Notes
[1]: Ullin, ancien nom de l'Ulster.
[2]: C'est Ossian qui parle. On le verra tantôt historien, tantôt acteur dans le poëme, et parler de lui, tantôt à la première, tantôt à la troisième personne.
[3]: Nom du royaume de Swaran, en Scandinavie.
[4]: L'Irlande.
[5]: L'île des Baleines; c'était une des Orcades.
[6]: Nom de l'Irlande, composé de deux mots, dont l'un signifie île et l'autre ouest; l'île d'Ouest.
[7]: Fergus paraît.
[8]: Ceci fait allusion à la manière dont les anciens Écossais ensevelissaient les morts.
[9]: Expression dont le poëte se sert souvent pour désigner le tombeau.
[10]: Colline de Loclin.
[11]: Chevaux de Cuchullin.
[12]: Ce passage fait allusion à la religion de Loclin; et la pierre du pouvoir était sans doute l'image d'une des divinités de la Scandinavie.
[13]: Les guerriers de Swaran.
[14]: Fils de Fingal.
[15]: Cette circonstance singulière, comparée avec la preuve que l'on peut tirer d'une des épigrammes de Politien, nous autorise à croire que cette dame était la maîtresse de Julien, la belle Simonetta, dont nous avons déjà parlé.
In Simonettam.
Dum pulchra effertur nigro Simonetta feretro,
Blandus et examini spirat in ore lepos,
Nactus Amor tempus quo non sibi turba caveret,
Jecit ab occlusis mille faces oculis:
Mille animos cepit viventis imagine risus:
Ac Morti insultans, Est mea, dixit, adhuc;
Est mea, dixit, adhuc; nondum totam eripis illam,
Illa vel exanimis militat ecce mihi.
Dixit et ingemuit.—Neque enim satis apta triumphis
Illa puer vidit tempora—sed lacrymis.
(Polit., Epigr. in op. Ald., 1498.)
[16]: Voici cette première production poétique de l'amour de Laurent:
Lasso a me, quando io son la dove sia
Quell' angelico, altero e dolce volto,
Il freddo sangue intorno al core accolto
Lascia senza color la faccia mia:
Poi mirando la sua, mi par si pia
Ch' io prendo ardire, e torna il valor tolto,
Amor ne' raggi de' begli occhi involto
Mostra al mio tristo cor la cieca via;
E parlandogli alhor, dice, io ti giuro
Pel santo lume di questi occhi belli
Del mio stral forza, e del mio regno onore,
Ch' io saro sempre teco; e ti assicuro
Esser vera pieta che mostran quelli:
Credogli lasso! e da me fugge il cor.
[17]: Le sonnet suivant exprime bien tous ces sentiments:
Cherchi chi vuol le pompe, e gli alti onori,
Le piazze, e tempi, e gli edifici magni,
Le delicie, il tesor qual accompagni
Mille duri pensier, mille dolori:
Un verde praticel, pien di bei fiori,
Un rivolo che l'herba intorno bagni,
Un angeletto che d'amor si lagni,
Acqueta molto meglio i nostri ardori:
L'ombrose selve, i sassi, e gli alti monti,
Gli antri oscuri, e le fere fuggitive,
Qualche leggiadra ninfa paurosa;
Quivi veggo io con pensier vaghi e pronti,
Le belle luci, come fossin vive.
Qui me le toglie or una or altra cossa.
[18]: Val. in Vita Laur., p. 8.
[19]: Ricordi di Lor., Appendix, no xi.
