I
Or, un matin, Georges rencontra dans la rue le type même du charme féminin et de l'irrésistible séduction.
Georges ne songea même pas à résister: abandonnant son itinéraire, il suivit la jeune personne jusqu'au moment où elle s'engouffra dans un établissement dit de bouillon.
Une minute ne s'écoula certainement point avant que Georges ne pénétrât lui-même dans le restaurant.
Déjà, la jeune personne ne s'y trouvait plus mais, bientôt, elle réapparaissait, affublée d'un joli petit bonnet blanc et d'un tablier de même couleur.
Georges (qui n'est pas une bête) conclut que la jeune femme servait comme bonne dans la maison.
S'asseyant à l'une des tables dont le service semblait dévolu à la petite, il commanda, quoi donc! un bouillon, naturellement.
… Abrégeons.
Dès lors, le coeur de notre pauvre Georges fut pris dans le pire des engrenages.
Vingt fois par jour, il revenait s'asseoir à l'une des tables d'Eugénie (car vous avez deviné, n'est-ce pas, qu'elle s'appelait Eugénie) pour absorber mille aliments divers qu'il s'appliquait à choisir aussi légers que possible, mais dont l'ensemble ne laissait point que de le gaver tout de même, et solidement.
Ce qu'on peut appeler se nourrir de prétextes.
Aussi, c'était, à chaque repas familial, des désolations sans trêve:
—Tu ne manges pas, mon pauvre petit!
—Je n'ai pas faim, bonne maman.
—Il faut se forcer, mon chéri.
—Ça me ferait mal.
—Le plus drôle, c'est que tu ne maigris pas, depuis le temps que tu ne manges plus… Tu n'as pas mal quelque part?
—Mais non, bonne maman.
—Tu dors bien?
—Comme le peintre Luigi Loir lui-même.
—Ah! tu as une étrange complexion!
Et comme, en somme, Georges conservait sa bonne mine et sa belle humeur, la vieille grand'maman ne s'inquiétait pas outre mesure de cet inexplicable manque d'appétit.