IX

Elle tourna à droite aux premières maisons de paysans du village. Elle suivit la petite vallée de prairies domestiques où paissaient les vaches des bonnes demoiselles Bruys, jadis les protectrices aimées du village, puis, tournant à droite, sans hésitation, à l'angle d'un mur en ruines, elle tira un morceau de fil de fer caché dans une fente de la muraille intérieure, la porte s'ouvrit et nous nous trouvâmes dans le jardin de l'abbé Dumont, à côté de l'allée des tulipes.

X

Nous nous avançâmes d'un pas discret d'allée en allée dans le castel du curé comme on l'appelle encore, jusqu'à une galerie bâtie à neuf, car la maison avait changé plusieurs fois de maître, et un vieux serviteur qui fendait du bois au pied de la galerie, dans l'écurie, nous raconta toutes ces métamorphoses.

—Vous êtes entrées, nous dit-il, par la porte de M. Alphonse quand il était jeune. C'est moi qui prenais son cheval, qui le conduisais par la bride aux tours qui servaient alors d'écurie, qui lui donnait du foin pour l'amuser pendant les longues heures que les deux amis passaient à causer et à souper ensemble; je voudrais bien vous faire voir les chambres, mais je n'en ai plus les clés, et la maison, entièrement changée ainsi que les habitants, ne sert plus qu'à regarder par les fenêtres la tombe du curé que M. Alphonse lui a fait tailler et coucher à terre, là, auprès du chœur de son église.—Où est-elle, dîmes-nous toutes à la fois.—Venez, nous répondit le fendeur de bois, descendez l'escalier qui conduit à la porte d'entrée de la maison, je vais vous y conduire en trois pas, car il n'a pas eu un long voyage à faire pour aller de son lit de bois à son lit éternel de terre.