[20]: Cette femme, qui inspira une si forte passion à Molière, et qui le rendit si malheureux, n'avait pas une beauté régulière; voici le portrait que Molière en a fait lui-même à une époque où elle lui avait déjà causé beaucoup de chagrins: «Elle a les yeux petits, mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde; les plus touchants qu'on puisse voir. Elle a la bouche grande, mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches. Sa taille n'est pas grande, mais elle est aisée et bien prise. Elle affecte une nonchalance dans son parler et dans son maintien, mais elle a grâce à tout cela, et ses manières ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs. Enfin son esprit est du plus fin et du plus délicat; sa conversation est charmante, et si elle est capricieuse autant que personne du monde, tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles.» (Bourgeois gentilhomme, acte III, scène ix.) Élève de Molière, elle devint une excellente actrice: sa voix était si touchante, qu'on eût dit, suivant un auteur contemporain, qu'elle avait véritablement dans le cœur la passion qui n'était que dans sa bouche. «Remarquez, dit-il, que la Molière et La Grange font voir beaucoup de jugement dans leur récit, et que leur jeu continue encore lors même que leur rôle est fini. Ils ne sont jamais inutiles sur le théâtre: ils jouent presque aussi bien quand ils écoutent que quand ils parlent. Leurs regards ne sont pas dissipés, leurs yeux ne parcourent pas les loges. Ils savent que leur salle est remplie, mais ils parlent et ils agissent comme s'ils ne voyaient que ceux qui ont part à leur action; ils sont propres et magnifiques sans rien faire paraître d'affecté. Ils ont soin de leur parure, et ils n'y pensent plus dès qu'ils sont sur la scène. Et si la Molière retouche parfois à ses cheveux, si elle raccommode ses nœuds et ses pierreries, ces petites façons cachent une satire judicieuse et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer; mais enfin, avec tous ces avantages, elle ne plairait pas tant, si sa voix était moins touchante: elle en est si persuadée elle-même, que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons qu'elle a de rôles différents.»
[21]: Cependant, ce ne fut pas sans se faire une grande violence que Molière résolut de vivre avec elle dans cette indifférence. Il y rêvait un jour dans son jardin d'Auteuil, quand son ami Chapelle, qui s'y promenait par hasard, l'aborda, et le trouvant plus inquiet que de coutume, il lui en demanda plusieurs fois le sujet. Molière, qui eut quelque honte de se sentir si peu de constance pour un malheur si fort à la mode, résista autant qu'il put; mais, comme il était alors dans une de ces plénitudes de cœur si connues par les gens qui ont aimé, il céda à l'envie de se soulager et avoua de bonne foi à son ami que la manière dont il était forcé d'en user avec sa femme était la cause de cet abattement où il se trouvait. Chapelle, qui croyait être au-dessus de ces sortes de choses, le railla sur ce qu'un homme comme lui, qui savait si bien peindre le faible des autres, tombait dans celui qu'il blâmait tous les jours, et lui fit voir que le plus ridicule de tous était d'aimer une personne qui ne répond pas à la tendresse qu'on a pour elle. «Pour moi, lui dit-il, je vous avoue que si j'étais assez malheureux pour me trouver en pareil état, et que je fusse fortement persuadé que la même personne accordât des faveurs à d'autres, j'aurais tant de mépris pour elle, qu'il me guérirait infailliblement de ma passion. Encore avez-vous une satisfaction que vous n'auriez pas si c'était une maîtresse; et la vengeance, qui prend ordinairement la place de l'amour dans un cœur outragé, vous peut payer tous les chagrins que vous cause votre épouse, puisque vous n'avez qu'à l'enfermer; ce sera un moyen assuré de vous mettre l'esprit en repos.»
