.)
- MIGNOTER. Cajoler, embrasser, faire mignon. «Elle mignotait Céline, sa préférée, dont la tignasse jaune de chrome l'intéressait.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- MILLE. Argot des libraires. L'édition totale d'un ouvrage, d'un roman quelconque, étant donné—ce qui est une supposition—que cet ouvrage est tiré à mille exemplaires. «Depuis quelque temps on lit sur la couverture des volumes d'une maison de librairie: Premier mille ou sixième mille ou dixième mille. Mille quoi? Mille exemplaires, cela se devine, mais cela n'en est pas moins de l'argot et quel argot!» (Evénement, 1883). «Le dernier roman de M. Daudet a eu une envolée heureuse. Le cinquantième mille est depuis longtemps dépassé.» (Français, juillet 1884.)
- MILLE (Mettre dans le). Réussir pleinement.
- MILLE-PATTES. Fantassin.
- MINCE! Exclamation qui répond à zut! ou à: ah! non! alors! «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse.» (Meilhac et Halévy: Lolotte.)
A aussi le sens de beaucoup.
- MINERVE. Argot de joueurs. Filouterie qui rappelle celle dite du neuf de campagne. (V. cette expression). «D'ordinaire, le baccara se joue avec deux cartes dont l'assemblage forme le point et, si le banquier veut bien y consentir, une troisième qu'il donne découverte au tableau qui la demande. Quelquefois dans ces trois cartes il n'y a pas de quoi gagner sa vie, au contraire. Les malins en ont ajouté une quatrième, cachée celle-là qu'ils tiennent dans leur main gauche et que, par un travail analogue à celui dont j'ai parlé plus haut, ils arrivent à substituer à l'une de celles qui leur sont données régulièrement. D'habitude, les prestidigitateurs qui font la minerve adoptent un quatre ou un cinq, une carte qui peut s'adapter à toutes les combinaisons pour faire un point très honorable.» (C. des Perrières: Paris qui triche.)
- MITAINE. Voleuse, détourneuse à la mitaine. Femme portant des souliers très plats, sans talons et qui, dans un magasin, fait tomber des objets qu'elle ramasse avec le pied déchaussé et cache dans son soulier. Cette sorte de voleuse ne s'attaque, en général, qu'aux dentelles de prix.
- MITRAILLEUSE (Etouffer une). Boire un verre de vin.
- MIXTE. Argot des gens à la mode pour qui cet adjectif, détourné de son vrai sens, a remplacé le mot épicier qu'on prit en 1830 et longtemps après cette époque pour désigner toute chose commune, de mauvais goût, toute personne ayant un genre vulgaire. L'expression être mixte couramment employée en 1886 est aujourd'hui abandonnée. «Quant au rire, n'en parlons pas; rire n'est plus seulement canaille, c'est mixte.» (Gazette de France, janvier 1886.)
- MOBILISER (Se). Faire un voyage. Allusion à l'essai de mobilisation fait en 1887 dans le sud-ouest. «Je me suis mobilisé; j'ai bouclé une valise, pris une voiture...» (Voltaire, septembre 1887.)
- MOC-AUX-BEAUX. Quartier de la place Maubert.—On dit aussi Mocaubocheteau. «Les mèques de la Mocaubocheteau, v'là des mèques sérieux, des gonsiers qui crachent noir comme de l'encre... (Humbert: Mon bagne.)
- MODÈLE (Vieux). Grand-parent. «Il avait éloigné tous les vieux modèles, comme nous disons au couvent, pour désigner les grands-parents.» (Vie Parisienne, 1882.)
- MODISTE EN RAGOÛT. Cuisinière. Argot des garçons bouchers.
- MOELONNEUSE. Femme qui se prostitue dans les chantiers.
- MOL ou MOLLE (Être). Argot du peuple. N'avoir pas d'argent; être sans le sou.
- MÔME BASTAUD. Individu aux mœurs inavouables et qui se prête à toutes les exigences. «—Et de la môme?—De la môme bastaud, oui, tant que tu voudras... les autres, de la peau.—Chouette alors.» (Humbert: Mon bagne.)
- MOMENTANÉE. Femme galante avec laquelle on n'a qu'un entretien d'un moment. Deux journalistes ont réclamé la paternité de ce mot. M. Pierre Véron d'abord qui l'aurait imprimé tout vif dans le Charivari du 17 août 1885; M. Guillaume Livet, ensuite, qui l'a inventé et donné dans le Figaro en 1884.
- MONÔME. Promenade qu'exécutent à Paris et à l'époque des examens, les candidats aux diverses écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher l'un derrière l'autre, en file indienne. Le monôme le plus connu est celui de l'X.
- MONSIEUR BAZAR. Argot de l'école de Saint-Cyr. Le Saint-Cyrien lui-même. «La dernière quinzaine a été dure pour Monsieur Bazar, ainsi que se qualifie l'élève de l'Ecole militaire.» (Soleil, 1887.)
- MONTER LE BALUCHON (Se). (V. Delvau.) Se monter le coup.
- MONTER UN CHOPIN. Argot des voleurs. Préparer un mauvais coup, un vol.
- MORT. Malade. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.
- MOUCHE. On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l'usage des voyageurs. «Malgré... les chiens et les chevaux qu'on baigne... les bateaux qu'on décharge, les mouches qui passent en fouettant l'eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.» (Bernadille.) On désigne aussi ces bateaux sous le nom d'hirondelles.
- MOUCHE A MIEL. Argot des écoles. Se dit des aspirants à l'Ecole centrale.
- MOUF. Abréviation de Mouffetard. La rue Mouf, la rue Mouffetard. «Le garçon du marchand de vin d'à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d'eau atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s'écria avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf: Ah! mince... tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d'équerre, espèce ed'mastroc empaillé!» (Clairon, 1882.)
- MOUFION. Mouchoir; Moufionner, se moucher.
- MOUILLER. Argot théâtral. Jouer bien.—Mouiller à ou dans; toucher des droits d'auteur.
- MOUILLER LES PIEDS (Se). Aller à Nouméa. «Interrogé, il s'écria: Vous me ferez faucher le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les pieds.» (Evénement, 1882.)
- MOUKALA. Fusil. Argot des régiments d'Afrique.
- MOUSCAILLEUR. Vidangeur. «Là sont réunis pêle-mêle des biffins... des mouscailleurs.» (Réveil, 1882.)
- MOUQUETTE. Femme galante. Le mot a été pour la première fois, croyons-nous, lancé par M. Delpit. Le romancier était-il alors hanté par le souvenir de l'héroïne de Germinal, la Mouquette, car le livre de Zola venait de paraître, cela est possible, mais nous n'affirmons rien. Toujours est-il que peu de temps après l'apparition de ce mot, un rédacteur du journal Le Dix-neuvième siècle en donnait cette étymologie, très vraisemblable d'ailleurs: «Les Arabes appellent les femmes moukair; les soldats d'Afrique ont rapporté ce mot en France, et, chez les ouvriers qui ont fait campagne en Algérie, il n'est pas rare d'entendre adresser aux femmes l'appellation de mouquerre, corruption évidente de moukair. C'est d'ailleurs le mot espagnol mujer prononcé avec l'accent guttural. C'est mouquerre qui est le père de mouquette. La généalogie du nouveau mot peut donc ainsi s'établir: moukair, mot arabe ou espagnol; mouquerre, mot d'argot de barrière; mouquette, mot d'argot pschutteux.» Qu'en pense M. Delpit? «La mouquette de haute marque qui vient de faire sa vente...» (Evénement, 1885.)
- MOUSSEUSE. Femme galante, à la mode. «Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux; mousseuse donne bien l'idée du bruissement de la soie, du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille, émoustille. Voilà pourquoi mousseuse, un mot significatif et complet, mérite droit de cité; voilà pourquoi mousseuse court grand'chance d'être adopté par la gent boulevardière... Les débutantes ès-galanterie deviendront des moussettes.» (Voltaire, mars 1887.)
- MOUVEMENT (Être dans le). «Cet hôte arrivait de Paris; il avait un nom connu presque célèbre, il était dans le mouvement...» (De Montépin: Sa Majesté l'Argent.)
- MUFFÉE. Argot du peuple pour qui ce mot est synonyme de verrée. «D'temps en temps, un' pauv' muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte.» (Mirliton, journal, octobre 1885. )
- MUFFÉE (En avoir une vraie). Être gris, en état d'ivresse.
- MUSELER. Imposer silence.—Se museler, se taire.
- MUSIQUE. Dénonciateur. «Il est trop musicien!» (Gil Blas, 1882.) «Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d'une dénonciation).» (Humbert: Mon bagne.)
- MUSIQUE. (Faire, jouer de la). Dénoncer.
N
- NAVARIN. «L'étalier connaît les clients, leur mesure les égards et vend aux pauvres le navarin, c'est-à-dire les rognures, les balayures de l'étal, à raison de dix sous la livre.» (L'Esclave ivre, no 3.)
- NÉGOCIANT EN VIANDE CHAUDE. Souteneur.
- NET. Dans le langage des ouvriers, atelier net, atelier que des ouvriers mettent en interdit et où ils défendent à leurs camarades d'aller travailler.
