XVI

Il suivit la Béjart à la cour du prince de Conti, en Languedoc. Il dirigeait sa troupe; il refusa, par amour pour la Béjart, l'emploi de secrétaire que lui offrait le prince, frappé de son talent. Rentré à Paris, il y adressa au roi un discours du haut de la scène, pour lui demander l'autorisation de jouer devant lui des divertissements scéniques. Le roi accorda cette permission, et y joignit le don du Petit-Bourbon, qu'occupe aujourd'hui la colonnade du Louvre, pour y représenter ces comédies italiennes qui amusaient le prince. Molière composa d'abord sur ce thème, imité de l'italien l'Étourdi et le Dépit amoureux, deux pièces de grands succès. Ces succès l'encouragèrent, et il écrivit les Précieuses ridicules, qui attirèrent une telle foule qu'on fut obligé d'en donner deux représentations le même jour. «Courage! Molière, s'écria du parterre une voix de vieillard enthousiasmé; voilà enfin la bonne comédie!» Le Cocu imaginaire suivit les Précieuses ridicules. Il eut le même succès: le cynisme et le comique s'y touchaient, l'un était de l'Aristophane, l'autre du Plaute. On sentit d'instinct dans les deux débuts l'hésitation d'un homme qui imite des théâtres étrangers et la confiance d'un homme qui croit en lui-même. Cependant les Précieuses ridicules, pièce satirique et personnelle, peignent des vices de salons propres à la nation française.