Molière, qui avait écouté son ami avec assez de tranquillité, l'interrompit pour lui demander s'il n'avait jamais été amoureux. «Oui, lui répondit Chapelle, je l'ai été comme un homme de bon sens doit l'être: mais je ne me serais jamais fait une si grande peine pour une chose que mon honneur m'aurait conseillé de faire, et je rougis pour vous de vous trouver si incertain.—Je vois bien que vous n'avez encore rien aimé, lui répondit Molière, et vous avez pris la figure de l'amour pour l'amour même. Je ne vous rapporterai point une infinité d'exemples qui vous feraient connaître la puissance de cette passion. Je vous ferai seulement un fidèle récit de mon embarras, pour vous faire comprendre combien on est peu maître de soi-même, quand elle a une fois pris sur nous un certain ascendant que le tempérament lui donne d'ordinaire. Pour vous répondre donc sur la connaissance parfaite que vous dites que j'ai du cœur de l'homme par les portraits que j'en expose tous les jours, je demeurerai d'accord que je me suis étudié autant que j'ai pu à connaître leur faible; mais si ma science m'a appris qu'on pouvait fuir le péril, mon expérience ne m'a que trop fait voir qu'il est impossible de l'éviter: j'en juge tous les jours par moi-même. Je suis né avec les dernières dispositions à la tendresse; et, comme j'ai cru que mes efforts pourraient lui inspirer, par l'habitude, des sentiments que le temps ne pourrait détruire, je n'ai rien oublié pour y parvenir. Comme elle était encore fort jeune quand je l'épousai, je ne m'aperçus pas de ses méchantes inclinations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements: aussi le mariage ne ralentit point mes empressements; mais je lui trouvai tant d'indifférence, que je commençai à m'apercevoir que toute ma précaution avait été inutile, et que ce qu'elle sentait pour moi était bien éloigné de ce que j'aurais souhaité pour être heureux. Je me fis à moi-même ce reproche sur une délicatesse qui me semblait ridicule dans un mari, et j'attribuai à son humeur ce qui était un effet de son peu de tendresse pour moi; mais je n'eus que trop de moyens de m'apercevoir de mon erreur, et la folle passion qu'elle eut peu de temps après pour le comte de Guiche fit trop de bruit pour me laisser dans cette tranquillité apparente. Je n'épargnai rien, à la première connaissance que j'en eus, pour me vaincre moi-même, dans l'impossibilité que je trouvai à la changer; je me servis pour cela de toutes les forces de mon esprit; j'appelai à mon secours tout ce qui pouvait contribuer à ma consolation. Je la considérai comme une personne de qui tout le mérite est dans l'innocence, et qui, par cette raison, n'en conservait plus depuis son infidélité. Je pris, dès lors, la résolution de vivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme coquette, et qui est bien persuadé, quoi qu'on puisse dire, que sa réputation ne dépend point de la méchante conduite de son épouse; mais j'eus le chagrin de voir qu'une personne sans beauté, qui doit le peu d'esprit qu'on lui trouve à l'éducation que je lui ai donnée, détruisait en un moment toute ma philosophie. Sa présence me fit oublier toutes mes résolutions, et les premières paroles qu'elle me dit pour sa défense me laissèrent si convaincu que mes soupçons étaient mal fondés, que je lui demandai pardon d'avoir été si crédule. Cependant mes bontés ne l'ont point changée. Je me suis donc déterminé à vivre avec elle comme si elle n'était pas ma femme: mais si vous saviez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi. Ma passion est venue à un tel point, qu'elle va jusqu'à entrer avec compassion dans ses intérêts; et quand je considère combien il m'est impossible de vaincre ce que je sens pour elle, je me dis en même temps qu'elle a peut-être une même difficulté à détruire le penchant qu'elle a d'être coquette, et je me trouve plus dans la disposition de la plaindre que de la blâmer. Vous me direz sans doute qu'il faut être fou pour aimer de cette manière; mais, pour moi, je crois qu'il n'y a qu'une sorte d'amour, et que les gens qui n'ont point senti de semblable délicatesse n'ont jamais aimé véritablement. Toutes les choses du monde ont du rapport avec elle dans mon cœur: mon idée en est si fort occupée, que je ne fais rien en son absence qui m'en puisse divertir. Quand je la vois, une émotion et des transports qu'on peut sentir, mais qu'on ne saurait exprimer, m'ôtent l'usage de la réflexion; je n'ai plus d'yeux pour ses défauts; il m'en reste seulement pour tout ce qu'elle a d'aimable. N'est-ce pas là le dernier point de la folie? Et n'admirez-vous pas que tout ce que j'ai de raison ne sert qu'à me faire connaître ma faiblesse sans en pouvoir triompher?—Je vous avoue à mon tour, lui dit son ami, que vous êtes plus à plaindre que je ne pensais; mais il faut tout espérer du temps. Continuez cependant à faire vos efforts; ils feront leur effet lorsque vous y penserez le moins. Pour moi, je vais faire des vœux afin que vous soyez bientôt content.» Là-dessus, il se retira et laissa Molière, qui rêva encore fort longtemps aux moyens d'amuser sa douleur.» (La Fameuse Comédienne, ou Histoire de la Guérin, auparavant femme de Molière.)