- NETTOYER UN BOCART. Piller une maison.
- NETTOYER LES LUCARNES. Dessiller les yeux. «O Mentor, vous me nettoyez les lucarnes, s'écria Idoménée.» (Les mistouf's de Télémaque.)
- NEUF DE CAMPAGNE. Argot de joueurs. Procédé peu délicat employé par le ponte vis-à-vis du banquier et que dévoile ainsi M. Carle des Perrières dans son livre: Paris qui triche. «Dans sa poche il (le ponte) a son neuf tout prêt; valet de pique, neuf de cœur; rien n'est plus simple. Lorsque la main arrive à son tour, le neuf de campagne est extrait de sa poche pour passer dans sa main gauche; le banquier donne les cartes; le ponte s'en empare comme c'est son droit et sous prétexte d'empêcher ses voisins de voir son point, parce que, dit-il, cela lui porte la guigne, il fait disparaître les deux cartes qu'on vient de lui donner dans ses deux mains rapprochées; il substitue son valet de pique et son neuf de cœur aux deux cartes qu'il a reçues et abat sur le tapis un magnifique neuf de campagne...» (V. Minerve.)
- NID A POUSSIÈRE. Nombril.
- NINGLE. Fille publique. «Les souteneurs... se réjouissent de voir les jours diminuer et par conséquent les nuits augmenter, double avantage pour les fils de Neptune et leurs ningles.» (Estafette, 1882.)
- NOCER EN PÈRE PENARD. S'amuser tout seul. Faire un bon dîner ou une orgie seul. L'expression est usitée surtout dans le quartier Saint-Antoine.
- NOIRE-FONTAINE. Encrier. Argot des élèves de l'École de Saint-Cyr.
- NOIX (Être dans la). Avoir de la chance, être heureux. Un boucher aurait lancé cette expression, d'ailleurs peu usitée, que cela ne serait point surprenant. Le gîte à la noix n'est-il pas un des meilleurs morceaux du bœuf et ne recommandez-vous pas à votre cuisinière de vous choisir un morceau dans la noix? Être dans la noix a donc tout d'abord et naturellement signifié ce qui est bon, puis a dévié peu à peu de ce sens pour prendre celui que nous indiquons. «Quinze cent louis de bénéfice! Très pur! Vous êtes dans la noix, dites, alors? Donnez-moi un cheval. Soyez assez blêche pour me prendre dix louis du gagnant?» (Vie parisienne, juin 1884).
- NOUNE. Argot du bagne. Receleur qui suit le voleur à la tire et reçoit la camelotte à mesure que son associé opère. (V. Humbert: Mon bagne.)
- NOURRIR. En argot de Bourse, «nourrir des titres c'est les conserver de liquidation en liquidation en les faisant reporter. On paye les différences, les reports, les courtages, on nourrit. A force de nourrir, on arrive même quelquefois à en mourir de faim.—X... nourrit deux cents Lombards depuis le mois de juin et Y... cinq mille Italiens—il ne faut pas prendre l'expression au pied de la lettre». (Don Quichotte, 1884.)
- NOURRISSEUR. Voleur qui dévalise les appartements dont les maîtres sont en voyage. La banlieue de Paris est pendant l'hiver infestée de nourrisseurs qui déménagent les villas.
- NOURRISSON. Argot des employés de la Banque de France qui désignent ainsi le négociant gêné qui ne demande que du temps pour rétablir son crédit et auquel un banquier a prêté de l'argent.
- NOVEMBRE 33 (Un). Officier à cheval sur tous les règlements militaires dont la loi fondamentale est celle du 2 novembre 1833; et aussi, en terme de pension, un ragoût qui contient toute espèce de choses, sans doute parce que le règlement de 1833 prévoyait tous les cas du métier militaire. (Merlin: La langue verte du troupier.)
- NUAGE. C'est, croyons-nous, le mot le plus récent usité dans le langage populaire pour désigner la tournure, cet objet de toilette que portent les femmes autour de leurs reins de façon à faire bouffer la robe. Pourquoi nuage? me demanderez-vous. Les irrévérencieux vous répondront: Parce qu'il cache la lune.
O
- OFF, Officier. «Il a tout pris, le vieil off, et le lit du major et sa femme.» (A. Delpit: Figaro, février 1887.)
- OISEAU DES ILES MARQUISES. Absinthe. Rapprochement de couleur.
- OMNIBUS. Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes. «Le temps qu'ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.» (Cri du Peuple, août 1885.) Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.
- OMNIUM. Argot du turf. Course réservée aux chevaux de toute provenance âgés de trois ans et au-dessus. L'omnium se court au bois de Boulogne, à la réunion d'automne.
- ORATEUR. Argot des francs-maçons. L'un des officiers d'une loge. Il y joue un rôle analogue à celui du ministère public dans les tribunaux.
- OS A MOELLE. Lorgnette.
- OUSTE! Synonyme de zut! «Dis-lui: Ouste pour l'Allemagne!» (De Goncourt: La Faustin.)
- OUTIL. Maladroit, gauche. Argot du peuple. «Fais donc attention, outil!» est une de ces phrases qu'on entend journellement dans la rue et à l'atelier. «L'autre, sûr de l'impunité, répondra: Va donc, eh! outil!» (Figaro, nov. 1883.)
P
- PAGE D'ALPHAND. Égoutier au service des travaux de la ville de Paris dont M. Alphand est le directeur.
- PAGNOTER. Coucher. Pagnoter avec une grognasse. Coucher et faire la noce avec une femme.
- PALET. Argent.
- PALETOT COURT. Une des dernières incarnations du gommeux. «Les poisseux essayèrent de prévaloir, mais ils n'étaient en somme que des gommeux déguisés; ils n'eurent aucun succès. A présent, nous avons les paletots courts.» (La Comédie moderne, journal, 1882.)
- PALMÉ (Être). Avoir les palmes d'officier d'Académie. Locution ironique et plus que familière. «Quand le maire ne reçoit pas le ruban rouge, il reçoit le ruban violet, il est palmé.» (Illustration, juillet 1885.)
- PALPER (Pouvoir se). Ne pas obtenir ce que l'on désire. C'est une variante de pouvoir se fouiller. (V. ce mot au Dictionnaire.) «C'est pour ça que vous m'avez fait monter? Ah bien! Vous pouvez vous palper, par exemple!» (Evénement, octobre 1885.)
- PANACHÉ. Plat de haricots verts et de flageolets mélangés. «Dans l'estomac de la victime on a trouvé des haricots verts et des flageolets. Si le plat se composait de ces deux légumes, un panaché, comme on dit...» (Figaro, 1882.)
- PANTALON. Faire pantalon, dans le langage des écrivains, c'est ne pas atteindre le bas de la feuille de papier sur laquelle on écrit.
- PANTHÈRE. Individu qui professe des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce mot une allusion à une société d'anarchistes fondée à Paris sous ce titre: La Panthère des Batignolles. «Les rentes de M. Clémenceau sont, en somme, aussi enviées par les panthères que celles de M. de La Rochefoucauld.» (Figaro, mars 1887.)
- PAQUET. Injure employée surtout dans la classe ouvrière et qui est synonyme d'imbécile. «Tout à coup deux... braves gens, porteurs de deux belles casquettes neuves, les abordent et l'un d'eux, sur un air connu, en fixant Joseph: Oh! regarde-moi donc ce paquet!» (Gazette des Tribunaux, 1882.)
- PAQUET (Faire le). Argot de grecs. Ranger les cartes en les battant de façon à se donner les bonnes.
- PARFAITE ÉGALITÉ. Sorte de jeu de hasard.
- PARIGOT. «C'est le surnom qu'on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé par l'Assistance publique.» (Bibliothèque universelle, novembre 1887.) Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre: Parigot.
- PARTICULIÈRE. Femme légitime. Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son épouse.
- PASSADE. Femme galante. On l'appelait autrefois fille à parties. Quant à ce mot de passade, il n'est point difficile à expliquer pour celui qui sait sous quelle appellation triviale on désigne les maisons dites de rendez-vous. «Nous ne saurions trop féliciter l'Administration, puisqu'on veut une soirée tout à fait bécarre, d'exclure de cette représentation (une soirée de gala à l'Opéra) toutes les passades qui sont aux grandes courtisanes ce que sont les souteneurs de Montmartre aux petits rez-de-chaussée.» (Gil Blas, décembre 1886.) «Elle est d'un maintien très décent et, sans être absolument jolie, peut être considérée comme une passade fort aimable.» (Gil blas, Février 1888.)
- PASSER SUR LE BANC. Expression qu'emploient les forçats quand ils vont, pour une infraction au règlement, recevoir des coups de corde. «Combien j'ai vu d'hommes passer sur le banc et s'en relever, atteints pour jamais dans les sources de la vie, parce qu'ils avaient, en présence d'un argousin, imprudemment laissé tomber de leur poche un mince cahier ou simplement quelques feuilles de papier à cigarette!» (Humbert: Mon bagne.)
- PASSER A LA SORGUE. Dormir. (V. Delvau: Sorgue.)
