IV

Shakespeare obtint à la fin un rôle muet dans une pièce; il fut chargé d'apporter son casque au géant Agrapardo.

En 1589, il écrivit sa première pièce Periclès, qui frappa quelques lecteurs; en 1597 il écrivit Roméo et Juliette, copie exacte d'un libretto italien, solennisé et éternisé par une touchante et sublime déclamation de Shakespeare. Six ans après, il écrivit et représenta Hamlet, puis Othello, puis la belle tragédie historique de la mort de Jules César. Il ne livrait point de manuscrit, il écrivait chaque rôle de la pièce sur des feuilles détachées qu'il distribuait à ses acteurs. Après la mort de son père, en 1599, il devint chef de troupe et entrepreneur de théâtre.

Mort obscur quelques années après, il ne ressuscita un peu que sous la Restauration, et donna alors, sous le nom de Davenant, réputé son fils, ses pièces. Dryden le déclara hors d'usage; on abattit sa maison, on coupa son mûrier, tout fut dit.

Voltaire, en revenant d'Angleterre en 1728, en parle, comme on sait: barbare de génie, sauvage ivre. Sa gloire fut ainsi ensevelie jusqu'au grand comédien Garrik, qui la fit revivre. Depuis Garrik, elle redevint immense; elle dépassa même la portée du réel. La vraie immortalité a le temps d'attendre, elle est éternelle. Hugo en fait plus qu'un homme, une date du genre humain. Examinons juste ce qu'il mérite; prenons ses pièces, et voyons qui juge mieux de Hugo ou de Voltaire.