[22]: Heur pour bonheur. «Heur, dit la Bruyère, se plaçait où bonheur ne pouvait entrer; il a fait heureux, qui est si français, et il a cessé de l'être. Si quelques poëtes s'en sont servis, c'est moins par choix que par la contrainte de la mesure.» Molière est, je crois, le dernier qui ait fait usage de ce mot, que son exemple et les regrets de la Bruyère n'ont pu nous conserver.
[23]: Arnolphe, en humiliant Agnès par la dureté de ce discours, oublie qu'Horace la charmait tout à l'heure en lui disant les mots les plus gentils du monde. C'est ainsi que l'auteur prépare d'une manière admirable la scène iv du cinquième acte, dans laquelle la jeune fille déclarera naïvement qu'elle a été frappée de ce contraste. Arnolphe paraîtra d'autant plus ridicule alors, que son caractère aura été mieux établi ici. Le comique de ce rôle ne résulte pas, comme les commentateurs l'ont cru, de l'amour et de l'âge d'Arnolphe. Jamais l'amour seul n'a pu rendre ridicule un homme de quarante-deux ans, et c'est l'âge d'Arnolphe. Cette observation est si juste, que Molière nous a montré, dans l'Ariste de l'École des maris, un personnage beaucoup plus âgé, et cependant aimé de Léonor, qui lui dit, dans une effusion de tendresse:
Si vous voulez satisfaire mes vœux,
Un saint nœud dès demain nous unira tous deux.
tandis que Sganarelle, trompé par Isabelle, est un personnage fort ridicule, quoique âgé de vingt ans de moins qu'Ariste. Le comique du rôle d'Arnolphe ne résulte donc ni de son amour ni de son âge; il naît tout naturellement du faux système qui l'égare et qui le fait agir sans cesse contre ses plus chers intérêts. Préoccupé des précautions qu'il a prises, il croit, sans examen, qu'Agnès est aussi stupide qu'il le souhaite, et tous ses discours tendent à entretenir cette stupidité. C'est ainsi qu'en humiliant l'esprit de celle qu'il aime, en opprimant son cœur sous le poids d'une triste reconnaissance, il marche directement contre le but qu'il se propose. Il songe à inspirer de la crainte, du respect; il oublie d'inspirer de l'amour; il veut intimider l'esprit et ne sait pas gagner le cœur. En un mot, l'opposition qui existe entre son véritable intérêt et l'intérêt de calcul et de système fait tout le brillant, tout le comique de ce rôle plein de verve et d'énergie. On sait que Lekain disait que le rôle d'Arnolphe devait lui appartenir.
[24]: Tout ce discours est supérieurement écrit. Ceux qui ont dit que les vers de Molière étaient inférieurs à sa prose ne se sont pas montrés justes appréciateurs de son génie. À commencer du Cocu imaginaire, ses vers peuvent être regardés comme un modèle de style comique. On a dit encore que Boileau préférait la prose de Molière à ses vers, et l'on a oublié qu'il l'a loué comme grand poëte dans la satire qu'il lui a adressée.
[25]: Molière a pris la peine de répondre lui-même, dans la Critique de l'École des femmes, à ceux qui l'accusaient de tourner, dans ce discours, la religion en ridicule. «Pour le discours moral, dit-il, que vous appelez un sermon, il est certain que de vrais dévots, qui l'ont ouï, n'ont pas trouvé qu'il choquât ce que vous dites, et sans doute que les paroles d'enfer et de chaudières bouillantes sont assez justifiées par l'extravagance d'Arnolphe et par l'innocence de celle à qui il parle.»
[26]: En écoutant ce discours, on rit également et de l'abus qu'Arnolphe fait de son esprit et du peu d'effet qu'il produit. Dans ces deux scènes, Agnès ne prononce pas un mot: elle écoute, elle obéit; mais elle ne se laisse pas persuader.