- PATELIN. Compatriote. «En qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis...» (Humbert: Mon bagne.)—Signifie aussi pays, lieu de naissance,—dans l'argot militaire.
- PATENTÉ. Souteneur.
- PATINAGE. Attouchement indécent. (V. Delvau: Patiner.)
- PATINEUR. Argot des voleurs et notamment des joueurs de bonneteau. Le patineur, c'est le banquier, celui qui tient les cartes, les patine et peut ainsi se livrer à toutes les tricheries. (V. Chocolat.)
- PATRON. Colonel. Argot militaire.
- PAYER. Argot des lycées. S'exonérer, au moyen d'une exemption, d'un satisfecit, d'une punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante, sortie de faveur accordée à l'élève qui remet en paiement une ou plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont fait obtenir. «Depuis longtemps, la France a protesté contre les sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement en vigueur.» (France, 1881.)
- PAYER UN MOOS, LA GOUTTE (Se faire). Argot théâtral. Jouer un rôle à emboîtage.
- PEAU (De la)! Non! Rien!
- PEAU DE BOUC. Sein. Argot des régiments d'Afrique qui donnent aussi le nom de peau de bouc aux petites outres goudronnées qui leur servent de bidons.
- PÊCHE. Tête, physionomie.
- PÊCHE (Poser une). Alvum deponere.
- PÈLERIN. Gardien de la paix. Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les gardiens portent depuis l'année dernière.
- PÉNITENCE (Être en). «Un autre coin amusant est celui des femmes en pénitence. On appelle Être en pénitence, à Monte-Carlo, ne pas jouer. Elles sont en pénitence pour la journée, la semaine ou la fin du mois, parce qu'elles ont perdu ce qu'elles avaient à jouer et que leurs maris ou leurs fils ne veulent plus desserrer les cordons de leurs bourses. C'est un véritable enfer que de voir jouer et de ne pas jouer.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
- PERDRE SA CLEF. Avoir la colique.
- PERFORMANCES. Argot de turf. Manière de courir d'un cheval, de se comporter pendant la course.
- PERMANENCE. Argot de joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente et quarante, «Il (le marqueur) a d'abord ses abonnés à qui il vend les permanences vingt francs par semaine.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
- PERMISSION (Se faire signer une). Argot militaire. Présenter une feuille de papier à cigarette et se faire donner le tabac. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- PERMISSION DE 24 HEURES (Avoir une). Argot militaire. Prendre la garde.
- PERPIGNAN. Nom que les charretiers donnent au manche de leur fouet. Les meilleurs manches de fouet se fabriquent, paraît-il, en cette ville.
- PERROQUET DE FALAISE. Douanier. Allusion de couleur.
- PET-EN-L'AIR. Petit veston court.
«Contre l'habit léger et clair
La loutre a perdu la bataille:
Nous arborons le pet-en-l'air,
Et les femmes ne vont qu'en taille.»
Richepin.
A droite, un comptoir en étain
Qu'on astique chaque matin.
C'est là qu'on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
A qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Gaulois, 1882.)
- PÉTARD. Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant. «Pourquoi ce qui n'avait pas réussi jusqu'alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie? ce qu'on appelle, en argot artistique, un pétard.» (Gazette des Tribunaux, 1882.)
- PETIT-BLEU. Carte-télégramme. V. Omnibus.
- PETITE-MAIN. Il est assez difficile de définir exactement ce que, dans l'argot des ateliers, on entend par cette expression. L'exemple suivant le fera comprendre: «Ils n'étaient que sept pour suffire à cela: un homme, un contre-maître, une femme, la monteuse et sept enfants, les petites-mains. On appelle petites-mains des jeunes gens, filles et garçons qui ne sont plus des apprentis et ne sont pas encore des ouvriers. Il y en a beaucoup même qui n'ont jamais été des apprentis et ne seront jamais des ouvriers. On les reconnaît à ceci: qu'ils reçoivent un salaire d'apprenti pour un travail d'ouvrier.» (Fournière: Sans métier.)
- PEUPLE (Faire un). Argot des voyous. Faire partie de la figuration dans un théâtre quelconque.
- PEUPLIER. Gros fragment de tabac.
- PHALANGE. Main.
Ils vous ont des façons étranges,
Pires que des étaux de fer.
De vous écraser les phalanges,
En vous disant: «Bonjour, mon cher!»
(Frondeur, déc. 1879.)
- PHILISTIN. Ouvrier tailleur, «Les ouvriers aux pièces, les plus gais, ont la qualification de philistins.» (Henri IV, 1882.)
- PHILOSOPHE. Argot des lycéens. Elève de la classe de philosophie.
- PIAFFEUSE. La dernière expression du chic est celle de piaffeuse pour désigner la femme élégante et bien prise dans le harnais de la mode. Le mot n'a rien de désobligeant; piaffeuse: qui se tient droite et porte beau.» (Gaulois, sept. 1887.)
- PIÈCE GRASSE. Argot militaire. Cuisinier.
- PIÈCE DE SEPT. Individu corpulent.
- PIED. Part. Ce à quoi on a droit, «Mon pied! ou je casse! Ma part ou je te dénonce.» (Humbert: Mon bagne.)
- PIED DE COCHON. Farce, tromperie. Jouer un pied de cochon à quelqu'un, lui faire une plaisanterie d'un goût douteux.
- PIEDS (Où mets-tu tes). Locution militaire voulant dire: De quoi te mêles-tu?
- PIERRE BLANCHE. Échafaud. Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les montants de la guillotine.» Je sais ce qui m'attend, les trois pierres blanches ou la perpett.» (Gazette des Tribunaux, août 1883.)
- PIERROT. Argot d'école. Dans les écoles d'arts et métiers on désigne ainsi l'élève de première année. «Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.» (Univers, 1886.)
- PIGER. Lutter. Se mesurer avec quelqu'un. «Je ne vois guère que le Président de la République qui pourra piger avec lui, et encore!» (Figaro, 1882.)—Battre.
- PIGNOCHER. Peindre minutieusement. Argot des artistes.—Manger du bout des dents. «Un soir qu'il pignochait des œufs qui sentaient la vesse.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- PIGNOUF. Elève reçu à l'Ecole normale, mais qui n'a pas encore subi l'épreuve du canularium. (V. ce mot.)
- PIGUT. Argot des lycées. Lieux d'aisances. Piguter, aller aux lieux d'aisances.
- PILLEROT. Voleur.
- PILON. Argent. Argot du peuple. Pilonner, tuer pour avoir de l'argent.
- PINÇARD. Bon cavalier. Argot des élèves de l'école de Saumur.
«Il s'en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.
S'il est vraiment pinçard, il entre dans le port.
Mais s'il est maladroit, hélas! pique sa tête.»
(Nos farces à Saumur.)
- PINGOUIN. Terme injurieux. Synonyme d'imbécile, de propre à rien.
- PIQUE-CHIEN. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique. Le pique-chien n'est point, à proprement parler, comme le dit Rigaud dans son Dictionnaire d'argot moderne, le concierge de l'École. C'est un adjudant chargé de surveiller la sortie et la rentrée des élèves. Comme là se borne presque toutes ses occupations, il a tout le loisir de dormir, de piquer son chien.
- PIQUER UNE MUETTE. Faire silence. Argot de Saint-Cyr. «Aujourd'hui, il sera piqué une muette au réfectoire.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- PIQUER UNE PLATE. Ne pouvoir, ne savoir répondre aux questions posées à un examen. Jargon des élèves de l'École navale. Nos lycéens disent: piquer une sèche. «Le timonier apparaît.—M. A..., au cabinet de babord!—M. A... court un grand danger de piquer une plate. Heureusement l'interrogation est remise à huitaine.» (Illustration, octobre 1885.)
- PIQUER L'ÉTRANGÈRE. Argot du régiment. Tomber de cheval.
- PIQUER UNE ROMANCE. Dormir. Argot militaire.
- PIQUER UNE SÈCHE. Argot des lycéens et des élèves des Écoles. Avoir un zéro, c'est-à-dire la note très mal, pour une des parties d'un examen. «Il est constant que tout pipo qui est sorti sans piquer une sèche, de ses examens généraux, se croit parfaitement apte à régenter l'État.» (Gaulois, mars 1881. V. Delvau: Sec.)
- PIQUER LE TASSEAU (Se). V. Delvau: Se piquer le nez.
- PISSER DESSUS. Pisser sur quelqu'un. Le mépriser, n'en pas faire cas. «J'en demande pardon à M. le maire et à mes collègues du conseil: Je les couvre de mon mépris et je leur pisse dessus.» (Moniteur universel, 1883.)
- PISTOLET A LA SAINDHOMME. Petit crochet avec lequel le mégottier exerce son industrie.
- PISTER. Suivre les voyageurs à la piste lors de leur arrivée dans une ville et leur offrir un hôtel qu'on leur vante.
- PIVOTER. Argot militaire. Manœuvrer dur et beaucoup.
- PLACÉ. Argot de turf. Un cheval est placé quand il n'est distancé par le gagnant que de quelques longueurs.
«Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps les goddems placés.» (Voltaire, juin 1882.)
