VI
Quant à la possibilité d'une décadence finale pour un siècle, pour une nation, pour une langue, pour une littérature, je ne nie nullement cette possibilité en principe. Si je la niais, l'histoire du genre humain tout entier serait là devant moi, comme elle est là devant les progressistes indéfinis, pour me donner le triste démenti des réalités aux imaginations. Nous ne marchons dans le passé que sur la cendre des langues mortes avec leurs chefs-d'œuvre et sur les cadavres des littératures. Le monde entier n'est composé que de deux mots: PROGRÈS et DÉCADENCE. L'erreur des optimistes est de n'en lire qu'un, PROGRÈS; l'erreur des pessimistes est de n'en lire qu'un, DÉCADENCE. Lisons-les tous les deux, nous serons dans le vrai de l'histoire et de la destinée du genre humain, en littérature comme en politique.