VI

Alors nous prîmes dans le sac de Mathilde le volume de Confidences et nous lûmes à demi-voix tout ce qui concernait les villages de Milly et de Bussières qui ne faisaient qu'une paroisse du temps de votre première enfance. Nous autres, nées et habitant à la campagne, comme vous, monsieur, cela nous touchait plus que tout le reste. Pauvre Milly, disais-je à mes filles tout bas, quel dommage que la France n'ait pas pu te racheter, pour que cet homme ait au moins pleuré où il a souri!—Et où est donc déjà la ferme du scieur de long, le village de Milly et celui de Bussières?

—Suivez mon doigt de l'œil, dit le jeune homme: vous voyez ici le château de Monceau, là la route de Mâcon se diviser en deux; l'une continue dans la vallée basse. Saint-Sorlin, grand village riche, capitale rurale du pays; l'autre se détourne à gauche et gravit une montée douce qui s'élève sur une crête de vignobles à peu près en face d'ici, puis redescend en pente douce jusqu'à un clocher grisâtre qui marque la paroisse de Bussières. C'est donc là que vous voulez aller? Eh bien, vous n'avez qu'à descendre demain ce grand chemin, passer devant les pavillons de Monceau, prendre alors à gauche, monter la colline et redescendre: vous serez bientôt au pied du clocher de Bussières que vous cherchez, et tout près du village sec de Milly qu'habitait, il y a peu d'années, M. de Lamartine. Ou vous y mènera en moins de quelques minutes; ce n'est pas la même commune, mais c'est la même paroisse, le même curé leur chante la messe. Un peu plus loin, vous voyez de grosses montagnes noires où il n'y a plus de passage pour les yeux, ce sont les montagnes de Saint-Point à deux ou trois lieues de Milly. On vous montrera bien le sentier élevé au travers du bois de châtaigniers où vous aurez à monter et à descendre pendant environ deux heures avant d'arriver sur les bords de la profonde vallée de Saint-Point, dominée par son château et par son clocher que tant de voyageurs vont voir.