- PLANCHE (Faire la). «Ta maîtresse? il y a un mois qu'elle vient faire la planche dans mon garni!» (Evénement, 1885.)
- PLANTER. Coïre.
- PLANTER UN CHOU. Tromper indignement. «Mon ci-devant m'a planté un chou colossal.» (Réveil, 1882.)
- PLAQUER SA VIANDE SOUS L'ÉDREDON. Se coucher. «A onze heures et demie on a levé la séance. Le fait est qu'il était bien temps d'aller plaquer sa viande sous l'édredon.» (Henri IV, 1882.)
- PLEIN. Argot des joueurs de roulette. L'un des casiers sur lesquels se trouvent inscrits les numéros correspondant à ceux de la roulette. Faire un plein, c'est placer sa mise en plein sur un numéro, au lieu de la disposer soit à cheval, soit d'une façon transversale.
- PLEUVOIR. Être abondant.
- POCHETÉE. Inintelligence. En avoir une pochetée, avoir la compréhension difficile.
- POIREAUTER. Attendre quelqu'un dans la rue.
- POISSEUX. Gandin; fashionable. Le successeur du petit-crevé. «Ils se réunissent six ou sept viveurs ou poisseux au café.» (Siècle, 1882.) Poisseuse, compagne du poisseux. «Dans un boudoir de la rue des Martyrs, une jeune poisseuse, étendue sur une chaise longue, lit...» (Henri IV, 1882.)
- POIVROTTER (Se). Se griser.
- POLKA. «Polka ne veut pas seulement dire danse: c'est sous ce nom que les photographes et les dessinateurs désignent certains sujets décolletés.» (Evénement, 1882.)
- POLONAIS. Souteneur.—Sorte de fer à repasser. Argot des blanchisseuses.
- POMPE. Étude. Cours. Argot des Élèves de l'École de Saumur.
«La Pompe! A ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner... La Pompe, c'est l'étude,
La Pompe, c'est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»
(Nos farces à Saumur.)
- POMPIER. Membre de l'Institut de France. «Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l'Institut. Au feu! au feu! Voilà un pompier.» (J. Claretie: Le Million.)
- POMPIER. Dans l'argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.
- POMPIER (Faire). Cette expression s'applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l'inspiration originale et à l'étude de la nature. C'est ainsi qu'on peut être nouveau et moderne dans l'interprétation d'un sujet emprunté à l'Iliade et qu'on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s'est passée hier. (V. Le Gil Blas du mois de novembre 1880.)
- PONT (Faire le). Cette expression est surtout usitée chez les employés d'administration. Quand un jour non férié se trouve entre deux jours de fête et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de travail, on fait le pont.
- PORTE-CRÈME. Vidangeur.
- PORTEUR DE CAMOUFLE. Souteneur.
- POSE (Être à la). Afficher de grandes manières, des prétentions de grand seigneur. «Elle est bonapartiste, la famille à papa; c'est pas à la pose du tout.» (Vie parisienne, 1882.)
- POSER UN RAMOLL. Argot des voyous non conformistes qui désignent ainsi la mise en action de certaine pratique honteuse dont parle le livre du Dr Tissot, et sur laquelle il est inutile d'insister. Cette expression, véritablement imagée, fait songer au ramollissement du cerveau ou de la moelle épinière dont finissent par être atteints la plupart du temps les disciples d'Onan.
- POTEAU. Chef de bande,—dans l'argot des voleurs.
- POTIRON. Argot des élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Ils appellent ainsi les jeunes gens qui, bien que de nationalité étrangère, sont admis à suivre les cours de l'Ecole.
«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr, à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l'Ecole des Potirons.» (Paris, octobre 1885.)
Pouce! Exclamation que poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent aussi trèfle, par corruption de trêve.
- POULAINE. Cabinets d'aisance. Argot du bagne. «On s'entassait à la poulaine (lieux d'aisance) où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande abondance l'eau nécessaire à ces ablutions.» (Humbert: Mon bagne.)
- POUR CHIQUER! Allons donc! Plaisanterie! Argot du bagne.
- POURLICHE. Pourboire. Jargon du peuple.
- POUSSER LA GOUALANTE. Chanter. (V. Delvau: Goualer.)
- POUSSER DANS LE CORNET, L'ESCARCELLE, LE FUSIL (S'en). Boire, manger. (V. Delvau: S'en pousser dans le battant.)
- POUSSER UNE BLAGUE. Fumer une pipe. Argot de l'Ecole Polytechnique.
- POUSSIÈRE (Faire de la). Faire des embarras.
- POUVOIR SIFFLER. Ne pas obtenir ce qu'on demande; se passer de quelque chose.
- PRÉFECTANCE. Préfecture de police. «Sans doute, tant qu'il y aura une préfectance et un préfet de police, on cognera...» (J. Vallès.) Delvau donne Préfectanche.
- PREMIER, ÈRE. De qualité supérieure. «Puis ils inaugurèrent l'argot, parlèrent nègre et proposèrent aux dîneurs une douzaine, une chablis première, au lieu de dire: une douzaine d'huîtres, du vin de Chablis, première qualité.» (G. Claudin.)
- PRENDRE. Terme de turf. Parier. Prendre un cheval à 6 contre 1 en admettant que le pari soit de 10 louis, signifie; si le cheval perd, je vous donnerai 10 louis, s'il gagne vous me donnerez 60 louis.
- PRENDRE QUELQUE CHOSE A LA BLAGUE. S'en moquer; la tourner en ridicule. «C'est dans le pauvre peuple qu'on l'a prise (une pièce de théâtre) tout d'abord à la blague.» (F. Sarcey.)
- PRENDRE SES DRAPS. Prendre le chemin de la salle de police. Argot des élèves de l'Ecole Saint-Cyr. «Le bazof court le long des lits secouant de la phrase sacramentelle: Prenez vos draps, les malheureux qui n'ont pas eu le temps de rapporter leurs matelas.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- PRIME. Premier. Argot des enfants.
- PRINCESSE. Nom que donnent les employés de l'Etat à l'administration à laquelle ils appartiennent. «Un employé du ministère, qui fait une course pour le service du ministère et qui profite de la voiture pour faire une visite pour son propre compte, peut passer pour avoir malversé des fonds de l'Etat en faisant payer à la princesse (c'est comme cela qu'on dit dans les administrations) 2 fr. 25 de fiacre.» (XIXe Siècle, avril 1887.)
On dit aussi Joséphine.
- PROCHAINE (La). La prochaine Commune. Argot des partisans de la Révolution sociale qui désignent ainsi la revanche à laquelle ils aspirent depuis 1871.
- PROLO. Prolétaire, ouvrier. «M. Jules Ferry, qui est un riche bourgeois, confie aux gendarmes la garde de sa caisse et la surveillance des prolos.» (Journal de l'Instruction publique 1882.)
- PSCHUTT. «Le chic est mort, vive le pschutt.»
Qu'est-ce que le pschutt? On ne le sait pas exactement, et c'est ce mystère qui en fait tout le mérite. Le pschutt, c'est le chic ou à peu près. Il y avait trop longtemps qu'on disait: «M. de un tel a du chic.» On a imaginé de dire: «M. de un tel a du pschutt.» (Gaulois, janvier 1883.)
- PUBLIC. Dans le langage des bureaux, un public est la première personne venue qui se présente dans ces bureaux pour y traiter une affaire. «L'individu qui se présente au Mont-de-Piété, pour emprunter, s'appelle un public.» (Max. du Camp: Paris, ses organes.)
- PUR. Elégant, dandy. «Vous ignorez complètement que de ne pas mettre de pardessus constitue actuellement ce que nous appelons être pur, ou, si vous aimez mieux, le chic anglais.» (Evénement, 1882.)
- PURÉE DE CORINTHE. Vin.
Q
- QUATRE A SIX. Réception. Argot des gens du monde. «Il croyait même parfois qu'Olga avait deviné son désir, et lorsqu'à ces quatre à six de Mme de Barberine.» (F. Coppée.) Actuellement le quatre à six a fait place au cinq à sept; c'est toujours la même chose; il n'y a que l'heure de changée. «Les soirées du reste ne sont pas difficiles à passer; dès qu'arrivent les cinq à sept on a maint salon accueillant et mainte potinière mondaine.» (Illustration, janvier 1888.)
- QUITOURNE. Fenêtre.
R
- RABATTEUSE. Petite voiture qui va chercher des voyageurs dans les communes avoisinant Paris.
- RABIAU. Bénéfice. «Les pourboires cachés;... les rabiaus sur le fourrage...» (Huysmans; Sœurs Vatard.)
- RADIS NOIR. Gardien de la paix.
- RAMASSER UNE PELLE. Tomber. Jargon des voyous. «M... alors...; j'ramasse une pelle... C'est c'cui-là qui m'a poussé.» (R. Ponchon.)
- RAFRAÎCHIR (Se faire). Se faire couper les cheveux, la barbe. «L'autre soir, j'étais entré chez un coiffeur du boulevard, avec l'intention de me faire rafraîchir...» (Gil Blas, 1881.)