[27]: «Molière s'est peint lui-même dans le Misanthrope, vertueux, mais peu aimé, à cause de son manque de complaisance pour les faiblesses des autres; il a également représenté Chapelle sous le nom de Philinte, qui, étant d'une humeur plus liante, voit les défauts d'un chacun sans s'irriter.» Cette assertion est appuyée par une multitude de faits que nous recueillerons dans la suite de notre commentaire. On sait que Molière travaillait toujours d'après nature, et que la facilité de Chapelle, qui était son ami d'enfance, le désolait. Il lui disait souvent: «Vous êtes tout aimable, mais vous prodiguez vos agréments à tout le monde, et vos amis ne vous ont plus d'obligation lorsque vous leur donnez ce que vous sacrifiez au premier venu.» La véhémente sortie d'Alceste nous représente donc ici au naturel une des discussions de Chapelle et de Molière.
[28]: Cette réplique de Célimène est un modèle de récrimination satirique; on ne peut pas mieux repousser l'offense par l'offense, et payer, comme on dit, une personne en même monnaie. Célimène a son histoire toute prête et ses garants tout trouvés pour opposer à ceux d'Arsinoé. Celle-ci a cité des gens de vertu singulière; celle-là cite des gens d'un très-rare mérite. Chacune d'elles a essayé de défendre son amie, mais a eu le chagrin de ne pouvoir faire adoucir la rigueur de la sentence. Enfin, le discours de la coquette est, d'un bout à l'autre, calqué sur celui de la prude avec une fidélité tout à fait piquante. La répétition faite par Célimène des quatre vers qui terminent le couplet d'Arsinoé met le comble à la malignité et au mordant de sa repartie. (A.)—Quiconque lit doit sentir ces beautés, lesquelles mêmes, toutes grandes qu'elles sont, ne seraient rien sans le style. Cette pièce est, de toutes les pièces de Molière, la plus fortement écrite. (V.)
[29]: En effet, la pruderie est pour ainsi dire l'unique avenir d'une coquette. Célimène semble le pressentir; mais, éblouie par les adorations de ses amants, cet avenir lui semble trop éloigné pour qu'elle puisse le croire redoutable. Cette scène est une des plus morales de l'ouvrage.
[30]: Cette métaphore expressive, tirée du bruit de la cloche, se trouve aussi dans la Fontaine. Faire sonner son âge, c'est avertir tout le monde qu'on est jeune, comme une cloche avertit d'un grand événement.
[31]: N'est pas un si grand cas, pour dire: n'est pas une si grande chose. Celle locution, qui se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie, édition de 1694, n'est plus d'aucun usage. (A.)
[32]: Célimène se retranche derrière la vanité pour repousser les traits de sa rivale. Elle l'attaque, en femme instruite de ce qui peut blesser le plus profondément une femme; son triomphe passager sera la cause de sa perte, car elle éveille une haine qui doit être irréconciliable. C'est ainsi que Molière lie cette scène à l'action générale, dont elle va hâter la marche et préparer le dénoûment.
[33]: Ce mot de brillants était autrefois d'un usage plus étendu qu'aujourd'hui; on disait: Il y a bien des brillants, de grands brillants dans ce poème. Ces exemples sont tirés du Dictionnaire de l'Académie, édition de 1694. (A.)
[34]: À peine Orgon a-t-il parlé, qu'il se peint tout entier par un de ces traits qui ne sont qu'à Molière. On peut s'attendre à tout d'un homme qui, arrivant dans sa maison, répond à tout ce qu'on lui dit par cette seule question: Et Tartuffe? et s'apitoie sur lui de plus en plus quand on lui dit que Tartuffe a fort bien mangé et fort bien dormi. Cela n'est point exagéré, c'est ainsi qu'est fait ce que les Anglais appellent l'infatuation, mot assez peu usité parmi nous, mais nécessaire pour exprimer un travers très-commun.—Le mot engouement exprime aussi très-bien cette passion des esprits faibles; car, il faut le remarquer, l'infatuation ou l'engouement est une maladie de l'esprit; le cœur n'y a aucune part: ainsi l'infatuation du comte de Galiano pour son singe, d'un roi pour son favori, et d'Orgon pour Tartuffe, sont des passions du même genre. Et, loin d'accuser Molière et Le Sage d'avoir rien exagéré, il faut les louer d'être restés dans de si justes bornes. J'ai vu une mère de famille, en rentrant dans sa maison après un assez long voyage, se dérober aux empressements de son mari et de trois filles charmantes, pour prodiguer ses caresses à un chien favori, vilain animal dont elle faisait ses délices. Une pareille scène est plus outrée cent fois que celle d'Orgon. L'art du poëte comique n'est pas de peindre les travers de la pauvre humanité dans leurs plus grands excès, mais de saisir ce point unique qui excite tout à la fois la réflexion et la gaieté du spectateur.
