VIII
Et j'ai vogué déjà, depuis soixante jours,
Vers ce vague horizon qui recule toujours;
Et mon âme, oubliant ses pas dans sa carrière,
Sans espoir en avant, sans retour en arrière,
Respirant à plein souffle un air illimité,
De son isolement se fait sa volupté.
La liberté d'esprit, c'est ma terre promise!
Marcher seul affranchit, penser seul divinise!...
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La lune, cette nuit, visitait le désert;
D'un brouillard sablonneux son disque recouvert
Par le vent du simoun, qui soulève sa brume,
De l'océan de sable en transperçant l'écume,
Rougissait comme un fer de la forge tiré;
Le sol lui renvoyait ce feu réverbéré;
D'une pourpre de sang l'atmosphère était teinte,
La poussière brûlait cendre au pied mal éteinte;
Ma tente, aux coups du vent, sur mon front s'écroula,
Ma bouche sans haleine au sable se colla;
Je crus qu'un pas de Dieu faisait trembler la terre,
Et, pensant l'entrevoir à travers le mystère,
Je dis au tourbillon:—Ô Très-Haut! si c'est toi,
Comme autrefois à Job, en chair apparais-moi!...
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