- RANCART. Objet de peu de valeur. «La plupart des volumes entassés dans les caisses étaient des rancarts de librairie, des rossignols sans valeur; des romans mort-nés...» (Huysmans: A vau-l'eau.) Mettre au rancart, abandonner, jeter dans un coin. C'est le synonyme de mettre au cabinet, d'Alceste.
- RAMONER (Se faire). Se confesser.
- RANCKÉ. Pièce de deux francs.
- RASSEMBLER (Se faire). Argot militaire. Se faire réprimander, punir.
- RATEAU. Gendarme, agent, dans l'argot des malfaiteurs. «Le terme est nouveau; veuillez ne pas l'oublier et remarquer toute la justesse de l'expression. L'agent de police en effet nous ratisse et nous englaise dans la piaule.» (A. Belot: Le Roi des Grecs).
«Faut suriner les pantres
A coups d'couteaux dans le ventre
Et crever d'coups d'marteaux
La cervelle aux rateaux.»
(Chanson, 1884.)
- RATISSÉ. Gandin, fashionable. Ç'a été le nom à la mode en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux. «Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La Goulue et Grille d'Egout... Pourquoi les ratissés? Est-ce parce que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et les ratissent comme le rateau du croupier? Est-ce au contraire parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure (quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d'un jardin bien entretenu?
«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus les ratissés.
«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau nom doit venir de là.» (Illustration, octobre 1885.)
- RAVINE. Plaie. Cicatrice. «Est-elle bête de suivre un homme qui la bat! C'est moi qui le ficherais en plan! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon ou des ravines sur le visage...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- RÉCENT (Avoir l'air). Marcher droit, avoir l'air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand on a trop fêté Bacchus. «Allons Ringuet, faut être sérieux; v'là qu' t'approche de ta turne; faut qu' t'aies l'air récent.» (Monde plaisant, 1880.)
- RÉFEC. Réfectoire. Argot de Polytechnique.
- RELANCEUR DE PLEINS. Variété de grec. «Plus nombreux encore ceux qui n'ont jamais soupçonné l'existence du relanceur de pleins.» (Henri IV, 1881.)
- RELEVER LE CHANDELIER. Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d'une fille.
- RELEVEUR DE FUMEUSE. Souteneur.
- REMUER LA CASSEROLE. Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.
- RENACLE. Police de sûreté.
- RENDU. «Petit ou gros, cher ou bon marché, l'objet qui déplaît au public rentre dans le grand bazar, et le caissier qui a reçu l'argent rend cet argent... Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus.» (Giffard: Les grands bazars.)
- RENIFLETTE. La police. Argot des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l'idée de l'agent qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.
- RENIQUER. Être de mauvaise humeur, rager. Argot de barrières.
- RENIFLER. Aspirer, prendre l'eau. «La plus jeune avait... des bottines qui renifflaient l'eau.» (Goncourt: La Faustin.)
- RENOUVELLEMENT. Argot de café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée donne droit à une «consommation» gratuite. Si vous désirez prendre de nouvelles consommations vous les payez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce sont ces nouvelles consommations oui prennent le nom de renouvellement.—«Au dedans, la salle était comble... les garçons ne savaient où donner de la tête; les renouvellements pleuvaient. Les bocks et les flacons vides s'amoncelaient sur les comptoirs...» (Gaulois, 1882.)
- RÉPARER. Argot des collèges et pensions. Réparer, c'est apprendre à nouveau une leçon qui n'est pas suffisamment sue.
- REPOSOIR. Hôtel garni. Argot des voyous. «Les garnis sont le plus bel ornement de la rue. Ils ont aussi leurs noms: reposoirs ou assommoirs!» Henri IV, 1882.)
- REPOUSSER DU GOULOT. V. Delvau: Repousser du tiroir.
- RESPECTER SES FLEURS. Garder sa virginité. «Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu'à la fin du monde...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- REQUINQUAGE. Mise, accoutrement ridicule. «Elle ne songeait pas le moins du monde à lui reprocher son requinquage qui n'avait rien à voir avec la dernière mode.» (Barot: Le fort de la halle.)
- RESSORTS. Parties génitales de la femme.
- RETAPER LE DOMINO (Se faire). Se faire arranger la denture. On dit aussi Se faire repaver la rue du bec.
- REVERS (Faire un). Argot de Grecs. Perdre volontairement en taillant une banque et céder la place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.
- REVOLVER A DEUX COUPS. Arc rot des voyous. Le membre viril.
- REVOYURE (A la). Expression parisienne synonyme de: Au revoir. «Les opinions sont libres... Comme tu voudras... adieu... à la revoyure.» (Job: L'homme à Toinon.)
- REZ-DE-CHAUSSÉE (Petit). «On appelle petits rez-de-chaussée les jeunes gens à la mode qui ont, en quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la plupart du temps meublé avec un grand goût et où les jolies visiteuses peuvent entrer. Les petits rez-de-chaussée sont les élégants et les gommeux du moment.» (Illustration, juillet 1887.)
- RICHE (Être bien). Se griser.
- RIGADE. Soulier.
- RIGOLADE (Être à la). S'amuser. «Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas assez à l'étude.» (Réveil du Père Duchêne,1881.)
- RIGOLO. Revolver. Argot du peuple. «Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du cabaret). Vacheron sortit armé d'un bâton pour les repousser. A ce moment, l'un des agresseurs dit à Gauthier (un inculpé): Prends ton rigolo.» (Le Droit, avril 1886.)
- RINCER L'œIL (Se). Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu'un. «Depuis notre arrivée, vous n'avez cessé de vous rincer l'œil de toutes ces créatures éhontées...» (Chavette.)
- RINCLEUX. Avare. Terme d'atelier.
- ROGNURE. «Quand le concours (du Conservatoire) est achevé, quand le dernier élève a fini d'envoyer son morceau, sa rognure, comme disent ces jeunes gens dans leur argot, alors vient se placer l'instant pénible et douloureux de la délibération.» (Figaro, juillet 1884.)
- ROND DE CUIR. Vieil employé. Fonctionnaire inintelligent. S'endormir sur son rond de cuir, ne pas faire son chemin.
- RONDE DES GUEUX. «La police, en son argot pittoresque, appelle ronde des gueux le voyage circulaire qu'accomplissent autour de la capitale, en bande organisée, les sans-logis de la banlieue.» (National, janvier 1888.)
- RONDIER. Surveillant. Il fait des rondes. Argot du bagne.
- RONGEUR. Voiture de place prise à l'heure.
- ROSSIGNOLISER. Vendre des objets défraîchis, sans valeur, des rossignols.
- ROUEN (Faire un). Argot des commis de nouveauté. Id est faire l'article à un client qui part sans acheter; le Rouen c'est le client. «Ça paraît vouloir s'allumer un peu, dit Hutin à Favier; je n'ai pas de chance, il va des jours de guignon, ma parole. Je viens encore de faire un Rouen; cette tuile ne m'a rien acheté.» (Zola: Au bonheur des Dames.)
- ROUFLAQUETTE. Souteneur de bas étage.
- ROULANTE. Fille publique. On dit plus communément rouleuse.
- ROULER LA BROUETTE A BIRIBI. Être envoyé dans un régiment de discipline. Argot de caserne. «Il amassa un nombre incalculable de jours de consigne et de salle de police, et vint enfin, comme disent les troupiers, rouler la brouette à biribi, c'est-à-dire qu'il fut envoyé aux compagnies de discipline.» (Triboulet, mars 1884.)
- ROULIER. V. Delvau. Roulottier.
- ROUPION. Commis de nouveautés. Il tient le milieu entre le commis vendeur et le bistot.
- ROUPILLON. V. Delvau. Roupilleur.
- ROUPIOU. Dans les hôpitaux de Paris, étudiant en médecine qui remplace bénévolement un externe dans son service.
- ROUSTONS. Le scrotum.
- ROUTIÈRE. Prostituée qui exerce son métier sur les grandes routes.
S
- SAC (En avoir son). Ne plus pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose. «Entre nous, le mari d'Emma! j'en ai mon sac!» (Cadol: La colonie étrangère.)
- SAC A CHARBON. Prêtre,—dans l'argot des voyous. «Le prêtre qui tout à l'heure leur a fait entrevoir (aux enfants) la douce figure du Jésus évangélique, ils le rencontrent; du coin d'un carrefour, ils crieront: couac, l'appelleront corbeau ou, d'un mot plus à la mode en ce moment: sac à charbon.» (Figaro, août 1884.)
- SACHET. Bas, chaussette.
- SALBINET. Argot de l'Ecole Polytechnique. «Salbinet!» crie un tambour, en ouvrant la porte d'une salle où travaillent une dizaine d'élèves. Cela veut dire: Le capitaine prie le sergent de la salle de passer au cabinet du chef de service pour y entendre une communication du commandant de l'école et la transmettre à ses camarades.
- SALÉ. Mordant, violent. «Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.» (Armand Silvestre.)
- SALER (Se faire). Contracter une maladie vénérienne.
- SALIR LE NEZ (Se). Se griser.