[35]: Un soir, pendant la campagne de 1662, comme Louis XIV allait se mettre à table, il lui arriva de dire à Péréfixe, évêque de Rodez, son ancien précepteur, qu'il lui conseillait d'en aller faire autant. «Je ne ferai qu'une légère collation, dit le prélat en se retirant; c'est aujourd'hui vigile et jeûne.» Cette réponse fit sourire un courtisan, qui, interrogé par Louis XIV, répondit que Sa Majesté pouvait se tranquilliser sur le compte de M. de Rodez: après quoi il fit un récit exact du dîner de S. Exc., dont le hasard l'avait rendu témoin. À chaque mets exquis que le conteur nommait, Louis XIV s'écriait: «Le pauvre homme!» prononçant ces mots d'un son de voix varié qui les rendait plus plaisants. Molière, témoin de cette scène, en fit usage dans le Tartuffe.
[36]: Ce manége est aussi celui de Panurge, dans Rabelais. «Quand il se trouvoit en compaignie de quelques bonnes dames, il leur mettoit sus le propos de lingerie, et leur mettoit la main au sein, demandant: «Et cest ouvraige, est-il de Flandres ou de Haynault?»
[37]: On ne saurait trop admirer l'adresse avec laquelle Elmire sait en même temps tenir dans le respect le plus audacieux des hommes, et pousser un hypocrite à se montrer à découvert. Elle éveille ses craintes par la dignité de son maintien, et ses espérances par la douceur de ses paroles. Dès lors, l'issue du combat qui se livre dans l'âme de Tartuffe n'est plus douteuse. Lorsque la crainte et l'espérance sont aux prises, la passion l'emporte toujours; c'est la marche du cœur humain.
[38]: Quel sublime comique le poëte a tiré ici du combat des deux passions hideuses qui agitent ce scélérat! comme dans sa détresse il appelle à son aide tous les secrets de son art infernal! flatterie, hypocrisie, persuasion, humilité, pudeur, il essaye toutes les armes, et on rit; car plus il veut cacher sa turpitude, plus il se montre odieux et ridicule.
[39]: Elmire a lu depuis longtemps dans le cœur de l'hypocrite: elle n'est ni surprise ni fâchée de sa déclaration; en femme habile, elle comprend tout le pouvoir que lui abandonne celui qui jette le trouble dans sa maison. Elmire n'est pas seulement douce et sage, elle est encore adroite et pénétrante. Nous verrons plus tard qu'elle n'a oublié aucun des avantages qu'elle prend ici.
[40]: On a cru que ce vers était une parodie de celui de Sertorius:
Et pour être Romain, je n'en suis pas moins homme,
C'est une erreur. Molière imite ici un passage du Décaméron de Boccace, ou, pour mieux dire, il ne fait que traduire littéralement les paroles d'un confesseur qui joue auprès de sa pénitente le même rôle que Tartuffe joue auprès d'Elmire: «Vous devez, lui dit-il, vous glorifier des charmes que le ciel vous a donnés, en pensant qu'ils ont pu plaire à un saint. C'est votre beauté irrésistible, c'est l'amour qui me forcent à en agir ainsi; et pour être abbé, je n'en suis pas moins homme: Come che io sia abbate, in sono uomo come gli altri.» (B.)—Molière a pris tout ce passage dans la huitième nouvelle de la troisième journée du Décaméron. Cette imitation a été indiquée pour la première fois par Michault dans ses excellents Mélanges philologiques. tome Ier, page 226.
[41]: Molière oppose ici d'une manière admirable la mysticité des expressions à la hideur des sentiments, et les pratiques de la piété aux désirs effrontés d'un libertin. Il y a force comique dans ce double contraste, car le spectateur ne peut s'empêcher de se réjouir de l'aveuglement d'un scélérat qui emploie, pour inspirer l'amour, tous les moyens qui doivent exciter la haine et le mépris.
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