- SALOPER. Argot des élèves de l'école des Beaux-Arts. «La seule chose qui soit interdite, c'est de saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot, c'est le mot usuel, adopté. M. Dubois (le directeur de l'école) met son nom au bas d'un avis dans lequel on lit: Il est formellement interdit de saloper avant tel jour. Qu'est-ce donc que saloper? C'est entrer dans la loge les uns des autres pour y formuler son appréciation sur l'œuvre du voisin.» (Liberté, août 1883.)
- SANDWICH. Le mot date de 1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres diables se promener, moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes, fixées l'une sur la poitrine et l'autre sur le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce. Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie n'étaient haves et déguenillés et ne rappelaient qu'approximativement le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu'aimait si fort le comte Sandwich. «On s'amusa d'abord des sandwiches qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne, enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames bariolées.» (Dix-neuvième siècle, décembre 1886.)
- SANG DE BœUF. Saladier de vin chaud. Argot du peuple. «Assise à une table graisseuse, vis-à-vis d'un homme en accroche-cœurs, elle aspire les parfums grossiers d'un saladier de vin chaud, d'un sang de bœuf, comme cela s'appelle là-bas.» (Evénement, septembre 1885.)
- SANSONNET. Gendarme. Argot des rôdeurs de barrière.
- SANTARELLE (Faire une). Argot des grecs. Lancer à son partenaire les cartes aussi haut que possible afin de pouvoir jeter un coup d'œil en dessous, ce qui permet de les voir et de jouer en conséquence.
- SATISFAIRE (Se). Aller à la selle.—Copulare. «Sa faim charnelle lui permettait d'accepter les rebuts de l'amour. Il y avait même des soirs où, sans le sou, et par conséquent sans espoir de se satisfaire...» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- SAUMURIEN. Elève de l'Ecole de Saumur. «Tout Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro, l'Union et la Gazette de France.» (Nos farces à Saumur.)
- SAUVETTE. Argent.
- SAVONNER. Argot de chanteurs. Faire des ports de voix. «Mademoiselle S... a de l'habileté quoiqu'elle ait savonné certains traits.» (Liberté, 1882.)
- SCHNAPPS. Eau-de-vie.
- SCOLO. C'est ainsi que le peuple, à Paris, appelle l'enfant qui fait partie d'un bataillon scolaire. Scolo est d'un usage courant. «Vous connaissez les scolos, n'est-ce pas? C'est ainsi que l'on nomme en langage populaire, les bataillons scolaires.» (Liberté, février 1886.)
- SCORPION. «On appelle ainsi, paraît-il, à l'école de la rue des Postes, les minorés qui suivent les cours des élèves.» (Figaro, avril 1887). Il a paru, en 1887, sous ce titre: Le Scorpion, un roman de M. Marcel Prévost.
- SÉCHER. Boire. «Sa plus grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de bocks chaque soir.» (Figaro, 1882.)
- SECOUER LE PETIT HOMME. Polluer.
- SECOUSSE (N'en pas f... une). Argot militaire. Paresser, ne rien faire. On dit plus communément: N'en pas f... un coup.
- SECOUER SES PUCES. Danser. «Elle s'était trémoussée dans un ballet de la Porte-Saint-Martin; maintenant, elle secouait ses puces, comme elle disait élégamment, dans tous les bastringues voisins.» (Gaulois, 1881.)
- SEMAINE. Expression empruntée au service des caporaux et des sous-officiers. Ex.: C'est à moi que tu contes cela? je ne suis pas de semaine.—Moyen expéditif de faire rompre un fâcheux. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- SEMPERLOT. Tabac.—«Eh! Rocambole, par ici! Un cornet de semperlot.» (Humbert: Mon bagne.)
- SÉNATEUR. On appelle ainsi les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les richards de l'hôtel. La planche coûte un sou par jour. (Voltaire, 1882.)
- SERGENT DE CROTTIN. Sous-officier à l'Ecole de Saumur. «Quant aux malheureux sous-officiers, baptisés du nom poétique de sergents de crotin...» (Nos farces à Saumur.)
- SHOOTER. Qui fait partie d'une société de tir aux pigeons. Shooting, tir aux pigeons. Encore l'anglomanie. «Aucun des shooters qui fréquentent le Gun Club n'a quitté Paris.» (Bien Public, 1882.)—«Mon devoir de chroniqueur m'oblige à signaler les épreuves internationales qui viennent d'avoir lieu dans les deux grands centres de shooting d'Outre-Manche.» (Union, 1882.)
- SIBIGEOISE. Cigarette. «Parmi eux, pas une pipe; c'est trop commun! La sibigeoise (cigarette), à la bonne heure.» (Humbert: Mon bagne.)
- SILOS. Punition infligée aux soldats des compagnies de discipline.
- SIPHON (Faire). Argot du peuple. Vomir.
- SLAZE. Ivrogne.
- SOCE. Société.
- SOIRÉE BLANCHE. Soirée où il n'y a que des intimes, où se trouve banni l'apparat des grandes réceptions. «Chaque hiver, elle donnait plusieurs grandes fêtes...; entre temps, elle conviait ses intimes à des soirées blanches.» (H. Tessier: Madame Vidocq.)
- SOIREUX, SOIRISTE. Nous avions déjà les lundistes et les salonniers, voici maintenant les soireux et les soiristes (l'un et l'autre se dit ou se disent), c'est-à-dire, dans le jargon du jour, les journalistes chargés de faire ce genre d'articles, qu'Arnold Mortier inventa dans le Figaro sous cette rubrique: La Soirée parisienne. C'est, je crois, à M. E. Bergerat que revient la paternité de ces deux nouveaux vocables. «Quelles patraquées petites femmes que vos confrères éminents, les soireux sympathiques!» (France libre, janvier 1886.)
- SOIXANTE-SIX. Variété de souteneur.
- SOMMIER DE CASERNE. Fille à soldats.
- SONNETTE. Auxiliaire, femme de service, chargée, à la prison de Saint-Lazare, de se tenir à la disposition des employées et des sœurs et de répondre à leur appel. Les sonnettes vont chercher dans les cours, dans les préaux, dans les bâtiments et amènent dans les bureaux les détenues dont on a besoin pour un service quelconque.
- SOUBROCHE. Souteneur. Argot des voyous.
- SOUPER DE. Avoir assez de quelque chose. Argot militaire.
- SOURDE. Prison.
- SOURNOISE. Dans le langage spécial des employés, qu'ils appartiennent à une administration publique ou particulière, la sournoise est ce que leurs chefs et eux-mêmes appellent en style correct la feuille de présence, feuille traîtresse sur laquelle on doit plusieurs fois par jour et à des moments imprévus apposer sa signature de façon à prouver qu'on est bien à son bureau et non au café voisin. Le plus souvent par une malchance fréquente la sournoise passe quand la plupart des employés sont illégalement absents.
- SOUS-DERN. Argot des écoliers. Avant-dernier.
- STARTER. Argot de courses. Celui qui donne aux jockeys le signal au départ.
- STRAPONTIN. Petit matelas en galette, étroit et plat.
- STRAPONTIN. Ce mot, en langage très familier, désigne l'objet de toilette que les femmes appellent du nom de tournure. «Grande bataille! Entre qui? Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle strapontin en langue fantaisiste, l'appendice proéminent que les dames portent en ce moment au-dessous de la taille.» (Monde illustré, novembre 1885.) (V. les mots nuage et tapez-moi ça dans le Supplément.)
- SUBLIMEUR. Bon écolier.
- SUBURBAIN. Le public qui suit les courses de chevaux appelle ainsi dans son jargon particulier tout champ de courses situé dans la banlieue de Paris; celui de Saint-Ouen, par exemple. «Elle ne manquait pas une journée de courses; oh! à Longchamps et à Chantilly, tout au plus à Vincennes; elle ne se commettait pas dans les suburbains, là où l'écurie n'était pas représentée.» (Vie Parisienne, septembre 1887.)
- SUIFFARD. Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif étant fait avec de la graisse.
- SURFINE. Femme qui s'introduit chez les personnes âgées et les vole sous prétexte de quêter en faveur des pauvres.
- SURMENEUSE. C'est ainsi qu'on désigne maintenant les les filles à la mode. Elles surmènent de toutes façons les heureux mortels qu'elles ont daigné distinguer. Allusion au surmenage intellectuel dont on parle tant aujourd'hui. «Une voiture emportant une de nos surmeneuses connues croise une victoria où sont deux de ses collègues.» (Charivari, nov. 1888.)
- SURNU. Surnuméraire. Argot des employés d'administration, en général.
T
- TABLEAU DES IDIOTS (Être sur le). Être pourvu d'un conseil judiciaire. Jargon des clercs de notaire. On sait que dans chaque étude se trouve à la disposition du public, un tableau ou un livre sur lequel figurent les interdits, les prodigues, tous ceux enfin qui ne jouissent pas de la plénitude de leurs droits.
- TALA. Elève de l'Ecole normale ayant des principes religieux et pratiquant.
- TAMBOUILLE. Delvau donne à ce mot le sens de ragoût, de fricot, ce qui est exact; tambouille s'emploie aussi chez les soldats d'Afrique qui appellent ainsi leur gamelle.
- TAPEZ-MOI ÇA. Le tapez-moi ça, désigne dans le langage plus que familier cet objet de toilette qu'on nomme une tournure. «Voici que nous sommes toutes contraintes de porter la tournure, l'ajustement qu'on a appelé irrévérencieusement le tapez-moi ça.» (Gil Blas, octobre 1885.) On dit aujourd'hui nuage; v. Supra.
- TAMPONNER LE COQUILLARD. (Se). Se moquer de.
- TAMPONNER. Rudoyer. «Ah! tu me tamponnes, s'écrie-t-il, je te reconnaîtrai à la prochaine.» (Figaro, 1880.)
- TAPE-CUL. Argot militaire. Manœuvre sans étriers.
- TAPER (Se). Se voir refuser quelque chose; s'en passer.—Se masturber.
- TAPEUSE. Prostituée qui, sans faire payer ses services, emprunte aux clients des sommes plus ou moins élevées qu'elle ne rend bien entendu jamais. (Réveil.)
- TATEUR. Fausse clef.
- TAUPINER. Assassiner.
- TÉLÉGRAPHE (Faire le). «A cette énumération il faut ajouter le truc du télégraphe qui s'emploie pour tous les jeux de cartes. Faire le télégraphe, envoyer le duss ou le sert (V. Delvau, Sert), c'est faire connaître au complice qui tient les cartes, le jeu de la victime derrière laquelle on se tient à cet effet en paraissant prendre un grand intérêt à sa partie.» (Henri IV, 1881.)
- TENIR. Argot théâtral. Tenir l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l'affiche. «Voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu'il (M. V. Sardou) tient l'affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses.» (Revue des Deux-Mondes, 1er mars 1877.)
- TÉNOR. Argot de journaliste. Ecrivain qui rédige habituellement l'article de tête du journal.
- TERRASSE. La partie du trottoir envahie par les tables et les chaises de MM. les cafetiers.
- TÊTE A L'HUILE. Chef de la figuration dans un théâtre.
- TÊTE DE PATÈRE. Variété de souteneur.
- TÊTE DE PIPE. Idiot. La variante est: moule à chenets.
- TIERCE. Argot de bagne. Bande d'individus.
- TIFFES. Cheveux.
- TOMBAGE. Critique, éreintement. Mot très familier. (V. Tomber dans le corps du Dictionnaire.) «On s'attendait à un rapport de M. M... et à un tombage du préfet et l'on s'est perdu dans des broutilles.» (Gil Blas, juillet 1886.)
- TOMBER DANS LA DÈCHE. (V. Delvau au mot Dèche.) «Certains naïfs libidineux se laissent duper par les macettes qui ont la spécialité de fournir aux bons jeunes gens tout ce qu'il y a de mieux en fait de femmes du monde tombées dans la dèche.» (Figaro, mars 1887.)
- TOMPIN. Tompin qui, en 1882, n'était qu'un adjectif a passé depuis au rang de substantif argotique et est devenu synonyme d'homme élégant, à la mode. Au féminin on dit, ou plutôt on a dit (car le mot n'est plus usité) tompinette. «Le vrai bel air est aujourd'hui de s'étudier à paraître simple et de laisser aux tompins et aux tompinettes les exhibitions de quatre ou cinq toilettes par jour.» (Figaro, août 1885.)
- TOPO. Circulaire; proposition, motion. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique.
- TOQUARD. Argot de courses. Cheval sur lequel on a placé son argent, d'inspiration, sans savoir pourquoi. «Il y a trois manières de jouer très en usage. L'inspiration, c'est-à-dire prendre un toquard, parce qu'il porte le nom de la personne aimée, celui de votre chien ou le numéro d'un cabinet particulier...» (Vie parisienne, juin 1884.)
- TORCHÉE. Coups. Rixe.
- TORCHER. Faire vite et mal.—Manger. Torcher les plats. Avoir appétit.
- TORCHON. Argot de cabotins. La toile, le rideau.
- TORTILLER LE CARTON. Jouer aux cartes. «Parfois deux sociétés font alliance pour tortiller le carton. C'est l'expression consacrée par les joueurs de besigue, de piquet à quatre, ou de rams.» (Réveil, 1882.) V. Delvau: Carton.
- TORTILLER LA VIS. Étrangler. «Je l'avais prévenu que s'il faisait un mouvement, j'allais lui tortiller la vis.» (Gazette des Tribunaux, 1864.)
- TORTORAGE. Nourriture.
- TOUPIE. Dame d'un jeu de cartes.
- TOUR (La). La Préfecture de Police.
- TOUR DE CLEF (Se donner un). Se reposer, se refaire, se mettre au vert. «Apollinaris est venu passer cinq ou six semaines à Aix-les-Bains, histoire de se redonner un tour de clef.» (Raoul Nest: Les mains dans mes poches.)
- TOURLOUSINE (Administrer une). Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. P..., de lui administrer une tourlousine, dit Zulpha (un des inculpés).» (Autorité, janvier 1888.)
- TOURNÉE PASTORALE. Tournée qui a lieu en bande, le soir, après un bon dîner, dans des maisons hospitalières. La tournée pastorale implique ordinairement la flanelle.
- TOURNE-VIS. Gendarme. Argot des malfaiteurs. «Le gendarme est naturellement l'obsession du repris de justice; il le voit partout et l'a baptisé d'un nom caractéristique; le tourne-vis.» (Figaro, février 1885.)
- TRAIN (Être dans le). Suivre les caprices de la mode; accepter toutes les innovations. Nous avions déjà dans la langue familière: être dans le mouvement, suivre le mouvement, cela ne suffit plus et, le progrès aidant, il faut être aujourd'hui dans le train!—«Je crois devoir avertir Monsieur qu'il n'est plus dans le train.—...?—Encore un progrès, Monsieur, les voyages n'ont rien à faire ici; être dans le train veut dire: suivre le progrès.» (National, décembre 1886.)
- TRAIN JAUNE. «Elles (les femmes de mœurs faciles) commencent à persiller dans les trains de chemins de fer; il y en a même qui ne font qu'exploiter les trains jaunes qui emmènent chaque samedi de Paris, pour les ramener le lundi, les commerçants dont les femmes sont aux bains de mer.» (Figaro, 1882.)
- TRAINARDS (Faire les). Argot des cercles, des tripots. C'est ramasser les masses, les jetons oubliés sur les tables de jeux.
- TRANCHE (En avoir une). Être inintelligent.
- TRANSVERSALE. Argot de joueurs. On joue la transversale, quand, à la roulette, on place son enjeu transversalement, c'est-à-dire sur la ligne qui sépare deux numéros entre eux.
- TRAVAILLEUR. Voleur.
- TRÈFLE! Argot des enfants. (V. Pouce.)
- TRÈFLE. Argent monnayé. Argot des gavroches.
- TREMBLEUSE. Sonnette électrique.
- TRIMARDEUR. Voleur de grand chemin. (V. Delvau: Trimar.)
- TRIMBALLEUR DE ROUCHIES. Souteneur.
- TRINQUER. Ce verbe, qui, dans l'argot, a le sens propre de être battu, s'emploie aussi au figuré comme synonyme de: être malmené, être tancé. «Il faut que M. B... (qui a fortement trinqué dans cette séance) et les actionnaires résilient leurs baux.» (Intransigeant, sept. 1888.)
- TRIPATOUILLER. Manier maladroitement quelque chose; mêler, embrouiller, rendre confus, tripoter. N'en déplaise à M. Bergerat qui a lancé ce verbe au commencement de cette année 1888, ce mot est un barbarisme, barbarisme voulu, je le veux bien, mais enfin barbarisme. Que ne se servait-il pour exprimer sa pensée, du mot touiller, inusité aujourd'hui, sauf dans le centre de la France, où il signifie crotter, salir. Touiller a ses quartiers de noblesse puisqu'au temps de Charles VII, c'est-à-dire au XVe siècle, on l'employait aux sens de salir et brouiller. Il y avait même le substantif touilleur, brouillon, qu'on trouve dans Cotgrave et qui est aujourd'hui remplacé par tripatouilleur. On a même inventé tripatouille et tripatouillage.
«Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre de l'Odéon, d'avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez le verbe, il est pittoresque.» (Illustration, janvier 1888.)
«C'est à vous, Caliban, à qui je veux parler.
Vous avez un défaut que je ne puis céler.
Vous créez chaque jour quelque néologisme
Qui n'est, le plus souvent, qu'un affreux barbarisme.
Ainsi tripatouillage est votre enfant nouveau;
Tripatouille est de mode. On ne sait ce qu'il vaut
Mais on s'en sert......
On dit: je tripatouille et nous tripatouillons.
Tripatouiller est donc le vocable à la mode.»
(Événement, janvier 1888.)
- TROIS-PONT. Casquette en soie assez haute; à l'usage de MM. les voyous. «Je les (les Alphonses) rencontre encore qui rôdent en bande, les cheveux effilés, en corne de bœuf, sur les tempes obscurcies par le trois-pont.» (Huysmans: Une goguette.)
- TROLIER. Individu, commissionnaire qui va offrir de porte en porte aux marchands de meubles le travail de l'ouvrier qui est à son compte. Dans l'argot du faubourg Saint-Antoine on appelle cet ouvrier un choutier.
- TRONC D'ARBRE. Nervure de la feuille de tabac que l'on trouve dans le scaferlati non trié. (V. Peuplier.)
- TRUC (Faire le). Argot des filles. Raccoler.
- TRUQUEUR. Individu du troisième sexe qui vit de son... industrie.
- TUILER. Regarder quelqu'un d'un œil soupçonneux.
- TURBAN (Valeur à). Valeur turque. «Les valeurs à turbanrésistent difficilement.» (Presse, 1882.)
- TUTOYER. Dérober; on dit aussi effaroucher.
- TUYAU. Argot de sport. Renseignement. «De plus, sportwoman passionnée et renseignée admirablement. Elle possède, comme on dit, les meilleurs tuyaux.» (Gazette de Cythère, journal, 1882.)—En argot financier, avoir un tuyau signifie avoir reçu confidence d'un mouvement préparé par les banquiers, maîtres du parquet. «Rachetons, avait dit Léontin.—Pas encore, avait répondu le fils Marleroi. Ça n'est pas fini. La panique gagne les départements. J'ai un tuyau. Nous pouvons racheter plus bas encore.» (Cadol, La colonie étrangère.)
U
- UN, DEUX, TROIS, etc... Argot théâtral. Acte premier, deuxième, troisième, etc... d'une pièce. «A partir du quatre, mademoiselle Sarah Bernhardt est supérieure à elle-même.» (Evénement, 1882.) «Il suffit d'obtenir un engagement de M. Montrouge et de venir annoncer à la fin du deux que le dîner est servi.» (Evénement, 1881.) C'est le deux, le trois, qui marche. C'est le deuxième, le troisième acte que l'on joue.
- URBAINE. Fiacre; voiture de place appartenant à la Compagnie dite l'Urbaine. «Une Urbaine accoste, une tête de femme paraît à la portière.» (Vie Parisienne, 1882.)
V
- VACHARD. Paresseux, fainéant; qui s'étend paresseusement comme une vache au lieu de travailler.
- VACHE. Qui se vend à la police, mouchard.
- VACHER. Paresser.
- VALSER DU BEC. Avoir l'haleine fétide.
- VANDALE. Poche vide.
- VAUTOUR. Grec. «Tous les joueurs ont commencé par être d'honnêtes joueurs; ils ont été pigeons avant d'être vautours.» (Henri IV, 1881.)
- VELOURS (Jouer sur le). Cette expression fait aussi partie de l'argot du turf. «En Angleterre, les grandes écuries ont presque toutes une personne de confiance qui s'occupe spécialement des paris à faire sur leurs chevaux. Ces spécialistes ont besoin d'aides, car si l'on donne de gros ordres, il faut qu'ils soient exécutés simultanément dans les divers cercles de Londres.
De cette façon, on écrème le marché dans une matinée et quand le cheval sur lequel on fonde des espérances arrive en bon état au poteau, on peut le rendre à une cote très inférieure et, de cette façon, gagner beaucoup en ne risquant guère. C'est ce qu'on appelle en argot du turf: jouer sur le velours.» (Charivari, avril 1884.)
- VENDÔME. «Il est défendu (à Nouméa) de jouer à des jeux de hasard. Cependant, toutes les nuits, dans l'une de ces chambrées, on joue le vendôme, sorte de lansquenet spécial.» (Nouvelle Revue, 1er avril 1884.)
- VENTRE D'OSIER. Homme maigre. On dit aussi sac d'os.
- VERRE EN FLEURS (Donner un beau). Donner de belles cartes à son adversaire. «Cette locution n'a cours que dans les tripots et parmi les joueurs qui les fréquentent. «Je vous ai relevé par un beau verre en fleurs,» c'est-à-dire que je vous ai distribué de belles cartes pour vous donner du courage, vous allumer, vous faire augmenter votre enjeu.» (Belot: Le Roi des Grecs.)
- VERSEUSE. «Il fréquente les établissements dits cafés à femmes, où les garçons sont remplacés par des demoiselles appelées verseuses.» (Frondeur, 1880.)
- VÉSUVE (Faire son). Faire des manières, des embarras; poser. «Plantin, rappelle-toi que le vol conduit aux plus grandes fautes et même au vice!—Plantin: Fais donc pas ton Vésuve!...» (Petit Journal.)
- VÉSUVER. Donner largement, libéralement. «Tu as un nourrisseur qui te vésuve des jaunets quand tu lui dis: Mon Prince.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- VEUVE. Non conformiste qui se prête... aux plus bizarres exigences.
- VIATIQUE. «Littré appelle viatique l'argent qu'on donne aux religieux pour leurs dépenses de voyage. Enlevez les religieux, expulsez-les, remplacez-les par des joueurs et vous aurez la véritable signification du mot en langage monégasque.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
- VIATIQUE VERT. Absinthe. «Le commandant Monistrol se versant, au moment d'expirer, le viatique vert.» (Th. de Banville.)
- VIDER. Assommer, tuer. «On dut s'interposer; la mère Teston perdant toute mesure, ne parlait de rien moins que de le vider. (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- VIGOUSSE. Vigueur, entrain. «Ça ne va pas, mais ça ne va pas du tout aujourd'hui... pour l'amour de Dieu, Mesdames et Messieurs, un peu de vigousse, donc!...» (De Goncourt: La Faustin.)
- VIEILLISSEUSE. «J'ai fait la connaissance d'une vieille femme qui exerce aujourd'hui la profession de vieillisseuse... nos boulevards, vous le savez, sont sillonnés de petites marchandes d'amour que leur extrême jeunesse expose souvent aux indiscrétions de la police... A l'aide de certains onguents, elle (la vieillisseuse) parvient à donner aux traits trop tendres des gamines l'expression d'un visage de 18 à 25 ans.» (Figaro.)
- VINAIGRETTE. Argot des voyous et des malfaiteurs. La vinaigrette est cette voiture, peinte en vert foncé, que nous avons vu circuler par les rues et qui va prendre dans les différents postes de police, pour les conduire au Dépôt près la Préfecture, les personnes qui, après avoir été arrêtées, sont retenues par le commissaire de police ou le chef de poste.
- VINASSE. Vin.
- VINGT-HUIT JOURS. Soldat faisant la période d'exercice exigée de ceux qui font partie de la réserve de l'armée active, parce que cette période dure vingt-huit jours. On dit aussi réservoir.
- VISQUEUX. Souteneur de bas étage.
- VITRINE (Faire). Se parer, se faire beau, s'endimancher.
- V'LAN. «Au temps où le Grand-Seize s'emplissait chaque soir, au café Anglais, d'une société qu'on ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors ont été remplacés par des imbéciles, on avait trouvé mieux que pchutt. On disait de quelqu'un, homme ou femme, qui se distinguait par une attitude, par un parti pris, un laisser-aller, une originalité tranchée: Il a du v'lan! Elle a du v'lan. C'était net, cassant, absolu.» (Evénement, 1883.)—Ce terme, abandonné depuis longtemps, vient de reprendre faveur.—«Soirée dansante très réussie, très animée et très v'lan hier, chez la comtesse de L.» (Gil Blas, 1883.)
- VOLAILLE. Terme de mépris à l'adresse d'une femme quelconque.—Etudiant, dans le jargon des écoles. «Des collégiens et quelques étudiants; des volailles, comme on dit sur la montagne Sainte-Geneviève.» (XIXe Siècle.)
- VOYANTE. «Un autre type amusant (à la roulette de Monaco) c'est la Voyante. Elle indique les numéros qui vont sortir et se loue moyennant 20 francs par heure.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
- VOYAGEUR SEC. Voyageur qui ne fait aucune dépense dans l'hôtel où il est descendu.
- VOYAGEUSE. Femme galante qui travaille (?) sur les paquebots et les lignes de chemin de fer.
- VRIGNOLE. Viande.
W
- WATERLOO (Avoir son). «Il (M. Ad. Belot) lui restait à étudier pour la dernière partie de son drame le grec en liberté. Il s'adressa pour cela à un ancien inspecteur du service des jeux... Cet inspecteur lui apprit, entre autre révélations étonnantes, qu'il y avait, à Paris seulement, plus de deux mille grecs, parfaitement connus et classés à la Préfecture et que malgré la vigilance la plus excessive, il y avait bien peu de cercles, même parmi les plus grands, qui n'eussent eu leur Waterloo. Un cercle qui a son Waterloo, en langage technique, est un cercle où l'on prend un grec la main dans le sac. (Figaro, 1883.)
- WATRINER. Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.
«Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l'univers.»
(Gazette anecdotique, février 1887.)
«En avant! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement. (Grève sociale, février 1886.)
De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat. «Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l'assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.» (Parti national, mars 1887.)
Z
- ZINGUOT. Hangar, préau. Jargon de l'Ecole de Saint-Cyr.
- ZUTANT. Ennuyeux. «C'est rien zutant d'n'être pas libre.» (Evénement, août 1885.)
ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY